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CHAPITRE III

organisés, les classifications, l’espèce et sa caractéristique. L’idée de gradation dans la nature, de continuité entre les groupes ou d’une sorte de chaîne, ne paraît pas conforme aux faits; il y a des classes entières et des genres qui sont séparés des voisins par des sauts, des hiatus; ce sont là des hypothèses qui se bornent à faciliter l’étude. Un système de classification propre à soulager la mémoire est nécessaire, mais il doit se rapprocher davantage du système naturel. L’espèce ne se reconnaît pas aux résultats fournis par l’accouplement, mais aux caractères qu’elle présente lorsqu’on ne peut les attribuer à la dégénération.

Cette définition nouvelle de l’espèce ouvre la porte aux discussions, car cette origine est précisément ce qu’il y a de plus difficile à déterminer. Tel caractère est-il primitif ou acquis, voilà ce qui distingue l’espèce de la race. On comprend dès lors l’acharnement des parties adverses à discuter son mode de production par les milieux, à chercher des preuves pour ou contre. Suivant la réponse on est conduit au genre ou à l’espèce humaine, c'est-à-dire à l’unité ou à la pluralité des races humaines déjà tant discutées à l’époque où nous en sommes et discutées davantage encore dans le siècle suivant.

La Diversité naturelle de Blumenbach est en réalité consacrée en entier à cette question qu’il pose en ces termes : « Le genre humain est-il composé de variétés ou d’espèces? » et n’est qu’un plaidoyer dans le sens de l’unité.

Auparavant il établit les différences entre l’homme et les singes qu’il résume ainsi :

L’homme seul est approprié à l’attitude bipède. La longueur de ses membres inférieurs, la disposition des os du tarse, la vigueur des muscles du mollet, la poitrine non comprimée sur les côtés, les clavicules qui maintiennent ses membres supérieurs écartés, le bassin large et déprimé, le développement des muscles fessiers (1), la direction du jet de l’urine en avant chez la femme, tout est en rapport avec cette attitude.

L’homme seul a réellement deux mains, ainsi que l’a déjà dit Aristote; seul il a un pouce bien développé. Ses dents sont rapprochées, de même niveau; ses incisives inférieures sont verticales, son menton fait une saillie. L’homme est moins velu que les singes.

La membrane hymen est le propre de la femme, question fort discutée alors, sur laquelle Buffon a écrit un chapitre charmant.

L’os intermaxillaire, autre question très agitée de ce temps, manquerait chez l’homme. Camper est absolu à cet égard; c’est l’un des arguments dont se servit Yésale pour établir que Galien n’avait disséqué que le singe. Yicq-d’Azyr est d’avis contraire. Blumenbach n’est pas très

(1) Spiegel a dit : « L’homme est le seul animal qui se tienne commodément assis, le seul qui ait des fesses amples et charnues, elles sont alors comme un coussin étendu sous lui afin que, pouvant sans peine garder celte attitude, il abandonne plus entièrement son âme à la contemplation de la divinité.

HISTORIQUE. — BLUMENBACII.

affirmatif et il a raison, car il est prouvé aujourd’hui que l’homme comme les animaux possède un intermaxillaire, mais se soudant de bonne heure, en sorte que chez l’adulte et même chez la plupart des enfants, il est invisible ou du moins réuni à la mâchoire supérieure.

Des caractères anatomiques, Blumenbach passe aux caractères physiologiques, et ici encore il signale une foule de distinctions curieuses. Je n’en indique que quelques-unes. L’homme présente la particularité curieuse, en rapport avec son attitude bipède, d’être le soir d’un travers de doigt plus petit que le matin. La nature n’a pas limité, chez lui comme chez les animaux, à une époque la faculté de se reproduire. Le flux menstruel est propre aux femmes, etc.

Sous le rapport psychologique, « la raison, c’est-à-dire la faculté qui rend l’homme souverain de tous les êtres » et le génie inventif, sont au nombre des attributs propres à l’homme. Franklin a dit : « C’est un animal faisant des outils » (tool making animal). Enfin il a la parole, seul il rit et pleure.

Blumenbach termine par l’examen des maladies propres à l’homme suivant la méthode que nous avons dite.

Chose digne de remarque, Blumenbach, pas plus que Linné d’ailleurs, quoique Aristote l’ait indiqué, ne parle.du volume considérable du cerveau humain.

La conclusion de Blumenbach est que les mammifères se partagent en dix ordres, dont le premier est formé par les bimanes ne comprenant que l’homme et le second par les quadrumanes. Tous ont remarqué avec étonnement qu’il qualifie ensuite le groupe humain de genre, quoique sa conclusion plusieurs fois répétée est qu’il forme une espèce ; c’est qu’il n’attachait pas à ce mot la valeur qu’on lui accorde aujourd’hui.

Nous ne dirons rien du chapitre II, pour passer au troisième, qui commence ainsi : « Après avoir considéré chez les animaux les causes et les modes de dégénération en général, je vais en faire l’application aux variétés de l’espèce humaine. » Tous les caractères y sont passés en revue, discutés, décrits. Aucune des variations de couleur, de visage, de taille, de proportion du corps, etc., que nous avons rencontrées, dit-il, quelque considérable qu’elle paraisse, n’a de valeur absolue, toutes se fondent par degrés les unes dans les autres, et la classification des races qui en résulte ne peut être qiC arbitraire.

D’où sa proposition finale : « Les nuances insensibles qui rapprochent toutes les variétés humaines, les causes et les modes de dégénération analogues observés chez les animaux domestiques, ainsi que les applications de la physiologie et de la zoologie à la description de l’homme conduisent à cette conclusion : les variétés connues du genre humain se rapportent à une seule et même espèce.

C’est la troisième édition de la Diversité naturelle que nous venons de suivre. Dans ses publications ultérieures, Blumenbach ne varie pas. En 1807,

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