PL
Ph
moyen âge, ait perdu, en partie, son cachet primitif par suite d'une épaisse couche de couleur qui y a été apposée, il y a peu d'années, en dépit de toutes les règles de la bonne polychromie. On y voit, dans le compartiment central, le Christ en croix entre la sainte Vierge et saint Jean, et accompagné des figures symboliques du soleil et de la lune; les douze apôtres occupent les douze arcatures latérales.
Les retables en bois, dont l'usage s'introduisit peu à peu au xiV siècle, furent, dès le couinienceuient, munis souvent de volets. On donne à ces retables le nom de triptyques on poli/pft/ques, selon qu'ils ont trois ou un plus grand nombre de volets.
En Belgique, en France et en Angleterre au xv^ siècle, et dans l'Europe centrale et méridionale déjà pendant le siècle précédent, les retables abandonnent la noble et élégante simplicité qui les distinguait auparavant. Leurs contours et leurs subdivisions se compliquent davantage, à mesure que l'on approche de la fin de la période ogivale. Voici, rangés par ordre chronologique, quelques plans de retables du xv^ et du XYi^ siècle. Par la simple comparaison de ces gravures on se rendra un compte exact et facile des transformations successives subies par les retables depuis la fin du xiv^ jusqu'au milieu du xvi® siècle. Terminés d'abord, comme au xiii^ et au xiv^ siècle, par des lignes droites horizontales, et dépourvus ordinairement de tout crêtage (fig. 7), les encadrements des retables du xv® siècle passent ensuite par des transitions et par des mélanges de lignes droites et courbes (fig. 8), pour arriver enfin aux ogives infléchies, aux arcs en accolade, surbaissés ou en anse de panier, et à des courbes de tout genre (fig. 9), qu'on orna souvent, au xvi^ siècle, de crochets et de fleurons. On alla même jusqu'à couronner le retable de tourelles et de pinacles, de statues et d'enlacements en forme de chiff're (fig. 10).
Fi-. S.
Retiiblc du xve siècle, à l'église du béguinage de Tongres.
Retable du couiineiicenieiit du xvie siècle, à l'église de Hereathals.
Fis. 9.
Fig. 10.
Retable du xvie siècle, à l'église de Saint-Denis, à Liège.
Retable du xvie sièclej à l'église de Xanten (Prusse rhénane).
Nous ferons toutefois remarquer que les formes des encadrements du xiii^ et du XIV® siècle se rencontrent encore au xv^ et même au xvi® siècle, surtout dans les triptyques peints. Les encadrements de ces derniers présentent toujours une plus grande simplicité que ceux des retables sculptés. Voici les deux formes qu'ils affectent le plus souvent au XV® et au xvi® siècle :
Pig. 11.
Triptyque peint du xve siècle, Triptyque peint de 1509,
à l'église de Saint-Pierre, à Louvain. à l'église de Saint-Pierre, à Louvain.
N. B. Les lignes ponctuées indiquent la subdivision que l'on rencontre parfois dans les volets, par exemple dans le retable dit de Sainte-Anne, à la cathédrale de Bruges.
Voici comment Viollet-le-Duc résume les caractères des retables pendant les xiv*', xv^ et xvi*= siècles : " Quant aux retables, dit-il, ils prirent une plus grande importance à mesure que le goût du luxe pénétrait dans la décoration intérieure des églises. Déjà très riches au xiii" siècle, mais renfermés dans des lignes simples et sévères, ils ne tardèrent pas à s'élever et à dominer les autels en présentant un échafaudage d'ornementation et de figures souvent d'une assez grande dimension, ou une succession de sujets couvrant un vaste champ. Les cathédrales seules conservèrent longtemps les anciennes traditions, et ne laissèrent pas étouffer leurs maîtres-autels sous ces décorations parasites. Il faut rendre justice à l'Église française, cependant; elle fut la dernière à se laisser entraîner dans cette voie fâcheuse pour la dignité du culte (i). L'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, nous devancèrent, et couvrirent, dès le xiv^ siècle, leurs retables d'un fouillis incroyable de bas-reliefs, de niches, de clochetons, qui s'élevèrent bientôt jusqu'aux voûtes des églises. Les dossiers des autels des églises espagnoles notamment sont surmontés de retables, dont quelques-uns appartiennent au xiv^, et un plus grand nombre au xv*' et xvi^ siècles, qui dépassent tout ce que l'imagination peut supposer de plus riche et de plus chargé de sujets et de sculptures d'ornements. Sans tomber dans cette exagération, les autels de la France [et aussi ceux de la Belgique] perdent à la fin du xiv^ siècle l'aspect sévère qu'ils avaient su conserver encore pendant le xiii® On n'établit plus la distinction entre l'autel et le reliquaire s'élevant derrière lui : tout se mêle et devient confus; l'autel, le retable et le reliquaire ne forment plus qu'un seul édicule, contrairement à cette loi de la primitive Eglise, que rien ne doit être placé directement au-dessus de l'autel, si ce n'est le ciboire. Il ne nous appartient pas de décider si ces changements ont été favorables ou non à la dignité des choses saintes; mais il est
(1) La Belgique conserva les bonnes traditions bien plus longtemps encore que la Trauce.
certain qu'au point de vue de l'art, les autels ont perdu cette simplicité grave, qui est la marque du bon goût, depuis qu'on a surchargé leurs dossiers d'ornements parasites; depuis qu'on a remplacé les suspensions du saint ciboire par des tabernacles qui s'ouvrent au milieu du retable ; depuis que les retables eux-mêmes, convertis en gradins, ont été couverts d'une quantité innombrable de flambeaux, de vases de fleurs artificielles ; depuis que des tableaux avec encadrements présentent des scènes réelles aux yeux, et viennent distraire plutôt qu'édifier les fidèles. » Dictionnaire de Varchifecture, II, p. 49.
Matière des retables fixes. Au xiii® siècle, tous les retables fixes, et au xin^ presque tous sont en pierre; ils ont généralement peu d'épaisseur, et quelques-uns paraissent avoir servi primitivement à masquer des châsses à reliques exposées derrière l'autel; voyez ci-dessus, I, p. 388. Vers le milieu du xiv^ siècle, on voit apparaître çà et là des retables en bois sculpté; ils furent toutefois encore très rares, même pendant la dernière moitié de ce siècle. Au xv^ siècle, les retables en bois sculpté devinrent communs et remplacèrent peu à peu les retables en pierre. On commença aussi, à cette époque, à introduire l'usage des panneaux peints en forme de triptyque, qui, vers le milieu du xvf siècle, supplantèrent presque complètement les retables sculptés.
Les volets, dont les retables furent souvent munis à partir du xiv*^ siècle étaient, dans le commencement, décorés de . sculptures à leur face intérieure, et de peintures à leur face extérieure. Mais la lourdeur des volets ornés de statues ou de bas-reliefs rendait le maniement de ces appendices fort difficile et même parfois dangereux lorsqu'il s'agissait d'ouvrir ou de fermer le retable; on préféra donc bientôt les peintures pour la décoration des deux faces des volets. On trouve des exemples de retables avec volets peints aux églises de Sainte-Dimphne à Gheel (xv® siècle), d'Oplinter (xvi® siècle) et de Saint-Denis, à Liège (xvi° siècle).
Ce que nous venons de dire de la matière dont les retables
furent faits au moyen âge peut se résumer de la manière suivante : Jusqu'à la fin du xii" siècle, les retables ont été généralement eu, métal orné d'émaux et de pierres précieuses; au xiii" siècle et pendant la plus grande partie du xiv^ les retables en pierre, et au xv^ les retables en bois sculpté ont été les plus communs. Au commencement du xvi^ siècle les retables étaient demandés indifféremment aux sculpteurs en bois ou aux peintres, jusqu'à ce que, vers le milieu du xvi'' siècle, les retables peints l'emportèrent définitivement sur les retables sculptés.
Sujets TC/résentés dans les retables. Au xii^ et au xiu'' siècle les retables étaient ornés soit de bas-reliefs (iîg. 4, p. 251), soit de statuettes placées dans des arcatures (Hg. 6, p. 20)2). Un médaillon central en forme de quadrilobe ou d'auréole se trouvait le plus souvent au centre du retable, et portait l'image du Christ en croix ou assis sur l'arcen-ciel. Au xv^ siècle, les arcatures ne se rencontrent plus (jue rarement dans les retables; presque toujours, à cette époque, le retable est divisé en plusieurs rangées verticales et horizontales de compartiments juxtaposés et superposés les uns aux autres, qui sont remplis de bas-reliefs. La scène du crucifiement avec la sainte Vierge et saint Jean, les deux larrons et des groupes de personnes, occupe régulièrement le compartiment central, qui d'ordinaire est plus haut et plus large que les compartiments secondaires, moins exposés à la vue du prêtre et des fidèles. Quelquefois cependant tout le retable est occupé par un seul gran<l bas-relief (retable de ('alcar, dans la Prusse rhénane). Outre les scènes de la vie de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, on aimait à reproduire, dans les retables du xv^ et du xvi'^ siècle, la légende du saint sous le vocable duquel l'autel était consacré.
Lorsque, comme cela arrivait quelquefois, le retable était destiné à servir en même temps de reliquaire, les reliques étaient renfermées dans des bustes ou des statuettes qu'on plaçait ensuite sous les arcatures qui divisaient le retable en un certain nombre de compartiments. On trouve des gra-
vnres de deux retables de cette forme et datant l'un et l'autre du xi"v® siècle, dans Bock, Rheinlands Baudenkmale, 1, Oberwesel, pp. 9 et 13. Ces retables présentent, en ce qui concerne leur aspect général, quelque analogie avec le retable de Sainte-Dimphne à Gheel, dont nous donnons la gravure ci-dessus, p. 262. On conserve, à l'église de Saint-Pierre à Louvain et à celle de Notre-Dame à Tongres, des statuettesreliquaires en argent, qui datent du xv® siècle. Il est probable qu'autrefois ces statuettes ont fait partie d'un retable à reliques.
Les retables étaient couverts, à certains moments, par des parements semblables à ceux des autels (voyez ci-dessus, p. 249, la gravure représentant le maître-autel d'Arras), ou cachés par des voiles pendant le temps du carême.
Indication de retables en bois sculpté qui existent encore en Belgique. On trouve, dans nos églises et dans nos musées arcliéologiques, un certain nombre de retables en bois sculpté, qui datent des xiv®, xv^ et xvi® siècles. Quelques-uns de ces retables ont une véritable valeur artistique et témoignent de l'état prospère de la sculpture belge au xiv® et au xv^ siècle, d'autres, au contraire, sont grossièrement exécutés et dépourvus de tout mérite. Quelquefois cependant ces derniers présentent à l'archéologue un grand intérêt pour l'étude de l'iconographie. Voici disposée par province l'indication des retables en bois sculpté dont nous avons connaissance (i) :
Province d'Anvers. 1° \j église de Sainte-Dimphne, à Gheel, possède, outre le retable en pierre du xiv® siècle, que nous avons donné en gravure p. 26:2, deux retables en bois; l'un, du xv"^ siècle, représente la passion du Sauveur, et l'autre, du xvi^ la légende de sainte Dimphne. On trouve les gravures et la description de ces retables dans l'ouvrage de l'abbé Kuvl, Gheel vermaerd, pp. 125 et 130. — 2° 'L'église de Sainte -JFaudru, à Herenthals, conserve un
(1) Nou:5 serons reconuaissant envers toutes les personnes qui voudront bien nous communiquer des renseignements pour compléter cette liste.
beau retable du commencement du xvi* siècle, représentant le martyre des saints Crépin et Crépinien ; il a été reproduit en lithographie dans les Annales de Vacadhnie d'archèolor/ie d" Anvers, 2" série, VI, p. 2G7. — 3° L'église de Jliihhoid a deux retables peints et dorés.- Le plus ancien et le plus beau représente, en quatre compartiments, des mystères de la vie et de la passion du Sauveur; l'autre reproduit, en six scènes, la légende de l'apôtre saint Matthieu, patron de l'église. — 4° Une chapelle à Loenhout est ornée d'un retable du XVI* siècle, où l'on voit, en sept groupes, le martyre de saint Quirin. — 5° A \ église de ScJioonbroeck, sous Vieux- Turnhout, on voit un retable peint, doré et muni de volets, représentant l'histoire du saint homme Job , titulaire de l'église. C'est une œuvre très médiocre.
Bradant. P Le Musée royal d'armures et d'antiquités, dit de la porte de Hal, à Bruxelles, possède cinq retables du xv'' et du xvi® siècle; quelques-uns sont très beaux. — 2° \i église de Saint- Léonard, à Léau, a conservé plusieurs de ses retables de l'époque ogivale. Le plus ancien, celui qui est orné d'une grande statue assise du patron de l'église est sans contredit le plus beau ; il remonte probablement au XIV® siècle. Son encadrement est très simple, et rappelle celui du retable de Gheel que nous avons reproduit ci-dessus, p. 262. Les autres sont du xv® et même du \\f siècle. — 3° \j église du Saint-Sauveur, à Haekendover, avait autrefois un très beau retable derrière son maitre-autel. Des fragments nombreux, provenant de ce retable, ont été réunis assez maladroitement et accrochés au mur dans le transept de l'église. Ces sculptures (statuettes et groupes représentant le Christ en croix, les apôtres et plusieurs scènes de la construction miraculeuse de la première église d'Haekendover) ont une grande valeur artistique et mériteraient d'être replacées en bon ordre à la place d'honneur qu'elles occupaient autrefois derrière le maitre-autel. — 4*^ A Xéglise de Boendael, sous Lxelles, on voit un retable du xv® siècle, où le sculpteur a reproduit plusieurs scènes du martyre de saint Adrien, patron de la paroisse. — 5° \Jéglise de Cor-
leeh-Dyle, près de Louvain, est ornée d'un retable représentant la lapidation de saint Etienne. — 6° Ué^lise de Lovibeek-Notre-Dame possède un superbe retable de la fin du xv"" siècle, où l'on voit, en neuf compartiments, les principaux mystères de la vie de Ja sainte Vierge Marie. — 7° Au refuge de charité de Louvain, on trouve un petit retable du xvi® siècle, provenant de l'hôpital de la même ville et représentant plusieurs scènes de la vie de Notre- Seio-neur; c'est une œuvre très médiocre. — 8*^ Héfjlise d'Oplititer, près de Tirlemont, est ornée d'un magnifique retable doré, polychrome et muni de volets peints sur leurs deux faces. Cet intéressant objet d'art, qui fut terminé en 1525, reproduit les principaux faits de la vie de Notre-SeigYieur. — 9° \1 église de Saintes, près de Hal, a un retable contenant plusieurs scènes de la vie de sainte Rainelde, patronne de la paroisse. — 10° 1j église de V Hier s-la- Ville possède un retable de l'année 1538, représentant plusieurs épisodes de la vie de la sainte Vierge.
Flandre occidentale. ]° On voit, à la cathédrale de Bruges, deux retables du xvi® siècle, en bois sculpté, dont l'un représente la passion du Sauveur, et l'autre la généalogie de sainte Anne; ce dernier a été reproduit en lithographie dans y Inventaire des objets d'art et d' antiquité de la Flandre occidentale , p. 54. — 2° U hospice de Notre-Damedes- Aveugles, à Bruges, — et 3° celui de Jérusalem, dans la même ville, possèdent également des retables en style ogival.— 4° A X église de Deerlijk, on voit un retable de l'année 1500 environ, où est figurée la légende de sainte Colombe.
Flandre orientale. On trouve, à \ église de Hemelveerdcgem, un beau retable du xvi" siècle, reproduisant plusieurs scènes de la vie de saint Jean.
Hainaut. P 1j église de Boussu, près de Mons, possède un beau retable du xv*' siècle, où est représentée la vie de la sainte Vierge. — 2° Ij église de Buvrinnes est ornée d'un retable du xvi® siècle, retraçant quelques scènes de la vie de saint Pierre, patron de la paroisse; on a donné une bonne lithographie de ce retable dans les Annales du cercle
nrchéoîofjique de Mom, III, p. 302. — 3" A EngMen il existe des retables à la chapelle du château des ducs d'Aremberg, et à l'église des Capucins. — 4" La chapelle de Notre- Dame-de-Camhron , à Estinnets-au-Mont , a un retable en pierre, datant des dernières années de la période ogivale. Il forme trois arcatures : dans celle du milieu plus élevée que ses voisines, se trouve l'image de Notre-Dame-de-Cambron ; dans les deux latérales, les statues de Saint-Joseph et de Saint-Gonunaire. Il a été reproduit dans les Annales du cercle archéologique de Aîons, VII, p. 81.
Liège. \j église de Saint-Benis, à Liége^ possède un beau retable du xvi^ siècle représentant a) dans la partie supérieure, six scènes de la passion du Sauveur; et b) dans le soubassement, en cinq compartiments, l'histoire de saint Denis, patron de l'église.
LniBOURG. 1" \j église de Notre-Dame, à To?2gres, a son maitre-autel orné d'un retable provenant de l'église de Venray (Limbourg hollandais) et remis à neuf peu avant d'être acquis par l'église de Tongres. — 2" \^église du béguinage de Tongres possède un beau retable du xv® siècle, orné de statuettes. Cet intéressant objet d'art pourrait avantageusement, nous semble-t-il, fournir des données sûres à l'artiste chargé de dresser le plan d'un retable pour une église rurale. — 3° \J église d' Opitter a un retable du commencement du XVI® siècle, avec volets peints sur les deux faces.
Luxembourg. On voit, au Musée provincial d'Arlon, un retable du xv*" siècle, avec volets ornés de peintures, qui provient de l'église de Fisenne.
Namur. Le Musée de la Société archéologique de Namur possède un retable du commencement du xvi® siècle, provenant de Barvaux en Condroz, et représentant des scènes de la vie de Notre-Seigneur.
§ 5. — Tabernacles.
Pendant la période ogivale presque tout entière, on no conservait qu'un très petit nombre d'hosties consacrées , nécessaires pour pouvoir porter le saint Viaticjue aux malades en danger de mort et pour exposer publiquement le
Saint-Sacrement à la vénération des fidèles. Lorsque les personnes en état d'assister aux offices divins voulaient communier, elles s'approchaient de la sainte Table pendant la Messe, et recevaient une partie des saintes espèces que le prêtre venait de consacrer. Il ne faut donc pas s'étonner si les vases sacrés destinés à la réserve eucharistique et l'endroit où on les conservait ont eu de faibles dimensions pendant le xiii*' et le xiv" siècle.
On conservait la sainte Eucharistie de plusieurs manières :
1° Dans les églises des contrées méridionales, où le ciborimn resta en usage pendant la période ogivale, on continua à suspendre, comme précédemment, sous le ciboriimi, la pixide avec les saintes espèces; voyez ci-dessus, 1, pp. 221 et 416.
2° En France, en Belgique et dans les pays septentrionaux de l'Europe, on s'est souvent servi, pendant le xiii® et le XIV® siècle, de la manière qui est indiquée par la gravure du raaitre-autel d'Arras, reproduite ci-dessus, p. 249. Les saintes hosties, renfermées dans une pixide ou une colombe dorée et émaillée, étaient placées dans une tourelle ou une petite tente [tahernaculum, d'où le mot tabernacle) en étoffes précieuses, qu'on suspendait, au-dessus de l'autel, à une crosse en bronze ou en argent.
3° Quelquefois on conservait les saintes espèces dans des coffrets en forme d'arche, de châsse ou de tour. Ces coffrets étaient tantôt transportables et déposés dans le sacrarium ou sacristie, tantôt, comme nous l'atteste Durand, placés à demeure sur l'autel; voyez ci-dessus, p. 248. Malheureusement, il ne nous reste aucune donnée précise sur la forme de ces tabernacles.
4° Le plus souvent, surtout dans les églises de second et de troisième ordre, la sainte Eucharistie était réservée dans des armoires pratiquées derrière ou à côté de l'autel. L'usage de placer les saintes espèces dans des tabernacles en forme d'armoire paraît avoir été assez général en Belgique, au moins depuis le xiv" siècle. Un des plus beaux tabernacles de ce genre est, sans contredit, celui de l'église de Notre-Dame, à Hal, qui date de l'année 1409. Il est orné
Fig. 1-
de bas-reliefs et d'inscriptions, et se trouve placé, du côté de l'Évangile comme presque tous les tabernacles en forme d'armoire. Voici (fig. 1) un tabernacle du xv*" siècle, qu'on voit dans la chapelle de Sainte-Vérone, à Berthem, près de Louvain, placé également du côté de l'Évangile. A l'église de Duysbourg (Brabant), il existe, derrière le maître-autel, dans la muraille du chevet du chœur, une armoire encadrée d'une double ogive : elle date de la fin du XIV® ou du commencement du xv*^ siècle, et paraît avoir servi primitivement à renfermer le Saint-Sacrement.
Quelquefois les taberrr u 1 ^ .ci- 1 . ,1, ,,Mp nacles en forme d'ar-
Tabernacle du xve sieclu, a m cbdiiciie
de Sainte-Vérone, sous Berthem. moirc étaient attachés à
un des piliers du chœur ou du transept.
5° Au xiv^ et au xv" siècle, on construisit aussi, pour la réserve eucharistique, des tabernacles en forme de tour, entièrement libres et placés du côté de l'Évangile. Les tabernacles de ce genre devinrent communs en Belgique et en Allemagne dès le xv" siècle ; on en trouve même plusieurs dans ce dernier pays qui datent du XIv^ En France, où la suspension resta beaucoup plus longtemps en usage que dans les pays voisins, ces tabernacles sont plus rares. Bourassé, eu parlant de ces tours sacramentelles, que les Alle-
mands appellent Sacramentsschreine ou Sacramentshàiischen, dit : " Ce n'est plus une simple armoire, creusée dans un mur, munie de fortes serrures ; c'est une construction à part, bâtie d'après un plan spécial, ayant ses tourelles et ses contre-forts, et surmontée d'une pyramide élancée. L'art a épuisé toutes ses ressources, et a su atteindre aux suprêmes limites du goût et de la magnificence pour décorer le monument où daignait reposer le corps de Jésus-Christ. Il est difficile à ceux qui n'ont pu en être témoins de se figurer les prodiges créés par le génie des beaux-arts pour orner le repos du Corpus Domini, suivant une expression appliquée au tabernacle dans la langue catholique de certaines contrées. Il en existe encore plusieurs en France : à la cathédrale de Grenoble, à Germenay au diocèse de Nevers, à Maltot et à Tracy-Bocage au diocèse de Bayeux ; à la cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne, en Savoie. » Dictionnaire cV archéologie, I, col. 465.
Les deux plus beaux tabernacles en forme de tour qui existent en Belgique se trouvent à Louvain, l'un à l'église de Saint-Pierre (1450) et l'autre à celle de Saint-Jacques (1538); ils sont tous les deux en pierre d'Avenues. Les portes en cuivre de celui de l'église de Saint-Pierre sont d'un travail simple, mais élégant et remarquable. On voit aussi un très beau tabernacle en style ogival à l'église de Notre-Dame de Courtrai.
En Allemagne, les tourelles eucharistiques sont très communes, surtout dans la Souabe, la Franconie, la Westphalie et les provinces du bas Rhin. On trouve Ténumération d'un grand nombre de monuments allemands de ce genre dans LiiBKE, Vorschvîe, p. 182. Les plus beaux tabernacles en forme de tour qu'on trouve en Allemagne sont ceux de Saint-Laurent, à Nuremberg, et de la cathédrale d'Ulm. Ils sont l'un et l'autre l'œuvre du célèbre sculpteur Adam Krafït, et datent de la fin du xv^ siècle. Le premier a 64, et le second 90 pieds d'élévation.
Pendant la période de la Renaissance on construisit encore çà et là des tabernacles en forme de tour, par
exemple à Lëau, à Alost et à l'église de Saint-Jacques à Bruges.
Piscines.
L'usage des piscines ou cuvettes pratiquées dans l'épaisseur de la muraille, du côté de l'Epîlre, qui avait été établi pendant la p;'riode romane (voyez ci-dessus, I. pp. 392 svv.), fut conservé pendant l'époque ogivale.
Au xiii*^ siècle, la plupart des piscines sont r/iiminée^, c'est-à-dire munies de deux cuvettes ou orifices pour laisser échapper les eaux, au moyen d'une gargouille, soit sous le pavement de l'église, soit en dehors du périmètre de l'édifice. L'une de ces cuvettes était destinée à recevoir les eaux ordinaires, l'autre les ablutions des mains du prêtre et même du calice ; car, encore à cette époque, les ablutions du calice étaient versées dans les piscines, et non pas prises par le prêtre On trouve cependant encore alors des piscines simples, c'est-à-dire n'ayant qu'une seule ouverture pour perdre les eaux. Voici (fig. 1) une piscine simple du xiii''
Piscine simple à la chapelle du Saint-Esprit, Piscine géminée à l'église à Malines; de Huldenberff.
siècle, qui existe dans la chapelle du Saint-Esprit, à Malines. Elle est, comme on le voit, divisée par une tablette à mi-hauteur de la corbeille des chapiteaux. Plusieurs piscines du xii*^ et du xiii** siècle sont ainsi divisées.
Les piscines géminées affectent ordinairement la forme d'une double niche, séparée par une colonnette. Notre iig. 2, qui reproduit une piscine géminée de l'église de Huldenberg, près de Louvain, montre, dans la tablette inférieure, les deux cuvettes circulaires munies d'une ouverture centrale pour livrer passage aux eaux. Souvent, dans les églises décorées d'arcatures aveugles sous les appuis des fenêtres, la piscine occupe deux arcatures voisines, et se combine avec elles; dans ce cas, la colonnette placée entre ces deux arcatures forme la division entre les deux niches de la piscine. On voit, à la chapelle de la Passion de la cathédrale de Tournai, un bel exemple de piscine géminée, disposée entre les arcatures décoratives de cette chapelle.
Les piscines du xiv® siècle ne diffèrent guère de celles du siècle précédent que par le genre d'ornementation sculpturale et architectonique, qui est en harmonie avec le style de l'époque. Le plus souvent elles sont encore géminées, bien que le prêtre prît, déjà alors, l'eau dont il s'était servi pour faire les ablutions du calice. La chapelle bâtie au xiv* siècle et adossée au côté méridional de l'église de Saint- Vincent, à Soignies, possède une belle piscine géminée, contemporaine de la construction de cette partie de l'édifice. Quelquefois, plus rarement cependant, on trouve encore, dans les édifices du xiv^ siècle, des piscines simples, tantôt pédiculées tantôt formées par des cuvelles posées sur un socle (églises de Notre-Dame à Huy, à Walcourt et à Hal).
Au xv° siècle, et même déjà à la fin du xiv^, les piscines deviennent rares et finissent, vers la fin de la période ogivale, par disparaître complètement.
Des armcires destinées à renfermer les vases et les vêtements sacrés et même cks reliquaires, étaient souvent pra-
Zi t
tiqiiées dans l'épaisseur du mur du côté de l'Épître à côté de la piscine. Dans les chapelles bordant les bas côtés, ces armoires se trouvaient d'ordinaire vis-à-vis de l'autel, et étaient orndes de peintures et de ferrures travaillées avec soin, plus rarement de sculptures.
§ 7. — Stalles ou formes.
On appelle stalles ou /ormes, en latin formac ou formHlae,.\es sièges placés dans le chœur des églises, et destinés aux membres du clergé qui assistent aux offices divine Pendant la période romane ces sièges étaient généralement en pierre (voyez ci-dessus, 1, p. 395), mais, à partir de la fin du xii^ siècle, on les fit toujours en bois. Dans nos contrées, ils acquirent une importance considérable, après qu'on les eut transportés, au xtii® siècle, de derrière le maître-autel jusqu'en avant du sanctuaire, sur les deux côtés du chœur; voyez ci-dessus, p. 260.
Les stalles de bois se composent de différentes parties qui ont chacune leur nom. Les par closes sont les panneaux qui séparent deux stalles voisines (fig. 1, A); c'est de la courbe élégante et de l'ornementation sculpturale de la partie supérieure des parcloses que dépend, en grande partie, la grâce et la beauté des stalles. Les accoudoirs ou accotoirs sont les tablettes horizontales qui couronnent les parcloses Stalle du sni* siècle, à la cathédrale de Poitiers. (fig. 1 , B) ; ordinaire-
ment ces tablettes sont élargies en forme de spatule à leur partie antérieure, et permettent ainsi aux personnes debout dans les stalles de s'accouder facilement. Quelques auteurs donnent abusivement le nom à' accoudoir au rampant courbe de la parclose, sur lequel on appuie le coude lorsqu'on est assis dans la stalle. La tablette servant de siège tourne sur des charnières ou pivots, et peut se baisser et se hausser à volonté. Elle est munie, par dessous, d'une console (fig. 1, C) appelée miséricorde ou patience, sur laquelle on peut s'asseoir, lorsque la tablette du siège est relevée, tout en paraissant être debout. Dans les chœurs des églises cathédrales, collégiales et abbatiales, les stalles sont habituellement disposées, à droite et à gauche du chœur, en double rang étage : stalles hautes pour les chanoines ou les religieux, et stalles basses pour les membres inférieurs du clergé ou de la communauté. Le parquet des stalles supérieures est élevé de deux ou plusieurs marches au-dessus du pavement, tandis que les stalles inférieures portent sur le sol ou sur une seule marche. Les personnes assises dans les stalles hautes dépassent donc de beaucoup celles qui se trouvent dans les stalles basses, et peuvent aisément voir l'autel. Le dossier (fig. 1, D) des stalles du premier rang est très bas, et sert de prie-Dieu à ceux qui sont placés dans les stalles hautes ; le dossier de celles-ci est tantôt entièrement semblable à celui des stalles basses, tantôt surmonté d'une boiserie assez élevée et terminée, à sa partie supérieure, par un couronnement en saillie ayant la forme d'un dais. Cette boiserie s'appelle le /laut dossier. Les personnes qui occupent les stalles basses s'agenouillent sur le parquet, avec le visage tourné vers le dossier de leurs stalles. De distance en distance, la ligne des stalles basses est interrompue par la suppression d'une stalle pour livrer passage à ceux qui montent dans les hautes formes ; ces ouvertures se nomment entrées. On trouve aussi des stalles à un seul rang, munies de prie -Dieu.
" Les artistes du moyen âge, dit VioUet-le-Duc, ont déployé un grand luxe d'ornementation dans la composition
des stalles. Habiles à façonner le bois, ils nous ont laissé quelques spécimens très remarquables de ces œuvres de menuiserie, malgré les destructions systématiques qu'elles eurent ii subir pendant les deux derniers siècles. Cependant les églises les })lus riches lurent celles, malheureusement, qui virent disparaître leur ancien mobilier. Ceux qui nous sont restés sont les débris sauvés par hasard, ou appartenaient à des églises pauvres. Le clergé d'Outre Rhin, plus conservateur (pie le nôtre, a laissé subsister un grand nombre dex-es belles boiseries, mais qui ne sont pas antérieures à la fin du xiii^ siècle, sauf de très rares exceptions. " Dic' tiomiaire de V architecture, VIII, p. 459.
ru
Les stalles du xiif siècle sont remarquables à la fois par leur simplicité et par leur élégance. Deux colonnettes, une en bas et une en haut, décorent régulièrement chaque parclose (fig. 1 et 2). Les stalles les plus riches ont, de plus, des ornements sculptés sur leurs miséricordes et les amortissements qui, dans les paicloscs, conduisent du quart de cercle aux colonnettes servant de support aux accoudoirs ; ces ornements consistent en feuillages et fruits, et quelquefois aussi en animaux réels ou fantastiques. Les stalles du
XIV® siècle présentent les mêmes dispositions générales que celles du xiif ; elles ne diffèrent de cellesci que par un plus grand luxe d'ornementation sculpturale.
Les stalles du xiii^ et du XIV® siècle sont très rares en Belgique. Il en existe du xiii*^ siècle à l'église
Stalle du xme siècle, à .l'cgiise d'ila^liérc. ^^ belles, près de Di-
près Dinaui. nant; et voici (fig. 2)
celles de l'église de l'ancien prieuré cistercien d'Hastière, près de la même ville; elles sont également du xiif siècle, et se distinguent par leur simplicité et leur beau caractère, qui en font un excellent modèle de stalles en style du xiii^ siècle pour des chapelles et des églises de troisième ordre. Leur structure, quoique beaucoup plus simple, offre cependant une certaine analogie avec celle des stalles de la cathédrale de Poitiers, qui sont de la même époque et dont nous donnons la gravure ci-dessus p. 277, fig. 1.
Parmi les belles stalles du xiv"" siècle qui existent encore
Fig. 3.
Stalle du xive siècle, à l'église de Sainte-Croix, à Liège.
en Belgique, nous citerons celles de Saint-Jacques et de Sainte-Croix à Liège. Ces dernières, dont nous donnons un siège à la page précédente (tig. 3), sont très sobrement ornées; elles n'ont de sculptures que sur les miséricordes et sur les chapiteaux des colonnettes des parcloses.
Souvent au xiii® siècle, et même encore parfois au commencement du XIV*, les stalles sont dépourvues de haut dossier. Lorsqu'elles en possèdent un, il se compose d'un simple panneau de menuiserie décoré d'arcatures aveugles et muni assez régulièrement d'un plafond ou lambris faisant fonction
Fis. 4.
Stalles du xivc siècle, à l'égliae d'Eimbeck (Allemagne).
de dais, légèrement proéminent à sa partie antérieure et sobrement orné de sculptures. Au xiv° siècle, ce lambris prend plus d'importance : il devient peu à peu plus saillant, s'appuie sur des corbeaux et s'arrondit eii voussure.
A la même époque, les jouées terminales des stalles, même lorsque celles-ci sont dépourvues de haut dossier, se couvrent de sculptures diverses. On y voit des statuettes, des animaux réels ou fantastiques, et une ornementation végétale des plus riches.
Nous donnons à la page précédente (iig. 4) les stalles de l'église d'Eimbeck, en Allemagne, qui furent terminées en 1322. Elles sont munies d'un haut dossier décoré d'arcatures et couronné par un lambris en forme de dais ; la jouée terminale est ornée de beaux feuillages. L'église de Saint- Géréon, à Cologne, possède aussi des stalles du xiv^ siècle très remarquables à cause du grand luxe que le sculpteur y a déployé. On trouve de très bonnes gravures de ces dernières stalles dans Didron , Amiaies archéologiques, IX, p. 129.
Les stalles du xv'^ siècle se distinguent ordinairement de celles des siècles précédents par une profusion extraordinaire dans leur décoration sculpturale. Elles sont couvertes d'ornements plus nombreux et traités avec beaucoup plus de recherche et de délicatesse qu'aux xiii" et xiv® siècles. Leurs hauts dossiers consistent régulièrement en bas-reliefs encadrés dans des arcatures finement redentées, et chaque stalle est abritée par un dais surmonté d'une tourelle ajourée très élancée. Le couronnement des stalles " se dispose à la fin du xv*" siècle, dit Viollet-le-l)uc, en autant de petites voûtes qu'il y^a des sièges. Ces dais sont alors enrichis d'armoiries, de clefs, de nervures. Des arcatures suspendues se projettent au droit |de la plus forte saillie des sièges. Les jouées se couvrent de sculptures ajourées. " Dictionnaire de V architecture, VIII, p. 461. Ces couronnements à dais multiples et s'amortissant en pinacles ajourés et élancés s'observent communément dans les stalles françaises et anglaises du XV® et du commencement du xvi^ siècle. Eu Allemagne,
on trouve aussi des stalles très riches de cette époque, par exemple celles de la cathédrale d'Ulm, dont le couronnement se compose, non d'une succession de petits dais, mais d'un baldaquin ou dais continu, abritant, comme précédemment, toute une rangée de stalles, ou du moins une partie de rangée comprise entre deux entrées et renfermant un certain nombre de sièges. Les stalles de l'église de Brou, prés de Bourg en Bresse (France), présentent également cette disposition. En Belgique, il n'existe plus de stalles du xv'^ ou du XVI'' siècle munies de leur couronnement; il serait donc difficile de dire lequel des deux systèmes a prévalu dans notre pays.
Les bas-reliefs des dossiers représentent des sujets empruntés à la Bible, à l'histoire ecclésiastique ou à la légende ; des scènes de la vie de Not^re-Seigneiiv ou de la sainte Vierge
Fis:. 5.
Stalle du xve siècle, à l'église de Saiat-Pierre, à Louvaia.
Marie y sont figurées le plus souvent. Les sculptures des parcloses et des miséricordes consistent presque toujours en figures grimaçantes, en animaux réels et fantastiques, symbolisant les vices. Nous donnons à la page précédente (fig. 5) un des sièges des stalles de l'église de Saint-Pierre, à Louvain, qui datent de 1440 environ. Sur les ramjiants des parcloses on voit des animaux fantastiques, et sur la miséricorde un guerrier armé d'un glaive et d'un bouclier. Rarement les sculptures des sièges reproduisent de saints personnages ou des sujets religieux. Les stalles de l'église de Sainte-Gertrude, à Louvain, offrent un exemple de cette décoration tout exceptionnelle.
11 n'existe en Belgique qu'un très petit nombre de stalles du xv*^ et du xyi*" siècle. Les plus remarquables sont celles des églises d'iVerschot, de Hoogstraeten, en Campine, et de Sainte-Gertrude à Louvain.
Dans ces dernières, exécutées entre les années 1540 et 1550 d'après les règles de l'art ogival de la fin du xv® et du commencement du xvi® siècle, les hauts dossiers, au nombre de vingt-huit, consistent en des bas-reliefs représentant des scènes de la vie de Notre-Seigneur et compris sous des arcatures ornées de feuillages frisés très étroits et profondément échancrés. Les parcloses, dont la partie plus basse que la tablette du siège est ajourée , portent , sur leurs rampants : dans les stalles hautes, des statuettes représentant, du côté de l'Epître, le Sauveur et les apôtres, et, du coté de l'Evangile, la sainte Vierge et les rois de l'ancien Testament; et, dans les stalles basses, les prophètes et les sibylles. Les miséricordes des stalles hautes sont couvertes de bas-reliefs représentant des faits empruntés à l'histoire de l'ancien Testament, tels que le sacrifice d'Abraham, le serpent d'airain, David ayant tranché la tête à Goliath, Salomon, Jonas jeté à la mer, etc., et quelques épisodes des vies de sainte Gertrude et de saint Augustin. Sur celles des stalles basses se trouvent la sainte Trinité, les évangelistes, des figures de saints et de saintes. Les jouées |terminales, au nombre de huit, sont d'une richesse extraordinaire;
el'es sont décorées, dans leur partie inférieure, de bas-reliefs figurant la création du monde, des animaux et de l'homme, Adam et Eve dans le paradis, expulsés après le péché, et cultivant la terre en punition de leur faute. Celles des stalles basses sont couronnées de huit petits groupes retraçant les principaux mystères de la vie de la sainte Vierge; celles des stalles hautes portent, dans des niches ajourées correspondant au haut dossier, les statues des quatre grands docteurs de l'P^glise : saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint Grégoire. Le couronnement, qui est moderne, nous semble manquer de proportion avec l'œuvre ancienne. Il eût certainement gagné à être traité avec un peu plus d'ampleur.
L'église de Saint- Pierre de Louvain possédait aussi autrefois de très belles formes du xv*" siècle; mais elles ont été presque entièrement détruites en 1S03 ; il n'en reste plus que la rangée des stalles hautes, mutilées par la suppression des hauts dossiers; les parcioses et les miséricordes qui, seules, ont conservé leur aspect primitif, sont très intéressantes à cause de la grande variété des sculptures grotesques que l'on y voit. V^oyez ci-dessus la fig. 5, p. 2S3.
En France, les stalles les plus remarquables de cette époque sont celles des cathédrales d'Amiens (xv*" siècle) et d'Auch (commencement du xvi" siècle); et, en Allemagne, celles de la cathédrale d'Ulm, sculptées par Jôrg Syrlin entre les années 14G9 et 1474.
^8. — Bancs et dais des officiants.
Le banc des officiants était destiné au prêtre, au diacre et au sous-diacre pour s'asseoir pendant que le chœur chantait le Gloria, le Credo et le Dies irae ; il servait au même usage que les fauteuils qu'on a l'habitude de placer, de nos jours, dans le chœur près des marches de l'autel. Ce banc, (jui existait au moyen âge dans toutes les églises de premier et de second ordre, se trouvait régulièrement dans le presbijteriura, du côté de l'Kpitre vis-à-vis du tabernacle,
et présentait une certaine analogie avec les stalles du chœur. Conformément aux prescriptions liturgiques, il se distinguait ordinairement par une très grande simplicité; il restait uni et sans subdivisions. Quelquefois cependant, il se composait de trois sièges plus ou moins semblables à ceux des stalles, comme le montre la fig. 2 de la page 247, cidessus. Ce banc, uni ou subdivisé, était souvent couronné d'un dais richement sculpté, formé par une niche pratiquée dans l'épaisseur de la muraille du chœur lorsque celui-ci était dépourvu de collatéraux (église de Notre-Dame de la Chapelle, à Bruxelles), ou porté sur des colonnes et des pieds-droits lorsque le chœur était bordé de bas côtés (ancien dais, aujourd'hui détruit, de l'église de Saint-Pierre, à Louvain).
La plupart des sièges des officiants étaient en pierre.
Les bancs et les dais des officiants ont presque tous été détruits pendant l'époque de la Renaissance et au commencement du xix^ siècle. En Belgique, nous ne connaissons qu'un seul dais des officiants de la période ogivale; et encore doit-il sa conservation à cette circonstance, qu'il était masqué par une boiserie; c'est celui de l'église de Notre-Dame de la Chapelle, à Bruxelles; il date du xiv^ siècle. On en trouve un de la même époque à l'église de Xanten, sur le bas Rhin. — A Dixmude, il existe un beau dais en marbre de l'année 1574, en style de la Renaissance.
Quelquefois aussi on rencontre encore des sièges mobiles en bois, datant de la période ogivale et paraissant avoir servi aux chantres placés au milieu du chœur. L'église de Saint-Pierre, à Louvain, possède quelques-uns de ces sièges, datant du xv® siècle et remarquables à cause des panneaux sculptés dont ils se composent.
§ 9. — Trefs, jubés, screens, croix triomphales et clôtures du chœur.
Pendant les périodes latine et romane, on avait l'habitude de placer dans les basiliques, entre le chœur et la partie de
la nef réservée aux fidèles, une poutre, traies ou tref^ quelquefois couverte de lames d'or et d'argent, de sculptures, de peintures ou d'autres ornements. En avant de la trabes ou du tref, se trouvaient une o\\ plusieurs chaires connues sous le nom d'a//tôoNS, d'où le diacre, le sous-diacre ou un clerc inférieur faisait aux fidèles la lecture de l'Evangile, de l'Épître ou d'autres extraits des livres saints. La basilique de Saint-Marc de Venise et l'église de Torcello près de la même ville ont conservé jusqu'aujourd'hui leur tref et leurs ambons. Dans ces monuments, qui datent l'un er. l'autre de la période latine, le tref est porté par une rangée de colonnes en marbre précieux, dont les entrecolonnements sont remplis, jusqu'au tiers de leur hauteur, par de riches clôtures en marbre. Voyez ci-dessus, I, p. 199, où nous avons donné une gravure du tref de la basilique de Torcello. Le tref était souvent surmonté des statues des apôtres, comme on peut le voir encore maintenant à l'église de Saint-Marc à Venise, Lorsque la trahes n'existait pas, on entourait le chœur d'une clôture peu élevée, et régulièrement formée de grandes plaques de marbre posées debout. Cette clôture ancienne, que l'on nommait canceUi, en français cliancel, existe encore maintenant, à l'église de Saint-Clément, à Rome,
Le tref fut conservé dans quelques églises ogivales, même après qu'on eut placé des jubés ou des screens à l'entrée du chœur. Au moyen âge, on a donné particulièrement le nom de trahes ou tref à des poutres de bois placées en travers ou autour du chœur, sur lesquelles on posait des cierges et auxquelles on suspendait des lampes et aussi, pendant le carême, le grand voile appelé vélum templi. Vers la fin de la période ogivale les trefs furent quelquefois en métal. L'église de Xanten conserve jusqu'aujourd'hui un beau tref entièrement en laiton, fondu à Maestricht en 1501 (i).
Dans les églises cathédrales et collégiales le tref se trouvait le plus souvent entre le presbyterium et le chœur proprement dit,
(1) On trouve une belle gravure de ce tref daus l'ouvrage de M, atjs 'm Weerth, Denkmaler des christlichen Mittelalters in den Rheinlanden, I, pi.
C'est dans les trefs, les ambons et les clôtures du chœur des anciennes basiliques, que nous trouvons l'origine des jubés, des screens et des clôtures du chœur, qui ont été en usage pendant la période ogivale et une partie de l'époque de la Renaissance.
En Belgique, en Allemagne et en France, on plaça, à cette époque, des juhés à l'entrée du chœur dans la plupart des églises de premier et de second ordre, et même parfois dans les églises des paroisses rurales.
Autrefois on appelait phé, et en latin doxale, la clôture à trois ou plusieurs arcades qui séparait le chœur de la nef. Elle était toujours surmontée d'une espèce de galerie on de tribune munie de garde-corps, et l'on y montait au moyen d'un ou de deux escaliers en spirale, placés aux extrémités du jubé. Ces escaliers étaient tantôt cachés adroitenicnt derrière les piliers auxquels les extrémités du jubé étaient adossées, tantôt apparents et enfermés dans des cages ajourées et richement décorées. Cette tribune a reçu le nom ào, jubé parce que le ministre sacré qui y lisait au peuple l'Évangile, l'Epître ou les leçons tirées des livres saints, s'adressait à l'officiant, avant de commencer la lecture, par les mots Jubé domne benedicere, pour lui demander la bénédiction.
On prêchait aussi du haut de ces tribunes, et à cet effet une chaire y était quelquefois disposée en saillie sur le gardecorps. Plus tard le nom àe jubé fut donné également à la tribune où l'on établit les orgues.
Les Allemands, qui désiguent habituellement le jubé placé à l'entrée du chœur par le nom de Lett?ier, l'appellent aussi quelquefois Apostelgam/, cest-k-d\re galerie des apôtres, parce qu'on y voyait souvent les statuettes des douze apôtres (jubé de Saint-Pierre, à Louvain).
Sous les anciens jubés placés à l'entrée du chœur, l'arcade centrale seule était ordinairement ouverte et munie d'une grille mobile, faisant fonction de porte ; les autres étaient entièrement fermées soit par .des clôtures fixes, soit par des murs aveugles auxquels on adossait des autels.
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Pendant la première moitié du xiii" siècle, les jubés étaient très rares. Ce ne fut que vers la fin de ce siècle, et surtout pendant le siècle suivant, qu'on les établit généralement dans les cathédrales, les collégiales et les abbatiales. Au xv" et au xvi® siècle, on en plaça aussi dans les églises paroissiales les plus importantes. Quelques jubés ont été conservés, en Belgique, jusqu'à nos jours : les uns occupent encore leur emplacement primitif à l'entrée du chœur, les autres, par exemple ceux de Tessenderloo et de Walcourt, ont été transportés près de l'entrée occidentale de l'église pour servir de tribune aux orgues. Le plus ancien jubé belge est celui de l'église de Saint-Pierre, à Louvain, qui remonte à l'année 1490. Nous en donnons la gravure à la page précédente (fig. 1). Les petites niches du garde-corps, que notre gravure représente vides, portent les statuettes des apôtres et d'autres saints. Les jubés de Dixmude, d'Aerschot, de Lierre (1535-1540), de Tessenderloo et de Walcourt sont plus récents que celui de Louvain, et bien qu'ils datent de la première moitié du xvi" siècle, tous appartiennent cependant encore franchement au style ogival de la dernière période.
On construisit encore parfois des jubés pendant la période de la Renaissance; celui de la cathédrale de Tournai, élevé vers 1573, est un des plus beaux de cette époque.
Le nom de screen (mot anglais qui signifie écran) est particulièrement employé pour désigner les clôtures ajourées qui, dans les églises d'Angleterre, séparent le chœur de la nef principale et des bas côtés. « On appelle screen, dit M. Parker dans son Glossary of gotliic architecture, la clôture qui isole une partie de salle ou d'église du reste de l'édifice. Dans les grandes salles des habitations privées on établissait presque toujours, près de l'entrée, un screen ou écran, qui en retranchait une partie destinée à former un vestibule surmonté d'une galerie. On entrait dans la salle par une ou plusieurs portes ouvertes dans le screen. Ces portes ét?a4ent en bois; leur partie inférieure, jusqu'à la hauteur de quelques pieds au-deesus du pavement, se composait de
panneaux pleins, tandis que leur partie supérieure était ajourée. Dans les églises, les screens avaient plusieurs usages : on s'en servait pour clôturer le chœur, isoler les chapelles voisines, protéger les tombeaux, etc. Celui qui fermait la partie occidentale du chœur j)ortait généralement le nom de roodacreen, c'est-à-dire screen de la croix, parce que, avant l'époque de la réforme, sa partie centrale était surmontée de la croix triomphale. Les scree?is étaient en bois ou en pierre, et décorés, ncin -seulement de moulures et d'ornements sculptés, mais aussi de peintures éclatantes et même de dorures. Dans les cathédrales et les grandes églises, les ■screnis clôturant le chœur, à l'ouest et sur les côtés, étaient régulièrement pleins dans toute leur hauteur, comme c'était aussi quelquefois le cas pour les autres scree?is d'église. Cependant, à part ces exceptions, la partie inférieure seule, jusqu'à la hauteur de quatre pieds environ au-dessus du sol, était pleine, et le reste découpé à jour. Le plus ancien screen connu se trouve à l'église de Compton dans le Surrey ; il est en bois et présente les caractères de la transition du style roman au style ogival primitif. Il se compose d'une série de colonnettes octogones avec chapiteaux sculptés, supportant des arcatures en plein cintre d'une grande simplicité. Les spécimens de screens en style ogival primitif qui nous restent sont presque tous en pierre : quelques-uns se composent d'une maçonnerie pleine, plnsou moins décorée de panneaux, d'arcatures et d'autres motifs d'ornement ; d'autres sont pleins à leur partie inférieure seulement, et ont la partie supérieure formée d'arcatures ajourées. On trouve des exemples de screens en bois, datant des premières années du xiv^ siècle, à l'église de Stanton-Harcourt dans rOxfordshire (fig. 2), à Sparsholt dans le Berkshire, et dans l'aile septentrionale du chœur de la cathédrale de Chester. La partie inférieure de tous ces scree?is est formée de panneaux unis, et leur partie supérieure se compose d'arcatures redentées retombant sur des colonnettes cylindriques anne- !ées. L'ornementation des screens en pierre de cette époque se distingue par une grande variété et une grande richesse.
^'g- 2. Queques-uns ont, comme les
^screens en bois, la partie supérieure ajourée; d'autres sont entièrement pleins et ornés d'arcatures, de panneaux, de niches, de pinacles, de diaprures et d'autres ornements propres au style décoré. On en voit de curieux exemples à Lincoln et dans quelques autres cathédrales et églises importantes. Dans les monuments en style perpendiculaire (i) , les screens sont en bois ou en pierre, et offrent une grande variété de combinaisons. Il y Screen de 1300 environ, à Stanton- en a quelques-uns décorésavec Harcourt dans l'Oxfordshire. ^ne profusion extraordinaire. «
Les jubés et les screens étaient surmontés de la croix triomphale. Cette croix, de grande dimension, était ordinairement en bois, et décorée de peintures et de dorures. Ses quatre branches, fleuronnées ou fleurdelisées, portaient assez souvent des quadrilobes, dans lesquels on plaçait, du côté de la nef, les symboles des quatre évangélistes, et, du côté du chœur, les quatre docteurs de l'église latine : saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire et saint Ambroise. Au pied de la croix se trouvaient les statues de la sainte Vierge et de l'apôtre saint Jean, la première à droite, la seconde à gauche. ^^ En Angleterre, dit Bourassé, chaque église avait un roodscreen avant le règne d'Edouard, époque à laquelle ces croix furent détruites par suite d'un acte du parlement. Les ordres du parlement furent si fidèlement exécutés à l'avènement de la reine Elisabeth au trône d'Angleterre, que, dans toutes les églises d'Angleterre, on n'en
(1) Voyez au sujet des déaonainations de stjla décoré ti perpendiculaire, cidessus, II, p. 12.
retrouve pas une seule présentement. Sur le continent, l'amour de l'innovation et une fausse idée de progrès ont été presque aussi destructeurs, et on y trouve rarement quelqu'une des édifiantes et majestueuses images de la passion de Notre-Seigiieur, qui formaient un si digne couronnement aux anciens édifices religieux. Le spécimen le plus parfait que l'on puisse voir aujourd'hui se trouve dans la grande église de Louvain ; mais cette croix était probablement inférieure à plusieurs autres dont nous possédons les restes ou que nous connaissons par des descriptions. La manière dont ces croix étaient suspendues mérite d'être notée. Trois chaînes étaient attachées à la partie supérieure et aux deux bras de la croix, et fixées à des anneaux de fer à l'arcade supérieure en pierre. C'est cette arcade que l'on appelle, dans nos vieilles églises romanes, Varc triomphal. Ces chaînes étaient fort belles; elles étaient composées de longs anneaux, unis par des nœuds dorés, fort bien travaillés. Dans un tableau de Van Eyck, à la galerie d'Anvers, où une nef d'église est mise en perspective avec un roodscree?i, on aperçoit une croix ainsi suspendue à trois chaînes. Dans d'autres vieux tableaux des anciens maîtres allemands et flamands, on voit des croix suspendues de la même manière. Dans plusieurs contrées de l'Europe, on aperçoit encore, à l'arcade de l'abside ou du chœur, des tronçons de chaîne, la croix ayant disparu depuis longtemps. » Dictionnaire d'archéologie sacrée, I, col. 1074. Plusieurs de nos églises belges ont conservé la croix triomphale; on la voit, ou bien à l'intérieur de l'église, suspendue, contre l'une ou l'autre paroi, entre les statues de la sainte Vierge et de saint Jean, ou bien, souvent aussi, placée à l'extérieur de l'église contre le chevet du chœur, où elle forme une espèce de Calvaire. Une des plus anciennes et des plus belles croix triomphales que nous connaissions est celle de l'église d'Oplinter, près de Tirlemont. Elle date du xiii'-' siècle, et est décorée de sculptures et de peintures : les sujets de la face antérieure sont reproduits, au revers, en peintures qui ont toute la finesse de miniatures. Il est regrettable que cette croix n'occupe plus sa place primitive.
La gravure ci-contre (fig. 3), qui reproduit la superbe croix triomphale de l'église de Saint- Pierre, à Louvain, fera comprendre la manière dont ces croix étaient suspendues audessus des jubés. Aux emblèmes des quatre évangélistes, placés sur la face principale de la croix, correspondent, au revers, c'est-à-dire du côté du chœur, les figures des quatre docteurs de l'église d'Occident :
saint Grégoire , saint Ambroise , saint Augustin et saint Jérôme. Dans le soubassement on voit, du côté de la nef, les statues de saint Grégoire, saint Paul et saint Jérôme , et , du côté du chœur, des peintures en gri- Croix triomphale de l'égHse de Saint- saille représentant saint Am- Pierre, à Louvain. broise, saint Henri et saint
Augustin. Ce soubassement s'appuie sur le garde-corps du jubé dont nous avons donné la gravure ci-dessus, p. 289. Avant l'introduction des jubés et des screens, la croix triomphale était régulièrement suspendue par trois chaînes au milieu de l'arc appelé triomphal, telle qu'on la voit encore aujourd'hui à l'église de Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles C'est de cet usage qu'elle a reçu son nom de triomphale.
Le chœur des églises ogivales était séparé de ses bas côtés par des clôtures établies entre les colonnes du sanctuaire. Ces clôtures, primitivement en pierre, étaient assez élevées et complètement fermées derrière les stalles. Au chevet du chœur, c'est-à-dire autour du sanctuaire propre-
ment dit, on les ajourait parfois de telle manière que les fidèles qui se trouvaient dans les bas côtés pouvaient voir l'autel ; quelquefois aussi on remplaça les clôtures du rond-point du chœur par des tombes ou des mausolées. Dans les riches cathédrales, de nombreuses sculptures en ronde-bosse ou en bas-relief ornaient toutes les parties libres de ces clôtures tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du chœur. Quelques monuments, par exemple les cathédrales de Paris et d'Amiens, ont conservé, en entier ou en partie, leurs anciennes clôtures de chœur. Les sculptures des clôtures de la cathédrale de Paris, qui datent de la fin du xm® siècle, « représentent, dit Viollet-le-Duc, l'histoire de Notre-Seigneur disposée par travées, formant une suite de scènes ronde-bosse entre les piliers du chœur. Ces scènes, derrière les stalles, n'étaient vues que des bas côtés, mais autour du sanctuaire, elles se trouvaient complètement ajourées de manière à être vues de l'intérieur du chœur comme des collatéraux. Un riche soubassement d'arcatures les supporte. Suivant l'usage, l'architecture et la statuaire de Paris étaient peintes et dorées. A Amiens, on voit encore, derrière les belles stalles du commencement du xvi^ siècle, une clôture en pierres peintes, de la même époque, représentant du côté sud l'histoire de saint Firmin, et du côté nord l'histoire de saint Jean Baptiste. Cette clôture, d'un assez mauvais style, est cependant fort curieuse à cause de la quantité de costumes que l'on y trouve, costumes qui sont fidèlement copiés sur ceux du temps auquel appartiennent ces sculptures. » Dictionnaire de V architecture, III, p. 169. A Amiens, des tombeaux d'évêques et de chanoines se trouvent dans des niches sous les belles sculptures qui reproduisent les légendes de saint Jean Baptiste et de saint Firmin. Le chœur de la cathédrale de Chartres possède également de belles clôtures sculptées, qui remontent au xv® siècle.
§ 10. — Chaires a prêcher.
Pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, les arabons, du haut desquels se faisait la lecture de l'Evangile et de l'Épître, servaient en même temps de chaires à prêcher. ~ On rencontre encore aujourd'hui un grand nombre de ces ambons primitifs dans les églises d'Italie. On trouve également, dans ce pays, de très anciennes chaires à prêcher de la période ogivale, entre autres celles de la cathédrale de Sienne et du baptistère de Pise, qui datent toutes les deux du xiii^ siècle. La chaire de Pise, en marbre, a été exécutée, en 1260, par Nicolas Pisano. Sa cuve est à six pans, dont cinq ornés de bas-reliefs représentant la naissance du Sauveur, l'adoration des Mages, la présentation de l'Enfant Jésus au temple, le crucifiement et le jugement dernier; l'entrée occupe la sixième face. Elle est portée sur sept colonnes, dont une au centre, et une à chacun des six angles de la cuve. La base de trois de ces colonnes repose sur le dos de lions. Un pupitre, posé sur un aigle aux ailes déployées, se trouve à l'angle de la cuve tourné vers le centre du baptistère. Un large escalier, garni d'un seul garde-corps, conduit à la cuve, qui est dépourvue d' abatvoix, comme toutes les chaires antérieures au xv® siècle.
Les plus anciennes chaires de la période ogivale sont en pierre; au xv^ et surtout au xvi^ siècle, on les fit aussi en bois.
La cuve des chaires à prêcher est ordinairement hexagone, et ornée, sur tous les côtés, de statues ou de bas-reliefs; elle est portée indiff'éremment sur un encorbellement, un massit en maçonnerie ou en charpente, un faisceau de colonnettes, ou un simple pédicule (fig. 1). Cette dernière forme de support a été la plus commune pour les chaires en bois, aux xv^ et xvi^ siècles.
Les garde-corps des escaliers conduisant à la chaire sont régulièrement en claire-voie, et formés d'arcatures au xiii® et au xiv^ siècle, de dessins flamboyants au xv^ et au xvi*.
L'abat-voix des chaires à prêcher n'a été introduit qu'au
Fi?. 1.
XV* siècle, et encore était-il rare à cette époque. Il ne devint d'un usage général qu'à la tin du xvi* siècle et pendant le siècle suivant. Les abat-voix du xv° siècle ont généralement la forme d'une pyramide, d'un pinacle ou d'un clocheton. Voyez dans Lubke, Forschule, 5" éd., p. 170, la gravure d'un abat- voix en bois, et dans De Caumont, Abécédaire, 5* éd., p. 698, celle d'un abat-voix en pierre. Ce dernier présente une grande analogie avec le couronnement du contrefort que nous avons reproduit ci-dessus, p. 192, fig. 5. En Angleterre, on trou\e aussi des abat-voix dépourvus de clochetons, et bordes d'un simple crêtage.
11 refte très peu d'exemples de chaires à prêcher de la
période ogivale. En Belgique,la chaire d'Alsemberg (fig. 1), qui se trouve actuellement au musée royal d'antiquités (porte de Hal) ('à Bruxelles, et celle de Nieuport sont les seules que nous connaissions. Elles sont toutes deux en bois, et datent du xv^ siècle. Il est à regretter que la dernière ait subi, au commencement de notre siècle, des remaniements qui rendent son plan primitif entièrement méconnaissable. Dans les autres contrées de l'Europe, on trouve des chaires remarquables de l'époque ogivale:
en Erance, à Vitré; en Alsace, à la cathédrale de __^^^^^^^^ Strasbourg; en Suisse, a -■ - Bàle ; en Allemagne, aux
Chaire h prtclier du x\e siècle, provenant j'T'l pt de
de l'église d'Alsemberg, actuellement cathédrales d^lUl e an musée rojal d'antiquité?, à Biuielles. J'j.jl30iirg • en AutllCtie, a
l'église de Saint-Étienne à Vienne; en Angleterre, dans plusieurs églises du Somerset shire.
En France et en Angleterre, on voit quelques chaires à prêcher en pierre, élevées en plein air dans les rues (Saint- Lô en Normandie), sur les places publiques et les cimetières.
§ 11. '- Confessionnaux.
Les confessionnaux dans lesquels le prêtre est séparé du pénitent par un grillage étaient inconnus pendant la période ogivale. A cette époque, le prêtre se plaçait, pour entendre les confessions, dans un fauteuil ou dans une des stalles du chœur, et le pénitent s'agenouillait devant lui. Le souvenir de cette manière de se confesser a été conservé par des miniatures, des tableaux et des gravures du xv^ siècle. Voici (fig. 1)
Fis:. 1