CHAPITRE III
et de l’Asie occidentale jusqu’au Turkestan et au Gange, en laissant de côté les Moscovites et les Lapons; ils sont blancs, dit-il, sauf les Arabes, les Berbers, les Égyptiens, les Perses et les Indous, dont la coloration foncée est accidentelle et due au soleil; 2° les nègres de l’Afrique, dont la couleur est naturelle; 3° les Asiatiques orientaux, qui ont le teint véritablement blanc, le visage aplati, le nez épaté, des yeux de cochon, une petite taille, et qui manquent de poils au visage, description sommaire merveilleuse; 4Ü les Lapons, mais dont il n’a vu que quatre échantillons. Quant aux Américains, il ne les connaît pas, et se borne à dire qu’ils ressemblent le plus aux Européens.
Le second essai est de Bradiey en 1721 (1); c’est la méthode dichotomique de Linné qu’il emploie, avant même qu’elle n’eût été exposée par le naturaliste suédois. Le premier caractère adopté est la couleur, le second est tiré de la nature ou de la quantité des cheveux. En voici le
tableau :
\ avec barbe . Européens.
/sans barbe . Américains.
,T . ( aux cheveux droits . Abvsssins.
Noirs ] . . .
(aux cheveux laineux . Nègres.
Intermédiaires . Mulâtres.
Ce qu’il importe de remarquer ici, c’est la race noire, aux cheveux droits, déjà indiquée par Hérodote, que les classificateurs, après Bradiey, n’ont pas remarquée, et qui ne reparaît plus tard qu’avec Huxley.
La division de Linné en quatre races semble avoir été établie par la couleur de la peau ; mais en y regardant de près, il est évident qu’elle l’est par un ensemble de caractères, ainsi que nous l’avons montré. Elle ne figure qu’à partir de la deuxième édition du Systema naturæ.
Buffon aurait divisé l’humanité en six races, suivant Blumenbach; c’est une erreur. Buffon n’a jamais indiqué un nombre exact de races, elles étaient trop mal délimitées pour lui et trop subordonnées aux milieux, pour qu’il s’engage à ce point. Si l’on suit sa description, il est aussi facile d’en reconnaître huit, dix, quinze que six.
Dès lors les essais de partage des races humaines se multiplient. Erxleben, professeur à Gœttingue, en admet cinq : les Lapons, les Tartares, les Européens, les Africains et les Américains, à la suite, évidemment, d’une lecture de Buffon. Kant quatre: les Européens septentrionaux dus au froid humide, les Américains dont dérive le Kalmouck, dus au froid sec, les nègres dus au chaud humide et les Indous provenant... sans doute du chaud sec. Zimmermann quatre, répondant aux quatre versants du plateau central de l’Asie, par lesquels se sont écoulées ses quatre migrations primitives. Meiners deux : la blanche et belle et la noire et laide. Metzer deux aussi. Leibnitz quatre. John Hunter sept, etc.
(1) Bradiey, A philosop/ucal account ofthe voorks of Nature, in-4, London, 1721.