CARACTÈRES ESTHÉTIQUES
leur face supérieure tournée vers l’observateur. Les contours ainsi que les parties avancées ou reculées viennent se refléter chacun à leur place relative sur l’écran de la rétine, comme dans une chambre claire; en un mot ils s’y projettent. Les arcades zygomatiques cryptozyges (cachées), ou phénozyges (visibles), donnent ainsi un caractère subordonné à l’attitude et d’ordre descriptif. Lorsqu’on prend le même crâne, qu’on l’élève à la hauteur de ses yeux pour le regarder par l’arrière à une certaine distance, et qu’on inspecte successivement sa forme pentagonale, ses bosses frontales, la crête en toit, on se livre encore à la méthode des projections au jugé, et en cherchant des caractères qui peuvent varier avec le jeu de la lumière et qu’on peut apprécier différemment suivant l’attitude donnée plus ou moins exacte.
Enfin lorsque Camper orientait le crâne de la façon qui lui paraissait la plus conforme à ce qu’il jugeait être bien avec son coup d’œil d’artiste; qu’il s’aidait de son cadre spécial et relevait ensuite un certain nombre de mesures sur les dessins obtenus, ce sont évidemment des caractères esthétiques qu’il cherchait par la méthode des projections. Plus tard il en vint à tracer une règle pour établir l’orientation, mais ses points de repère n’étaient que la traduction de ses propres impressions personnelles.
On a changé depuis les points de repère; on a trouvé une base physiologique à leur choix, mais le point de départ était le sentiment. Aujourd’hui encore on ne procède que par le sentiment dans ce choix. Il y a même un anthropologiste distingué, M. Schaffausen, qui soutient qu’il n’existe pas d’orientation constante pour tous les crânes, que chacun a son orientation propre, et que celle-ci ne peut être découverte que par le sentiment.
Le terme de caractères esthétiques , donné à ceux qu’on apprécie ou qu’on mesure par la méthode des projections dans l’attitude naturelle du crâne et de la tête, est donc très légitime.
Méthode des projectioïas. — On appelle projection en craniométrie la représentation sur un plan d’une figure située hors de ce plan, par le tracé des diverses lignes que l’on peut mener des nombreux points de cette figure sur ce plan.
Lorsque ces lignes convergent toutes vers un même point virtuel situé au delà de ce plan, la projection est dite centrale. Lorsqu’elles sont parallèles entre elles et perpendiculaires à ce plan, la projection est dite orthogonale. Les images qui se projettent sur notre rétine, sur la plaque d’un appareil photographique ou dans les glaces de notre appartement, sont des projections centrales ou avec perspective ; elles n’ont pas les mêmes dimensions que l’objet, ni les mêmes proportions dans toutes leurs parties et produiraient de grandes illusions si l’esprit n’intervenait pour les corriger. Les images que l’on obtient sur le crâne avec le craniographe ou le stéréographe Broca et les mesures que l’on relève directement sur le crâne ou sur le vivant par le procédé de la double équerre sont des projec-
lions orthogonales. Elles ont les dimensions mêmes des objets et sont les seules par conséquent qu’on doive employer en craniométrie. Soit (fig. 148) le corps ABCD, sa projection orthogonale c’est A'B'G'D', sa projection centrale A'TLGD7. Pour obtenir la projection orthogonale, l’œil est obligé de se déplacer avec la tête afin que son axe reste toujours perpendiculaire au plan de projection; dans la projection centrale il reste immobile et voit les diverses parties de l’objet sous des angles différents.
Fig. 148. — Projections orthogonale et centrale.
Les plans sur lesquels l’image peut se projeter d’une façon orthogonale se choisissent à volonté. Étant donné par exemple le crâne : suivant la façon dont on place une lumière, on obtiendra de lui une ombre se projetant dans un plan placé au-dessus, au-dessous, en avant, en arrière ou sur le côté ; c’est le système de la silhouette. Il en est de même en craniométrie : toute la différence, c’est que l’ombre ne donne que les contours, comme du reste le cràniographe Broca dont nous ne nous servons plus ; tandis qu’avec le dessin et mieux avec le stéréographe Broca ou le diagraphe Gavart, on a tous les points intermédiaires inclus.
Dans chaque tracé de figure sur l’un des plans choisis, il y a deux sortes de lignes ou de projections par rapport au corps ou au crâne considéré, les unes verticales, les autres horizontales. Ainsi sur le plan vertical postérieur tangent à l’occiput les hauteurs sont des projections verticales et les largeurs des projections horizontales. Dans le plan supérieur tangent à la voûte, on distingue de même des lignes ou projections antéro-postérieures et des largeurs ou projections transversales. Toute ligne perpendiculaire à une autre devient une projection par rapport à elle.
On peut ainsi partager le crâne en autant de plans réciproquement perpendiculaires que l’on désire, les uns horizontaux, les autres verticaux antéro-postérieurs, les autres transverso-verticaux, et se mettre à étudier et mesurer les parties exclusivement contenues dans ce plan. Mais il est d’usage de se rallier à six, chacun tangent à la partie la plus extérieure de l’une des six faces du crâne. La réunion de ces six plans forme donc un parallélipipède rectangle circonscrit à ce crâne. Un septième plan