CHAPITRE XXVIII
La petitesse de l’œil est le premier et le plus répandu de ces caractères. Il atteint un degré extraordinaire dans quelques cas, l’œil semble cligner en permanence et fuir la lumière, et pour en reconnaître la couleur, il faut écarter les paupières. Cette petitesse, ou, pour parler juste, celle de l’ouverture palpébrale, est quelquefois réelle, mais le plus souvent elle tient à diverses causes : au rapprochement prématuré vers la commissure externe des deux bords palpébraux, que j’ai qualifié de pincement ; à la bride qui masque la commissure interne; et au boursouflement de la partie des paupières avoisinant leur bord libre, qui couvre le globe en modifiant la forme de l’ouverture palpébrale et la contournant.
L’obliquité est le plus rare de ces caractères : il a été beaucoup exagéré, il est une apparence plutôt qu’une réalité, en ce sens qu’il suffit, avec les doigts, d’étendre la peau pour le faire disparaître, et ne porte généralement que sur un seul des deux yeux.
Nous avons dit que les deux moitiés du cerveau ne sont pas rigoureusement symétriques, que la plagiocéphalie naturelle du crâne est fréquente. A la face cette asymétrie est constante et plus ou moins prononcée ; il semble que l’Auteur des choses ait fabriqué les deux moitiés de la face à part et qu’en les rapprochant il les ait mal appliquées : toujours un des côtés se relève. L’horizontalité des deux yeux, chez l’Européen, n’est jamais rigoureuse, l’une des commissures de la bouche se relève, l’un des sillons naso-buccaux est plus profond et plus oblique. C’est une exagération de cette asymétrie, observée dans toutes les races, qui se produit dans les races jaunes; à cela s’ajoutent un certain relèvement de la commissure externe, une certaine contorsion du bord palpébral supérieur et enfin un relèvement quelquefois de l’extrémité externe du sourcil. L’œil mongol paraîtra oblique à première vue; les voyageurs, les artistes le verront de même et cependant, si l’on y regarde de près, on ne retrouve plus cette obliquité. Il faut cependant qu’elle soit assez sensible, puisque M. Mondières a pu la mesurer à l’aide d’un rapporteur en corne, transparent, muni d’un fil à plomb et placé horizontalement devant l’œil et en donne divers schémas qu’il a obtenus à l’aide de moyennes sur une suite d’indigènes de Hué, au Tonkin. Les voyageurs pourront continuer cette étude.
On a voulu expliquer l’obliquité de l’œil mongol parcelle des orbites; rien ne le permet; les axes des orbites ne présentent pas de différences sensibles dans les races jaunes, blanches ou nègres; ils s’abaissent en règle générale à leur extrémité externe, les deux orbites formant entre eux un angle obtus ouvert en bas; mais ils ne se relèvent dans aucune race et chez aucun individu. On a dit aussi que le relèvement, si léger qu’il soit, de la commissure palpébrale externe tenait à ce que dans les races jaunes les os malaires plus développés refoulent en haut l’apophyse orbitaire externe sur laquelle s’insère le ligament palpébral externe qui commande