CHAPITRE XXI
science dispose, n’écarte pas complètement cette hypothèse. « Elle ne peut, dit-il, être complètement rejetée, car il est toujours possible que la capsule cartilagineuse du crâne primordial exprime un état acquis ayant été précédé d’une autre forme de vertèbres. » M. Gegenbauer a du reste établi lui-même par la comparaison des lieux d’émergence des nerfs crâniens de la base du crâne, et le nombre d’arcs viscéraux qui se rattachent à cette base, que le crâne des sélaciens se compose d’au moins neuf vertèbres primitives. .« La soudure, la fusion de ces vertèbres en une capsule simple, dit à ce sujet Heckœl, est si ancienne, qu’actuellement et en vertu de la loi d’hérédité abrégée, il ne reste plus trace d’éléments séparés dans l’ontogenèse» (évolution fœtale, chez l’individu).
La théorie vertébrale réduite à de justes proportions ne saurait donc être rejetée de la science anatomique et en particulier de la craniologie anthropologique, à laquelle elle fournit quelques indications, sans y tenir la place importante qu’on voudrait. Les simples données de la morphologie comparée dégagée de toutes théories, et celles de la physiologie sur le développement du crâne de la conception à l’âge adulte et les circonstances susceptibles d’y apporter des modifications, jouent un rôle plus considérable dans la considération du genre de caractères, dont nous avons à présent à nous occuper (1).
Caractères suïizoologiqaes ou sériaires. — Pour de nombreux motifs précédemment exposés, tenant au mélange des peuples et des races et au conflit des influences héréditaires multiples dont chaque individu est la résultante, aucun crâne n’est semblable dans une même série, aucun caractère n’est constant. Soit une population, on dit qu’elle aies yeux bleus lorsque la majorité ou ses deux tiers sont dans ce cas. Soit une série de crânes, on dit de même que ses orbites sont mégasèmes, ses arcades surcilières saillantes parce qu’en comparant les faits négatifs, positifs et indifférents, on arrive dans ce sens à une moyenne. C’est donc la fréquence et non la constance d’un caractère que l’on étudie : entre les caractères qui se répètent 60, 20, 10 ou 1 fois sur 100 et dont la valeur par conséquent est proportionnelle à cette répétition, il n’y a pas de ligne de démarcation. Le passage du caractère jugé accidentel ou individuel au
(1) Th. Siebold et Stannius, Anatomie comparée , 2 vol., trad. franç. in Encycl. Roret. Paris, 1850. — G.-M. Huraphry, A treatise on the hurnan skeleton. Cambridge, 1858. — Ph.-C. Sappey, Traité d’anatomie descriptive , t. I, Paris. C’est l’édition de 1867 que je possède. — W.-H. Flower, An introduction to the osteology of the mammalia. Lectures at the R. College of surgeons of England in 1870. London, 1876. — Th. -H. Huxley, A Manual of tue Anatomy of vertebrated animalia. London, 1871. — G. Gegenbauer, Manuel d'anatomie comparée, trad. franç. Paris, 1874. — E. Hoecket, Anthropogénie on Histoire de l'évolution humaine , trad. franç. de Letourneau. Paris, 1877. — W.-R. Parker et G. -T. Rettany, The morphology of the skull. London, 1877. — Hannover, Le cartilage primordial et son ossification dans le crâne humain avant la naissance. Copenhague, 1881. — A. Kôlliker, Embryologie ou traité complet du développement de l'homme et des animaux supérieurs , trad. franç. de A. Schneider. Paris, 188?.
caractère réputé de race est insensible; la dénomination à lui donner et dans certains cas sa qualité de normal ou d’anormal reposent sur sa fréquence.
Les caractères d’ordre zoologique chez les hommes, c’est-à-dire qui rappellent plus ou moins leur origine animale et mesurent la distance qui les sépare de cette origine, peuvent ainsi se partager en rares, moins rares et fréquents. Les premiers prennent le nom d 'anomalies, et lorsqu’ils reproduisent une disposition semblable dans un genre, une famille ou une classe de vertèbres, de réversions ; les seconds ne sont que des anomalies augmentant de fréquence, des insistances de réversion ou des efforts d’adaptation à un état de choses nouveau; les troisièmes sont des adaptations acquises par le plus grand nombre ou caractères anthropologiques , dont les degrés ou formes constituent des caractères des races.
Dans le premier groupe se rangent le troisième condyle de l’occipital, l’apophyse jugulaire, l’os japonicum et autres divisions suturales supplémentaires de l’os malaire, les anomalies de l’os lacrymal, des os propres du nez, etc. Dans le second se placent l’os interpariétal et autres divisions suturales supplémentaires de la portion sus-iniaque de l’occipital chez l’adulte, la persistance de la suture médio-frontale, les anomalies du ptérion, le rapprochement excessif des crêtes temporales à leur partie supérieure, certaines dispositions du bord inférieur de l’ouverture nasale et, si l’on sort de la craniologie, le tibia platycnémique, le fémur à colonne, l’humérus perforé, etc. Dans le troisième sont la direction des axes orbitaires, la situation du trou occipital, le prognathisme, l’angle facial, etc. Insistons sur quelques-uns.
Troisième condyle de l’occipital. — Sous ce nom il faut entendre toute excroissance osseuse, médiane ou latérale, située entre les deux condyles de l’occipital, qui rappelle la portion basilaire de l’occipital concourant avec les portions latérales à la formation du condyle en apparence unique des repliles écailleux.
Il- est rare chez l’homme, mais moins dans les races inférieures. A son état complet il se présente sous la forme soit d’une éminence pourvue ou non d’une facette articulaire et située sur la ligne médiane, soit simplement d’une facette articulaire qui s’articule avec l’apophyse odontoïde de la seconde vertèbre cervicale. Cette éminence est quelquefois bifide; ou réduite à un tubercule ou une aspérité. D’autres fois elle n’existe qu’à l’état de vestige et latéralement, ou d’un seul côté sous l’aspect d’un petit mamelon qui envoie au condyle voisin une sorte de racine. Halberstone a décrit ces diverses formes avec soin. L’éminence médiane serait placée pour lui en arrière du tubercule pharyngien avec lequel il faut se garder de la confondre, directement entre les deux condyles ; mais quelquefois elle serait sur la face postérieure elle-même du bord antérieur du trou occipital, ou un peu plus haut sur le clivus. Pour