Garde-corps à la base des combles. Les garde-corps
ou balustrades (2) qui surmontent les corniches à l'extérieur
Fig. 7.
(1) La fig. 6 reproduit une partie de la corniche que l'on voit au chœur de l'église de Loo (Flandre occidentale).
(2) Nous préférons le nom de ffardecorps à celui de balustrade, parce que ce dernier mot, à cause de son étymologie, ne peut s'appliquer qu'à une clairevoie formée de balustres, c'est-à-dire de petites colounettes renflées en forme de vase, à leur partie inférieure. Les balustrades proprement dites ne datent que du xvie siècle. Les Anglais donnent le nom de parapet aux garde- corps qui couronnent les corniches dans les édifices ogivaux.
des édifices ne datent que des premières années du xiii^ siècle. Auparavant, l'eau des toits, au lieu d'être recueillie dans des chéneaux établis à la base des combles, s'égouttait directement sur le sol. Jusque vers le milieu du xiii« siècle les édifices importants, seuls, reçurent des chéneaux et furent munis de garde-corps à la naissance du toit. Ces chéneaux dirigeaient les eaux pluviales vers les gargouilles, qui les rejetaient loin du parement des murs et empêchaient, de cette manière, ces eaux d'altérer la base de la construction en y entretenant l'humidité. Les garde-corps, dont la destination principale était de parer au danger que présentait la circulation dans les chéneaux, facilitaient, en outre, l'entretien de la toiture, et garantissaient les passants contre la chute des ardoises et des tuiles ; ils fournissaient aussi aux architectes un des plus riches motifs de décoration pour l'extérieur des monuments.
Les plus anciens garde-corps ont la forme d'arcatures ajourées, composées de colonnettes, sur lesquelles vient poser une assise de couronnement évidée, à sa partie inférieure, en arc ogive, trilobé ou en forme d'épaule. Vers la fin du xiii*^ siècle, on remplaça les arcatures par des trèties et des quatre-feuilles ajourés.
La nature des matériaux employés dans la construction a exercé une grande influence sur la forme des garde-corps. "Les balustrades exécutées pendant le xiif siècle présentent, dit Viollet-le-Duc, une extrême variété de formes et de constructions. La nature de la pierre influe beaucoup sur leur composition. Là où les matériaux étaient durs et résistants, mais d'un grain fin et faciles à tailler, les balustrades sont légères et très ajourées; là où la pierre est tendre, au contraire, les vides sont moins larges, les pleins plus épais. Leur dimension est également soumise aux dimensions des matériaux, car on renonça bientôt aux balustrades composées de plusieurs morceaux de pierre placés les uns sur les autres, comme n'off'rant pas assez d'assiette, et on les évida dans une dalle posée en délit. En Normandie, en Champagne, où la pierre ne s'extrait généralement qu'en
morceaux d'une petite dimension , les balustrades sont basses et n'atteignent pas la hauteur d'appui (r",00 au moins). Dans les parties de la Bourgogne où la pierre est très dure, difficile à tailler et ne s'extrait pas facilement en bancs minces, les balustrades sont rares et n'apparaissent que fort tard, lorsque l'architecture imposa les formes qu'elle avait adoptées dans le domaine royal à toutes les provinces environnantes, c'est-à-dire vers la fin du xuf siècle. Les bassins de la Seine et de l'Oise offraient aux constructeurs des qualités de matériaux très propres à faire des balustrades : aussi est-ce dans ces contrées qu'on trouve des exemples variés de cette partie importante de la décoration des édifices- Comme l'usage de scier les bancs en lames minces n'était pas pratiqué au xiii'' siècle, il fallait trouver dans les carrières des bancs naturellement assez peu épais pour permettre d'exécuter ces claires-voies légères. Le cliquart de Paris, le liais de l'Oise, certaines pierres de Tonnerre et de V^ernon, qui pouvaient s'extraire en bancs de 15 à 20 centimètres d'épaisseur, se prêtaient merveilleusement à l'exécution des balustrades construites en grands morceaux de pierre posés de champ et évidés. Partout ailleurs les architectes s'ingénièrent à trouver un appareil combiné de manière à suppléer à l'insuffisance des matériaux qu'ils possédaient, et ces appareils ont eu, comme on doit le penser, une grande influence sur les formes adoptées. Il en est des balustrades comme des meneaux de fenêtres, comme de toutes les parties délicates de l'architecture ogivale des xiii^ et xiv^ siècles : la nature de la pierre commande la forme jusqu'à un certain point, ou du moins la modifie. Ce n'est donc qu'avec circonspection que l'on doit étudier ces variétés, qui ne peuvent indifféremment s'appliquer aux diverses provinces dans lesquelles l'architecture ogivale s'est développée. « Dictioimaire de Varchitecture, II, p. CS. Les principes si clairement exposés par ViolIet-le-Duc dans le passage que nous venons de transcrire ont aussi reçu leur application en Belgique. La hauteur et la forme des garde-corps y varient selon que les
matériaux employés sont durs ou tendres, de grande ou de petite dimension. C'est en vertu des principes énoncés plus haut que, par exemple, les édifices de la Flandre maritime, qui sont presque tous construits en briques très petites, ont des garde-corps pleins, peu élevés, et décorés d'arcatures aveugles formées par un arc ogive. Voici (fig. 8) le gardecorps qu'on voyait encore, il y a peu d'années, au choeur de l'église de Sainte- Walburge à Furnes.
Les garde- corps de ce genre continuèrent à être en usage, dans la Flandre maritime, jusqu'au xvi^ siècle.
Au XIV® siècle, les gardecorps se composent , le ^ , .... 1 plus souvent, de trèfles
Garde corps couionnant autretois la cornicue '■
du cbœur de l'église de Sainte-Walburge. et de quatre-feuilles ajouà Furnes (xine siècle) (1). rés (figg- 3 et 3) et cntrc-
Fig. 2. Fig. 3.
Garde corps du xive siècle (2).
coupés, de distance en distance, au droit des contreforts, par des pinacles ou par les contreforts eux-mêmes ; voyez ci-dessus, II, p. 69, la gravure représentant une partie de l'église de Notre-Dame, à Huy. Au xv^ siècle, les garde-
Ci) Dans la restauration récente de ce monument, on a eu le grand tort de remplacer le garde-corps plein et en briques par un garde-corps ajouré et en pierres blanches. La restauration des meneaux des fenêtres hautes du même monument a été également faite contrairement aux principes qui doivent présider à une bonne restauration. Les architectes modernes oublient trop facilement qu'une restauration ne doit ni ne peut jamais être une reconstruction.
(2) La fig. 2 est empruntée à la nef de l'église métropolitaine, à Malines.
corps sont formés tantôt par l'assemblage de losanges, de triangles équilatéraux curvilignes ou d'autres figures géométriques régulières (fig. 4), tantôt par des dessins flam-
Fig. 4.
Garde-corps du xve siècle, à l'église de Saint Pierre, à Louvain.
boyants semblables à ceux qui caractérisent les tympans des fenêtres de cette époque (fig. 5). A partir de la fin du
xiv'' siècle, apparaissent, principalement dans les édifices civils, les garde-corps crénelés, dans lesquels se trouvent les mêmes dessinsque
Garde corps a l'église de Saint- Pierre, a Louvaiu. daUS les gardc-
corps ordinaires. Leur usage persista jusqu'il la fin de la période ogivale. Les hôtels de ville de Bruxelles et de Louvain, dont la construction date du xv® siècle, sont couronnés de beaux garde-corps de ce genre.
Les garde-corps à arcatures verticales se rencontrent encore çà et là, et notamment en Belgique, dans les édifices du XIV®, du XV* et même du xvi* siècle. Leurs arcatures sont toujours trilobées et reposent non pas sur des colonnettes comme au xiii^ siècle, mais sur des nervures-meneaux à section polygone. Ces garde-corps présentent souvent une grande analogie avec les arcatures ajourées des triforiums du XIV* et du xv° siècle; voyez ci-dessus, p. 164, figg. 4 à 7.
Au xv" siècle, on a figuré quelquefois, dans les ajours des garde-corps, des lettres initiales, des attributs et des pièces principales d'armoiries. A la nef de la cathédrale de Troyes les panneaux du garde-corps reproduisent alternativement les clefs de Saint-Pierre et une fleur de lis. Le garde-corps à la base du pignon de la Sainte-Chapelle, à Paris, est formé de panneaux dans h squels on voit, une grande fleur de lis inscrite dans un quatre-feuilles ; un grand K couronné, porté par deux anges, se trouve au milieu de ce garde-corps; c'est la première lettre du nom de Charles VII, qui le fit reconstruire. A l'église de Sainte-Gudule à Bruxelles, le garde-corps placé à la base du comble de la nef consiste dans une suite de nervures répétant toujours la lettre K, sans doute parce que cette partie du monument fut terminé au temps et avec le concours pécuniaire d'un souverain nommé Charles (Charles le Téméraire ou Charles- Quint?). " L'usage de placer des chiffres, des lettres dans les balustrades, dit Viollet-le-Duc, fut assez généralement adopté à la fin du xv^ siècle et au commencement du xvi®; le château de Blois porte, sur la façade élevée par François I, des balustrades dans lesquelles on voit des F couronnés et des salamandres. On alla jusqu'à y sculpter de grandes inscriptions à jour, comme au chœur de l'église de la Ferté- Bernard, près du Mans, comme au château de Josselin en Bretagne, sur les balustrades duquel on lit la devise : A PLUS. " T)ict. de l'archit., II, p. 94.
21. Voûtes. Comme nous l'avons exposé ci-dessus (I, p. 270, et II, p. 27), la stabilité des voûtes ne découle pas du même principe dans les édifices de l'antiquité et dans ceux de la période ogivale. Nous avons aussi signalé, en peu de mots, les progrès si importants réalisés par les architectes du xif et du XTii^ siècle dans la construction des voûtes.
La solidité de la voûte ancienne provient de l'inertie, de la stabilité et de la fixité qui est le résultat de l'adhérence et de la concrétion des matériaux; la solidité de la voûte
ogivale, au contraire, dérive de l'application du principe d'équilibre entre deux forces contraires.
Nous avons aussi fait observer ci-dessus, T, p. 271, que les voûtes à nervures appareillées, comme le sont les voûtes ogivales, exercent une poussée latérale qui tend à faire déverser en dehors leurs points d'appui (murailles ou colonnes). Les constructeurs de la période ogivale neutralisaient cette poussée latérale , soit en lui opposant une poussée agissant en sens inverse, soit en la détruisant dès son ofigine, c'est-à-dire en l'empêchant d'agir. Ce dernier effet s'obtenait en lui opposant un obstacle rigide qui la réduisait en pesanteurs verticales.
La gravure de la page suivante, qui donne une demicoupe transversale d'une grande église aidera à bien saisir le système adopté, dès la fin du xii^ siècle, par les constructeurs du moyen âge pour maintenir l'équilibre entre les différentes parties d'un monument religieux. Soit AB l'arc doubleau de la voûte principale, R la muraille haute, E l'arc boutant, K le contre-fort, L la colonne séparant la nef du bas côté, IMN l'arc doubleau du bas côté. Une triple poussée, exercée au point B par l'arc doubleau AB et les deux arcs ogives OB et PB (voyez le plan que nous donnons avec la coupe), tend à faire déverser en dehors la muraille haute R. A cette poussée, qui peut se résoudre en une ligne oblique BG allant toucher le sol dans le bas côté au point G, le constructeur du moyen âge oppose l'arc-boutant E, qui vient s'appliquer contre la muraille haute R au point D, placé au même niveau ou un peu plus bas que le point B. De cette manière, il annulle tout effet latéral de la triple poussée exercée en B, et la transforme en une pression verticale qui s'exerce d'aplomb sur la colonne L. Cette pression verticale et le poids de la muraille R, qui agit aussi verticalement sur la colonne L, rendent celle-ci assez fixe ])Our qii'elle puisse supporter et neutraliser la triple poussée exercée, au point I, par l'arc doubleau LM et les nervures voisines du bas côté ; la poussée de l'arc doubleau MN et des deux nervures voisines sur le point N est annullée par la rigidité du contrefort K.
La solidité obtenue par ce système de construction, introduit par les architectes de la dernière moitié du xif siècle et perfectionné par ceux du xiii% est telle que les monuments de cette époque ont résisté, jusqu'à nos jours, aux causes les plus fatales de destruction. L'église de l'ancienne abbaye de Villers, par exemple, n'a éprouvé aucune dislocation, bien qu'elle soit dépourvue de toiture depuis près d'un siècle et qu'elle ait ses voûtes couvertes d'une véritable forêt.
Dans les grands édifices qui datent de la période de
transition ou des premières années du style ogival , les voûtes de la nef principale comprennent régulièrement deux travées, comme dans les églises lombardes et romanes; voyez ci-dessus, I, pp. 272 et 352. L'église en ruines de l'ancienne abbaye de Villers offre un bel exemple de ce mode de construction. Souvent ces voûtes sont bombées c'est-à-dire qu'elles ont l'aspect d'une coupole ou d'un dôme à côtes; cette ressemblance avec la coupole provient de ce que la clef centrale A (fig. 2) se trouve à un niveau beaucoup
Fig. 2.
plus élevé que les sommets B et C des arcs doubleaux. Une autre particularité que l'on observe dans la plupart de ces voiites, c'est que les colonnes E et F, qui reçoivent les poussées et les charges combinées des arcs ogives et des arcs doubleaux, présentent une assiette bien plus large que la pile D, sur laquelle un seul arc doubleau intermédiaire AD vient retomber. Comme nous l'avons dit ci-dessus, I, p. 275, la même chose s'observe dans les monuments lombards.
Mais ce système de voûte fut bientôt abandonné ; il ne resta en usage que dans l'Ouest de la France et dans certaines parties de l'Angleterre, où il se rencontre même encore parfois au xiv^ siècle. Partout ailleurs, pendant le deuxième quart du xiii*' siècle, la voûte sur plan barlong fut substituée à la voûte sur plan carré. A partir de cette II. 12
époque, chaque travée possède sa voûte indépendante, et à chaque voûte du bas côté correspond une voûte complète dans la nef principale ; voyez les plans d'église que nous avons donnés ci-dessus, II, pp. 20 et svv. Dans ces voûtes on parvint aussi à mettre à un même niveau les clefs des formerets, des arcs doubleaux et des arcs ogives. Deux grands avantages résultaient de cette disposition nouvelle : d'abord, les clefs des formerets se trouvant à une plus grande élévation que précédemment, on put pratiquer des fenêtres plus hautes sous la voûte principale ; ensuite, on n'était plus obligé d'élever démesurément les murs latéraux au-dessus des formerets pour porter les fermes de la charpente, dont les entraits doivent passer francs au-dessus de l'extrados des voûtes.
Les voûtes sur plan barlong, formées par des arcs ogives qui ne s'entrecoupent qu'une seule fois, furent généralement abandonnées en Belgique peu après le milieu du XV® siècle, et en France au commencement du siècle suivant. On leur substitua les voûtes en réseau, appelées aussi par quelques archéologues voûtes à compartiments prismatiques . Dans ces voûtes les nervures se bifurquent, se ramifient
et s'entrecroisent en tous sens, de manière à dessiner un véritable réseau (fig. 3). Tous les points d'intersection des nervures d e ces voûtes sont régulièrement décorés de sculptures.
Dès le commence- Voûte en réseau de Ja chapelle du Saint-Sacrement, ment du XIII® siècle, à l'église métropolitaine de Malines. les VOÛtes anglaises
g ont beaucoup plus compliquées que celles du continent : eur ossature se compose de nervures plus nombreuses, qui naissent, sur le tailloir du chapiteau, réunies en faisceau au nombre de sept ou de cinq. Nous donnons, en plan, à la page suivante (fig. 4) la voûte d'une travée de la nef
Plan d'une travée de voûte à l'église de Westminster abbey, à Londres.
Plan d'une travée de voûte à l'église de Dinant.
principale de l'église de Westminster abbey à Londres et de la cathédrale d'Ély. On voit, à l'église de Dinant, des voûtes dont le plan (fig. 5) présente quelque analogie avec celui des voûtes anglaises du xnf et du xia'^ siècle. Vers la fin du xiv^ siècle, on voit paraître en Angleterre les von f es dites en éventail, fan-tracery vaiilts , mais qui seraient appelées plus exactement voûtes en pavillon de trompette, car un éventail se développe en un seul plan, tandis que les subdivisions des voûtes du style perpendiculaire anglais ont, comme le pavillon d'une trompette, la forme d'un cône curviligne. Voyez à la page suivante (fig. 6) la vue perspective d'une voûte en pavillon de trompette qui existe dans le cloître de la cathédrale de Gloucester.
Ces voûtes, d'un aspect si singulier et inconnu sur le continent, sont la conséquence nécessaire , la déduction logique et raisonnée du système de construction adopté par les architectes anglais, depuis le commencement du xiii® siècle, pour remplir les vides qui existent entre les arceaux de l'ossature de la voûte. On trouve les détails les plus
Voûte en éventail ou en pavillon de trompette, au cloître de la cathédrale de Gloucester (Angleterre) (xve siècle).
intéressants au sujet du développement successif des voûtes anglaises dans Viollet-le-Duc, Dictionnaire de V architecture, IV, pp. 108-126, et IX, pp. 519-552.
Profils des nervut^es dans les voûtes ogivales. Les nervures ou arcs ogives des voûtes construites vers la fin de la période romane offrent, le plus souvent, comme nous l'avons dit ci-dessus, 1, p. 353, les sections que donnent les figg. 7 et 8 ci-dessous. Ces nervures, dont la moulure inférieure consiste dans un tore ou boudin, sont généralement très
Pig. 7.
Fig. 8.
Fig. 9.
Fig. 10.
massives. Les arcs doubleaux de la même époque donnent régulièrement les profils indiqués par les figg. 9 et 10. Depuis le commencement du xiii® siècle, les arcs doubleaux ont, sauf de rares exceptions (fig. 15), les mêmes profils que les arcs ogives.
Pendant les premières années de la période ogivale, on trouve encore souvent des arcs doubleaux et des arcs ogives très gros, semblables à ceux des édifices romans. Bientôt cependant ils s'amincissent et diminuent d'épaisseur, comme au chœur de Sainte-Gudule à Bruxelles (fig. 11) et à l'église de Notre-Dame-aux -Dominicains à Louvain (fig. 12). Peu
PROFILS DE NERVURES DE VOÛTE AU Xllie SlÈrLE.
Fig. 11.
Fig. 14.
Chœur de S.-Gudule, N.-D.-aux-Domiai- Nervure à Chœur de l'église à Bruxelles. cains, à Louvain. arête vive, de Winxele (Brabant),
après, l'intrados de leur tore principal est muni d'une arête vive (fig. 13); cette addition a lieu en France dès la fin du xii^ siècle, et en Belgique seulement vers le milieu du siècle suivant. Plus tard (en France au commencement et en Belgique après le milieu du xiii*^ siècle) l'arête vive est remplacée par un filet ou listel, qui resta en usage jusque vers la fin de la période ogivale (figg. 14 et 16 à 21). Dans les
PROFILS DE NERVURES DE VOÛTE AU Xive SIÈCLE.
Fig. 15. Fig. 16. Fig. 17.
Arc duublfuu et nervure Nervure de l'église N.-D.,
des bas côtés de l'église métropolitaine, à Malines. à Walcourt,
édifices français on trouve aussi le filet ou listel sur les tores secondaires à partir du milieu du xiv" siècle. A la fin du xV et au coQimencement du xvf siècle, les nervures présentent souvent le profil que trace notre fig. 21.
PHOFILS DE NERVURES DE VOUTE AU XV^ ET AU XVie SIECLE.
rig. 18.
Fig. 20.
S.-Pierre, Chœur de S.-E.ombaut, Notre-Dame, S. -Jacques
à Louvain. à Malines. à Anvers. à Liège (xvie siècle).
En comparant les profils les plus anciens avec les plus récents, par exemple ceux des figg. 11 et 12 avec ceux des figg. 18 et 19, on remarquera que les premiers présentent une surface plus large et moins haute que les derniers. Ce cliangement dans la forme des profils n'eut pas lieu sans raison : les constructeurs avaient appris par expérience que, dans le système des voûtes ogivales, la résistance d'un arc ou d'une nervure appareillée est en raison directe de la hauteur des claveaux et non en raison de leur largeur.
VioUet-le-Duc explique de la manière suivante l'origine de l'arête vive et du filet que l'on trouve sur les nervures des voûtes ogivales : « L'arête inférieure, dit-il, ménagée dans l'axe, sous les gros boudins, dessine nettement la courbe, ce que ne pouvait faire un cylindre, car les architectes, dès le commencement du xiii® siècle, avaient senti la nécessité, lorsqu'ils terminaient l'arc par un boudin, d'arrêter la lumière (diff'use dans un intérieur) sur ce boudin par un nerf saillant, d'abord composé de deux lignes droites, puis bientôt de courbes avec filet plat. En effet, pour qui a observé les efîiets de la lumière sur des cylindres courbés, sans nerfs, il se fait un passage de demi-teintes, de clairs et d'ombres formant une spirale très allongée, détruisant la forme cylindrique et laissant des surfaces indécises ; de sorte que les moulures secondaires, avec leurs cavets, prenaient plus d'importance à l'œil que le membre principal. Il fallait nerver celui-ci pour lui donner toute sa valeur et le faire paraître résistant, saillant et léger en même temps. Ainsi
pouvait-on dorénavant renoncer aux profils d'arcs avec boudins latéraux et large listel plat entre eux (comme celui dont le profil est donné ci-dessus p. 181, figg. 8 et 9), qui avaient l'inconvénient de laisser au milieu même du profil un membre en apparence faible, parce qu'il restait dans la demi-teinte et n'accrochait jamais vivement la lumière. C'était donc une étude profonde des effets qui conduisait ainsi peu à peu à modifier les profils si importants des arcs de voûtes, non point, une mode ou un désir capricieux de changement.» Dictionnaire de t architectiœe , VII, p. 510 et suiv.
Clefs de voûte. Vers le xii^ siècle, on avait commencé à orner de sculptures les clefs de voûte. Ces premières clefs sculptées représentent le Christ bénissant, l'Agneau divin, la sainte Vierge, des anges, les animaux symboliques des évangélistes, des saints, et assez souvent aussi des figures grimaçantes ou des animaux fantastiques. Dans les voûtes des édifices de second ordre on se borna quelquefois à une simple rosace ou à des enlacements.
Au xiii^ siècle, l'usage des clefs de voûte sculptées devint général. On y figura, principalement aux voûtes du chœur, le Christ, l'Agneau divin, les symboles des évangélistes (église de Saint-Martin, à Ypres) et autres sujets religieux. Dans la nef et les bas côtés prédominait l'ornementation vé- Pig- 22. gétale ; voici (fig. 22) une
^, ,j -, - p- r j c • . r j I siècle et même celles de la
Clef de voûte a leghae de Samte-Gudule, . .
à Bruxelles (xiiie siècle). première moitié du xv^
offrent assez souvent la môme décoration que celles du xiii% mais leur sculpture végétale présente les caractères propres à l'ornementation de chacun de ces siècles ; voyez ci-dessus, II, pp. 36 et svv. Au xv*' siècle, les armoiries des bienfaiteurs de l'église sont fréquemment sculptées sur les
Fig. 23.
rig. 26.
Clefs de voûte à l'église de Notre-Dame, à Huy.
clefs de voûte (Notre-Dame à Huy, figg. 23 et 24, et transept de l'église de Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles).
A la fin du xv® siècle, on voit apparaître les clefs de voûte ornées d'un appendice qui a reçu le nom de pendentif {i). Le pendentif, qui resta en usage pendant une partie du xvi^ siècle, imite, en quelque sorte, les stalactites suspendus aux parois supérieures des grottes. Il a quelquefois la forme d'un cul-de-lampe, d'un fleuron ou d'un ornement bizarre ; d'autres fois il n'est qu'une statue fixée à la voûte. Voici l'appréciation de Viollet-le-Duc touchant l'apparition des pendentifs aux clefs de voûte : « Vers la fin du xv^ siècle, dit-il, nos architectes imaginèrent de placer, dans leurs édifices, tout gothiques comme construction , des réminiscences des arts d'Italie. Ils trouvèrent ingénieux, par exemple, de suspendre aux voûtes, des chapiteaux, des culots d'ornements quasi antiques, et même parfois de petits modèles de monuments, qui, eux, n'avaient plus rien de gothique. Partant de cet axiome de construction de la voûte gothique, que la clef doit être pesante afin d'empêcher le relèvement des nervures sous la pression des reins, ils posèrent des clefs dont les ornements pendants ressemblent à des stalactites. C'était le temps des plus grands écarts de
(1) Le mot ■pendentif a encore une autre signification que nous avons fait connaître en traitant des coupoles, ci- dessus, I, p. 256.
l'architecture; on ne se contenta plus d'un morceau de pierre, et on alla jusqu'à composer les clefs pendantes de pièces de rapport attachées à la clef véritable par des boulons en fer, et môme quelquefois aux entraits des charpentes. Il n'est pas besoin de faire ressortir les inconvénients et les dangers de ce genre de décoration. Les clefs pendantes fatiguent les voûtes par leurs poids exagéré, au lieu de les maintenir dans un juste équilibre; elles risquent de se détacher par l'oxydation des fers et de tomber sur la tête des assistants. Alors les voûtes en arcs d'ogives ne se composent pas seulement des deux arcs diagonaux, mais d'une quantité d'arcs qui s'entrecroisent (voyez ci-dessus, II, p. 178); aux points d'intersection de ces arcs se trouvent souvent des clefs pendantes, plus ou moins saillantes et décorées, ce qui donne à ces voûtes l'apparence d'une grotte tapissée d'énormes stalactites. Ce sont là des fantaisies de pierre plus surprenantes que belles, qui fatiguent et préoccupent plutôt qu'elles ne satisfont les yeux. La raison et le goût se choquent de ces raffinements dont on ne comprend pas le motif et qui détruisent l'unité des intérieurs... La Normandie, l'Angleterre et la Bretagne ont surtout abusé de ce genre de décoration.» Dict. detarch., III, pp. 273 et svv. Viollet-le-Duc donne, en cet endroit de son ouvrage, des gravures de pendentifs. Les églises de Saint-Paul à Anvers, de Saint-Jacques et de Saint-Martin, à Liège, offrent de curieux exemples de ces décorations de fantaisie.
Quelquefois les clefs de voûte sont percées d'un œil ou lunette pour livrer passage aux cloches et autres objets qui doivent être montés au-dessus des voûtes.
22. Arcs-boutanls. On appelle arcs-boutants les arcs extérieurs destinés à contre-butter la poussée latérale des voûtes d'un édifice. Ils partent des contre-forts extérieurs et vont s'appliquer sur les murs de la nef centrale aux différents points auxquels aboutissent les poussées réunies des arcs ogives et des arcs doubleaux des voûtes hautes.
Nous avons fait connaître ci-dessus, I, p. 352, les deux systèmes suivis pendant la période romane pour contre-
butter la poussée latérale exercée par les voûtes hautes sur les murailles supérieures, et nous avons signalé les inconvénients qui résultaient de l'un et de l'autre. Ces deux systèmes furent bientôt abandonnés, d'abord parce que la nef principale restait dans l'obscurité à défaut de jour suffisant, surtout dans les monuments d'une grande largeur, ensuite parce que, dans l'un comme dans l'autre système, les voûtes des bas côtés devaient être très élevées pour arriver au point où se fait sentir la poussée combinée des nervures des voûtes hautes. Raisonneurs et enclins à tout ramener à des principes les architectes du xii^ et du xiii^ siècle s'aperçurent que le demi-berceau continu, dont quelques-uns de leurs devanciers s'étaient servis pour neutraliser la poussée latérale des voûtes hautes, n'était nullement nécessaire en son entier, et qu'on obtenait le même effet en appliquant sur le mur extérieur, au point où vient aboutir la résultante des poussées, un arc prenant naissance sur un contre-fort extérieur. En effet, supposons que nous ayons une voûte d'arête établie sur deux murs parallèles AB et CD : les
Fig. 1.
résultantes des pressions obliques et combinées des arcs doubleaux et des arcs ogives aboutissent aux points A, B, G, D, et se résolvent dans des poussées normales aux murs, tendant à écarter ^ces murs l'un de l'autre. Ces poussées peuvent être représentées par des lignes perpendiculaires aux murs. La poussée des arcs AE, AF et AG est figurée en plan par
Fiff. 2.
la ligne ponctuée AK ; celle de CE, CF et CG par la ligne CM, et les deux autres par les lignes BL et DN. Les parties de la voûte en demi-berceau comprises entre les points A et B, C et D étant inutiles, on les supprima en conservant des arcs partant des contre-forts des murs extérieurs et venant aboutir au droit des poussées combinées des arcs doubleaux et des arcs ogives. C'est là l'origine des arcs-boutants. Pour contre-butter efficacement la poussée des voûtes, il
est nécessaire ; 1° que l'arc-boutant soit a/j/jareî/Zé, c'est-à-dire bâti avec des claveaux ayant leurs I joints normaux ou perpendiculaires à la courbe décrite par l'arc-boutant ; et 2° que le sommet de l'arcboutant vienne s'appliquer sur le mur extérieur à l'endroit où passe la résultante des poussées de la voûte. Ce point se trouve entre la naissance des nervures ou arcs ogives et la i moitié environ de la liau- ^ teur de la voûte. En théorie ce point est un point géométrique ; cependant , en pratique, le sommet ou tète de l'arc-boutant doit être large ; d'abord parce qu'il est impossible, dans l'exécution, de déterminer d'une manière précise la direction de la ligne ou résultante des différentes poussées ; ensuite parce que la direction de cette
Ai-c3-boutauib cl contre-fort du chœur
de l'église de Sainte-Gudule ,
à Bruxelles (xme siècle).
ligne peut facilement se déplacer à la suite d'un tassement ou afifaissement qui se produit dans les points d'appui verticaux, chose arrivée bien fréquemment dans les grandes constructions du moyen âge dont les points d'appui sont grêles et portent une très lourde charge. C'est pour cette dernière raison que les architectes de la période ogivale ont souvent construit des arcs-boutants libres, c'est-à-dire dont la tête n'est pas engagée dans le mur de l'édifice qu'ils contre-buttent, mais peut glisser, dans une certaine limite, le long du mur contre-butté si un tassement vient à s'opérer dans un des points d'appui. Lorsque les arcsboutants sont construits d'après ce système, leur tête repose souvent sur des colonnettes isolées ou engagées dans le mur de l'édifice. Les colonnettes que l'on voit encore aujourd'hui sous les arcs-boutants du chœur de Sainte-Gudule, à Bruxelles (fig. 2) ont eu primitivement cette destination. On trouve aussi des colonnettes de ce genre à l'église de l'abbaye de Villers.
Les arcs-boutants sont régulièrement renforcés, à leur extrados, d'un étai en ligne droite, construit en pierres appareillées et dont le chaperon est souvent orné de crochets, comme au chœur de l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles (fig. 2). On rencontre même quelquefois des arcs-boutants à deux étais parallèles, superposés et reliés ensemble par des trèfles ou des quatre-feuilles ; nous
^^^. citerons comme exemple ceux
Arc-boutant à étai double, et contre-fort ^U chœur de l'église de Sainteau chœur de Sainte- Walburge, Walburge, à Fumes (fig. 3).
à Fumes (xiiie siècle). Les arcs-boutants devin-
rent d'un usage général dans tous les grands monuments
^'-- *• religieux dès la fin du xii^ et
le coramencement du xiii® siècle. Les plus anciens sont ordinairement formés d'un quart de cercle ; tels sont ceux du chœur de Sainte-Walburge, à Furnes (fig. 3) et de leglise de Notre-Dame-aux-Dominicains à Louvain (fig. 4). Plus tard leur courbure devient plus faible et se rapproche davantage de la ligne droite
On se servit aussi, dès les premières années du xiii^ siècle, d'arcs-boutants doubles, c'est-à-dire de deux arcs-boutants placés l'un au-dessus de l'autre (chœur de Sainte-Gudule, à Bruxelles (fig. 2), et église de l'abbaye de Villers).
Dans les édifices à arcs-boutants doubles la résultante de la poussée des voûtes passe . , , , .,,,,,,. entre les tètes des deux arcs,
Arc-boutant et contre-fort a leglise .
de Notre-Dame-aux-Dominicains, rendus solidaires tantôt par à Louvain (xiiie siècle). Tépaisseur et la solidité du
mur même qu'ils viennent contre-butter (chœur de Sainte- Gudule, à Bruxelles), tantôt par des colonnettes et des arcatiires réunissant, de distance en distance, l'arc inférieur à l'arc supérieur, à peu près comme les quatre-feuilles réunissent les deux étais dans l'arc-boutant de Furnes que nous avons donné ci-dessus fig. 3. Les monuments à arcsboutants doubles reliés par des séries d'arcatures sont assez rares; il n'en existe pas en Belgique; les plus beaux arcsboutants de ce genre sont, sans contredit, ceux de la cathédrale de Chartres,
Les arcs-boutants ont été employés pendant toute la période ogivale; cependant ils deviennent plus rares pendant la dernière moitié du xv^ siècle. Dans beaucoup de monuments de cette époque, même de premier ordre, on s'est contenté de contre-forts très massifs et très saillants pour amortir la poussée des voûtes (églises de Saint-Bavon et de Saint-Michel, à Gand, de Saint-Martin et de Saint-Jacques, à Liège, de Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles, de Sainte- Waudru, à Herenthals, de Saint-Paul, à Anvers).
Lorsque, au commencement du xiii® siècle, les bases des combles furent munis de chéneaux destinés à recueillir les eaux pluviales (voyez ci-dessus, II, p. 170), on dirigea les eaux du toit principal vers les contre-forts extérieurs à l'aide d'un canal établi sur le chaperon de l'arc-boutant. Ces eaux passaient à travers la tête des contre-forts et étaient ensuite rejetées par des gargouilles en dehors du périmètre du monument; voyez ci-dessus, pp. 187 et 189 les figg. 2 et 4. Les infiltrations causées par le passage des eaux sur le chaperon des arcs-boutants et à travers les contre-forts causèrent des dommages si considérables dans les constructions, qu'ils firent bientôt abandonner ce système de déversement des eaux pluviales. Cependant la plupart de nos églises ogivales conservent jusqu'aujourd'hui des traces de ces canaux de décharge ainsi que des gargouilles.
23. Contre-forts. Pendant les premières années de la période ogivale, les contre-forts des édifices voûtés sont très massifs et ont des bases très saillantes ; à mesure qu'ils s'élèvent, ils diminuent considérablement par de fortes retraites successives sur chacune de leurs faces. On voit que le constructeur a cherché à opposer une résistance oblique à la poussée latérale des voûtes, et non pas à neutraliser cette poussée en chargeant et en immobilisant, en quelque sorte, le contre-fort auquel vient aboutir l'arc-boutant ou la poussée des voûtes. Il existe dans les ruines de l'abbaye de Villers plusieurs contre-forts qui appartiennent à cette catégorie (fig. 1).
Vers le milieu du xiii^ siècle, les contre-forts deviennent plus réguliers : ils montent presque verticalement de la base au sommet, et ne présentent plus au-dessus de l'empattement de leur base, qu'une ou deux retraites assez faibles et sur leur face antérieure seulement; voyez ci-dessus les gravures des pages 187 et 189. Ils se terminent par un glacis en forme de biseau lorsqu'ils ne s'élèvent que jusqu'à la corniche (fig, 1), et souvent par un couronnement en forme
Fig. 3.
(7ontre-fort3 à l'abbaje de Villers. à la nef de à Saint-Pierre, (xiiie siècle). Saint-Rombaut, à Louvain. à Malines. (xve siècle).
à la tour de S.-
Rombaut, à Malines.
(Fin du xve siècle).
de bàtière lorsqu'ils sont isolés ou dépassent la base du comble (i). Dans les monuments de premier ordre, on les
(1) Les contre-forts du chœur de l'église de SainteGudule, à Bruxelles, se terminaient, avant la restauration de ce monument, par un couronnement en bàtière comme le montre la fig. 2 de la page 187, ci-dessus, en A et B, et non pas par les pinacles ajourés qu'on y voit aujourd'hui.
couronna quelquefois de pinacles (i) et on décora leurs faces libres d'arcatures décoratives et de statues placées sur des culs-de-lampes et abritées par des dais.
Au xiv^ siècle, la forme des contre-forts reste à peu près la même que pendant la dernière moitié du siècle précédent. Ils se terminent, comme précédemment, soit par des amor-
Fig. 6.
Fig. 7.
m te
Pinacle de contre-fort,
à Saint-Rombaut,
à Malines.
Contre-fort Contre-fort Contre-fort de N.-Dame, de S. -Pierre, angulaire, à Huy. à Louvain.
(1) On donne le nom àe pinacle à tout amortissement ou couronnement d'un contre-fort ou d'un point d'appui vertical, plus ou moins orné et se terminant oit par un cône soit par une pyramide.
tissements en forme de bâtière (fig. 2), soit par des pinacles à base carrée ou octogone, surmontés d'aiguilles pyramidales dont les arêtes sont décorées de crochets (fig. 5); voyez aussi ci-dessus, la gravure de la page 69. Ces pinacles ne sont pas seulement un motif d'ornement, ils remplissent aussi des fonctions éminemment utiles : ils assurent par leur poids la stabilité des contre-forts sollicités à déverser en dehors par la poussée latérale des voûtes, ou maintiennent dans leur position verticale les garde-corps qui se trouvent à la base des combles, et les empêchent de boucler. C'est pour cette raison qu'ils sont presque toujours pleins et assez élevés. Les architectes du xiv*^ siècle ont été très sobres dans la décoration des faces des contre-forts.
Les contre-forts du xv^ siècle ressemblent encore souvent à ceux des deux siècles précédents. Comme ceux-ci, ils offrent, de distance en distance, des retraites, peu sensibles, de leur face antérieure, et sont décorés d'arcatures, de niches et de dais, dont l'ornementation est conçue dans le goût de l'époque (figg. 3 et 4 de la page 191). Cependant, dès la fin du xiv^ siècle, on commença à modifier quelquefois leur épannelage : régulièrement on laissa subsister la base carrée ou rectangulaire, ayant la face antérieure parallèle et les deux faces latérales perpendiculaires au nu du mur; mais, à une certaine distance au-dessus du sol (à la première ou à la deuxième retraite), la face antérieure, de parallèle au mur, devient tout-à-coup angulaire (fig. 7) ; parfois même on trouve des contre-forts dont la face antérieure est angulaire au mur depuis le pied de l'édifice (fig. 6). Ces contreforts à pans abattus se terminent, comme aussi tous les autres, par un glacis, une plate -forme, un pignon en forme de bàtière ou un pinacle richement décoré (fig. 6).
Au XIII*' et au xiv® siècle, les contre-forts placés au point d'intersection de murs qui se rencontrent à angle droit sont toujours au nombre de deux (fig. 1 de la page 191). Au xv% on se contente souvent d'un contre-fort unique, disposé de manière à faire face à l'angle ; la fig. 8 donne, en plan et en perspective, un de ces contre-forts angulaires, qui sont très communs dans les édifices de cette époque. H. 13
A cause de la puissante poussée latérale qu'elles exercent sur leurs points d'appui, les voûtes ogivales nécessitent l'emploi de contre-forts à assiette très large. Dans les monuments des premières années de la période ogivale, ces contreforts, qui ont trois de leurs faces complètement dégagées, présentent des saillies très fortes sur les murs extérieurs des édifices. Ces saillies déplurent bientôt aux constructeurs, qui cherchèrent à les diminuer ou à les faire disparaître entièrement en dissimulant les contre-forts. A cet effet on recula, jusque sur la ligne GH (fig. 9), la muraille-cloison, j,. qui se trouvait primitive-
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, T^ . TT , „ • 1 N et servant souvent de ch?i-
Notre-Dame, à Huy (xive siècle).
pelle.
Dans les édifices de la période ogivale couverts par de simples lambris en bois et non par des voûtes en pierre, les contre-forts ne présentent qu'une très faible saillie sur le parement des murs.
24. Gargouilles. On donne le nom de gargouilles aux conduits ou dégorgeoirs saillants au moyen desquels les eaux pluviales, descendant des combles, sont rejetées loin du parement des murs. Elles ont presque toujours la forme d'animaux monstrueux et fantastiques, rarement celle de figures d'homme. On admire, dans ces sculptures, la variété la plus prodigieuse; il serait difficile d'en trouver deux les mêmes, et cependant la plupart des édifices de la période ogivale en comptent un grand nombre. (Courtes et robustes dans les cqmmencements (voyez ci-dessus la gravure de la page 189), elles s'allongent et deviennent plus sveltes dès la fin du xiii^ siècle.
La nature des matériaux employés a exercé une grande influence sur la forme des gargouilles : là où les matériaux sont durs et de grande dimension, les gargouilles sont longues et grêles ; là, au contraire, où les pierres sont tendres et petites, elles sont courtes et peu saillantes.
Les gargouilles sont très communes en Belgique, en Allemagne et dans le nord de la France, mais elles sont rares dans le midi de ce dernier pays, de même qu'en Italie.
L'église de Saint-Pierre, à Louvain, possédait autrefois de fort belles gargouilles ; elles ont été enlevées, il y a peu de temps; espérons qu'elles seront remises en place lorscju'on restaurera les contre-forts de ce monument. Voici (figg. 1 et 2) deux de ces gargouilles :
Fie. 1.
Gargouille de l'église de Saint Pierre, à Louvain (milieu du xve siècle).
Fig. 2.
Gargouille de l'église de Saint Pierre, à Louvain (milieu du xve siècle).
En parlant des gargouilles des édifices ogivaux, Viollet-
le-Duc s'exprime de la manière suivante : " Beaucoup de ces gargouilles, dit-il, sont des chefs-d'œuvre de sculpture ; c'est tout un monde d'animaux et de personnages composés avec une grande énergie, vivants, taillés hardiment par des mains habiles et sûres. Ces êtres s'attachent adroitement aux larmiers, se soudent à l'architecture et donnent aux silhouettes das édifices un caractère particulier, marquant leurs points saillants , accusant les têtes des contre-forts, faisant valoir les lignes verticales. On peut juger de l'habilité des architectes et des sculpteurs dans la combinaison et l'exécution de ces lanceurs par la difficulté qu'on éprouve à les combiner et les faire exécuter. Dans les pastiches modernes que l'on a faits des édifices* gothiques, il est fort rare de voir des gargouilles qui se lient heureusement à l'architecture : elles sont ou mal placées, ou lourdes, ou trop grêles, ou molles de forme, pauvres d'invention, sans caractère ; elles n'ont pas cet aspect réel si remarquable dans les exemples anciens ; ce sont des êtres impossibles, ridicules souvent, des caricatures grossières dépourvues de style. " T)ict. de V architecture , VI, p. 22.
On rencontre quelquefois, dans les corniches des bas côtés et des chapelles absidales, des cuvettes en pierre, taillées en forme de têtes d'animaux fantastiques. L'eau des chéneaux établis à la base des combles inférieurs était recueillie dans ces cuvettes, placées le plus souvent dans les angles rentrants de la construction ; elle était menée ensuite jusqu'au sol au moyen de conduites ou tuyaux en plomb et en pierre. Ces conduites donnaient souvent , en section horizontale, un carré et non pas un cercle, parce que le canal intérieur d'un tuyau carré peut se dilater, ce que ne peut pas celui d'une conduite cylindrique. Or, il arrive quelquefois, pendant la fonte de la neige, que les conduites s'engorgent ; si une forte gelée survient en ce moment, l'eau congelée, prenant un volume plus grand que l'eau à l'état liquide, fait crever les tuyaux cylindriques.il existe plusieurs cuvettes de corniche au chœur de Saint-Pierre, à Louvain.
En voici une (fig. 3) ; en A on voit l'ouverture à laquelle s'adaptait la conduite qui devait mener l'eau jusqu'au sol.
Fig. 3.
Cuvette de corniche, à l'église de Salut- Pierre, à Louvain. (Première moitié du xve siècle).
25. Niches et dais. On donne le nom de niche à tout enfoncement plus ou moins considérable pratiqué dans l'épaisseur d'un mur, d'une pile ou d'un contre-fort, pour y placer une statue, un groupe, un vase ou tout autre objet d'ornement. Les niches ne se rencontrent que rarement dans les monuments du xiii^ et du xiv^ siècle ; à cette époque les statues dont on décorait parfois certaines parties des monuments étaient placées sur des culs-de-lampe saillants, et couronnées de dais également saillants sur le parement des murs. " Les architectes du moyen âge, observe très justement Viollet-le-Duc, n'avaient pas songé à ménager sur le nu d'un mur un enfoncement, que rien ne motivait d'ailleurs, pour y loger une statue. Le goût et le sens dont ils étaient doués ne leur permettaient pas d'employer ces moyens décoratifs, qui ne peuvent guère se comparer qu'aux chevilles placées par certains poètes dans leurs vers. Les architectes romains de l'Empire usaient et abusaient même de la niche, mais le système de leur construction s'y prêtait. Afin d'alléger les énormes massifs de maçonnerie de la structure romaine, et pour économiser les matériaux, on pratiquait des niches en pleine maçonnerie, qui n'étaient,
— lus —
après tout, que des évidements avec arcs de décharge. La section horizontale de ces niches était un demi-cercle ou un enfoncement rectangulaire, et dans ces sortes d'alvéoles, on plaçait des statues. Mais dans l'architecture du moyen âge les pleins n'ayant que la section nécessaire à leur fonction, il n'y avait pas lieu de le'=> alléger par des vides. Les niches n'apparaissent donc qu'aux sommets des contre-forts, c'està-dire là où la construction n'ayant plus rien à porter, il est bon de lui donner une apparence légère. » Bict. de Varch., VI, p. 414.
Au XV® siècle, l'usage des niches devient plus général ; on en rencontre assez souvent, à l'extérieur des monuments, sur les façades, sur les contre-forts et dans les tympans des portes.
Les dais, c'est-à-dire les couronnements saillants plus ou
TVA. 1.
Dais du xiiie siècle, à la cathédrale de Chartres.
moins décorés de sculptures, placés au-dessus de la tête desr statues, sont très communs dès la fin de la période romane. Au XII'' et au xiii*' siècle, ces dais primitifs reproduisent régulièrement des édifices, des forteresses, et même quelquefois des villes entières entourées de murailles. Ils ne sont pas encore, à cette époque, surmontés de pinacles et de pyramides élancées, si ce n'est dans certaines parties du centre de la France, où, dès le milieu du xiii*' siècle, on en trouve qui se -terminent par des clochetons. Les formes architecturales des édifices reproduits par les dais sont souvent antérieures à l'époque où ceux-ci ont été sculptés ; c'est ainsi qu'au xiif siècle ils figurent des coupoles, des arcs plein-cintre, etc., qu'on ne rencontre cependant plus dans les monuments contemporains. Nous donnons à la page précédente (fig. 1) un dais du xiif siècle, qui couronne une des statues du porche septentrional de la cathédrale de Chartres.
Lorsque les dais abritent des statues adossées à des colonnettes, comme cela arrive dans les portails des églises du xiii^ siècle, ils pénètrent ordinairement la corbeille du chapiteau de la colonnette et font corps avec elle.
Au xiv® siècle, les dais changent totalement d'aspect : ils se couvrent d'arcatures d'ornement, de gables et d'autres détails empruntés à l'architecture, et sont régulièrement surmontés de riches pinacles, souvent ajourés.
Au xv^ siècle, les dais présentent à peu près les mêmes formes générales qu'au siècle précédent , mais ces formes sont exagérées. Ils sont refouillés à l'excès et leurs ornements traités avec beaucoup de délicatesse.
26. Charpentes de comble. Nous avons fait connaître ci-dessus, I, pp. ISO et sv., le nom des différentes pièces qui entrent dans la composition des charpentes de comble. Le lecteur peu familiarisé avec les termes de charpenterie voudra bien recourir à ce passage de no^ Eléme?its.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire en détail les différents progrès réalisés, pendant la période ogivale, dans la construction des charpentes de comble. L'étude
minutieuse de ces progrès est du domaine de l'arcliitecte plutôt que de celui de l'archéologue.
On distingue, dans les édifices de la période ogivale, deux espèces principales de charpentes de comble : les charpentes non-apparentes, qui recouvrent des constructions voûtées, et les charpentes apparentes, qu'on trouve dans les édifices dépourvus de voûte. Ce sont ces dernières qui intéressent particulièrement l'archéologue.
Lorsque les charpentes sont apparentes, c'est-à-dire visibles à l'intérieur du monument, elles offrent toujours l'aspect d'un voûte en berceau. Ce berceau est quelquefois semi- cylindrique , semblable à ceux que l'on trouve dans quelques églises romanes (voyez la fig. 1 de la page 358 du tome I); le plus souvent cependant il est en tiers-point, comme dans l'exemple suivant emprunté à l'église de La Madeleine, à Tournai :
Kg. 1.
Ferme de charpente apparente, à l'église de La Madeleine, à Tournai,
(xilie siècle).
Notre gravure donne le tracé géométral d'une ferme de cette intéressante charpente, qui date du xiii® siècle. La nervure C indique la direction du demi-berceau ; l'entrait A et le poinçon B, visibles à l'intérieur de l'édifice, sont façonnés et chanfreinés sur leurs arêtes; le poinçon a môme la forme d'une colonnette munie d'une bague à son milieu. Les figures séparées A, B et C, montrent les profils et les détails des pièces delà charpente signées des mêmes lettres. L'église de Saint-Nicolas, à Tournai, qui est contemporaine de celle de La Madeleine, est couverte d'une charpente semblable.
Des bardeaux ou feuillets de chêne, de merrain, ou de toute autre espèce de bois, avec couvre-joints, sont cloués sur les courbes en plein-cintre ou ogivales formées par les fermes et les chevrons (i). Ces bardeaux, ordinairement très minces, s'assemblent à grain-d'orge (fig. 2), afin d'empêcher le vent et la poussière de pénétrer à l'intérieur de l'édifice. Ils sont décorés de peintures, et quelquefois les extrémités des pièces de bois restées visibles reçoivent des sculptures, qui représentent des anges por-
Assemblage de bardeaux tant dcs écuSSOns OU des phylac-
à grain-d'orge. tères, des têtes d'homme, des figures
grimaçantes et accroupies ou des animaux fantastiques. Souvent des nervures ou baguettes, parallèles aux nervures des fermes mais moins fortes qu'elles, sont clouées sur les chevrons et maintiennent en place les bardeaux. Ces nervures sont rehaussées de vives couleurs ou couvertes d'élégantes guillochures. Voici, en perspective, (fig. 3), la voûte en bardeaux, du xiv® siècle, qui se voyait autrefois à l'église du grand béguinage, à Louvain, et dont une bonne partie
(1) On donne le nom de chevrom aux pièces de bois des toitures, posées sur les pannes parallèlement aux arbalétriers de la ferme. Les chevrons sont rarement munis d'un entrait et d'un poinçon, et leur équarissage est beaucoup plus faible que celui des arbalétriers. •
existe encore aujourd'hui au-dessus des voûtes en pierre établies au xvii" siècle. Les nervures qui correspondent aux chevrons portent des fleurs de lis alternativement blanches sur fond noir, et rouges sur fond blanc.
Fig. 3.
Voûte en bardeaux de l'église du béguinage, à Louvain (xive siècle). N. B, En A on voit la coupe des nervures principales, et en B le détail de la décoration des nervures qui correspondent aux chevrons.
Quelquefois aussi, surtout en Belgique, on fixa, sur les bardeaux, des nervures qui s'entre-croisent de la même manière que les arcs diagonaux ou ogives dans les voûtes en pierre. Cette disposition exceptionnelle se voit, par exemple, dans la grande salle de la By loque à Gand.
En Angleterre, les charpentes apparentes sont très communes dans les édifices de la période ogivale ; on en trouve même dans quelques-unes des grandes cathédrales de ce pays. Le système de construction des charpentes anglaises diffère considérablement de celui des charpentes du continent. Les premières sont presque toujours dépourvues d'entrait et de poinçon, et, par suite de cette suppression,
l'assemblage des différentes pièces de bois y est beaucoup plus compliqué que dans les nôtres. » C'est par la grosseur des bois employés, dit VioUet-le-Duc, que les charpentes anglo-normandes se distinguent tout d'abord de' celles exécutées en France pendant les xiif , xiv^ et xv'^ siècles, puis par des combinaisons qui ont des rapports frappants avec les constructions navales, et enfin par une perfection rare apportée dans la manière d'assembler les bois. « Dict. de Varchit:, III, p. 36.
Les charpentes anglaises du xv^ siècle sont, de même que les voûtes en pierre de cette époque, ornées avec une grande profusion. Tous ceux qui ont visité Londres ont pu admirer la riche charpente qui couvre la salle de Westminster Hall, dont la largeur, dans œuvre, est de 21 mètres.
Les voûtes en plâtre, telles qu'en construisent les architectes modernes dans la plupart des nouvelles églises rurales, étaient complètement inconnues pendant la période ogivale. Lorsque les ressources dont on disposait ne permettaient pas d'établir des voûtes en maçonnerie, on se contentait de charpentes apparentes, qu'on décorait aussi artistement que possible. Jamais on ne se servait de ces puérils travestissements , de ces mensonges architecturaux , où des lattis cherchent à simuler la pierre avec l'aide d'une ignoble chemise de plâtre ou de mortier. On se souvenait, à cette époque, que la vérité est la condition essentielle de l'existence de l'art; celui-ci doit élever l'esprit et charmer les yeux, et non pas les tromper. « Toute cette hypocrisie de la matière et de la forme, dit fort bien Fortoul, est souverainement déplaisante. Il n'y a pas d'art auquel la sincérité soit plus nécessaire qu'à l'architecture. « De l'art en Allemagne, I, p. 199. La vérité et la sincérité dans les productions artistiques caractérisent toutes les hautes époques de l'art pendant l'antiquité comme au moyen âge ; les mensonges dans les œuvres d'art n'ont jamais été en faveur qu'aux époques de décadence.