CHAPITRE XXXll
thropologie, je montrais que l’essentiel pour un voyageur était de sauvegarder le principe; et que n’était l’impossibilité d’emporter avec soi une pièce de bois de 2 mètres, une latte quelconque de trois travers de doigt de longueur suffirait, munie d’une base, sur laquelle on fixerait avec deux punaises un double ruban métrique, et le long de laquelle glisserait à la main une équerre très simple que j’avais imaginée. Or, il se trouva que ce dernier système était si satisfaisant et fonctionnait si aisément et avec tant de justesse, grâce à l’équerre spéciale, qu’il devint notre appareil de démonstration pour les voyageurs venant au laboratoire afin de s’ exercer à l’anthropométrie avant de se mettre en route.
Vous arrivez dans un endroit où vous allez séjourner, leur disais-je, vous vous procurez une latte de bois, bien droite, plane, à bords d’équerre de 2 mètres environ, vous en plantez la base dans n’importe quel système de pied étroit, pourvu qu’il soit bien horizontal en dessous, vous ajoutez le ruban gradué et vous tirez de votre valise l’équerre, la seule pièce qu’il faille emporter de Paris. C’est ce qu’on pouvait appeler l 'anthropomètre improvisé.
A la Société d’anthropologie je n’avais pas parlé de fixer cette latte à un pied, je disais qu’il n’y avait qu’à la suspendre à un poteau ou à un arbre. Mais on ne rencontre pas toujours un poteau ni un arbre, m’objecta M. Antoine d’Abbadie, le célèbre voyageur en Abyssinie. D’autres voyageurs me firent une seconde objection. Mais, dirent-ils, on ne trouve pas toujours une planche de 5 ou 6 centimètres de largeur, d’équerre sur ses bords. Ce qui veut dire qu’il fallait de toute nécessité emporter avec soi tous les instruments nécessaires y compris la toise anthropométrique, pour me servir du mot usité dans les conseils de révision.
C’est alors qu’ayant fini par trouver des ouvriers habiles je suis arrivé à la toise anthropométrique dont la partie supérieure est représentée dans la figure 218. On la tient de la main gauche à côté du sujet, tandis que la droite fait manœuvrer l’équerre. Un fil à plomb aide à la rendre droite, l’instrument se dévisse en quatre parties et fait partie de ma boîte anthropométrique. On pourrait être tenté de croire qu’un pied est nécessaire. Nullement ! L’expérience nous a démontré que les écarts légers admissibles provenant du défaut de verticalité absolue de la toise ne dépassent pas et peut-être n’atteignent pas ceux résultant du défaut d’horizontalité parfaite du parquet du laboratoire sur lequel reposait la pédale ou le pied des anthropomètres précédents. Nous avons opéré en plaçant sur ce parquet une plaque de marbre bien horizontale : les défauts imperceptibles de la pédale ou du pied suffisaient encore à donner plus d’écarts. Avec cette toise anthropométrique toutes les hauteurs prescrites par la Société et toutes celles que l’on peut imaginer se prennent rapidement et sûrement.
Mais s’il y a des objections à la méthode du ruban métrique, si la méthode directe par le compas n’est pas logique lorsqu’on vise à reconsti-
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tuer le canon total des proportions, la méthode de la double équerre dans les conditions prescrites par la Société, que j’ai professée pendant longtemps, soutire de réelles objections contre lesquelles j’ai lutté de toutes mes forces et qu’il m’a fallu reconnaître.
Les mesures verticales de la Société sont au nombre de dix-sept, quoique plusieurs fort utiles fassent défaut. Or pendant le temps qu’elles exigent le sujet change de position, il se penche pour regarder ce qu’on fait, se pose sur une hanche, puis sur une autre. Les modèles eux-mêmes qui ont
Fig. 218. — Toise anthropométrique formée de quatre pièces de 50 centimètres chaque,
avec l’équerre à main.
une si grande habitude de se tenir immobiles changent imperceptiblement de position. En sorte qu’on arrive à considérer comme des différences individuelles ou de race, ce qui dépend d’un vice du prqcédé opératoire. Il est certaines parties du corps dans lesquelles les erreurs atteignent parfois des proportions inouïes, comme au membre supérieur et à la tête. Rien n’est plus incertain, par exemple, que la hauteur des épaules ; le sujet les élève ou les abaisse d’une seconde à l’autre sans s’en rendre