ANGLE FACIAL DES AMÉRICAINS, SUR LE VIVANT
l’angle faux ; si l’on prend la tête l’angle est bon et les projections fausses. Même pour prendre la taille la tête ne doit pas être tenue de s’appuyer en arrière contre le mur.
Tout ce que je veux conclure en ce moment, c’est que l’angle que prend le goniomètre Harmand, déterminé par trois points, est indépendant de l’attitude de la tête et que les autres mesures, c’est-à-dire les projections visées par l’instrument, se rattachent à une orientation étrangère à son horizontale et livrée au hasard.
Le troisième instrument est le demi - goniomètre facial que Broca imagina sans se douter qu’il avait été construit auparavant et appliqué sur une large échelle par les Américains, pendant la guerre de la Sécession.
Je donnerai quelques détails sur ces essais des Américains. Ils sont pleins d’enseignements, et montrent à quoi conduit l’anthropométrie lorsqu’elle émet des Instructions non suffisamment élaborées, et confie des mensurations à tous, sans une préparation spéciale, comme s’il s’agissait de la chose la plus facile. Les Américains étaient très excusables dans les conditions où ils se trouvaient, on ne saurait trop admirer l’initiative qu’ils ont prise dans un moment si critique et les méthodes et procédés qu’ils ont improvisés du jour au lendemain pour aboutir au monument anthropométrique le plus étonnant que la science possède encore. Quelques taches dans le tableau ne sauraient en troubler l’effet général. Mais cela doit servir de leçon à ceux qui auront à marcher sur leurs traces, dans notre Europe retardataire.
Au nombre des mesures que l’administration sanitaire prescrivit de prendre dans les hôpitaux et dépôts de prisonniers, navires et autres lieux dépendant de l’Union du Nord, se trouvait l’angle facial, c’est-à-dire, suivant le livre de M. Gould (1), celui « dont le centre est au bord alvéolaire, et dont les deux côtés sont donnés parles lignes se rendant de ce point, d’une part au trou auriculaire, et de l’autre aux bosses frontales ». C’est donc de l’angle de Cloquet qu’il s’agissait, avec cette particularité que la ligne faciale remontait non au point tangent maximum en haut, comme faisait Camper, mais d’une façon constante aux bosses frontales. Or, le demi-goniomètre mis entre les mains des opérateurs se compose d’une fiche auriculaire pénétrant dans l’oreille, d’une baguette transversale venant s’appliquer en haut sur la partie voulue du front, et d’une baguette métallique transversale venant s’appuyer « contre le maxillaire supérieur, au-dessus de la lèvre supérieure, .aussi haut que la cloison sous-nasale » ( septum of the nose) le permet. C’est clair. Eh bien, 1 angle ainsi présenté a son sommet à l’épine nasale et non au bord alvéolaire.
(1) Voici les travaux que l’on pourra consulter sur l’angle de Jacquart : H. Jacquart, Mensuration de l'angle facial et les goniomètres , in Mém. Soc. biol., 1855. — Bertillon, Angles céphaliques , in Dict. encycl, sc. méd., 1866. — Topinard, Mém. sur l angle facial , cité.