‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 729 sur 980 · PLAN DES AXES ORBITAIRES · texte numérisé non relu

PLAN DES AXES ORBITAIRES

regarde que l’homme, et le plan des orbites qui convient à tous les animaux vivant au grand jour. Le premier est applicable surtout au vivant, et je me suis sérieusement demandé si dans ce cas ce n’est pas le meilleur. Une règle plate introduite entre les dents et serrée en donne la direction et permet alors de mettre la tête dans l’attitude voulue. Mais c’est une manière qui complique les opérations, et je pense que celle qui consiste à commander au sujet de regarder fixement à l’horizon, en corrigeant la situation de sa tête si par hasard ou par timidité il se trouve ne pas regarder naturellement, c’est-à-dire celle qui donne le plan visuel, est pratiquement bien plus simple et tout aussi correcte.

Il reste donc le plan de la vision dont je viens de juger ainsi la valeur sur le vivant, et le plan des axes orbitaires qui lui correspond sur le crâne. On ne saurait tout d’abord se dissimuler qu’en réalité c’est sur lui que se sont guidés tous les craniologistes, pour mettre le crâne dans la situation qui leur semblait la plus exacte, et en déduire les points de repère les plus appropriés pour établir un autre plan. Depuis Camper jusqu’à Morton, Dumoutier et Schaaffhausen, c’est non à proprement parler la direction des axes orbitaires qu’on a ainsi considérée, on ne les voit pas de profil, mais la ligne verticale tangente aux deux bords orbitaires. Ces craniologistes n’ont adopté d’autres plans, qu’à défaut de celui des axes orbitaires, par la seule raison que le centre du trou optique étant un vide, ils ne songeaient point à y placer un point anatomique. Tout le mérite de Broca est dans l’invention des aiguilles orbitaires qui ont rendu le plan visible. En un mot, d’un consentement unanime en quelque sorte, on a toujours accepté le plan des axes orbitaires et personne ne s’est élevé sérieusement contre lui. On s’est borné à dire qu’il n’est pas encore la perfection, ce que nous ne contestons pas : l’idéal, sous ce rapport, n’existe pas; mais c’est le meilleur proposé jusqu’à ce jour.

On a objecté que l’axe des orbites, de la façon dont on l’établit, c’est-àdire avec les aiguilles orbitaires, ne répond pas mathématiquement à l’axe visuel, que le trou optique est plus près de la paroi interne que de la paroi externe du fond de l’orbite, que ce trou a une étendue qui ne permet pas toujours à l’aiguille de rester à son centre. Sans vouloir faire de jeu de mots, on pourrait répondre que ce sont là des pointes d’aiguilles. Une objection plus sérieuse est celle des bords orbitaires supérieur et inférieur, du supérieur surtout dont le volume et l’effacement varient dans les orbites mégasèmes et microsèmes ; mais cette objection est plutôt de l’ordre théorique, car en fait il s’établit dans les parties une sorte de compensation faisant qu’en fin de compte le centre du pourtour du trou optique et le centre du pourtour de l’orbite ont toujours la même situation relative. Le plan des axes orbitaires ne présente pas de différence de direction sensible dans les orbites mégasèmes et dans les microsèmes. Du reste les déviations des axes dans le sens horizontal sont indifférentes, celles dans le sens vertical seules importent. Mon

collègue et ami le professeur de Torok, de Budapest, a fait construire un orbitomètre pour mesurer ces écarts, je dois dire qu’ils sont insignifiants et ne faussent pas le principe. Rien absolument n’est fixe dans le crâné, chercher l’invariable dans la craniométrie, c’est rêver la pierre philosophale; lorsque des écarts aussi légers que ceux des axes orbitaires se présentent ils sont négligeables, de même que l’erreur personnelle qu’on ne peut éviter.

Le plan des axes orbitaires est en somme le seul, avec le plan de mastication, qui repose sur une donnée physiologique rationnelle discutable, mais il est sous tous les rapports préférable à celui-ci. La valeur des autres plans proposés dépend entièrement de son parallélisme avec lui ; toutes les autres données sur lesquelles M. Schaaffhausen par exemple s’appuie pour orienter le crâne, ne viennent qu’en second ordre.

« Le plan des axes orbitaires qu’il est permis d’appeler le plan de la vision horizontale, conclut Broca, est donc le seul plan qui mérite réellement le nom de plan horizontal de la tête. »

C’est le seul pour notre part que nous acceptions en principe, et que nous défendions. Malheureusement il ne peut servir directement en toute circonstance. On ne peut faire reposer le crâne sur lui comme cela se pratique pour d'autres plans, il ne fournit pas de point d’appui à des tiges extérieures propres à fixer le crâne. M. Atkinson de Londres a imaginé un goniomètre facial très ingénieux qui se fixe directement sur les orbites, en se guidant sur leurs axes, mais je doute qu’il s’en soit servi d’une façon suivie; il ne donne, à la suite de sa description, aucun des résultats qu’il aurait obtenus. Mais en soutenant le crâne d’une autre façon, le soulevant çà et là avec des coins en bois ou se servant du craniophore de M. Ranker, le plan des axes orbitaires ou mieux des deux aiguilles qui le représentent peut parfaitement être mis à profit. Je m’en suis maintes fois servi avec succès, soit avec la planche à projection de Broca, soit avec mon propre craniophore ; M. Flower également à Londres. En tout cas les craniologistes qui ont confiance dans les projections prises non directement sur le crâne, mais sur des dessins au stéréographe ou au diagraphe, peuvent l’employer aisément. Il leur suffit, lorsqu’ils dessinent le crâne, d’y placer les aiguilles orbitaires et de tracer sur le dessin leur direction. Nous ne trouverions pas, parmi les plans anatomiques dont maintenant nous allons nous occuper, un plan qui lui soit sensiblement parallèle que nous n’hésiterions pas à adopter définitivement et complètement dans la pratique le plan orbitaire. De toutes façons nous recommandons, lorsqu’il s’agira d’une question délicate de projection à résoudre, de s’en servir à titre de plan étalon.

Les conditions que doit remplir le plan anatomique à adopter pour l’usage courant, à défaut du précédent, sont les suivantes autant que possible :

1° Il devra être d’une détermination facile et rapide par des points

Page 1