‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 659 sur 980 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

mes, comme Buffon plus tard, c’est-à-dire leur efficacité aussi longtemps qu’ils demeurent réunis et soumis aux-mêmes causes, dit que la déformation des Macrocéphales cessa d’être héréditaire lorsqu’ils se mêlèrent à d’autrespeuples (1) etperdirent leurs usages. Blumenbach, interprétantmal le texte du médecin de Gos, le présente comme partisan décidé de la transmission ferme des déformations et épouse lui-même cette idée que soutinrent ensuite Lucas et Gosse. Une discussion prit naissance sur ce sujet en 1861 à la Société d’anthropologie de Paris, la doctrine eut pour adversaires Broca, Gratiolet, Lagneau, Perier, Lunier. Ce fut une cause entendue. Il eût suffi, du reste, de dire que partout où la coutume des» déformations est abandonnée, les têtes se développent en prenant la forme naturelle du types de la race. C’est ainsi que reparaissent les ancêtres mésaticéphales à crâne et visage ovales bien conformés du type plus européen qu’asiatique des Aymaras de Titicaca, et les ancêtres brachycéphales des habitants d’Ancon, sur le bord de l’Océan, à en juger d’après ceux de leurs crânes normaux que nous avons eus entre les mains.

Il reste cependant une réserve à faire. Une déformation permanente obtenue dans l’enfance ne saurait transmettre une conformation irrégulière, contraire aux besoins de l’organe et que les lois les plus élémentaires de l’équilibre des parties et de la répartition des pressions intérieures détruiraient aussitôt chez l’individu. Mais ne peut-elle atténuer une forme trop rude, l’arrondir si l’économie y trouve un avantage physiologique? Autrement dit, l’Aymara des hautes vallées que j’ai vu mésaticéphale ne descendrait-il pas d’une race brachycéphale? Nous ignorons complètement depuis combien de temps se sont pratiquées ces déformations, combien de fois la mode à leur égard a changé; les crânes sur lesquels portent nos conjectures ne remontent pas au delà de l’ère chrétienne, à quelques exceptions près.

De même, y aurait-il lieu de se demander, ainsi que nous le verrons plus tard, dans quelle mesure une compression se perpétuant pendant une série infinie de générations peut favoriser la soudure anticipée, ou inversement retarder ou ajourner complètement cette soudure, en un mot, produire par exemple un os d’incas à titre de caractère de race? Dans cette hypothèse, les manœuvres exercées cessent d’être la cause, elles se bornent à imprimer une direction à la tendance constante des organismes à varier et à s’adapter plus avantageusement, relativement à euxmêmes.

Cette vue physiologique ramène donc la pensée vers les déformations par synostose qui, ayant quelque chose de moins brutal, admettant des nuances nombreuses et laissant aux deux organes intéressés, le cerveau et le crâne, toutes les chances d’associer leurs efforts d’adaptation, se présentent dans des conditions plus favorables vis-à-vis du redoutable

(1) Hippocrate écrivait vers 400 et faisait sans doute allusion à la dispersion des Cirarnériens du Pont-Euxin fixée à l’an 631, par Amédée Thierry, s’appuyant sur Hérodote.

INFLUENCE DES DÉFORMATIONS SUR LE CERVEAU

problème de raccumulation par hérédité des caractères acquis par les individus. Que la suture médio-frontale se soude à la naissance, à 1 an ou à 2 ans, que la synostose commence par ses extrémités ou par son centre, qu’après s’être soudée dans une certaine longueur, elle s’arrête pour reprendre plus tard, il n’en faut pas davantage pour expliquer les variétés de front les plus typiques de race, étroit ou large, resserré à la base, dilaté en haut, plein, saillant, avec bosse frontale médiane, crête médiane, etc.

On s’est préoccupé de la forme de certains crânes Esquimaux ou Mélanésiens, en toit avec crête pariétale, au front haut et saillant, à 1 occiput proéminent, et très dolichocéphales. Les uns se sont bornés à les qualifier de hypsi- sténo-dolichocéphales / les autres insistant sur une ressemblance non douteuse, mais très affaiblie, les ont dits sub-scaphocéphales . La suture sagittale y est largement ouverte, et nulle part on n’y reconnaît de trace d’un travail pathologique; tout est dans leur forme, rappelant en effet assez bien la déformation scaphocéphale que nous avons décrite. Ces crânes ne fournissent aucun argument en faveur de la transforma¬

tion possible, d’une forme accidentelle du crâne en forme naturelle, mais ils y font songer. Une suture est souvent libre à la surface externe visible du crâne, et cependant soudée à sa face interne ; l’ossification des os plats du crâne s’opère, autant qu’on en peut juger, également par tous leurs bords; dans la scaphocéphalie, la croissance est arrêtée sur 1 un : qu on suppose cette ossification se traduisant par la croissance de ce bord affaiblie, amoindrie pour un motif quelconque, et l’on aura, sur une petite échelle, la cause qui, de la part du crâne, produit la scaphocéphalie.

Pourquoi, par un mécanisme analogue, une sub-scapliocéphalie ne suigirait-elle pas dans une suite de générations?

Mais nous voici aboutissant, pour les déformations, au même résultat que précédemment pour les cheveux, la coloration, la taille et la plupart des caractères étudiés jusqu’ici. C’est qu’en théorie rien n’est plus simple à comprendre que la transformation d’un caractère en un autre; les lois de la physiologie semblent s’y prêter merveilleusement : un peu plus ou un peu moins de sang, de fluide nerveux ou d’action vitale et les organes s’allongent, se raccourcissent, s’adaptent et changent. Mais qu’en pratique il en est tout autrement; dès qu’on cherche le fait, le flagrant délit, la preuve, le terrain manque, rien n’appuie nos conjectures.

Les déformations pathologiques et ethniques individuelles, en se répé¬

tant accidentellement sur une suite de générations, ne se transmettent pas. La nature se refuse à nous livrer son secret, sous nos yeux elle revient toujours au type des ancêtres.

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