CHAPITRE IV
à consulter de nos jours, mais qui ne doit l’être qu’avec précaution et en le contrôlant soigneusement (1). »
Auguste Desmoulins, anthropologiste distingué, mais esprit aigri par les déceptions, était hautement estimé de Broca, pour deux de ses ouvrages : son Anatomie des systèmes nerveux , écrite en collaboration avec Magendie, dans laquelle, pour la première fois, le rôle de la circonvolution cérébrale est compris, et son Histoire naturelle des races humaines en un volume, parue en 1826 (2).
L’argumentation des trois, et en particulier de Vj.rey et de Bory, se résume à peu près comme il suit :
La stérilité entre espèces n’est pas un caractère de l’espèce; et la fertilité entre le blanc et le nègre ne prouve pas qu’ils soient de la même espèce. La même fécondité se rencontre chez quelques animaux : le loup avec le chien, le bouc avec la brebis, la linotte avec le serin ; il n’est pas certain même que l’hybride de l’âne et du cheval, le mulet, soit toujours stérile. Les caractères de races sont permanents, témoins les Juifs. Les caractères du Nègre en particulier se maintiennent sous tous les climats, quel que soit son genre de vie. Sa couleur persiste, ses cheveux restent laineux, son crâne ne change pas, son trou occipital n’avance, ni ne recule. On a dit que les Portugais qui habitent le golfe de Guinée depuis deux siècles sont devenus aussi noirs que des Nègres; c’est une erreur, ils ont la couleur de leurs congénères restés dans la péninsule Ibérique. Les Groenlandais et les Malais ont le même teint quoique les uns vivent sous la zone polaire et les autres sous lazone torride. Les caractères pathologiques ne sont pas les mêmes chez tous les hommes ; les Européens ont la fièvre jaune, les Nègres ne l’ont pas. Prichard prétend que chez les animaux, les variétés noire et blanche se produisent spontanément, et en conclut que cela doit se présenter aussi chez l’homme; jamais cela n’a été vu ; l’albinisme est une maladie individuelle et non héréditaire.
L’avantage dans cette phase fut aux monogénistes. Prichard conserva son prestige jusqu’au bout. Dans la seconde phase, les rôles changent. Les noms sont nombreux de part et d’autre, mais les polygénistes l’emportent par l’éclat et le retentissement de leurs publications.
Parmi les monogénistes, jusqu’en 1859, se voient : Omalius d’Halloy en Belgique ; Hodgkin, Latham et J. G. Hall en Angleterre ; Flourens, Eusèbe de Salles, Hollard et Godron en France. Parmi les polygénistes, Hamilton Smith, Knox, Grawfurd et James Hunt en Angleterre ; Morton, Agassiz, Nott etGliddon en Amérique; Jacquinot, Gerdy et son élève Broc,Bérard, Pouchet et Broca en France : Broca, qui clôtura la discussion par son
(1) De Quatrefagos, Rapports sur les progrès de L'anthropologie , in-4, 1876, Imprimerie nationale, p. 20.
(2) A. Desmoulins, Histoire naturelle des races humaines du nord-est de l’Europe, de l’Asie boréale et orientale et de l’Afrique australe , appliquée à la recherche des origines des anciens peuples, à la science étymologique, à la critique de l’histoire, etc. Paris, 1826.