CHAPITRE III
les considérer de sa propre hauteur par leur face supérieure, et à les comparer ainsi.
Rapprochée de la description de quelques autres caractères qui ne s’y prêtaient pas, elle a donné naissance aux ensembles sommaires des Décades craniorum dont voici un exemple pris au hasard parmi les plus courts : la description du crâne kalmouck.
« Caractères principaux. — Face aplatie, vertex déprimé, ses os saillants de chaque côté. Os du nez très petits, inclinés presque verticalement. Arcades sourcilières à peine marquées ; racine du nez si peu déprimée que la ligne du front se continue avec la ligne du nez par-dessus la glabelle aplatie en présentant une courbe à peine sensible. Ouverture des narines très petite. Fosse malaire très plate.
« Autres observations. — Trou occipital étroit. Condyles occipitaux aplatis. Apophyses mastoïdes très faibles. »
Anatomie comparée des races humaines et anthropométrie. — Le
complément de la crâniométrie, c’est l’anthropométrie dont l’usage a fait le synonyme de mensuration du corps et du squelette. Mais la crâniométrie réunie à la crâniologie n’est elle-même qu’une partie de l’anatomie comparée, science très générale dont nous avons suivi le développement après Vésale, en même temps que de la zoologie générale et descriptive, et dont nous devons à présent reprendre la portion qui regarde spécialement l’homme et ses races sous le nom d’anatomie comparée des races humaines.
Les médecins se sont fait une spécialité de l’anatomie de l’homme, ils l’ont poussée aussi loin que possible à tous les points de vue, mais ils n’ont jamais considéré que l’individu et ont agi comme si tous les hommes étaient construits sur un type identique. Ce type qui est celui du genre humain, ils ne l’ont pas comparé avec celui des animaux et ils se sont inquiétés encore moins de ses divergences dans les races. Cette partie, très intéressante, à peine cultivée de nos jours même, sauf pour quelques organes comme le cerveau et le squelette, appartient en propre à l’anthropologie.
Du quinzième siècle à la fin du dix-huitième elle n’a rien donné. Riolan fils disséqua le corps d’un Maure, Winslow celui d’un Esquimau, Alexis Littré un nègre, Meckel deux nègres au moins, Camper deux autres nègres, etc. ; mais aucune observation spéciale n’en résulta, et ce n’est qu’en 1785, avec le célèbre mémoire de Sœmmering sur le Nègre comparé à l’Européen, que l’anatomie comparée des races humaines prit naissance.
Sœmmeriiift- (S.-T.) naquit à Thorn en 1755. Ses recherches, dit l’auteur de sa biographie dans le Dictionnaire des sciences médicales , ont beaucoup d’analogie avec celles de Camper; mais venant à une époque où la science avait fait plus de progrès, elles sont poussées plus loin. Ses œuvres intéressant particulièrement l’anthropologie sont un mémoire sur
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HISTORIQUE
la Base cle l'encéphale , publié à Gœttingue en 1778, et un mémoire sur le Nègre comparé à l’Européen , publié à Francfort en 1785 (1).
Dans ces travaux (2), il passe en revue chez le Nègre et l’Européen et, à l’occasion, chez les animaux les principaux organes et spécialement la tête et le corps revêtus de leurs parties molles, le crâne, le bassin et le reste du squelette, en trace le premier parallèle étendu et, chemin faisant, donne pour le cerveau, le crâne et le bassin, des mesures qui ouvrent la voie dans ce genre de travail. Partout il découvre des différences chez le Nègre dont l’exactitude a été reconnue, quelques-unes même sur lesquelles on n’a pas insisté depuis. Sa proposition principale, celle qui a le plus attiré l'attention des contemporains, c’est que le cerveau est plus grand chez l’homme que chez aucun autre animal par rapport au volume des nerfs qui se détachent de sa base, et que les nerfs de la base chez le Nègre sont plus gros, ce qui place celui-ci dans une position sériaire intermédiaire à l’Européen et aux animaux. Sœmmering n’osant se fier à une ou deux pesées de cerveau qu’il avait eu la bonne fortune de faire, en déduit que le cerveau du Nègre doit être pus petit, ce qui est vrai. Les quelques mensurations du crâne auxquelles Sœmmering s’est livré chez l’Européen et le Nègre comparativement se réduisent à un diamètre longitudinal et un diamètre transversal.
Un semblable parallèle du Nègre et du Blanc dans toutes leurs parties successivement, tant intérieures qu’extérieures, a été repris par Charles White à Manchester (3). Partant de la théorie de Bonnet (4), que les êtres organisés comme les êtres inorganisés se répartissent dans la nature suivant un série linéaire et continue comparable aux degrés d’une échelle, et d’une démonstration à laquelle il avait assisté, dans laquelle le docteur John Hunter mettait en ligne une suite de crânes d’hommes et d’animaux pour montrer qu’entre eux il y avait une gradation ininterrompue, White admit, puis démontra, que le Nègre est, sous le rapport de la transition de l’Européen aux singes, l’échelon intermédiaire.
C’est en arrivant à la comparaison des membres supérieurs, c’est-à-dire à la longueur relative du bras et de l’avant-bras, qu’Aristote le premier a donnée comme plus grande chez le singe que chez l’homme, que White fut amené à entreprendre une suite de mensurations méthodiques.
Çà et là, quelques mesures avaient déjà été prises sur le cadavre, sur le
(1.) S. -T. Sœmmering, De bass. encephali. Gœttingue, 1778.
(2) üeber die koperliche Verschiedenheit des Negers von Europaer , par le professeur Sœmmering, Frankfurt et Mainz, 1785.
(3) An account of Vie regular Gradation in Mon and different animais and vegetables , and from the former to the latter, par Charles White, in-4°. London, 1799.
(4) Voici la partie supérieure de l’Échelle des êtres naturels, de Bonnet :
Homme , orang-outang, singe, quadrupèdes , écureuil volant, chauve-souris, autruche,
oiseaux , etc . , se terminant, en passant par les plantes, les pierres, etc., par : Eau, air,
feu, matières plus subtiles (Charles Bonnet, Œuvres d’histoire naturelle et de philosophie. Neuchâtel 1779, 7 volumes).