II
à la voûte de la chapelle absidale du chevet du chœur, à l'église de Saint-Pierre à Louvain, date du milieu du xv*^ siècle environ. Les chevrons ont deux tons, les uns sont rouges, les autres d'un vert très foncé.
La coloration n'a pas la même intensité sur toutes les parties d'un même monument. Les colonnes et les nervures des voûtes, composant l'ossature de la construction, sont régulièrement plus accentuées que les surfaces planes, qui font office de simple cloison ou remplissage entre les points d'appui. Les premières se détachent en vigueur et en éclat, tandis que les autres, par exemple les arcatures décoratives sous les appuis des fenêtres basses, reçoivent des tons plus clairs et plus doux.
Au XIV® et pendant la première moitié du xv® siècle, les peintures décoratives des monuments riches présentent à peu près la même coloration que les fonds dans les peintures historiées, c'est-à-dire que l'or et les couleurs vives, telles que le bleu et le rouge, y dominent généralement.
Les peintres décorateurs de la période ogivale non-seulerûent cherchaient à produire, dans leurs œuvres, une coloration harmonique par l'emploi judicieux des tons, ils s'attachaient aussi à donner, aux dessins des ornements, des formes en harmonie avec la place que ceux-ci occupaient dans un monument. L'expérience leur avait appris qu'un ornement appliqué sur une surface modifie sensiblement celle-ci. Sur les moulures et les bandeaux courant horizontalement, ils plaçaient des ornements dont les dessins suivaient la même direction ; sur les piliers, les colonnes et toutes les parties verticales, destinées à porter les charges et devant, par conséquent, paraître rigides, ils se servaient régulièrement d'ornements ascendants, tels que torsades, lignes brisées ou à ressauts (fig. 3), zigzags, chevrons (fig. 4), etc. Voici deux exemples de dessins que l'on rencontre assez souvent, en France, sur les colonnes du xiu® siècle ; le second (fig. 4), emprunté à l'église de Boscherville, est un chevronné rouge laqueux et vert vif sur fond blanc, avec filet brun rouge vif interposé.
Fis. 3.
Fi-. 4.
Peintures décoratives de colonnes, au xiiie siècle. (Développement).
Sur les surfaces planes, par exemple dans les arcatures décoratives sous les appuis des fenêtres basses, on a souvent reproduit des étoffes et des tentures. Au xv^ siècle, il n'est pas rare de trouver sur les murs des chapelles consacrées à
Fig. 5. Fig. 6.
Peintures décoratives à l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles.
un saint, les attributs caractéristiques de ce saint disposés symétriquement sur un fond coloré. On a découvert, il y a quelque temps, des peintures de ce genre à l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles. Dans la chapelle de Sainte- Barbe, on voyait des tours, dans celle de Saint-Antoine le tau et la clochette, (fig. 5), et dans une autre l'Agneau divin
Des raisons d'économie et, dans les églises cisterciennes, les prescriptions de la règle monastique furent cause que, parfois aussi, on employa un système de peinture décorative très simple, consistant dans l'imitation des pierres d'appareil : on traçait sur un fond plus ou moins clair des lignes de couleurs variées (brunes, rouges ou jaunes) juxtaposées, figurant les joints de l'appareil, et quelquefois accompagnées de certains ornements (fig. 8). L'église de l'abbaye de Villers était décorée 'autrefois d'après ce système, qui paraît avoir été assez fréquemment adopté en Belgique ; les pierres sont jaunes et les lignes rouges et brun rouge (fig. 7).
Peintures décoratives de surfaces planes.
De même que la peinture historiée et légendaire, la peinture décorative du moyen âge n'admet ni perspective ni trompe-l'œil ; elle conserve aux monuments leurs parois planes et opaques, et ne cherche pas à les éloigner, pour ainsi dire, du spectateur par l'emploi de la perspective linéaire et aérienne. C'est surtout dans les parties des peintures figurant des membres d'architecture, par exemple des
arcatures, des colonnes, etc., qu'on voit que l'artiste n'a aucune prétention à simuler une ornementation en relief; ce qu'il a en vue c'est tout simplement un effet décoratif. Il ne songe, en aucune manière, à reproduire exactement les dimensions relatives, le modelé, l'apparence réelle des reliefs, des moulures, des colonnes et des chapiteaux, mais il se contente d'interpréter ces formes et de les faire concourir ainsi à l'embellissement des monuments.
" Dans les intérieurs, dit Viollet-le-Duc, lorsque les parois et les piles sont peintes, la sculpture, naturellement, se couvre de couleurs; car il est à observer que les artistes du moyen âge, comme ceux de l'antiquité, n'ont pas admis la coloration partielle ; ou bien ils n'ont pas peint les intérieurs, ou ils les ont peints entièrement. S'ils ne disposaient que de ressources minimes, quelquefois cette peinture n'était, sur une grande partie des surfaces, qu'un badigeon; mais ils pensaient que la peinture appelait la peinture, et qu'une litre colorée ne pouvait se poser toute seule sur un mur conservant son ton de pierre... Les artistes du moyen âge ont le plus souvent admis, comme les Grecs de l'antiquité, que la statuaire devait être colorée. Quant à la sculpture d'ornement des intérieurs, tenue dans des tons clairs sur des fonds sombres pendant l'époque romane et le xii^ siècle, vert clair ou jaune ocre sur fonds brun, pourpre et même noir, elle se colore plus vivement pendant le xiii® siècle, et surtout pendant le xiv^ afin de se détacher en vigueur sur les parties simples. » Dict. de Varchit.y VIT, p. 105.
Autrefois la plupart des églises ogivales étaient ornées de peintures décoratives ; des restes de ces peintures, découverts récemment sous le badigeon dans la plupart de nos monuments du moyen âge, fournissent la preuve certaine de ce fait. Quelquefois cependant, les parois des murs ne recevaient pas de décoration et apparaissaient dans la couleur même des matériaux employés. Les voûtes de l'église de Sainte-Waudru, à Mons, construites en briques rouges n'ont reçu jusqu'aujourd'hui ni plâtrage ni badigeon.
D'autres fois on s'est contenté de ne polychromer que les nervures des voûtes, soit dans toute leur longueur (chœur de la cathédrale de Tournai) soit aux environs de la clef seulement (chapelle absidale de l'église de Saint-Pierre, à Louvain). Dans ces derniers exemples les tympans des voûtes sont grisâtres ou légèrement teintés.
La décadence de la peinture monumentale, tant décorative qu'historiée et légendaire, date de la dernière moitié du xv^ siècle ; elle devint complète dès le commencement du siècle suivant. Les peintures des voûtes des églises de Saint- Paul et de Saint-Jacques à Liège, et de Notre-Dame à Huy, ne remontent qu'au xvi^ siècle ; elles consistent dans des rinceaux et arabesques en style de la renaissance.
Croix de consécration. Le Pontifical romain prescrit que, pour la dédicace d'une église, douze croix soient peintes ou sculptées sur les colonnes ou les parois intérieures de l'édifice. Ces croix, que le prélat consécrateur oint avec le Saint- Chrême, doivent rester apparentes. Dès la période romane, l'usage s'établit d'orner ces croix, qui généralement étaient peintes. Les croix de consécration remontant à la période romane sont devenues très rares; mais on en a retrouvé beaucoup de l'époque ogivale sous les épaisses couches de badigeon dont l'intérieur de nos églises ogivales a été couvert au moment de la Renaissance. Toutes sont traitées avec grand soin et richement colorées. En voici trois exemples. La fig. 9 reproduit une croix, probablement du xiv^ siècle, découverte sur les colonnes de la nef de Sainte- Fig. 9. Fig. 10. Fig. 11.
Croix de dédicace ou de consécration à S.-Gudule, à Bruxelles, à la chapelle de S.-Barbe de la cathédraie de Brugei.
Gudule à Bruxelles; la croix est d'un rouge vif, le cercle vert foncé, et le champ jaune. Les figg. 10 et 11 donnent: deux croix de la fin du xv* siècle trouvées, sous le badigeon, à la chapelle de Sainte-Barbe, à la cathédrale de Bruges ; elles sont de couleur brun rouge.
Il arrive parfois que les douze croix de consécration du xiii« et du XIV* siècle sont portées par les figures des apôtres peintes ou sculptées. On connaît les statues des apôtres qui, à la Sainte-Chapelle de Paris, tiennent en main des disques avec les croix de consécration de cet édifice.
31. Pavements. Les pavements des églises romanes consistaient en mosaïques. Dans les pays méridionaux ces mosaïques étaient formées de marbres variés, tandis qu'en France, en Belgique, en Allemagne et en Angleterre, elles se composaient généralement de carreaux en terre cuite emaillée ou de dalles gravées et incrustées, également de différentes couleurs. Les carrelages en terre cuite et les pierres gravées continuèrent à être employées pour les pavements des édifices ogivaux dans l'Europe occidentale et septentrionale.
Ces pavements étaient tantôt d'une grande simplicité, tantôt riches et variés. Rarement le sol entier des églises était couvert de riches mosaïques; en général, on n'adopta ce genre de décoration que pour le chœur et les chapelles, car dans les nefs, où tous les fidèles sont admis indistinctement, le frottement des chaussures eût trop promptement ou enlevé le vernis des carrelages, ou détérioré les dallages en pierres gravées et incrustées. Lorsque, comme cela se pratiquait parfois, la terre cuite était mise en œuvre dans les parties fréquentées par la foule, telles que les nefs, les grand'salles des palais et des châteaux, elle se posait sans émail et alternait régulièrement avec des dalles en pierre ou en marbre. D'ailleurs, le sol des nefs servait ordinairement de lieu de sépulture; il était donc sans cesse bouleversé par le creusement des tombes, et recouvert, en grande partie, de dalles tumulaires, qui ne permettaient pas d'y maintenir
un dessin général, formé au moyen de petits carreaux en terre cuite.
a) Carrelages en terre cuite. Jusqu'à la fin du xii^ siècle, chaque carreau n'avait qu'une seule couleur, de manière que, pour former des ornements compliqués, tels que des arabesques et des fleurons, on était obligé de mouler de petites briques de forme spéciale et de couleurs différentes, qu'on assemblait ensuite avec grand soin. Dès le xiii^ siècle, les artistes de la période ogivale rompent franchement avec les traditions romanes : au lieu de composer les dessins des pavements par l'assemblage de pièces de formes variées, ils se servent de carreaux de forme régulière, ordinairement carrés, sur lesquels ils produisent les ornements au moyen d'incrustations de couleurs différentes. Voici comment s'obtenaient ces carreaux incrustés : on commençait par préparer les carrés d'argile à un degré de consistance convenable; puis, avec une matrice portant en relief le dessin qu'on voulait figurer, on pressait l'argile et l'imprimait en creux ; ce creux était ensuite rempli d'une argile d'une autre teinte. Enfin, on passait dessus un vernis jaune, et l'on mettait au au feu. Les carreaux d'une seule couleur furent souvent employés simultanément avec les carreaux incrustés et diversement colorés.
Nous avons fait remarquer ci-dessus, I, p. 378, que le jaune et le vert foncé sont les couleurs qu'on rencontre le plus souvent, vers la fin de la période romane, dans les pavements en terre cuite du nord et de l'ouest de l'Europe. Au xiii^ siècle, on substitue au vert foncé le rouge ou le rouge brun, et l'on se sert fréquemment du jaune pour les incrustations. Les teintes foncées et noirâtres ne sont plus employées alors comme fonds, si ce n'est par exception, comme dans le riche pavement de Saint-Pierre-sur-Dive, en Normandie, où les ornements sont jaunes sur fond noir brun, ou brun noir sur fond blanc. Voici le quart de ce splendide carrelage en forme de rosace, qui date de la fin du XIII® siècle.
Fi-. 1.
Partie du carrelage du chœur de Saint- Pierrc-sur-Dive, en Normandie (l). (Fin du xilie siècle).
" En règle générale, dit Viollet-le-Duc, dans les décorations intérieures, au xii® siècle les pavages sont d'un ton très soutenu et chargé, tandis que les peintures sont claires ; le vert, le jaune, l'ocre rouge et le blanc sont les couleurs préférées. Au XIII® siècle, au contraire, les surfaces horizontales, les pavages sont brillants, clairs, tandis que les peintures des parements sont très vigoureuses de ton; et il n'est pas rare même, vers la fin du xiii'' siècle et pendant le xiv* , de voir le noir occuper des surfaces importantes dans la décoration des parements verticaux. » Dict. de tarchit., II, p. 264.
(1) Les tons jaune>i EOat rendus par le blanc.
Les carreaux en terre cuite émaillée sont généralement de petite dimension; ils n'ont guère que dix à quinze centimètres sur chaque côté, et souvent même moins, rarement davantage. Les dessins, qui sont tantôt complets sur une seule brique (figg. 2 à 7) tantôt formés par quatre ou un
Fis 2.
Fi> 4
Carreaux en terre cuite de la chapelle dite de la Leugemele, à Gand.
Fig. 5.
Fig. 6.
Fig. 7.
Carreaux en terre cuite de la chapelle dite de la Leugemele, à Gand.
plus grand nombre de briques réunies (figg. 8 et 9), conl-jg. 8. Fig. 9. sistent régulièrement en
figures géométriques, armoiries, fleurons et animaux réels ou fantastiques. Des cercles (fig. 8 et 9), des fleurs de lis (fig. 6), des cerfs (figg. 2 et 4) et des aigles à double tète (figg. 3 et 5) s'y rencontrent fréquemment. On voit, par la disposition des dessins, que quelques-uns de ces carreaux étaient destinés à être placés en losanges (figg. 5, 6 et 7) et d'autres en carrés
Carreaux en terre cuite émaillée, à Saint-Pierre sur-Dive.
(figg. 2, 3 et 4); il y en avait aussi qui pouvaient être employés dans les deux sens (figg. 8 et 9). Les ornements ne sont pas toujours également bien soignés; on remarque, en général, qu'en Belgique et dans le nord de la France, l'exécution des. dessins est beaucoup plus grossière que dans le midi et l'ouest de ce dernier pays.
On a découvert à la crypte dite de la Vierge , qu'on voit aux ruines de l'abbaye de Saint-Bavon, à Gand, les restes d'un pavement en terre cuite très ancien, que M. Van Lokeren, dans son Histoire de Vahbaye de Saint-Bavon, p. 67, décrit de la manière suivante : « Le dessin de ce parquetage en terre, n'offre pas le même caractère sur tout le sol de la crypte : du côté des colonnes accouplées jusque vers le milieu, la marqueterie, si on peut le dire, était variée à l'infini et formée de carreaux de diverses grandeurs, en couleur jaune, brune et verte (i). Chaque compartiment était encadré par une bordure de huit carreaux d'une couleur tranchante et sévère. A partir du milieu jusque contre l'entrée, tous les carreaux étaient d'une dimension uniforme (environ 12 sur 12 centimètres sur 4 d'épaisseur), émaillés sur toutes leurs faces et incrustés de dessins, en couleur jaune sur fond rouge, très disparates, des fleurs, des zigzags, des cavaliers montés, des animaux fantastiques, des signes du zodiaque et des fleurs de lis en grand nombre. Ils étaient aussi divisés en compartiments carrés, dont la bordure ne se distinguait que par une teinte plus foncée. »
Au xiii* et an xiv« siècle, on a quelquefois reproduit des figures d'hommes en pied par la réunion d'un certain nombre de carreaux en terre cuite. Ces effigies de personnages, assez souvent accompagnées d'inscriptions, servaient de pierres tombales. On en a retrouvé quelques-unes dans le nord et dans l'ouest de la France.
Pendant le xiv* et le xv" siècle, les dessins des carrelages
(1) Cette partie du carrelage présentait donc tous les caractères des pavements en terre cuite émaillée de la fin de la période romane.
en terre cuite conservent à peu près les mêmes caractères Fig. 10. que précédemment ; seulement
ils s'amaigrissent et perdent l'ampleur et l'énergie que présentent ceux du xiii^ siècle. Au xv^ siècle, les ornements sont souvent remplacés par des chiffres, des lettres (fig. 10), des inscriptions, des armoiries, ou même par de petites scènes. Vers le même moment apparaissent les tons verts
Carreau en terre cuite, 6t uleu Clair,
de l'hôtel Soubise, à Paris.
Dans les édifices de second et de troisième ordre, et aussi dans quelques églises abbatiales, surtout de l'ordre de Citeaux, on fit encore usage, pendant la période ogivale, de pavements composés de carreaux en terre cuite de différentes couleurs, mais entièrement dépourvus d'ornements; voyez ci-dessus I, p. 382. Nous avons trouvé, dans le transept de l'église abbatiale de Villers, des restes d'un pavement en terre cuite émaillée, formé de carreaux de dix centimètres environ sur chaque côté. Le jaune verdâtre y domine; il y a aussi du brun rouge et du gris foncé. Quelques fragments de marbre noir et blanc sont entremêlés aux carreaux en terre cuite. Ce pavement paraît dater de l'origine même de l'église (xiii« siècle).
En quelques endroits, on fabriqua aussi des carrelages non émaillés et portant des figures en relief. Ces carrelages sont très rares; car ils ne pouvaient s'exécuter qu'avec des terres très dures, sinon les dessins eussent été promptement enlevés et usés.
Les carreaux émaillés étaient très répandus en Angleterre. Voici comment M. Llewellyn Jewit parle de quelques-uns de ces carrelages anciens, qui existent encore : » Les dessins imprimés sur la surface des carreaux, consistent en feuillages gracieux, croix, quatre-feuilles, etc., entremêlés
de figures ou autres types d'une grande beauté. On en voit ainsi à Salisbury, Great-Malvern, Landhurst, Sfone- Churcli, dans le comté de Kent; à Rudford, dans le Gloucestershire; à Chinnor, dans l'Oxfordshire, etc. Outre les feuillages, on rencontre très fréquemment les pièces héraldiques, les armes, la mention des fondateurs et des bienfaiteurs des édifices, des rois et des seigneurs; la rose et la fleur de lis, le lion et l'aigle y sont très communs. Les monogrammes religieux et les emblèmes, les IHS, la croix, l'agneau, le M, le poisson, les triangles enlacés, le pélican, le lis, etc., s'y voient souvent, comme à Gloucester, Evesham, Haccombe et en plusieurs autres lieux. Les lettres sont très rares sur les carreaux : quelquefois elles y sont seules, comme à Beaulieu ; ou bien, presque tout l'alphabet est tracé sur des carreaux de petites dimensions, peut-être dans l'intention de former des légendes lorsque les morceaux sont distribués avec intelligence, les uns à côté des autres. Quelquefois on rencontre des mots complets, des inscriptions, des rébus. On en voit des exemples à Gloucester, Malvern, etc. On retrouve quelques rares, mais remarquables spécimens de costumes. Des représentations de chevaliers se voient à Tintern, Romsey et Margam. Mais les plus beaux sont ceux qui proviennent de l'abbaye d'Haughniond et surtout de Pipewel. Quelquefois l'ornement consiste dans des arcs gothiques, agencés de manière que quatre carreaux forment un élégant quatre-feuille. On en voit des exemples remarquables dans l'église de Holy-Cross (Shrewsbury). On rencontre aussi des figures grotesques, des animaux, des oiseaux; les plus remarquables de ce genre sont à Sint- Albans, Beaulieu, Evesham, Romsey, Salisbury, Shrewsbury, Kirkstall, etc. Fréquemment le dessin s'étend sur quatre, neuf, seize carreaux, et môme sur un plus grand nombre ; il représente alors des cercles, des carrés, des quatre-feuilles, ou des losanges enlacés, ou bien de grands cercles avec des oiseaux, des chiens, des cerfs, des dragons ou des figures grotesques avec des espaces remplis de feuillages, comme on en voit à Shrewsbury et Ilaughmond, et
même à Westminster, Evesham, Chinnor, Holy-Cross, Sint Albans, Haccorabe, etc." Journal de la Société archéologique de la Grande-Bretagne, 1846, pp. 261 et svv.
Nous empruntons à un Essai sur le pavage des églises, publié par M. Deschamps de Pas les considérations pratiques suivantes pleines d'actualité : « Aujourd'hui, dit M. Deschamps, où l'on s'occupe sérieusement de retrouver les types adoptés par nos aïeux, et que l'on voit s'élever sur tous les points de l'Europe des églises en style ogival dignes de la religion qu'on y célèbre, il est utile, ce me semble, de tâcher de compléter l'ornementation des dites églises, en adoptant pour recouvrement du sol autre chose que ce système banal de carreaux de marbre blancs et noirs, malheureusement trop semblable à celui qui s'étend dans les vestibules des maisons particulières. J'avoue cependant qu'il est fort difficile, maintenant que des pierres tombales ne viennent plus rompre l'uniformité, de trouver un système rationnel. On ne peut songer à employer des carreaux vernissés, à cause de leur prompte détérioration sous les pas des fidèles. Des dalles gravées pourraient-être mises en usage, mais il faudrait se servir d'une pierre dure et employer pour remplissage le mastic des marbriers, formé de pierre pilée, cire, résine et soufre, que l'on pourrait colorer à volonté. Ce genre de dallage aurait quelque chance de durée. Mais la dépense d'établissement serait considérable, et, avec les faibles ressources dont on dispose actuellement, il est impossible de songer à recouvrir complètement le sol d'une église par un pavage aussi luxueux. » Annales archéologiques, XII, p. 151 et sv. Depuis que M. Deschamps a écrit ces lignes (1852), la fabrication des carreaux en terre cuite, imitant ceux du xiii^ siècle, a fait de grands progrès. Plusieurs établissements consacrés à la production de carreaux décorés ont été érigés en Angleterre, en Allemagne et en France. La Belgique aussi a possédé pendant quelques années une fabrique de ce genre ; mais le propriétaire, M. Boch, l'a transportée de Kéramis, près Mons, à Mau-
beuge en France ; où, chose curieuse, on continue à employer d'excellents matériaux tirés de la Belgique, et principalement le feldspath de Nivelles. M. Boch possède un établissement semblable à Mettlach en Prusse. A Maestricht, la Société céramique anonyme produit également de ces carreaux. Mais, c'est surtout en Angleterre que cette fabrication a pris le plus grand développement. Ce pays compte actuellement au moins quatre grandes usines qui s'en occupent presque exclusivement, par exemple celles de Minton, à Stoke-upon-Trent, et de Maw et C'^, à Boseley, Les carreaux, encaustic tiles, fabriqués par Minton et Maw sont de qualité excellente, et leur prix n'est pas trop élevé. Les carreaux en terre cuite offrent de grands avantages sur les dalles en pierre, entre autres celui de ne pas se charger aussi facilement d'humidité et, par conséquent, de ne pas provoquer si vite le refroidissement des pieds chez les personnes qui séjournent pendant quelque temps dans les édifices qui en sont pavés.
b) Pierres gravées et incrustées. Dès le xii® siècle, on a employé quelquefois, pour couvrir le sol des églises, des dalles en pierre ou en marbre, gravées et incrustées. Les dessins des ornements étaient tracés soit par les parties réservées de la pierre soit par un mastic coloré remplissant les entailles de la gravure. Les dallages de ce genre n'ont jamais été très communs, et nous n'en connaissons qu'un très petit nombre qui aient échappé à la destruction. Un des plus riches et des plus complets est celui qui ornait autrefois le chœur de l'ancienne cathédrale de Saint-Omer, et dont de nombreux fragments ont été conservés jusqu'aujourd'hui. Malheureusement ces fragments n'occupent plus leur place primitive. Les dalles retrouvées plus ou moins intactes n'ont pas toutes les mêmes dimensions. Quelquesunes sont très-grandes; elles mesurent 3 '/^ mètres environ de longueur sur P60 de largeur, et reproduisent des sujets empruntés à l'histoire sacrée, tels que la Nativité de Notre- Seigneur, sa mise au tombeau, etc. D'autres, carrées ou en losange, ont l'^^O de côté, et représentent des guerriers à
cheval tenant un écu et un pennon, sur lesquels on voit leurs armoiries ; des inscriptions qui entourent ces effigies rappellent généralement que le pavage a été fait an moyen de dons, et que chaque dalle a été otFerte par le personnage qui y est figuré. Voici un exemple de ces pierres gravées, datant de la dernière moitié du xiif siècle.
Dalle gravée à l'ancienne catliL-drale de Saint-Omer (xiiie siècle).
Les fonds des arabesques sont bruns de même que l'inscription; les traits du personnage et du cheval rouges et les fonds des figures blancs. L'insi-ription doit se lire : Egi-
DIVS FILTVS FVLCONIS DE SANCTA ALDEGVNDE DEDIT ISTVM LAPIDEM IN HONORE BEATI AVDOMARI. On trOUVC eusuitc dcS
pierres n'ayant, en moyenne, que 0'"88 de côté, où sont représentés les signes du zodiaque, les travaux des douze mois de l'année, les sept arts libéraux, la fable du renard et
de la cigogne, des éléphants armés de tours, des animaux grotesques, des arabesques, etc. Enfin des pierres très petites, mesurant seulement 0'"285 environ sur chaque côté, portent les ornements les plus divers, tels que rinceaux, rosaces, figures grimaçantes, animaux réels et fantastiques, et même des anges ailés et nimbés.
32. Labyrinthes. Dans l'antiquité païenne on désignait, sous le nom de labyrinthes , des galeries souterraines ou des édifices construits au-dessus du sol, à ramifications nombreuses et compliquées. Tout le monde connaît le labyrinthe de Crète, où, selon la mythologie, le Minotaure fut tué par Thésée. Pendant le moyen âge le nom de labyrinthe fut donné à une disposition particulière qu'on rencontre dans le pavement de quelques églises des périodes latine, romane et ogivale. L'arrangement, la coupe et la couleur des dalles y formaient, par leur combinaisons, des lignes sinueuses conduisant par de nombreux détours à un point central. Les Romains et les Grecs figuraient déjà parfois des labyrinthes dans les pavages en mosaïque ou sur les murs de leurs temples et de leurs habitations. Les labyrinthes, que l'on rencontre, dès les premiers siècles, dans les églises chrétiennes, par exemple à Saint-Vital de Ravenne, qui est un édifice du milieu du vi® siècle, trouvent, sans aucun doute, leur origine dans les labyrinthes des édifices païens; la présence de la figure de Thésée combattant le Minotaure, que l'on voit au centre des labyrinthes de quelques monuments chrétiens, comme à Pavie et à Lucques (i), fournit
(1) Le labyrinthe de Lucques est gravé sur une pierre encastrée dans la muraille de l'église. » J'ai vu des Lucquois, dit M. Durand {Annales archèolo. giques, XVII, p. 125), s'amuser à suivre avec les doigts les sinuosités de leur labyrinthe. Leurs ancêtres ont dû en faire autant, et ils ont si bien frotté le Minotaure qu'il a presque complètement disparu. Ce labyrinthe de Lucques n'a de diamètre que 50 centimètres. Gravé sur pierre, c'est une épure de labyrinthe comme celui de la cathédrale de Poitiers, et non un labyrinthe exécuté ; ce n'est qu'un projet, qu'une simple représentation. L'inscription gravée sur la tranche d'où part l'entrée est des plus rares ; elle fait pressentir que l'Église, en eni pruntant le labyrinthe à l'antiquité, y avait vu un thème à symbolisme. Commo II. 16
une preuve évidente de cette assertion. Les chrétiens, en introduisant les labyrinthes dans les églises, ne manquèrent pas d'y attacher une signification symbolique. Chose curieuse, un labyrinthe découvert, il y a quelques années,- à Orléansville en Algérie, dans une église dont on rapporte la construction au iv° siècle, porte au centre, au lieu du combat de Thésée, les mots sancta ecclesia. Cependant, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer d'une manière précise le symbolisme des labyrinthes dans les anciennes églises chrétiennes. Quelques auteurs, fondant leur interprétation sur les mots Sancta Ecclesia, inscrits au centre du labyrinthe d'Orléansville, y voient l'emblème de la route difficile et féconde en égarements, que l'âme, placée au seuil de la vie, doit parcourir avant d'arriver au céleste séjour, dont l'Eglise est l'image sur la terre. A l'appui de cette opinion on pourrait encore invoquer une inscription qui existe au musée de Lyon et dans laquelle la vie humaine est comparée à un labyrinthe (i).
Au moyen âge on semble avoir regardé les labyrinthes comme l'emblème du voyage en Terre Sainte, ou, selon d'autres, du trajet douloureux que fit Notre-Seigneur Jésus- Christ depuis la maison de Pilate jusqu'au Calvaire. Des indulgences étaient accordées aux personnes qui les parcouraient à genoux, en récitant des prières prescrites. Les labyrinthes, à cette époque, furent nommés aussi dédales, méandres, chemins de Jérusalem. Celui qui se trouve encore
on aurait dit au moyen âge, l'Église a moralisé le labyrinthe païen. Enfermé dans les corridors inextricables de l'erreur ou du vice, on ne peut en sortir à moins que la grâce ou une Ariane divine ne vous mette en main gratuitement, gratis, le fil conducteur. Voici l'inscription curieuse du labyrinthe de Lucques; elle est disposée en trois vers hexamètres :
Hic, quem Creticus edit Dedalus, est laberinthus, De quo nullus vadere quivit qui fuit intus, Ni Theseus gratis Ariane staminé jutus. » (1) Voyez cette inscription dans Didkon, Annales archêol., XVII, p. 126, ainsi qu'un passage tiré des Devises héroïques et emblèmes de Paradin, et cilé par Didkon, Annales archéol., XIV, p. 268. — L'opinion de ceux qui regardent les labyrinthes comme un jeu de patience des ouvriers ne mérite pas un examen sérieux.
aujourd'hui an milieu de la nef de la cathédrale de Chartres était appelé autrefois la lieue, parce que, pour le parcourir à genoux, on avait besoin d'une heure.
En Belgique, il n'existe aucun labyrinthe, et il est probable qu'il n'y en a jamais existé. En France, au contraire, los labyrinthes étaient très communs dans les anciennes églises de quelque importance. Il en existe encore de nos jours à Chartres, à Saint-Quentin et à Bayeux ; il en existait autrefois à Amiens, à Arras, à Reims, à Saint-Omev et à Sens. Plusieurs ont été supprimés à cause des inconvénients qu'entraînait leur existence dans les nefs principales (les églises. Coiinue l'idée pieuse et symbolique qui avaif inspiré leur établissement était comj)lôtement perdue, il arrivait souvent que les enfants, pour s'amuser, les parcouraient avec grand bruit et troublaient les offices.
La forme des labyrinthes n'est pas toujours la même. Celui de Chartres est circulaire; à Saint-Quentin (fig. 1) il est octogone; tels étaient aussi ceux d'Arras, d'Amiens et de Reims. Dans l'église de Saint-Bertin à Saint-Omer, il avait la forme carrée (fig. 2). Souvent on voyait, au centre
Fi-. 1. Fi- 2.
Labyrinthe à l'église de Saint-Quentin Labyrinthe déîruif à l'ancienne (Francel. église de Saint-Bertin, ;i St-Omer.
N. B. Le chemin est tracé en noir ; N. B. Le chemin est tracé en blanc ; l'entrée est au point A. l'entrée est au point A.
et aux angles du labyrinthe, des pierres rappelant quelque fait relatif à la construction de l'édifice. A Amiens, par exemple, la pierre centrale représentait les architectes de l'église et l'évêque Evrard, son fondateur, avec les noms des personnages et l'époque de la construction, gravés sur des lames en cuivre incrustées dans la pierre. A Reims, la pierre centrale retraçait également l'un des principaux architectes de l'église, et à quatre angles de l'octogone se trouvaient les figures de quatre maîtres de V œuvre avec des inscriptions indiquant leur nom et la partie de l'édifice à laquelle ils avaient travaillé.
§ 4. — Autels.
L'autel proprement dit est la table de pierre sur laquelle le prêtre off're le saint sacrifice de la Messe. Sans cette table l'autel n'existe pas, mais elle forme, à elle seule, tout l'autel. Cette table est en pierre, parce que l'autel est la figure et le symbole de Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême, qui, selon le témoignage de l'Apôtre, est la pierre {petra autem erat Christus), \a pierre angulaire [lapis angnlaris) de l'Église. Aussi, pendant les huit premiers siècles de notre ère, l'Église voulut-elle, par respect pour ce beau symbolisme, que l'autel restât entièrement libre ; elle défendit sévèrement d'y déposer le moindre objet, si ce n'est le livre des Évangiles et la custode eucharistique avec les saintes Espèces. Dans le cours du ix® siècle, le pape Léon IV permit d'y placer des châsses contenant des reliques de saints. Lorsque l'autel se composait d'une masse cubique, comme cela avait lieu le plus souvent pendant les périodes latine et romane, ses faces étaient ou revêtues de lames d'or, d'argent et de cuivre doré et émaillé, ou décorées de sculptures et de peintures, ou couvertes de draperies en étoff'es précieuses. Quelquefois aussi, surtout dans les grandes églises, l'autel était placé sous un ciborium ou baldaquin, porté sur quatre colonnes, entre lesquelles on suspendait, sur des tringles, les voiles ou courtines ^ qu'on tirait, pen-
dant certaines parties de l'office, pour dérober les ministres sacrés aux regards des assistants. Dès la fin du x® siècle, on introduisit l'usage des retables, c'est-à-dire des panneaux ou tables en bois peint, en pierre sculptée, ou môme quelquefois en or, en argent et en cuivre doré et émaillé. On les plaçait verticalement au-dessus ou derrière l'autel, vis-àvis de l'officiant. Ces retables primitifs ne restaient pas ;i demeure sur l'autel; c'étaient des panneaux mobiles, peu élevés, qu'on plaçait sur l'autel aux jours de fôte les plu> solennels pour rehausser l'éclat des cérémonies et nourrir la dévotion du prêtre et des fidèles. Les retables Jiœes ne sont pas antérieurs au xii^ siècle (i).
Nous étudierons successivement a) \ autel proprement dit, b) les parements, c) le ciborium, d) les courtines, et e) les retables de la période ogivale.
a) Aniel proprement dit. Comme ceux de la période romane, les autels de l'époque ogivale se composaient le plus souvent d'un simple massif en maçonnerie, n'offrant régulièrement aucune espèce d'ornementation peinte ou sculptée. Ces massifs étaient entourés de draperies dont les couleurs variaient aux différents jours de fête. Quelquefois, mais rarement, on décorait les faces libres de ces autels avec des arcatures ogivales aveugles, dont les retombées étaient portées sur des colonnettes engagées dans le massif; les intervalles entre les colonnettes recevaient des peintures historiées et décoratives, ou des statues et des bas-reliefs. Voici (fig. 1) un autel de ce genre, qui existait autrefois dans une des chapelles absidales de l'église de Saint-Denis, près Paris. Les colonnettes sont incrustées de mosaïques, et alternativement cylindriques et prismatiques; les entre-colonnements sont couverts de peintures historiées reproduisant la légende de saint Eirmin, évêque d'Amiens, auquel la chapelle était dédiée. Les feuillages des écoinçons et les chapiteaux des colonnettes sont colorés en vert.
(1) Voyez ci-dessus, I, pp. 1S9 et svv. ; pp. 3S3 et svv.
Tis. I.
Autel de Saiut rirmin, à l'église de Saint-Denis, près Paris (xiue siècle).
Dans les autels pleins ou massifs, décorés d'arcatures, celles-ci sont formées au xiii® et au xiv^ siècle par des ogives équilatérales ou des arcs en tiers point, au xv® par des ogives infléchies ou en accolade, et au xvi® par des arcs surbaissés ou en plein cintre.
On trouve aussi des autels de la période ogivale, ayant, comme précédemment (I, p. 383), la forme d'une table portée par deux ou un plus grand nombre de colonnettes (ci-dessous fig. 4, p. 251). Il y en a même dont la table repose en avant et aux angles sur des colonnettes, et en arrière sur un massif triangulaire. Ces derniers autels, dont on voit des gravures dans De Caumont, Architecture religieuse, 5^ éd., pp. 529 et 683, présentent quelque analogie avec l'autel de Ratisbonne , que nous avons reproduit ci-dessus, I, p. 383.
Au moyen âge les autels étaient toujours en pierre, jamais en bois. On les consacrait en même temps que l'église ou la chapelle où ils se trouvaient, car on ne connaissait pas encore alors les petites pierres consacrées que l'on peut
enchâsser dans un autel non bénit de bois ou de pierre, et dont on se sert si souvent aujourd'hui (i). Lorsqu'autrefois on voulait célébrer les offices divins dans un édifice rclio-ieux avant qu'il fût entièrement terminé, comme cela arrivait fréquemment pour les grandes églises dont la construction dura plusieurs siècles, on consacrait le chœur ou toute autre partie achevée, afin de pouvoir procéder ainsi à la consécration d'un autel fa^e en pierre.
Le maître-autel des églises cathédrales, collégiales et monastiques conserva, pendant la période ogivale presque
Fig. 2.
Maltre-autel du xve siècle, tiré du manuscrit n» 9232, fol. 610, de la Bibliothèque royale à Bruxelles, qui date de 1460 environ.
(1) Ces pierres, nommées autels portatifs dans le langage liturgique, diffèrent notablement des autels portatifs du moyen âge. Ces derniers, qui dans les anciens documents sont désignés sous le nom à'aliaria gestatoria, porlalilia, viatica et itintraria, étaient richement ornés et on ne les employait qu'en voyage. Voyez oi-desaus, I, pp. 196 et 390.
tout entière, une forme simple et éminemment symbolique. Généralement il était ou entièrement dépourvu de retable (i), ou surmonté d'un retable peu élevé. On y voyait un crucifix, le livre des Évangiles, deux cliandeliers (fig. 2), et quelquefois, comme nous l'apprend encore Durand {Rationaî liv. I, ch. 2, n. 5), une arche ou un tabernacle pour la conservation de la sainte Eucharistie. Une autre manière de réserver le Saint-Sacrement, suivie, en certaines contrées, pour le moins dès le xiii^ siècle, est celle dont le souvenir nous a été conservé par un intéressant tableau du xvi® siècle, représentant le maître-autel de l'ancienne cathédrale d'Arras avec tous ses accessoires. Nous donnons, à la page suivante (fig. 3), la gravure de ce curieux tableau. Un montant carré, placé derrière l'autel, s'élève par deux étages à une grande hauteur, et s'amortit en pinacle surmonté d'un crucifix. A mi-hauteur du montant se trouve la naissance d'une crosse gracieuse, à la volute de laquelle est suspendue, au moyen d'une chaînette, la custode eucharistique en forme de tourelle. » Cet autel, dit VioUet-le-Duc, datait certainement du xiii^ siècle, sauf peut-être la partie supérieure de la suspension, la croix, qui paraît appartenir au xv®. Ce charuiant monument était construit partie en marbre blanc, partie en argent naturel ou doré, La pile postérieure derrière le retable était en marbre rehaussé de quelques dorures ; elle portait une petite statue de la Vierge sous un dais couronné d'un crucifiement en argent avec saint Jean et la Vierge; trois anges reçoivent le précieux Sang de Notre-Seigneur dans de petites coupes. Derrière le dais de la Vierge était un ange en vermeil sonnant de l'olifant. Une crosse en vermeil à laquelle s'attachait un ange aux ailes déployées soutenait le saint ciboire, suspendu par une petite chaîne. « Dict. de V architecture, II, p. 28.
(1) Durand, évêque de Meude, qui écrivait vers la fin du xiiie siècle, indique clairement, dans son Rationaî, liv. IV, cb. 3é, n. li, que, de sou temps, les autels principaux n'avaient ordinairement pas de retable ; il nous montre, en effet, l'officiant placé d'un côté de l'autel et les ministres de l'autre, et se regardant mutuellement.
Fifî. 3.
Maltre-autel de l'ancienae cathédrale d'Arras (xiiie siècle).
Dans les grandes églises ogivales, il y avait régulièrement comme dans beaucoup d'églises romanes, un autel des reliques; voyez ci-dessus, I, p. 388.
Quelquefois les reliques, renfermées dans des coffres ou des châsses, étaient placées à l'intérieur même de l'autel. Des ouvertures ou fenestrelles, pratiquées dans une ou plusieurs faces de l'autel et munies de grillages, permettaient aux fidèles de voir les châsses et les reliquaires pour pouvoir les vénérer plus facilement. Lorsque l'autel avait la forme d'une table portée par des colonnettes, on mettait les châsses et les reliquaires sous la table même, entre les colonnettes ; et l'on entourait ordinairement l'autel de voiles en forme de rideaux.
D'autres fois les reliques étaient placées sur ou derrière l'autel, ou même dans le retable. Dès le ix^ siècle, on exposait quelquefois, sur l'autel, les châsses et les reliquaires. Mais cette exposition était-elle permanente ou bien limitée à certaines solennités religieuses et à certains moments de l'office divin? C'est ce qu'il serait difficile de déterminer. Il est néanmoins constaté qu'au xi^ siècle la coutume de conserver les reliquaires sur l'autel existait en certains endroits, et que cette coutume se généralisa peu à peu dans quelques pays. Durand, dans son Raiional, liv. I, ch. 3, n. 24, cite les châsses et les reliquaires comme les ornements ordinaires de l'autel : « Les ornements de l'autel, dit-il, sont les châsses (capsae), les voiles, les phylactères (espèce de reliquaire), les chandeliers, » etc. La gravure du maître-autel d'Arras, que nous avons donnée ci-dessus, p. 249, montre un buste-reliquaire exposé sur la table de l'autel, et six monstrances à reliques, de différentes formes, alignées sur le retable.
Lorsque les châsses étaient placées derrière l'autel, elles étaient souvent surmontées d'un baldaquin et disposées de telle sorte que les fidèles pouvaient circuler autour de l'autel en passant sous les reliques; voyez ci-dessus, I, p. 388. La figure de la page suivante, que nous donnons d'après VioLLET-LE-Duc, DJcùionnait^e de r architecture ^ II, p. 42, explique clairement cette disposition. Cet autel, nous semble-
Fig. 4.
Fig. i.
Autel delà chapelle de la Sainte- Vierge à l'église de Saint-Deais, près Paris.
(xiue siècle).
t-il, offre un excellent modèle aux sculpteurs et aux architectes pour dresser, en style du xiii" siècle, le plan d'un maître-autel destiné à une église de second ou de troisième ordre, ou d'un autel du Saint-Sacrement pour une cathédrale ou une collégiale. La châsse en forme d'arche, abritée par un baldaquin, remplacerait avantageusement, à notre avis, le tabernacle moderne, pivotant dans un cylindre creux et présentant trop de ressemblance avec le tour d'un hospice d'enfants trouvés. Rarement on plaçait les châsses au niveau du sol, comme dans l'autel de Saint-Firmin, que nous avons reproduit ci-dessus p. 246, où la châsse se trouvait, derrière l'autel, sur le pavement, et était protégée par le grillage que reproduit notre gravure.
Dans les églises abbatiales on avait aussi l'autel 7natutinal, c'est-à-dire l'autel placé dans le chœur des religieux, auprès duquel on récitait les matines, matutinu7n, et les autres parties de l'office divin. Cet autel se trouvait au sommet du chœur des religieux, mais avant le sanctuaire proprement dit ; celui-ci occupait ordinairement tout le chevet du chœur, et s'élevait de plusieurs marches au-dessus du niveau du chœur. L'autel matutinal était, le plus souvent, adossé au mur formé par le surhaussement du sanctuaire au-dessus du niveau du chœur des religieux, et placé entre les deux escaliers latéraux qui conduisaient du chœur au sanctuaire. Voyez dans Viollet-le-Duc, Dictionnaire de r architecture, II, p. 26, une gravure représentant l'autel matutinal de l'abbaye de Saint-Denis, lez Paris.
b) Parements. On appelle jmrements (tautel les draperies et les revêtements dont on couvre les faces verticales d'un autel et quelquefois aussi le retable; on s'en sert encore aujourd'hui dans beaucoup de contrées, et on les désigne vulgairement sous le nom diantependium.
Au moyen âge presque tous les autels recevaient des parements. Ces parements étaient en étoffes précieuses; quelquefois aussi ils consistaient dans des plaques d'or, d'argent et de cuivre doré et émaillé, ou des panneaux de bois cou-
erts de peintures. Les représentations d'autels que Ton encontre, en assez grand nombre, sur les bas-reliefs et dans es vignettes des manuscrits du moyen âge, nous montrent égulièrement l'autel couvert de riches parements.
Les parements métalliques, qui étaient assez communs lendant les périodes latine et romane, devinrent très rares
partir de la fin du xii^ siècle, et (.eu à peu leur usage fut omplètement abandonné. Pendant l'époque ogivale, les arements.en étoffe furent les seuls connus ; ils étaient de ifférentes couleurs et variaient selon les fêtes.
Dans son Rational i^\w . III, ch. 18), Durand, évêque de lende, nous apprend qu'au xiii® siècle les vêtements sacerotaux avaient, comme ils ont encore aujourd'hui, cinq cou- ;urs principales : le blanc, le rouge, le noir, le vert et le iolet. Pour les parements des autels on se servait des mêmes Duleurs, et on les changeait, de même que les ornements icerdotaux, suivant les fêtes et les différents temps de année.
Les parements les plus riches étaient brodés et ornés de erles précieuses ; souvent aussi on y représentait des figures e saints et des scènes historiques ou légendaires. On conîrve à l'église de Saint-Martin, à Liège, un superbe parelent brodé, remontant au milieu du xiv*' siècle. M. Jules [elbig, dans son Histoire de la peinture au pays de Liége^ p. 48-49, donne une excellente reproduction lithographiée e ce chef-d'œuvre de la broderie liégeoise. Les parements rdinaires étaient faits d'étoffe unie ou offrant des dessins îguliers et uniformes. Celui du maître-autel d'Arras (fig. 3, . 249) était parsemé de fleurs de lis ; et celui de la miniaire du manuscrit de Bruxelles (fig. 2, p. 247) est vert et écoré d'un résilié en or.
c) Ciboriuni. L'usage du cihorium, ou baldaquin abritant autel en signe de respect, resta assez général jusqu'au xii® Il XIII® siècle (i) ; mais il fut presque complètement aban-
(1) Voyez ci-dessus I, pp. 19-t et 389.
donné en Belgique et en France pendant la période ogivale, où, à cette époque, on ne se servit plus du cïborium que comme couronnement des châsses à reliques; voyez cidessus la gravure de la page 251. En Allemagne, les ciboria paraissent avoir été plus communs après le xii® siècle ; on en trouve encore aujourd'hui dans ce pays quelques-uns en style ogival. Il en existe, par exemple, à l'église de Notre- Dame de Halberstadt (du xiii^ siècle), à la cathédrale de Ratisbonne (gravure dans Lûbke, Vorschule, p. 102), aux églises de Saint-Etienne à Vienne et de Sainte-Elisabeth à Marbourg. Chose remarquable, c'est en Italie et principalement à Rome, dans ces contrées où le style ogival n'a jamais pris racine, que l'on voit encore de nos jours un très grand nombre de ciboria datant de l'époque ogivale. Les plus remarquables sont ceux de Saint-Paul hors les murs, de Saint-Jean de Latran, de Sainte-Marie au Trastévère, de Sainte-Marie in Cosmedin et de Sainte-Cécile. Nous donnons, à la page suivante, la gravure de ce dernier.
Il est entièrement en marbre de blanc et orné d'incrustations en mosaïques, et recouvre, comme tous les ciboria de Rome, l'autel principal construit au-dessus de la crypte dans laquelle reposent les restes mortels de la patronne de l'église.
En Erance, et probablement aussi en Belgique, on suppléa quelquefois à l'absence du ciborium proprement dit, en suspendant, au-dessus de l'autel, un dais en étoffes précieuses. Au commencement du xiv*' siècle, un dais de forme rectangulaire, couvert de soie semée de fleurs de lis d'or, était suspendu au-dessus du maître-autel de la cathédrale d'Amiens,
Le ciborium nous parait offrir le moyen le plus apte pour inspirer aux fidèles le respect et la vénération dus à l'autel proprement dit, symbole du Sauveur. Mieux que tous les autres accessoires, sans même en excepter le retable, il atteint ce but en protégeant l'autel sans cependant se confondre avec lui ; et il conserve ainsi à l'autel toute sa signification symbolique. Le retable, au contraire, lié en quelque sorte à l'autel et faisant corps avec lui, détourne l'attention
Fia 5.
l'iborium de l'autel de Sainte-Cécile au Trastévère, à Rome (Xive siècle).
des fidèles et la fixe sur l'accessoire au grand détriment de l'objet principal, qui est l'autel proprement dit.
d) Courtines. On appelle courtines les voiles suspendus aux deux côtés latéraux de l'autel, et derrière le retable lorsque celui-ci était peu élevé; voyez les gravures des pages 247 et 249 (figg. 2 et 3). Ces voiles, de môme que les parements, étaient ordinairement très simples; quelque-
fois cependant on y figurait, soit par le tissage soit par la broderie, des ornements, des figures et des sujets religieux. Ils étaient régulièrement attachés à des tringles, portées assez souvent par quatre ou six colonnettes, en cuivre ou en bois, surmontées de figures d'anges tenant en main les divers instruments de la Passion ou des cierges. La couleur des voiles variait probablement selon les différents temps de l'année liturgique et les jours de fête.
L'usage des courtines ou voiles latéraux d'autel a été conservé en Belgique pour le moins jusqu'au xvii® siècle.
Outre les courtines de l'autel, on se servait encore, pendant le moyen âge, de deux autres espèces de voiles liturgiques. « Il est à remarquer, dit Durand de Mende, que l'on suspend trois sortes de voiles dans l'église, à savoir : Celui qui couvre les choses saintes, celui qui sépare le sanctuaire
du clergé, et celui qui sépare le clergé du peuple Le
premier voile, c'est-à-dire les rideaux que l'on tend des deux côtés de l'autel, lorsque le prêtre commence l'offertoire, a été figuré.... par ce qui est dit dans l'Exode : Moïse mit un voile sur sa figure, parce que les fils d'Israël ne pouvaient soutenir téclat de son visage; et, comme le dit l'Apôtre, ce voile est encore aujourd'hui sur le cœur des juifs. Le second voile, que, pendant le carême, on étend devant l'autel, au moment de la Messe, a été symbolisé par celui qui était suspendu dans le tabernacle et qui séparait le saint des saints du lieu saint... Ce voile cachait l'arche au peuple ; et il était tissu avec un art admirable et orné d'une belle broderie de diverses couleurs ; il se déchira lors de la passion du Seigneur ; et, à son imitation, les courtines sont encore aujourd'hui tissues de diverses couleurs très belles Le troisième
voile a tiré son origine de la clôture qui, dans la primitive Église, faisait le tour du chœur et ne s'élevait que jusqu'à hauteur d'appui; ce qui s'observe encore dans quelques églises Cependant, de nos jours, on dresse généralement ou on place un voile, ou bien enfin on élève un mur entre le clergé et le peuple, afin qu'ils ne puissent se voir
réciproquement, comme si l'on disait, par cette action môme au prêtre : Détourne tes yeux, pour qu'ils ne voient pas la vanité. Mais, le jour de la Parascève ou Vendredi-Saint, on ôte tous les voiles de l'église, parce que, au moment de la Passion du Seigneur, le voile du temple fut déchiré, et que c'est par elle que nous a été révélée l'intelligence du roi spirituel, qui auparavant était caché à nos yeux Cependant, le voile qui sépare le sanctuaire du clergé est tiré ou enlevé à l'heure de vêpres de chaque samedi de carême, quand l'office du dimanche est commencé, afin que le clergé puisse regarder dans le sanctuaire, parce que le dimanche
rappelle le souvenir de la résurrection Aux jours de
fête aussi, où on lit neuf leçons pendant le carême, le voile est levé et tiré. Mais cet usage n'existe pas ainsi depuis la première institution de l'Église, parce qu'alors aucune
fête n'était célébrée solennel'ement pendant le carême
Aux fêtes on tend aussi les courtines dans les églises pour les orner, atîn que de visibles ornements émeuvent notre âme pour les invisibles. Ces courtines sont parfois teintes de diverses couleurs, afin que, par la variété de ces couleurs, on voie et on sache que l'homme, qui est le temple de Dieu, doit être orné de la variété et de la diversité des vertus. La courtine blanche représente la pureté de la vie; la rouge, la charité; la verte, la contemplation; la noire, la mortification de la chair; la grise, la tribulation. On met aussi parfois sur les courtines blanches des draperies de différentes couleurs, pour exprimer que notre cœur doit être purgé des vices, et qu'il doit avoir au dedans de lui-même les courtines des vertus et la variété des couleurs des bonnes œuvres. national, liv. I, ch. 3, nn°^ 35-39.
Le grand voile que l'on suspendait pendant le carême à l'entrée du chœur ou du presbytère était appelé voile du temple, vélum templi; les voiles dont on recouvrait, au même moment, les crucifix, les retables et les statues des saints, étaient désignés sous le nom général de voiles de carême, vêla quady^affesimalia. Voici comment M. James Weale parle des voiles liturgiques, autrefois en usage penn. 17
dant le carême : « Ainsi qu'on le sait, dit-il, avant les ravages funestes exercés par les iconoclastes au xvi® siècle, le chœur de chaque église était séparé de la nef par un jubé ou écran surmonté d'un grand crucifix accompagné des statues de la sainte Vierge et de saint Jean. Le lundi après le dimanche de Quinquagésime, le matin de bonne heure, on suspendait un grand voile, appelé vélum iempU, au devant de ce jubé dans les églises paroissiales, ou au devant du tref (i), qui séparait du chœur le presbytère ou sanctuaire dans les cathédrales et dans les églises collégiales et conventuelles. Dans les églises dont le chœur était entouré d'un ambulatoire, on suspendait d'autres voiles de pilier à pilier autour du chevet, de manière à isoler complètement le sanctuaire. En même temps, on fermait les diptyques et les triptyques, ainsi que les volets polyptyques dont étaient munies la plupart des statues qui ornaient l'intérieur de nos églises. On recouvrait les autres, de même que les reliquaires, les évangéliaires, lorsque la reliure de ceux-ci était ornée d'images ou incrustée de reliques, et le tabernacle où reposait le très saint Sacrement, de voiles en toile ou en soie blanche,
marqués d'une petite croix rouge Dans la plupart des
églises le vélum te?npH était blanc et en toile de lin ; les autres voiles étaient blancs et avaient une ou plusieurs
petites croix rouges, appliquées ou cousues dessus
Le velutn templi restait tendu devant l'autel jusqu'à la Messe du mercredi saint. Il n'était replié, dans la plupart des églises, que pendant l'Évangile et au moment de l'élévation. Seulement les dimanches et les jours de fête de première classe, on le repliait depuis les premières vêpres jusqu'au compiles du lendemain. ^ Beffroi, II, pp. 39-45. Il nous reste un souvenir de ces voiles dans la pratique de couvrir d'un voile violet les crucifix des autels depuis le dimanche de la Passion jusqu'au Vendredi-Saint. Selon les prescrip-
(!) On appelle tref qm, traies la poutre placée en travers ou autour du chœur, sur laquelle on plaçait des cierges, et à laquelle on suspendait des lampes. Dans les églises collégiales, le tref se trouvait ordinairement entre le chœur et le sanctuaire proprement dit ; voyez ci-dessous p. 287.
tions du Cérémonial romain, on devrait, pendant le môme espace de temps, couvrir de voiles toutes les images et les statues exposées dans les églises.
e) Helable. Le retable est le panneau ou la table posée verticalement derrière (rctro) l'autel proprement dit. Quelques e'cri vains donnent aussi le nom de retable à la predella ou petit gradin qui, dans les autels modernes, porte les chandeliers, et appellent alors contre-retable \e panneau vertical, peint Du sculpté, placé à l'arriôre-plan de l'autel, et que nous désignons sous le nom de retable.
Le retable ne constitue pas une partie essentielle de l'autel ; il n'en est que l'accessoire. Sa destination première et principale est d'e.Nciter et de nourrir la dévotion chez le prêtre qui offre le saint sacrifice de la Messe et chez les fidèles qui y assistent, en leur mettant devant les yeux des sujets religieux reproduits par l'émaillerie, la ciselure, la sculpture ou la peinture. Peu élevé dans le principe, il atteint, vers la tin de la période ogivale, une hauteur considérable.
Il y a deux espèces de retables : les retables mobiles et les retables fixes. Comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, I, pp. 386 et suiv., les retables mobiles ont été employés les premiers; en certains endroits, on en faisait déjà usage vers la fin flu x^ siècle; les retables fixes sont beaucoup plus récents.
Les retables mobiles furent beaucoup moins communs pendant la période ogivale que pendant la période romane. Ils étaient, comme précédemment, en métal ou en bois peint, rarement sculpté ; on n'en connaît pas en pierre.
Un des plus beaux retables mobiles de l'époque ogivale est celui que l'on conserve encore maintenant à l'église abbatiale de Westminster, à Londres. Il se trouve accroché, en forme de tableau, dans le bas côté méridional du chœur de cette église, et mesure 3"", 30 de long sur O'^.OG de haut. " Il se compose, dit Viollet-lc Duc, d'un parquet de bois à compartiments et sculpté, entièrement revêtu de vélin collé
à la colle de fromage, couvert de gaufrures dorées, de plaques de verre fixant des dessins d'or sur couleur, d'une extrême finesse, et de peintures d'un beau style. Le moine Théophile parle longuement, dans son Traité des divers arts, de ce genre de décoration appliquée sur panneaux de bois. » Dictionnaire du mobilier, I, pp. 234 et suiv., où il donne l'ensemble de ce beau retable en gravure, et un des principaux détails en chromolithographie.
On remarque que les retables mobiles sont généralement peu élevés. Dès le xiii^ siècle, on commença à leur substituer des retables fixes, et leur usage paraît avoir été complètement abandonné vers la fin du siècle suivant.
Comme nous l'avons dit ci-dessus (I, p. 388, et II, p. 245), les plus anciens retables fixes ne remontent pas au delà du xii^ siècle, et encore, dans le principe, n'en plaça-t-on que sur les autels secondaires, qui se trouvaient dans le transept ou dans les chapelles bordant le chœur. Dans les églises cathédrales, collégiales et monastiques de premier ordre, le maîtreautel resta généralement dépourvu de retable pour le moins pendant tout le xiii^ siècle. En France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre et dans les autres pays septentrionaux de l'Europe, il n'en reçut qu'au xiv^ siècle, quelque temps après que le siège de l'évêque ou de l'abbé et les stalles des chanoines ou des religieux, qui auparavant étaient adossés, derrière le maître- autel, au mur de l'hé roicycle absidal, eussent été transportés, dans ces contrées, en avant du sanctuaire sur les deux côtés du chœur, c'està-dire à l'endroit où on les voit encore aujourd'hui dans nos églises du nord. Avant ce changement dans la disposition des stalles, il eût été fort difficile de placer, sur le maître-autel, un letable d'une certaine élévation, sans empêcher le clergé lui-même de voir l'autel. Voici comment s'exprime à ce sujet l'abbé Thiers, dont les ouvrages fournissent tant de détails précieux sur les coutumes liturgiques d'autrefois : " Les anciens autels, dit-il, qui avoient pour caractère particulier la simplicité, étoient disposés de telle
sorte que les évêqnes ou les prestres, qui y célébroient les mystères divins et les personnes qui étoient derrière, se pouvoient voir les uns les autres. En voici deux raisons qui me paraissent dignes de considération, La première est
prise des sièges ou throsnes épiscopaux Ces sièges
étoient placés derrière les auteJs et afin que les prélats s'y l)ussent asseoir, et afin qu'y étant assis, ils eussent en vue
leur clergé et leur peuple et qu'ils fussent eux-mêmes
en vue à leur clergé et à leur peuple. Ainsi, où il y avoit des sièges épiscopaux, il n'y avoit point de retables; il y avoit des sièges épiscopaux au moins dans toutes les églises cathédrales.... La seconde raison est tirée de l'ancienne cérémonie pour laquelle, aux messes solennelles, le sous-diacre, après l'oblation, se retiroit derrière l'autel avec la patène, qu'il y tenoit cachée en regardant néanmoins le célébrant. » Dissertation sur les principaux autels des églises, éd. de 1688, p. ISl . La disposition ancienne des sièges épiscopaux et des stalles a été conservée jusqu'à nos jours dans presque toutes les églises d'Italie ; et elle existe également encore à l'église dite Gruss-Sint-Martin, à Cologne, et dans les cathédrales de Mayence et de Spire.
Forme des retahles fixes. Au com neiicement de la période ogivale, les retables fixes étaient, comme ceux de la fin de la période romane, peu élevés et ne présentaient qu'une faible épaisseur; on ne pouvait placer au-dessus ni crucifix ni chandeliers. Les p'us anciens ont ordinairement la forme d'un rectangle (fig. 3, p. 219; et fig. 4, p. 251); quelquefois cependant ils sont surélevés vers le milieu de l'autel, comme le montre la fig. 2, p. 247. Cette dernière forme devint commune dès le milieu du xiii^ siècle et persista en quelques contrées jusque vers le milieu duxv^ Voici (fig. G) un retable de cette forme, qui fut placé, au xiv'' siècle, sur le maître-autel de l'église de Sainte-Dimphne à Gheel, et que l'on voit encore de nos jours, dans la môme église, encastré dans le mur du bas côté septentrional. 11 est à regretter que cet objet, si intéressant pour l'histoire des autels en Belgique pendant le
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