THÉORIE VERTÉBRALE DU CRANE
conçue par Goethe en 1790, ne fut publiquement émise que par Oken en 1807. Apercevant à ses pieds un crâne de chevreuil, Goethe le ramasse et le considère; c’est une colonne vertébrale, dit-il. Prenez un crâne de mouton jeune, ajoute-t-il, enlevez le frontal, le pariétal, le temporal, l’ethmoïde, il restera une colonne osseuse que l’anatomiste reconnaîtra au premier coup d’œil comme les trois corps d’autant de vertèbres. Si la théorie en était restée là, elle pourrait être difficile à réfuter. Mais Oken continua autrement : replacez les os de la voûte, à l’exception des temporaux qui ne prennent aucune part à la constitution du crâne, et vous aurez une colonne vertébrale qui ne différera de la véritable que par un canal plus développé. Et plus tard, en 1820, à ses trois vertèbres crâniennes il ajoute une vertèbre faciale. Quelques anatomistes n’ont pas trouvé que ce fût suffisant, et Geoffroy Saint-Hilaire admit cinq vertèbres crâniennes
et deux faciales ; Garus plus encore.
La vertèbre faciale est étrange sur le nom d’ethmoïdale, de nasale ou de vomérienne. La lame perpendiculaire de l’ethmoïde (chez l’homme) ou le vomer en serait le corps, les deux moitiés de la lame criblée de l’ethmoïde les lames, les masses latérales de l’ethmoïde des apophyses transverses contournées, les os nasaux l’apophyse épineuse.
La première vertèbre crânienne milite le plus en faveur de la doctrine d’Oken. Lorsqu’on regarde par sa face postérieure occipitale le crâne d’une tortue, d’un lézard, la ressemblance est frappante. Voyez la figure n° 122 de l’occipital du varan (lézard), dans laquelle sont enlevés les pariétaux et 1 appareil suspenseur de la mâchoire inférieure. Chezrhomme, dit M. Sappey, l’apophyse basilaire représente le corps, la portion écailleuse la lame de la vertèbre, la crête occipitale externe son apophyse épineuse, la protubérance occipitale externe le sommet de cette apophyse, les condyles les apophyses articulaires, les apophyses jugulaires (paramastoïdes de la plupart des autres mammifères) les apophyses transverses.
La seconde et la troisième vertèbres ne sont pas d’une démonstration aussi facile parce que, chez l’homme dès la naissance, leurs corps sont soudés. Les deux réunies elles forment le sphénoïde. Mais, observe-t-on, les deux corps restent indépendants pendant toute la vie chez un grand nombre de vertébrés et jusque vers le huitième mois de la vie intra-uterine chez l’homme? La première, la sphénoïde postérieure, serait ainsi constituée, d’après M. Sappey : le corps est la portion médiane répondant à la selle turcique, le trou rachidien est l’espace énorme compris entre celle-ci et la voûte du crâne, les lames vertébrales sont les grandes ailes du sphénoïde et les temporaux, les apophyses transverses sont les apophyses mastoïdes, les échancrures postérieures de la vertèbre (inférieures pour la colonne vertébrale) sont les fosses jugulaires, les échancrures antérieures l’extrémité interne de la fente sphénoïdale, les pédicules toute la partie comprise entre ces deux échancrures, l’apophyse épineuse les deux pariétaux. Si M. Sappey eût laissé de côté, à l’exemple de Oken, les temporaux, et à