‹ Éléments d'anthropologie généraleChapitre 962 sur 980 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

craniométrie est encore plus vrai ici : mesurer est fort délicat, les causes d’erreurs abondent et les différences qui en résultent dépassent souvent celles qui caractérisent les types humains les moins contestés.

Il faut donc mettre tout en sa faveur pour diminuer autant que possible ces erreurs, perfectionnerl’outillage, simplifier les méthodes, ne demander que les mesures qui obligent à fonctionner dans des conditions rigoureusement identiques, choisir des points de repère ne se prêtant à aucune ambiguïté, et enfin ne pas perdre de vue que, le nombre seul corrigeant les écarts personnels, il faut s’adresser àtous et par conséquent réduire les mesures au strict nécessaire et les rendre simples et faciles. Les chirurgiens qui mesurent au lit d’un blessé pour reconnaître une luxation, une fracture, savent combien ces mensurations sont délicates; mais ils l’oublient en anthropologie et croient que la distinction des races n’exige pas tant de précision. Ceux de l’armée n’ignorent pas par quelles alternatives l’administration a passé avant de se décider sur la façon de prescrire dans les conseils de révision l’une des mesures que nous considérons comme des plus faciles, la circonférence de la poitrine.

Nous avons, en somme, à examiner les systèmes de mesures employés, les procédés opératoires, la conduite à tenir en présence du sujet et les points de repère, et à aboutir à des Instructions pour les voyageurs et les instituteurs, les uns observant sur l’adulte, les autres sur l’enfant, les uns ayant en vue la distinction des races, les autres la loi de développement des diverses parties du corps. Ayant çà et là traité la plupart de ces questions en présence même des faits, il nous sera permis d’aller vite et de ne pas perdre de vue notre objectif.

Systèmes anthropométriques. — Il n’y en a que deux: l’un qui représente les premiers tâtonnements des anthropologistes, l’autre qui est une première étape dans la voie de l’expérience.

Le premier se distingue par son absence absolue d’unité et de plan arrêté, il trace des cercles, construit des triangles, mesure des lignes droites, obliques, chevauchant les unes sur les autres ou s’entre-croisant, sans qu’on puisse le faire aboutir à une vue d’ensemble du corps humain. C’est un système issu des ateliers de peinture et de sculpture où l’on ne se préoccupe que de reproduire commodément les modèles que l’on a sous les yeux, à l’aide des moyens quelconques qui viennent à l’esprit.

Tels sont les distances du nombril aux extrémités des membres étendus dont dérive notre grande envergure ; le losange de Quételet compris entre la fourchette du sternum, les deux mamelons et le nombril; le losange de Sappey, compris entre le nombril, les deux épines iliaques et le pubis; les lignes de la Novara , de l’extrémité interne de la clavicule à l’épine iliaque antérieure, et de celle-ci au grand trochanter. Les premières listes de mensuration se ressentent de cette influence; c’est un honneur

pour ceux qui ont conçu le programme des mensurations anthropométriques américaines d’avoir su d’emblée s’en dégager.

Le second est celui dans lequel on veut un aperçu complet des proportions dans l’attitude naturelle du corps en se servant de projections verticales, transversales et antéro-postérieures réciproquement perpendiculaires ; les circonférences et quelquefois les angles intervenant à titre accessoire.

Dans ce système, les mesures dans le plan horizontal du corps de l’homme debout ne souffrent aucune difficulté ; on les prend successivement en se bornant à tenir les instruments exactement horizontaux, c’est-à-dire symétriquement aux deux extrémités de la mesure. 11 n’y a de divergences, se réduisant à deux, que pour les projections verticales. La première manière, la plus suivie aujourd'hui, consiste à rapporter les projections toutes soit au sol, soit au vertex et à prendre la hauteur de leurs divers points de repère, tout d’une traite, sans que le sujet bouge. On retranche ensuite une partie d’une autre et on a les véritables mesures intermédiaires dont on a besoin, répondant à un segment du corps. C’est la méthode indirecte. La seconde manière consiste à mesurer directement et d’un seul coup la longueur du segment ou de l’os désiré, tout en lui maintenant l’attitude qu’exige le principe et veillant à ce que l’instrument ait la position voulue pour que la mesure soit bien en projection verticale. Ainsi l’on mesure la longueur de la cuisse de l’épine iliaque antérieure à l’interligne articulaire du genou, soit avec un fil à plomb, soit avec une toise, soit avec la grande glissière à branches mobiles, en prenant non l’interligne du genou, mais son niveau à la distance horizontale nécessaire pour que la longueur mesurée reste verticale.

Dans cette méthode on n’est pas obligé en toutes circonstances de maintenir le sujet dans son attitude naturelle, symétrique, les bras tombant, etc. On ne peut faire autrement lorsque les deux points de repère sont sur deux os différents : l’attitude est indispensable par exemple pour la longueur par projection de la cuisse, d’un point quelconque situé sur le bassin à l’interligne du genou, ou pour la longueur du bras de l’acromion à l’interligne huméro-radial. Mais ce n’est pas indispensable lorsque les deux points de repère sont sur le même os : ainsi pour la longueur cubitale où il est indifférent que l’avant-bras soit tombant et parallèle au corps, ou appuyé sur une table et fléchi; pour la longueur radiale, où il est indifférent que le membre soit en pronation ou en supination (fig. 215).

Procédés opératoires. — Après ce que nous venons de dire, il semble que la méthode des projections étant adoptée en principe, il ne puisse y avoir qu’une façon de procéder et qu’il n’y a de divergences possibles que sur le choix de l’instrument le plus approprié, pour assurer la verticalité de la mesure. 11 n’en est pas ainsi. 11 y a deux procédés : dans l’un, avec le compas d’épaisseur ou le ruban métrique, on se rend

Page 1