HISTORIQUE. — BORY DE SAINT-VINCENT
très savant et très érudit, qui fit à Rome en 1835 une série de conférences qui furent réunies en un volume. Nous en connaissons quatre éditions. Son titre seul indique l’esprit dans lequel ces conférences étaient conçues ; « Discours sur les rapports entre la Science et la Religion révélée »; il le termine par ces mots : Religio , vicisti (1). L’évêque de Mélipotamos a depuis été nommé cardinal.
Les trois plus célèbres polygénistes de cette phase, les plus résolus sont, comme je l’ai dit, Virey, Bory de Saint-Vincent et Auguste Desmoulins, auxquels en Allemagne on ajoute Rudolphi (2).
Le rôle de Virey fut celui d’un vulgarisateur. Disciple de Rousseau, admirateur fervent de Buffon, il a ces vues naturalistes et cette phraséologie du temps qui jettent si aisément hors des voies de l’observation stricte- La première édition de son Histoire naturelle du genre humain parut en deux volumes en 1801 ; elle reflète l’état des connaissances sur l’homme et ses races, à la suite des nombreuses expéditions sur terre et sur mer de la fin du xvme siècle ; la deuxième édition en 3 volumes est de 1824. Dans la première, il classe les races par la couleur en admettant deux espèces humaines très tranchées ; dans la deuxième il les classe par l’angle facial. Certainement, dit-il dans celle-ci, si les naturalistes voyaient deux insectes, deux quadrupèdes aussi constamment différents par leurs formes extérieures... que le blanc et le nègre, ils n’hésiteraient pas, malgré les métis qui naissent de leurs croisements, à en faire deux espèces distinctes.
La question se réduisait en effet à cela, on ne contestait pas l’origine des espèces dès le commencement des choses, mais on soutenait que l’humanité se composait d’espèces multiples, nées à] la même époque, après la dernière révolution du globe et jouissant chacune des caractères professés par les classiques du Muséum.
Bory de Saint- Vincent est un personnage bizarre. Ennemi personnel de Virey et de Desmoulins et pensant comme eux, élève respectueux de Cuvier auquel il dédie son livre et pensant autrement, systématiquement hostile au texte biblique, faisant dériver les Juifs des Égyptiens et plaçant leur berceau commun (le paradis terrestre) dans les montagnes de l’Abyssinie, il termine par une invocation à V Eternelle Sagesse, à 1 Etre Suprême, à l’incompréhensible!
Son livre en deux petits volumes sur « L’homme (homo), essai zoologique sur le genre humain » paru en 1827 avec notes, fut d’abord un article du Dictionnaire d’ Histoire naturelle de Déterville , publié en 1825. Quoique personne ne soit plus à même d’en sentir les défauts, M. de Quatrefages l’apprécie en ces termes : « C’est un manuel d’anthropologie, bon encore
(1) Nicolas Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée prononcé à Rome (en 1835). Paris, 4e édition, 1845.
(2) Rudolphi., Beitrage zür Anthrop. und Allg. Naturg eschichte ( Contribution à l’Anthropologie et ci l’histoire naturelle générale). Berlin, 1812.