CHAPITRE IV
famille diminuent jusqu’à ce qu’on arrive à quelques couples. Ces couples primitifs, ce sont ceux que Dieu a fait entrer dans l’arche de Noé, et qui provenaient des couples créés antérieurement, comme le raconte la Genèse. Ils se sont dispersés, engendrant une postérité innombrable avec ses caractères actuels, immuables, les mêmes qu’à l’origine.
Les choses n’ont pu se passer ainsi, répond Pricbard, car l’ours polaire et l’hippopotame des tropiques, sans parler d’une foule d’autres espèces, n’ont pu vivre sous le même climat avant ou après la sortie de l’arche. La vérité est que le déluge est la dernière révolution du globe, comme l’a dit Cuvier, que toutes les espèces vivantes ont péri et qu’à leur place il s’est fait une création nouvelle d’espèces s’adaptant chacune par leurs caractères physiques au climat dans lequel Dieu a entendu les placer. Les couples conservés par Noé n’étaient que ses animaux domestiques, ceux dont il avait besoin et ceux qu’il avait l’habitude d’offrir en sacrifice à la divinité. En un mot chaque espèce a pris naissance dans des endroits divers de la terre et s’est irradiée de là aussi loin que le lui ont permis ses facultés de locomotion et les moyens de transport.
En se reportant à l’homme, le raisonnement suivant s’impose donc. S’il ne forme qu’une seule espèce, il a pris naissance en un point unique du globe. Qu’on prouve que toutes ses migrations le ramènent à un point central unique, et l’unité de son espèce est établie.
Poursuivant sa thèse, Prichard se pose la question : A quoi reconnaît-on l’espèce en histoire naturelle? A son origine différente de la race et à sa distinction par quelque caractère particulier non acquis, ne provenant pas de l’action des milieux et se transmettant d’une façon ininterrompue. Toute espèce présente des variations (la variabilité limitée de Cuvier opposée à l’immuabilité de Linné, ce qui prouve la distance de l’orthodoxie linnéenne à l’orthodoxie prichardienne). Ces variations sont individuelles (transitoires) ou permanentes. Les variations permanentes sont les races.
Par conséquent, pour savoir si un groupe zoologique quelconque est une espèce ou une race, il faut prendre le trait (ou les traits) transmissible dans les deux cas , auquel on reconnaît ce groupe, et déterminer s’il est acquis, c’est-à-dire attribuable aux milieux, circonstances ou causes extérieures quelconques. C’est la doctrine de Blumenbach.
Il en résulte que la solution du problème posé entre les monogénistes et les polygénistes se réduit à ceci : Soit un nègre; ce qui le caractérise a-t-il pris naissance vite ou lentement avec le temps ou est-il primitif, c’est-à-dire .contemporain de la création des espèces (la création de la Genèse ou la création après le déluge) ? Notons que ce caractère, malgré la réserve de Buffon à cet égard, doit être permanent dans une certaine limite, sans cela il ne caractériserait pas la race qui est une variété permanente. Cependant il ne peut être tout à fait permanent, car alors il remonterait àl’origine des choses et caractériserait par conséquent une espèce. La nuance entre l’espèce et la race, entre le caractère absolument permanent