ADAPTATION DES OS DU CHANE
supérieur, et diminuant de nombre dans le haut de l’échelle où elles|se cantonnent sur les maxillaires; tout conduit à la conclusion que la fonction à remplir prime l’organe et prend ceux à sa portée sans égard pour leur rôle antérieur dans d’autres espèces. Les os ou mieux les centres d’ossifications des crânes cérébral et facial sont une matière souple qui obéit dans le temps à la fonction sollicitée par le besoin, lui-même excité par les circonstances, suivant le langage de Lamarck, c’est-à-dire par les conditions de vie. Tout os à proximité est accaparé par la fonction si des sollicitations contraires, notamment la puissance de l’hérédité, ne s’y opposent, et adapté presque indifféremment à tel ou tel usage. Il n’y a pas de prédestination absolue, les organes se plient à la nécessité.
Il résulte de cette subordination de l’organe à la fonction ou mieux aux indications que celle-ci est appelée à remplir lorsque des circonstances nouvelles se produisent dans les conditions de vie, que la nature ne suit nullement une ligne droite continue et fatale et qu’il n’est pas dit, parce que jusqu’à un certain moment elle a suivi une voie, qu’elle y persistera. Un caractère peut disparaître inopinément ou se modifier dans une direction imprévue. Lorsque le naturaliste étudie le type d’un’groupe, espèce, famille ou classe, pour en saisir les différences intrinsèques ou avec les autres groupes, il devra donc avant tout relever les faits, décrire et mesurer les formes, sauf à chercher ensuite à quelles autres formes antérieures ou voisines elles se relient. S’il veut un guide, la morphologie assurément est à considérer, mais la physiologie, c’est-à-dire la connaissance de la fonction, l’aidera davantage.
Nous avons montré quelques-unes des adaptations que l’on constate sur le crâne de certains cétacés appelés par leur milieu à ne pas user de l’odorat et en revanche à rejeter l’eau qui pénètre dans leurs voies respiratoires. De même a-t-on vu le frontal destiné à recouvrir les orbites, recouvrir ensuite une partie du cerveau par le simple développement de celui-ci en avant ; puis les orbites subir un mouvement de rotation parce que le même cerveau s’est élargi. En passant de l’anthropoïde à l’homme l’influence de l’accroissement de volume de cet organe s’accentue encore et de toutes les façons; il est peu de détails morphologiques de sa boîte osseuse qui n’en soit modifié et les caractères spéciaux résultant de cette adaptation multiple forment la majeure partie des caractères subzoologiques dont nous aurons à nous occuper. Sous le titre de caractères esthétiques de nombreux caractères plus tard relèveront encore de ce même accroissement de volume de l’encéphale.
A cette cause d’adaptations nouvelles se joint celle provenant du changement de l’attitude horizontale ou oblique en attitude verticale. Dans la station quadrupède des animaux, la tête en masse, le cerveau et sa cavité se continuent en ligne avec la moelle et le tube vertébral. Chez les animaux n’ayant pas d’organes de préhension, de mains suffisamment perfectionnées, la bouche sert à cet usage, elle va chercher elle-même les ali-
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ments sur îe sol ou dans les arbres et se trouve par conséquent à l’extrémité de la tête qui s’allonge plus ou moins pour concourir à ces actes. La station verticale opère une véritable révolution dans ces fonctions et par conséquent dans les organes qui s’adaptent à ce nouvel état de choses. La tête doit d’abord être en équilibre; à cet effet les condyles de l’occipital ainsi que le trou occipital se déplacent, ils viennent se placer au centre de la base ; par contre le grand axe de l’encéphale doit ou se redresser ou s’incurver davantage en avant, ainsi par conséquent que les os que cet organe gouverne. Malgré cela l’équilibre ne serait pas établi si le museau continuait à se prolonger en avant. Tout concourt du reste à produire un raccourcissement de la face. Les mâchoires ne servent plus de moyen d’attaque et de préhension chez l’homme; les mains et membres supérieurs se sont perfectionnés au plus haut degré pour se porter dans toutes les directions, prendre et toucher les objets les plus menus ; les mâchoires ne sont plus que des organes de mastication; les os comme les muscles qui les font mouvoir diminuent de volume. L’organe de l’olfaction qui chez les mammifères, sauf les cétacés, prend une part si grande au volume de la face, est moins développé chez l’homme; l’intelligence supplée à cette défectuosité, par contre l’appareil nasal s’amoindrit. Enfin la loi des compensations de Geoffroy Saint- Hilaire ou, pour se servir du mot de Goethe, « le budget de la nature » demande que le squelette de la face diminue d’autant plus que celui du crâne cérébral augmente. Il est vrai que le volume de la face chez l’homme est en partie relatif ; en supposant qu’il soit demeuré le même, l’augmentation seule du crâne cérébral suffirait à le mettre en état d’infériorité.
L’augmentation de volume de la boîte crânienne, l’attitude bipède, le rôle exclusivement masticateur des mâchoires, l’amoindrissement de l’appendice nasal, l’adaptation à la fonction auditive de l’apophyse mastoïde dont le volume a été accru par les muscles qui s’y insèrent pour maintenir la tête en équilibre. Telles sont, en somme, les causes qui ont amené les différences principales qu’on observe entre le premier et le second groupe des primates et qui se sont produites à divers degrés entre les groupes secondaires humains. Les transformations morphologiques y sont secondaires; la craniologie les constate, mais la physiologie seule les explique.
Pourquoi l’activité cérébrale s’est-elle accrue à un moment donné, pourquoi la station horizontale est-elle devenue verticale, pourquoi le sens du toucher et de la préhension se sont-ils perfectionnés? nous l’ignorons; mais nous savons ce qu’ils ont produit dans les organes. L’idée physiologique est donc le meilleur guide pour retracer l’enchaînement des caractères dans la succession des formes crâniennes et faire découvrir ceux qu’il est le plus avantageux de relever en craniologie.
Théorie vertébrale du crâne. — La théorie dite vertébrale du crâne.