CHAPITRE IV
Lorsqu’il écrivait ces lignes, Prichard était mort, Morton avait assisté à toutes les discussions sur la question, il n’était lié par aucun engagement antérieur et devait être poussé vers l’unité par sa foi religieuse (1) ; sa conclusion a donc son intérêt.
Sa définition de l’espèce était du reste très orthodoxe : « Une forme organique primitive, » ce qui impliquait la continuité de cette forme par génération, sans préjuger du mode d’origine comprenant les deux idées nécessaires de filiation et de ressemblance. Toutefois il n’admettait pas le prétendu critérium de la fécondité et de la stérilité, et distinguait, ainsi qu’eût pu le faire Linné dans sa seconde phase, trois sortes d’espèces d’après leur degré de discordance ou d’affinité genésique, savoir:
1° Les espèces éloignées , dans un même genre; qui entre elles ne produisent jamais d’hybrides.
2° Les espèces alliées , qui entre elles produisent des hybrides stériles.
3° Les espèces parentes, qui entre elles donnent des rejetons fertiles.
Là s’est borné la part de Morton dans la question se débattant entre les monégenistes et les polygénistes. Celle de Nott et Gliddon fut essentiellement militante.
Les passions poussées à l’exagération sont toujours regrettables, elles le sontdanstoutesles sciences, elles le sont davantage en anthropologie où la première condition est la plus stricte impartialité entre les diverses opinions. La foi aux dogmes d’école ou d’église y est aussi préjudiciable que l’opposition voltairienne systématique ; la foi politique, la passion sociale ou l’intérêt personnel ne valent pas mieux. L’École américaine en est un exemple.
Jusqu’à Nott on s’était borné, en Amérique, à s’efforcer de légitimer l’horrible institution de l’esclavage en disant que le nègre descend de Cham maudit de Noé et condamné à être le serviteur de ses frères, ou plus loin, de Caïn maudit de Dieu après le meurtre d’Abel et noirci pour qu’on le reconnaisse partout. Quelques-uns seulement songeaient aux Préadamites de La Peyrère, exclus de la tradition sacrée par les Israélites. John C. Calhoun, le ministre des affaires étrangères à Washington, trouva que tous ces arguments ne suffisaient pas ; embarrassé dans ses notes diplomatiques avec la France et l’Angleterre qui plaidaient contre lui la cause de la race nègre, il crut à propos de soutenir avec les polygénistes que les nègres sont d une autre origine que les Européens et prédestinés à 1 esclavage de par la volonté de Dieu. Il fit appeler dans son cabinet, en 1844, le Dr Nott, qui en 1842 avait publié un mémoire sur l’infériorité
(1) Une chose froissait considérablement Morton, c’est la nécessité d’admettre dans la doctrine de 1 unité, 1 inceste à l’origine entre frères et sœurs et pis. Ces deux lignes de catéchisme, écrit-il, vaudraient mieux que toutes les discussions théologiques depuis Tère chrétienne :
D où vient la malédiction de ce que nous appelons le péché originel De ce que les enfants d Adam se livraient au croisement entre eux ( From Adam’s children breedinq in and in).