HISTORIQUE. — DESMOULINS
triple mémoire sur Y Hybridité communiqué à la Société de Biologie, avant la fondation de la Société d’anthropologie de Paris, date où nous nous arrêtons.
Le plus radical des polygénistes serait Knox, d’après M. de Quatrefages, celui qui a poussé le plus loin la multiplication des races.
Le but de son ouvrage (t) est d’établir que les races européennes diffèrent aussi complètement les unes des autres que le Nègre ordinaire du Boshiman, le Gafre du Hottentot, le Peau-Rouge del’Esquimau etcelui-cidu Basque. Son point de départ a quelque chose de séduisant. Se dégageant des préoccupations du naturaliste engagé par son langage et ses habitudes avec les animaux, il s’écrie dès les premières pages : « Les hommes sont de races diverses ; appelez-les des espèces si vous voulez, appelez-les des variétés permanentes! Peu m’importe. Le fait, le simple fait reste: les hommes sont de différentes races que nous allons étudier. »
L’un des polygénistes les plus modérés est Hamilton Smith, qui, en
1848, vers la même époque que Knox mais à Edimbourg, publia un petit livre très lu (2). Il admet au moins trois créations successives d’hommes en se basant sur l’impossibilité de comprendre la dérivation les uns des autres des caractères de l’Européen, du Mongol et du Nègre avec le temps absolument insuffisant que laissent les Écritures et ajoute qu’on ne tient pas suffisamment compte, dans la question, des nombreuses races d’hommes qui ont totalement disparu.
Mais ne pouvant passer en revue tous les noms, nous nous attacherons seulement aux plus importants, savoir: en Amérique, à Morton, Nott et Gliddon ; en France, à Broca.
Il y a deux phases dans l’École américaine, l’une de Morton, dans laquelle on ne découvre aucune influence étrangère à la science, l’autre de Nott et Gliddon où s’associent de la façon la plus étrange deux idées différentes: l’une sociale, l’autre religieuse.
Morton était un anthropologiste absolu en prenant ce mot dans l’acception exacte que lui donne le public éclairé actuel, c’est à-dire un homme de laboratoire, un anatomiste, s’élevant de la connaissance du crâne, du squelette et des caractères physiques de toutes sortes à la connaissance des races humaines et plus haut à celle du genre humain. Il était paléontologiste, zoologiste, professeur d’anatomie, médecin praticien et devant la postérité crâniologiste. Nous le prendrons à ce point de vue plus tard, et ne voulons considérer ici que le polygéniste.
« Après vingt ans d’observation et de réflexion, écrit-il dans un manuscrit publié après sa mort par Nott et Gliddon, pendant lesquels je ne me suis jamais approché du sujet sans une certaine circonspection, je ne trouve d’explication plausible des divers phénomènes qui caractérisent l’homme physique que par la doctrine de la pluralité d’origine des races humaines. »
(1) Robert Knox, The Races of Man. London, 1850.
(2) Gh. Hamilton Smith, The Natural History of the human species. Edimburg, 1848, in-12.