‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 774 sur 980 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

une horizontale déterminée par l’attitude de la tête. Le procédé est celui de la double équerre employée pour le corps, et qui sera exposée au long dans la partie de ce livre concernant l’anthropométrie.

La tète peut être orientée suivant la ligne horizontale de Camper, la ligne d’Albert Durer, le plan des axes visuels, ou toute autre comme la ligne allemande actuelle, ainsi que je l’ai vu faire par M. Ranke, en traçant sur le visage préalablement à toute opération une raie au crayon passant par le bord supérieur du trou auditif, l’arcade zygomatique et le bord inférieur de l’orbite. Celle de Camper relève trop la tête, est jugée par les expériences de Broca, et n’a conservé aucun partisan. La ligne allemande n’est pas aussi facile à établir qu’il semblerait, ses points de repère ne sont ni visibles, ni très nets au toucher. Je l’ai expérimentée: en laissant de côté les objections anatomiques qu’on a vues précédemment, ses écarts de l’orientation naturelle palpable de la tête dépassent de beaucoup ceux inhérents au plan suivant. Le plan des deux regards est plus commode et plus correct. On dit au sujet de regarder droit devant lui, naturellement ; on redresse au besoin sa tête avec la main, lorsqu’il ne regarde pas bien ; au besoin encore on prend la hauteur de ses yeux ; ou à la même hauteur à quelques mètres on place un objet qu’on le prie de fixer. L’expérience m’a démontré que le système est bon, et en tout cas préférable à tout autre, particulièrement à l’orientation par le plan de mastication, c’est-à-dire par une règle tenue entre les dents, qui se dirige d’elle-même à l’horizon.

Quoi qu’il en soit et pour en revenir aux Instructions delà société, la tête réputée orientée par l’horizontale de Camper est appuyée contre un plan vertical gradué placé en arrière, comme dans la figure 167 ; sur ce plan appelé la planche anthropométrique de Broca se lisent les hauteurs, tandis que sur l’équerre antéro-postérieure qui glisse sur lui se lisent les projections horizontales. Pour l’angle de Jacquart prescrit à tort on prend: 1° la distance D'R de l’ophryon au plan postérieur; 2° la distance DA du point spinal au même plan postérieur ; 3° la hauteur spino-ophryaque D'D ou projection verticale comprise entre les deux.

Sur une feuille de papier alors on construit le parallélogramme BD'DA qui en résulte et l’on relie les points antérieurs B et A des deux projections par une ligne oblique qui représenterait la ligne faciale. L’angle est au point spinal A.

Il y a toutefois une grande objection, c’est que chez les sujets dont les épaules sont bombées ou chez les brachycéphales, l’arrière de la tête ne touche pas le plan postérieur, et que les efforts que le sujet fait pour effacer ses épaules et se prêter à la circonstance faussent l’attitude de la tête. Il faut alors placer un livre ou quelqu’autre objet derrière la tête, et en défalquer l’épaisseur des deux projections horizontales. La même objection existe lorsqu’on veut prendre l’angle de Jacquart, et orienter la tête d’après l’horizontale de Camper, et, chose étrange, per-

ANGLE FACIAL DE LA SOCIÉTÉ D’ANTHROPOLOGIE. JOa

sonne ne s’en est aperçu. Elle apporte cependant de grandes complications au procédé opératoire. Dès mes premières études en anthropologie, il y a quinze ans, ayant à faire un rapport sur cent observations de mensurations sur le vivant et en ayant calculé les cent angles faciaux, j étais arrivé aux chiffres les plus incohérents : des variations de 42° à 91°, une moyenne de 62° dans une série de jeunes Arabes, et à côté une moyenne de 84° chez des nègres, le contraire de toutes les probabilités; 1 auteur n’en aurait pas cru ses yeux.

Fig. 167. — Méthode de la double équerre pour obtenir l’angle facial.

AD, projection du crâne total; AH, sa partie faciale; H C, sa partie répondant au crâne cérébral antérieur; CD, sa partie répondant au crâne postérieur; D' D = BH, hauteur sus-spinale; B A, ligne auriculo-spinale ; B A.D, angle de Jacquart.

Je n’engage donc pas à recourir à ce procédé dont le principe seul, celui delà double équerre, reste bon, ainsi que l’idée de l’adapter à n’importe quel plan on jugera préférable de choisir.

Le troisième procédé est celui des instruments ou goniomètres mesurant l’angle directement. Le premier en date est le goniomètre facial en buis, de Broca, copié sur le modèle de celui de Jacquart, et pouvant s’employer pour l’angle de Cioquet et l’angle de Cuvier. Malheureusement il est mal construit, les articulations jouent, les fiches auriculaires sont défectueuses, il donne de grosses erreurs et est depuis longtemps abandonné.

Le second est un appareil ingénieux du Dr Harmand, imaginé d’après les Instructions de la Société, qui permet de lire l’angle directement, et sur place. En tant que goniomètre l’instrument serait bon s’il mesurait un

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