KAIMES
coup progressivement; le noir et le blanc sont de sortes ( kinds ) différentes.
Get ouvrage eut du retentissement en Angleterre et un peu en Allemagne. Mais quelque curieux qu’il soit comme œuvre polygéniste, il l’est davantage comme essai de science des sociétés. Nous n’ignorons pas que d’autres avant lui, comme Montesquieu, ont abordé quelques-unes des questions que ce sujet comporte. Mais le premier, croyons-nous, Kaimes a compris qu’il y avait une sociologie humaine, et à côté une sociologie animale ; le premier il en a entrepris l’étude avec méthode et en naturaliste.
« L’histoire de l’humanité et de son développement, de son état sauvage primitif à son état le plus élevé de civilisation, reste à faire, dit-ii en commençant ; j’y ai dépensé trente ans de travail, mais la vie d’un homme ne peut suffire à cette tâche. » Le mot de sociologie n’y est pas prononcé, ni celui de sociabilité, mais partout ilssontsous-entendus.Le besoin de société de l’homme ( appelite for society) est-il naturel à tous ouïe privilège de certains? se demande-t-il. « Attendu qu’il se rencontre également chez beaucoup d’animaux, il me semble probable que les lois sociales auxquelles ces animaux sont soumis peuvent ouvrir des horizons sur la nature sociale de l’homme. »
La division de cet ouvrage est du reste bien tracée. Dans un discours préliminaire sur l’origine de l’homme et des langues, Kaimes développe ses idées polygénistes et montre ainsi que son point de départ est celui du naturaliste, l’organisation physiqu» de l’homme. Un premier livre traite des progrès de l’homme dans le temps considéré indépendamment de son état de société. Le second concerne les hommes vivant en société. Le troisième a trait aux progrès des sciences et renferme les applications pratiques. Les sections du premier livre se succèdent comme il suit : Progrès des hommes relativement à la nourriture et à la population ; progrès relativement à la propriété : origine et progrès du commerce ; progrès dans les arts; mœurs et coutumes ; progrès concernant le sexe féminin ; progrès et effets du luxe. Dans le second livre, il est question de l’origine des sociétés, des nationalités, des gouvernements. Les divisions du troisième livre sont les suivantes : Principes et progrès de la raison ; principes delà moralité; principes de la théologie. Gomme l’on voit, c’est un programme entier.
On ne saurait donc dire que la science des sociétés est une science contemporaine. Elle était née à la fin du siècle dernier sous la plume d’un savant qui lui donnait pour base l’histoire naturelle de l’homme (1).
La haute position de lord Kaimes ne donna que plus de poids à sa manifestation polygéniste ; trois œuvres parurent à la fois comme si elles se fussent donné le mot pour lui répondre, trois œuvres qui font époque dans l’histoire de l’anthropologie : la dissertation inaugurale de Blumenbach
(1) Henry Home (lord Kaimes ou Kames), Sketches on ttce history of rnan , lre édit. in-4 en 1774, 2e en 1778, autre en 1796, autre en 1819. J’ai consulté les deux dernières.