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CHAPITRE III

dans ses Contributions à l’histoire naturelle, il continue à s’élever contre la gradation dans les êtres, contre l’absence de sauts, et à faire reposer la notion de l’espèce non sur la fécondité, mais sur les ressemblances physiques et physiologiques. Nulle part du reste il ne se reporte à l’origine première des choses, et ne se livre à des suppositions fantastiques sur l’endroit de la terre où auraient pris naissance l’homme et les animaux, comme c’était la mode en ce temps. En 1806, il professe même que de nombreuses espèces ont disparu dont les débris se retrouvent dans les terrains géologiques, et que de nouvelles se sont produites depuis Adam, et il cite les hydatides récemment découvertes par Malpighi dans le cochon domestique et qui n’existaient pas chez son ancêtre le cochon sauvage; et les hydatides de l’homme nées forcément après lui.

Parlant de l’espèce de coquillage appelé le Murex, aue Voltaire prétendait disparue depuis l’antiquité, et de la plante nouvelle la Peloria découverte par Linné qui, à cinquante ans, avait jeté le trouble dans les convictions du grand naturaliste, jusqu’à le faire se demander si l’espèce n’est pas dérivée du genre, Blumenbach met spirituellement ces paroles dans la bouche de Haller : « De telles erreurs ne sauraient être acceptées, les athées s’en empareraient, enchantés de prouver l’instabilité de la nature, l’apparence d’une espèce se produisant, et la prétendue extermination des anciennes espèces ; cela ne peut être, car du jour où l’ordre disparaîtrait dans la matière, il disparaîtrait dans l’ordre moral, et la religion bientôt aurait le même sort. » « Non, répond Blumenbach, la nature est plus solide que cela, elle ne tombera pas en morceaux parce qu’une espèce se sera éteinte et qu’une nouvelle aura surgi. »

Blumenbach n’est donc pas resté l’orthodoxe pur dont les monogénistes se plaisent à invoquer l’autorité. Buffon, avec ses idées synthétiques sur la création progressive des espèces, l’était peut-être davantage, même dans sa période réputée moyenne ; le mot de Nature dans sa pensée était synonyme de Dieu suivant l’usage d’alors, ce qui faisait dire à Diderot : « Souviens-toi que Dieu n’est pas la nature. »

A vrai dire, Linné est le seul savant systématiquement croyant, encore ne fut-il pas sans tache. Le mot orthodoxe est tout relatif, il s’applique à ceux qui font entrer en ligne de considération d’autres éléments que ceux de la science. Mais allez au fond des choses, vous ne trouverez pas de véritable savant qui puisse maîtriser à ce point son activité cérébrale. Il se tait, il n’en pense pas moins; il faut être bien fort pour ne rien laisser échapper de sa pensée intime.

Première classification des races humaines. — Avant d’insister SUT la classification des races de Blumenbach qui, pendant un siècle, est demeurée classique, il nous faut dire quelques mots des essais qui l’ont précédée.

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