‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 14 sur 30 · V.V£BMOBrK£H · texte numérisé non relu

V.V£BMOBrK£H

Prêtre entendant la confession ; gravure du Dévolus lihellus de modo confitendi et penitendi, imprimé à Delft en 1494.

la reproduction d'une gravure qui orne le Dévolus libdlus de modo confit endi et penitendi, imprimé à Delft en 1494. Dans le tableau des sept sacrements, peint au xv'' siècle par Roger Van der Weyden et conservé au musée d'Anvers, on voit également le prêtre assis dans un siège et le pénitent agenouillé devant lui.

Ce ne fut que vers la fin du xvi® siècle que les confessionnaux à grillages furent introduits en Belgique. Voyez à ce sujet un document curieux, publié dans les Analedes pour servir à l histoire ecclésiastique de la Bel(^ique, V, pp. 65- 94 et 149-178.

Le confessionnal en style ogival que l'on voit au musée royal d'antiquités et d'armures (porte de Hal), à Bruxelles, n'est pas une œuvre originale; il a été formé, à une époque relativement récente, au moyen de parcloses, dossiers et autres fragments de stalles du xiv'' ou du xv® siècle.

^12. — Tombeaux et pierres tombales.

A. Tombeaux apparents. Comme nous l'avons dit ci-dessus, I, p. 396, l'usage d'enfermer les corps dans des sarcophages exposés au-dessus du sol fut complètement abandonné dans le nord de l'Europe dès le xii® siècle.

En Belgique, en Angleterre, en Allemagne et dans les provinces septentrionales de la France, les tombeaux apparents de la période ogivale sont des cénotaphes, consistant dans des socles de pierre ou des massifs en maçonnerie posés sur une sépulture souterraine, et portant l'effigie du défunt. Ils se composent régulièrement, comme au xii® siècle, d'un socle ou massif recouvert d'une grande dalle, sur laquelle est couchée la statue du défunt. Celui-ci, étendu sur un lit de parade, est revêtu de tous les insignes de sa dignité : les évoques et les abbés portent la mitre et la crosse, les rois et les princes la couronne et le sceptre, les chevaliers leur écu et leur armure. Les pîeds des évêques et des ecclésiastiques, et dans certaines contrées ceux des

laïques, s'appuyent contre un dragon ou un monstre fantastique; ceux des rois, des princes et des nobles contre un lion, symbole du courage, et même parfois , comme ceux des femmes, contre un chien, emblème de la fidélité conjugale. De petites statues d'anges balancent des encensoirs, tiennent des cierges ou soutiennent le coussin sur lequel repose la tête du personnage. Après le xiii® siècle, les anges thuriféraires deviennent assez rares. Pendant longtemps, l'effigie du défunt ne rappelle aucun des caraictères de la mort. Au xiii^ siècle et encore au commencement du xiv^, les statues couchées ont les yeux ouverts et reproduisent les gestes et les attitudes de personnages vivants. Ce n'est qu'après le milieu du xiv^ siècle que le défunt commence à être représenté mort ou endormi, avec les yeux fermés.

Le plus souvent, des colonnettes réunies par des arcatures sont disposées autour du socle, dans lequel elles sont engagées; quelquefois, mais rarement, les arcatures sont ajourées, et la statue couchée du défunt occupe la place du socle supprimé. Il arrive aussi que la grande dalle sur laquelle se trouve la statue est portée tout simplement par quatre ou six colonnettes, comme dans le monument du fondateur de la cathédrale de Limbourg sur la Lahn, en Allemagne.

Les cénotaphes de la période ogivale sont généralement en pierre, rarement en cuivre ou en autre métal. Les tombeaux en pierre ont, le plus souvent, un mètre environ de hauteur, tandis que les tombes en métal conservées jusqu'à nos jours ne s'élèvent guère qu'à cinquante centimètres audessus du sol. Quelques monuments de cette dernière espèce (qui sont parfois incrustés d'émaux) existent encore en France. Les deux plus beaux sont, sans contredit, ceux que l'on voit à la cathédrale d'Amiens. Ils sont en cuivre, et ont été élevés, pendant la première moitié du xiii® siècle, à la mémoire des deux évêques fondateurs de l'église. « L'un de ces monuments, dit VioUet-le-Duc, est d'une grande valeur comme art, c'est celui de l'évêque Éwrard. La tête, les draperies, admirablement modelées, sont d'un style excellent.

Le personnage, demi ronde bosse, est fondu avec la plaque, et la table repose sur un socle de pierre très bas, avec six lions issants. L'évoque bénit et porte la crosse. Deux anges thuriféraires, en bas-relief, encensent sa tête, qui repose sur lin coussin richement décoré. Deux clercs, également en bas-relief, tiennent des flambeaux. Les pieds du prélat reposent sur deux dragons. Une inscription et un bel ornement courant enveloppent la figure encadrée par une sorte de dais à sa partie supérieure. L'évêque Ewrard de Fouilloy fut le fondateur de la cathédrale actuelle d'Amiens, commencée en 1220. Il mourut en 1223; donc, son tombeau, placé autrefois à l'entrée de la nef, dans l'axe, date de la première moitié du xiii' siècle; il possède d'ailleurs tous les caractères de cette époque. » Dictionnaire de V architecture, IX, p. 60.

Afin de ne pas encombrer les églises, on n'y permettait que rarement l'érection de cénotaphes. Dans le chœur on admettait seulement le tombeau du fondateur ou d'un bienfaiteur insigne, et l'on plaçait ceux des autres personnages de distinction dans les chapelles qui bordent les bas côtés du chœur et de la nef. Ces monuments recevaient assez souvent une décoration consistant en peintures et dorures. Les uns étaient adossés au mur et placés dans une niche en forme d'arcature ogivale; les autres, et c'était le grand nombre, étaient isolés et libres sur tous leurs côtés. On voit, à l'église de Saint-Denis près de Paris un tombeau en forme de niche d'une très grande magnificence; c'est celui qui a été élevé par saint Louis à la mémoire du roi Dagobert vers le milieu du xiir siècle. En Belgique, les tombeaux arqués sont très rares. Le plus ancien est celui des princesses Mathilde et Marie, qui se trouve à l'église de Saint-Pierre, à Louvain ; nous l'avons décrit ci-dessus, I, p. 398. lien existe également un de la fin du xiv.*' siècle à Namur, à la chapelle de l'hospice Saint-Gilles, où il a été transféré, il y a quelques années; car il était placé primitivement dans l'oratoire de la maladrerie dite des Grands-Malades, à une demilieue environ de la ville de Namur. Il se compose d'une

grande dalle en pierre sur laquelle est couchée l'effigie du défunt sculptée en haut-relief; une lame de pierre, posée verticalement et ornée de trois petites figures, forme la face antérieure et visible du socle. Ce monument est élevé à la mémoire du sculpteur CoUard Jacoris, comme nous l'apprend l'inscription taillée sur le bord de la dalle supérieure : chi.

GIST. COLARS. JACORlS. TaLURES- DIMAGES. ET. FRÈRES. DELE. MAISON. QUI. TREPACAT. EN LAN. DE. GRACE. M. CGC. LXXX.

xiiiii. LKNUT. GAIS. louRS., c'est-à-dire : Ci gît Colars Jacoris, tailleur d'images et frère de cette maison, qui trépassa en l'an

de grâce 1395, la nuit Au musée du Cercle archéologique

de Mons, on voit deux grandes et belles statues en pierre, datant de la fin du xiv^ siècle et représentant un prince et une princesse de la maison des sires de Gavre. Ces superbes spécimens de notre sculpture nationale proviennent de tombeaux arqués qui se trouvaient jadis à l'abbaye deCambron. Ces tombeaux, au nombre de quatre, étaient placés primitivement dans les cloîtres de l'abbaye, et furent transférés de là, en 1686, à la salle du chapitre. Des vestiges de ces tombeaux existent encore aujourd'hui dans les ruines de l'abbaye.

Les cénotaphes isolés furent beaucoup plus communs que ceux en forme de niche; leur usage persista même jusque bien avant dans la période de la Renaissance. Quelques-uns sont couronnés de dais richement travaillés. Nous avions autrefois, en Belgique un nombre considérable de ces tombeaux ; et quelques-uns existent encore de nos jours. La ville de Louvain, seule, en possédait trois : deux à l'église (le Saint-Pierre, que nous avons décrits ci-dessus, I, pp, 397- 399, et un à l'église des Dominicains. Ce dernier, qui se trouvait dans le chœur et recouvrait les restes mortels de Henri III, duc de Brabant, et de son épouse Aleidis de Bourgogne, avait été élevé en 1275, et détruit au uiilieu du xviii" siècle. En 1805, on fit des fouilles pour trouver les parties du mausolée, qu'on supposait enfouies à la place où il avait existé. On découvrit la dalle supérieure sur laquelle avaient été couchées les statues du duc et de la duchesse.

Cette dalle, encore conservée à l'église de Notre-Dame aux Dominicains, permet de se former une idée de la valeur artisti(]ue du monument. Il est à regretter que des restes si respectables d'un monument élevé au fondateur même de l'église ne soient pas entourés de plus de soin, et qu'on place, sur cette pierre, des chaises, des piédestaux et des meubles de toute espèce, qui finiront par la dégrader complètement et la rendre tout à fait méconnaissable. On trouve des gravures de ce tombeau dans de Ram, Recherches sur les sépultures des ducs de Brobant à Louvain, pi. IV, et dans Van EvEN, Louvain monumental, p. 228. Le mausolée était placé dans le chœur, du côté de l'Evangile, près du mur qui sépare cette partie de l'église de la chapelle ducale, convertie aujourd'hui en chapelle de Notre-Dame-du-Rosaire.Son socle, en marbre bleu, avait dix pieds de longueur sur trois pieds de hauteur, et environ autant de largeur; il était, pour autant que les dessins nous permettent d'en juger, décoré, sur les longues faces, d'arcatures surbaissées et trilobées, et sur la petite face, du côté des pieds des statues, d'arcatures trilobées, couronnées d'un gable dont les rampants étaient ornés de crochets; au-dessus de ces arcatures se trouvaient deux bandeaux, l'un formé de quatre-feuilles, l'autre de fleurons à six lobes. Les statues du duc et de la duchesse, couronnées de dais crénelés, étaient couchées sur ce soubassement : celle du duc à droite et celle de son épouse à gauche. Derrière les dais s'élevaient, perpendiculairement au sol, deux arcatures trilobées, inscrites dans un pignon fleuronné. Dans l'arcature placée derrière la tête du duc Henri, se trouvait une sculpture représentant le Sauveur assis, ayant les mains levées comme pour montrer ses plaies ; un ange agenouillé à la gauche du Christ lui offrait l'àme du duc, figurée, selon les règles iconographiques de l'époque, par un petit enfant nu. Dans l'autre arcature on voyait une statue de la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus, à laquelle un ange, agenouillé à gauche, recommandait également l'âme de la princesse. Le duc, revêtu d'une cotte de mailles et d'une tunique, avait les mains jointes; sa tête, ceinte d'un

simple diadème, reposait sur un coussin,- J'écu de Brabant était suspendu à son bras gauche. La duchesse portait une longue robe, et avait aussi les mains jointes. Les pieds du duc s'appuyaient contre un lion, et ceux de la duchesse contre un chien. Tout le monument était rehaussé de dorures. — A l'église aujourd'hui détruite de Saint-Donatien, à Bruges, on voyait, avant la révolution française de la fin du siècle dernier, un cénotaphe élevé, au xiv® siècle, sur la sépulture de Louis de Crécy, comte de Flandre. Les tombeaux isolés du XV® et du xvi® siècle ne sont pas rares ; les plus beaux et les plus riches de cette époque sont, sans aucun doute, ceux de Marie de Bourgogne et de Charles le Téméraire, à l'église de Notre-Dame à Bruges. Bs datent tous les deux du milieu du xvi^ siècle.

En France, il existe encore beaucoup de cénotaphes isolés. Nous citerons en premier lieu, tant à cause de leur richesse que de leur nombre, ceux des rois et des reines de France, qui se trouvent à l'église de Saint-Denis près de Paris; presque tous datent du xiii® siècle. Abattus pendant la tourmente révolutionnaire de la fin du siècle dernier, ils ont été rétablis et restaurés depuis quelques années. Nous signalerons ensuite les superbes tombes de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, mort en 1404, et de son fils Jean sans Peur, assassiné en 1419, conservées au musée de Dijon. Elles sont, l'une et l'autre, dues au ciseau d'artistes belges : celle de Philippe le Hardi, qui est de loin la plus remarquable sous le rapport artistique, est de Nicolas Sluter, et celle de Jean sans Peur, de Jean de la Werta, l'élève de Sluter. L'église de Brou, près de Bourg en Bresse (France), possède deux mausolées, élevés, l'un à la mémoire du Philibert le Beau, duc de Savoie, et l'autre à celle de Marguerite d'Autriche, sa femme, morte à Malines en 1530; ils sont, comme ceux de Dijon, des oeuvres de sculpteurs flamands. Le tombeau de Marguerite, tout en marbre blanc, se distingue par un luxe et une richesse extraordinaires. Marguerite y est représentée deux fois par des statues couchées : on la voit d'abord, sous la grande dalle, morte et

revêtue d'habits très simples, et ensuite, au-dessus de la dalle, vivante et portant ses vêtements princiers. Un dais, soutenu par quatre colonnes et orné de statues et de crôtages finement découpés, recouvre tout le monument.

Dans plusieurs cathédrales et grandes églises d'Angleterre, il existe des chapelles funéraires, entièrement isolées et élevées sous l'une ou l'autre arcade reliant deux piliers voisins. Ces peti-tes constructions , tout à fait indépendantes de l'édifice principal, sont bâties sur plan rectangulaire, et ont généralement 7 ou 8 mètres de longueur sur 4 environ de largeur. Leurs parois ou cloisons se composent d'arcatures ajourées, qui permettent de voir du dehors ce qui se passe à l'intérieur. Elles se terminent, à la hauteur à peu près de la naissance de l'arcade sous laquelle elles se trouvent, soit par un crêtage soit par des pinacles. Ces chapelles renferment toujours un tombeau, et, avant l'époque de la réforme, on y voyait aussi un autel. On les appelle chantrys, c'est-à-dire chantreries, parce qu'elles doivent leur origine à la fondation d'un bénéfice ecclésiastique avec charge d'une ou plusieurs messes chantées par semaine. Au moyen âge, il arrivait fréquemment, en Angleterre, que le fondateur d'un bénéfice stipulait, dans son testament, la condition de bâtir, sur son tombeau, une chapelle où les messes de la fondation qu'il faisait devaient être exonérées ou chantées. C'est pour cette raison que le nom de cîiantry, en français chantrerie, a été donné à la chapelle funéraire elle-même.

On trouve plusieurs chantrys très remarquables à la cathédrale de Winchester.

B. Pierres tombales. Les pierres tombales sont de deux espèces : les unes sont ornées de figures en relief, les autres gravées au trait.

Les pierres avec l'effigie du défunt en bas-relief étaient

placées soit sur un socle peu élevé, ne présentant qu'une

faible saillie au-dessus du pavement, soit au ras du sol de

manière à permettre de marcher dessus comme sur le reste

du dallage. Ces pierres sont assez rares en Belgique. En voici une (fig. 1), que l'on voit à l'église paroissiale de Forest, près de Bruxelles, et qui représente un prêtre vêtu de la chasuble. Bien qu'elle soit dépourvue d'inscription, on peut l'attribuer, sans crainte de se tromper, à la première moitié du XIII* siècle. Des fragments d'une dalle du xiii® siècle.

Pierre tombale en bus-ieiief a i t■gi^^e de i*'orest, près de Bruxelles. (Première moitié du xiiie siècle).

sculptée en bas-relief, ont été découverts, il y a quelques années, à l'église de Ilaricbekc ; on y voit, un chevalier armé, portant son écusson, et appuyant ses pieds sur le dos d'un lion. A l'église d'Antoing près de Tournai, il existe trois pierres tombales en bas-relief très remarquables, qui couvrent les restes mortels de membres de la famille des seigneurs de cette localité; la plus ancienne date du milieu du xiv^ siècle, et les deux autres du xv^. Deux de ces pierres portent deux effigies, et la troisième trois.

Ce que nous disons ci-dessous des accessoires qui, sur les pierres gravées au trait, accompagnent l'effigie du personnage s'applique également aux pierres tombales sculptées en relief

Les pierres tombales gravées au trait devinrent très communes dès le xni® siècle, et plusieurs ont été conservées jusqu'à nos jours malgré les nombreuses causes de destruction auxquelles elles sont exposées depuis six siècles. Presque toutes sont ornées de l'image du défunt, placée sous une arcature trilobée en forme de dais, très simple et portée par des colonnettes (figg. 1 et 2). Dans chacun des écoinçons de l'arcature se trouve souvent un ange balançant un encensoir; sur les dalles tumulaires des évêques, des abbés et des prêtres, on voit aussi quelquefois, aux deux côtés du personnage, des clercs ou des anges, de petite dimension, portant des cierges. Jusque bien avant dans le xiii* siècle, les pierres tombales ont, comme pendant la dernière partie de la période romane, la forme d'un trapèze, c'est-à-dire que leur côté inférieur est moins large que leur côté supérieur (figg. 1 et 2). L'inscri[)tion, qui ne manque presque jamais, court ordinairement le long du bord de la dalle; quelquefois cependant elle suit les ondulations de l'encadrement ogival ; elle commence toujours par une croix» et est déjà quelquefois interrompue, aux quatre angles, par les emblèmes des évangélistes, placés dans un quadrilobe.

Nous donnons à la page suivante (tig. 2) une dalle tumulaire du xin^ siècle, très intéressante, qui se trouve au chœur de la petite église d'HasLière. C'est celle d'Alard de

Hierges, vingt-deuxième abbé de Waulsort, mort en 1264. Les anges thuriféraires occupent les écoinçons de l'arcature trilobée ; la main qui sort du sommet de l'ogive est le symbole de Dieu le Père. L'abbé Alard est vêtu de l'étole et de la chasuble; il porte aux mains des gants ornés d'une

Fig. 2.

Pierre tombale d'Alardde Hierges, abbé de Waulsort, mort en 126é ; à l'église d'Hastière.

rosace, et au bras gauche le manipule; de la main droite il tient la crosse abbatiale. L'inscription, qui n'occupe que trois côtés de la dalle doit être lue de la manière suivante :

ANNO. DOMINI. M. CC. L\. IITI. IIII KAL. SEPTEMBRIS, OBIIT DOMNUS ABBAS ALARDUS. ANIMA EJUS REQUIESCAT IN PAGE, AMEN, f ABBAS HOC TEMPLUM CHRISTO CONSTRUXIT ALARDUS.

t FLOREAT {anie I)eu)yi redolens {ut) floridus nardus.

-j- SANCTA MARIA PRO EO ORA -f.

Les dalles tumulaires du xiii* siècle qui ne portent qu'un emblème, un symbole ou un écusson armorié, sont extrêmement rares en Belgique. Nous citerons celle d'un certain Buewardus, mort en 1240, qui se trouve dans la petite église de Franchimont, près de Philippeville ; on y voit, sculpté en relief, un symbole consistant en une demi-sphère surmontée d'une croix dont les extrémités se terminent en demi-cercle; ce symbole est accompagné d'une double inscription gravée.

Sur les pierres tombales du xiv^ siècle, l'effigie du défunt continue à être placée sous une arcature encore souvent trilobée. Seulement, cette arcature est beaucoup plus chargée que précédemment de détails architectoniques, tels que redents, crochets, fleurons, pinacles, fenêtres et roses; ensuite , ses retombées sont portées , non plus par des colonnettes munies de base et de chapiteau, mais par des pieds-droits en forme de contre-forts décorés de pinacles et de niches, dans lesquelles on voit de petites figures d'anges et d'hommes. Lorsqu'une seule dalle recouvre une sépulture double ou triple, les arcatures sont, réunies au nombre de deux ou de trois, et renferment chacune une effigie. Le lion, le chien et les autres symboles, qui accompagnent ordinairement les statues couchées des cénotaphes, se voient aussi quelquefois sur les pierres tombales du xiv*" siècle. Celles-ci ont généralement la forme rectangulaire, et non plus celle d'un trapèze. Les anges thuriféraires ne se rencontrent qu'exceptionnellement à partir du xiv* siècle.

Nous donnons, à la page 310 (tig. 3), la pierre tombale du

Pierre tombale de Jacques Mouton, c'côlatre de Saint-Paul à Liège, mort en 1410.

diacre Jacques Mouton, écolâtre de Saint-Paul, à Liège, mort en 1410; elle se trouve dans le cloître de la cathédrale, et présente tous les caractères des dalles tunudaires du xiv^ siècle, bien Cju'elle date des premières années du xv*. On y lit l'inscription : hic jacet jacobus mouton canonicus

SCOLASTICUS IIUIUS ECCLIE [eccksiar) QUI OBIIT ANNO... PAGE AMEN.

Les arcatures et les gables à double rampant, qui forment le couronnement caractéristique des encadrements du xiv® siècle, sont régulièrement remplacés au xv'^ par des dais proprement dits, figurés en perspective et formés d'ogives infléchies à dessins très compliqués; les pinacles, les niches, les fenêtres et les roses flamboyantes se multiplient sur tout l'encadrement; de plus, les arcs-boutants apparaissent pour relier les dais aux contre-forts.

Il est bon de remarquer que les encadrements des pierres tombales du xiv° et du xv° siècle offrent la plus grande ressemblance avec les décorations de même genre qu'on trouve dans les vitraux contemporains, et dont nous avons donné, en gravure, deux exemples intéressants ci-dessus, pp. 111 et 118.

Comme au xiii® siècle, l'inscription se place, au xiv^ et au xv^, sur le bord de la dalle et est comprise entre deux lignes parallèles. Aux angles formés par l'intersection des quatre lignes de l'inscription se trouvent des quatre-feuilles contenant les emblèmes des évangélistes, ou bien aussi quelquefois, à partir du milieu du xir*^ siècle, des armoiries; il arrive même que l'inscription est, en outre, interrompue par des écussons armoriés sur ses deux plus longs côtés; voyez p. 319, la figure 8. Nous avons dit ci -dessus, I, p. 486, que, lorsqu'ils ornent les quatre angles d'un carré ou d'un rectangle, les symboles des évangélistes se placent, du moins jusqu'au xiii^ siècle, de la manière suivante : l'homme ailé dans l'angle supérieur à la gauche du spectateur, le lion dans l'angle inférieur à droite, et le veau à gauche (fig. 4). Au xiv* siècle, un changement s'opère : à

partir de cette époque, on voit généralement l'aigle à l'angle supérieur droit, et l'homme ailé à l'angle supérieur gauche (fig. 5). C'est là aussi la place que ces symboles occupent régulièrement sur les pierres tombales.

Fig. 4.

Homme

Aigle

Lion

Veau

Aigle

Lion

Homm e

Veau

Les caractères des pierres tombales que nous venons d'indiquer pour chaque siècle de la période ogivale ne sont pas tellement propres à chacun de ces siècles qu'on ne les rencontre plus après l'époque indiquée. Au contraire, il arrive souvent, surtout en Belgique, que les pierres du xv^ siècle offrent presque tous les caractères que l'on est habitué à rencontrer ailleurs dans les pierres du siècle précédent. Il n'est pas rare non plus de trouver des dalles turaulaires des xiii®, xiv^ et XV'' siècles, dans lesquelles l'ornementation architec" turale est sobre de détails, ou fait entièrement défaut.

Souvent en France, et quelquefois aussi en Belgique, les carnations, au lieu d'être rendues au trait, sont exprimées par des incrustations en marbre ou en métal. « Une chose à remarquer, dit de Caumont, c'est l'usage que l'on adopta au xv'^ siècle et dès le xiy", de former la tête, les mains, les pieds du défunt avec du marbre, quelquefois, quoique rarement, avec du cuivre. Ces pièces de rapport faisaient saillir les parties nues sur celles qui représentaient les vêtements, et donnaient ainsi un peu plus de relief au dessin; les petites figures placées dans des niches, autour de l'efRgie tumulaire, étaient aussi assez souvent gravées sur de petites pièces de marbre rapportées. Ce luxe d'exécution, qui avait commencé au xiv^ siècle, mais qui caractérise principalement le xv^, a causé la mutilation de beaucoup d'effigies tumulaires : on a arraché ces pièces de marbre blanc rap-

portées dans la pierre, et souvent on ne trouve plus que des trous informes à la place de la tête, des mains, des pieds du défunt ou des figurines qui ornaient l'entourage. Le cuivre, par sa valeur, a tenté bien plus encore la cupidité.» Abécédaire^ 5* éd., p. 705.

En Belgique, les pierres tombales du xiv* et du xv® siècle sont généralement en calcaire bleu ou noir. Au xiii^ siècle, on s'est aussi servi quelquefois de pierres blanches et grisâtres. « Dans le Nord, les Pays-Bas et dans quelques localités, dit de Caumont, ce sont des dalles de marbre gris ou noir qui ont été employées; dans l'Ile-de-France, la Normandie et une très grande partie de la France, ce sont surtout des tables de pierre calcaire blanche ou jaune appartenant aux formations secondaires et tertiaires ; enfin, dans les régions granitiques et schisteuses, on s'est servi des tables fournies par ces roches, mais elles étaient bien moins faciles à tailler. » Abécédaire, 5® éd., p. 630.

C. Tombes plates en cuivre. Pendant la période ogivale, on introduisit l'usage des cuivres funéraires ou lames de laiton sur lesquelles les lignes du dessin sont rendues au moyen de traits profondément gravés, remplis d'une substance résineuse de couleur noire et de ton mat. Ces larges lignes noires se détachent admirablement sur la surface éclatante du métal bruni ou damassé, voire même doré, dont le reflet brillant est souvent rehaussé par la présence d'armoiries coloriées en émail solidement fixé dans l'épaisseur du cuivre. Grâce à ces qualités, les tombes plates en cuivre contribuent singulièrement à faire concourir le pavement, avec les verrières et les peintures, à la décoration des églises. C'est en Flandre et en Angleterre qu'elles ont été les plus communes pendant tout le moyen âge. Les Anglais leur donnent le nom de sepulchral brasses, c'est-à-dire cuivres tumulaires.

Les tombes plates en cuivre peuvent se diviser en deux classes. ^ La première et la plus nombreuse, dit AL Hye dans une remarquable Notice sur les dalles tutr.ulaires de cuivre.

comprend les dalles de pierre de taille, soit marbre, soit grès, dans lesquelles la figure du défunt est découpée en silhouette dans une lame de métal, ainsi que différents ornements; les armoiries, emblèmes, inscriptions en ruban, gravés sur autant de pièces distinctes , sont incrustés et rivés séparément dans des intailles correspondantes dans la pierre, nommées ca&eiiients par les auteurs anglais, La deuxième classe paraît avoir été moins nombreuse, mais elle renferme les spécimens les plus beaux et les plus riches. On y comprend ceux de ces monuments qui se présentent sous l'aspect de grandes plaques de cuivre, d'une seule pièce; mais qui, en réalité, sont souvent composés de plusieurs lames rapportées ensemble, dont les joints sont dissimulés avec une grande habileté dans la profondeur des traits. La figure du défunt, ordinairement de grandeur naturelle, y est représentée, debout ou couchée, dans une de ces attitudes conventionnelles que nous explique l'iconographie du moyen âge. Les contours, vigoureusement accusés, se détachent d'ordinaire sur un fond imitant les dessins de ces gracieuses tapisseries gothiques, qu'on retrouve sur la plupart des tableaux flamands du xv® et du xvi* siècles. On y voit parfois des armoiries ou des symboles, les emblèmes ailés des quatre évangélistes, des banderoles ornées d'inscriptions, de devises ou de textes sacrés, que l'artiste faisait sortir de la bouche ou plaçait entre les doigts des personnages ; une inscription très laconique, en lettres onciales au xiii® siècle, en caractères dits gothiques à dater du xiv®, encadre d'ordinaire le monument. Les dalles de cuivre de cette deuxième classe, dont la valeur intrinsèque en métal était souvent fort grande, sont considérées par les auteurs anglais comme originaires de la Flandre et propres à ce pays; ils les désignent souvent sous la dénomination de Jlemish brasses, tandis qu'ils considèrent en quelque sorte comme nationales, english brasses , les dalles de pierre incrustées de cuivre, que nous avons rangées dans la première classe. L'usage de ces dalles tumulaires de l'une et de l'autre espèce parait avoir passé de la Flandre en Angle •

terre vers le milieu du xiii® siècle ; il y persista jusques dans le xvii" pendant près de 400 ans! A la différence de ce qui FB voit sur le continent, on y rencontre plus souvent ces dalles, lorsque la disposition des lieux le permettait, sur des tombeaux élevés en forme d'autel ; mai?, d'ordinaire, elles font partie du dallage même des églises. Les plus beaux spécimens que l'on trouve dans les différentes parties (le la Grande-Bretanjne ont été dessinés et ciselés en Flandre, d'autres lurent exécutés en Angleterre par des flamands, d'autres enfin par des artistes nationaux. Ces derniers, d'après les cartons de ces anciens maîtres de l'école de I^ruges, « auxquels, y^ dit un auteur anglais, « nous sommes - d'ailleurs redevables des dessins originaux de plusieurs r figures peintes sur les screens et les tabernacles, et de ces r nombreux monuments sculptés en relief ou creusés dans " la pierre, que l'on trouve dans les vieilles cathédrales de ^ l'Angleterre (i). « Ces dalles se trouvent le plus fréquemment dans les parties de la Grande-Bretagne qui, par suite du commerce des laines, avaient les communications les ])lus directes avec la Flandre. Elles se distinguent aisément à la première vue par le style et la correction du dessin, de celles qui sont dues à des artistes anglais : d'un simple trait profondément et hardiment tracé, le ciseleur flamand fait ressortir une figure d'homme, de femme, d'enfant à faire envie aux plus nicàles et aux plus gracieuses figures des vases grecs et des intailles égyptiennes. L'habileté dans la disposition des draperies, si remarquables chez les peintres de l'ancienne école de Bruges, s'y retrouve tout entière. Leur origine flamande est généralement reconnue par les auteurs anglais ; elle résulterait d'ailleurs à l'évidence de ce fait, qu'il est arrivé que les lames de cuivre, détachées de

(1) AV ALLEU, A séries 0/ monumenial brasses, p. '25. — On sait qu'à plusieurs époques des émigrations d'artisans flamands s'i-tablirent en Angleterre et y importèrent des procédés industriels inconnus jusqu'alors. 11 est fort possible que l'auteur anglais entend faire allusion ici à ceux de nos compatriotes qui s'établirent au xive siècle dans le comté de Norfolk ; il est certain que parmi eux se trouvaient les artistes qui exécutèrent entre autres monuments une chasse très remarquable pour l'église de Norwich.

la pierre, ont présenté au revers des traces incontestables d'origine étrangère et même des inscriptions en langue flamande. ^

Les dalles avec incrustations en cuivre ont été autrefois très communes en Belgique.

Peu sont parvenues intactes jusqu'à nous ; mais on rencontre presque partout d'anciennes dalles en pierre bleue ou blanche qui conservent les traces d'incrustations. Dans un certain nombre de ces dalles, les vides ont peut-être été remplis de marbre blanc; la plupart cependant étaient incrustées avec des plaques de laiton. On conserve , à l'hospice de Saint-Laurent à Gand, deux grandes plaques en cuivre, sur lesquelles sont gravées les figures de Guillaume Wenemaer , fondateur de l'hospice, et de Marguerite Sbrunen , sa femme. Ce sont les mo- ^ numents les plus anciens

EfiBgie de Guillaume Wenemaer, à l'hospice q^ jgg p|yg intéressants Saint-Laurent, à Gand (f 1325).

de ce genre que nous possédions en Belgique. Ces plaques datent de l'année 1325 environ, et paraissent avoir été scellées primitivement, avec l'écusson armorié qui les accompagne, dans une grande dalle en pierre recouvrant le tombeau de AA^enemaer et de son épouse, La dalle est perdue depuis plus de trois siècles, mais les cuivres ont échappé à la destruction.

Notre fig. 6 reproduit la première de ces plaques; on y voit Guillaume Wenemaer revêtu de son armure; de la main gauche, il porte un écu chargé de ses armoiries, et de la droite un glaive tiré et droit, sur la lame duquel on lit les mots : Horrelant dudum reprohi me cernere niidiwi. Marguerite Sbrunen, la femme de Wenemaer, est représentée sur la seconde lame (fig. 7). Elle tient les mains jointes. Comme elle survécut pendant 2S ans à son mari, ce fut probablement elle qui, après la mort de celui-ci, fit placer, dans la chapelle de l'hospice, la pierre tombale incrustée de plaques de laiton.

En Angleterre, les dalles

Effigie de Marguerite Sbrunen. tumulaires aveC incrustations épouse de G. Wenemaer, à l'hospice de figures en cuivro ont été

en usage depuis le milieu du

Saiiit-Laurent, à Gand.

XIII* siècle ; elles y furent très noiiibreuses depuis cette époque et beaucoup ont été conservées jusqu'à nos jours.

Les tombes en laiton consistant en grandes lames indépendantes, non destinées à être incrustées dans des dalles en pierre et formant, seules, un tout complet, ont été très communes, en Belgique, pendant toute la période ogivale, et leur usage y persista même, en certains endroits, jusqu'au xvii" siècle. On s'en est également servi en Allemagne et dans le Nord de la France. Sur ces lames, non-seulement la figure du défunt, mais aussi les accessoires symboliques et décoratifs qui l'accompagnent sont traités de la même-' manière que sur les pierres tombales gravées. Cependant, la composition du sujet y est régulièrement bien supérieure, et l'exécution mieux soignée que dans ces dernières. Les moindres détails du costume, les dais de couronnement, les petites figures d'anges et de saints qui ornent souvent ceuxci ainsi que les pieds-droits, toutes les parties, en un mot, y sont rendues avec fidélité, avec art et avec finesse. De plus, le champ sur lequel se détache l'effigie du défunt, au lieu d'être uni et sans décoration comme sur les pierres tombales gravées, est régulièrement damassé, c'est-à-dire couvert d'ornements variés imitant les dessins que présentent certaines étofî'es orientales ; ces dessins ressemblent à ceux que l'on rencontre, autour des personnages, dans les verrières du kiy"" siècle; voyez ci-dessus, p. 110. Ce sont des trèfles, des quatre-feuilles, des rinceaux, des diaprures, des figures d'animaux, des cris d'armes ou de courtes devises plusieurs fois répétées. Il arrive même parfois, au xv*' et au xvi" siècle, que les détails architectoniques disparaissent complètement pour faire place à des fonds damassés, comme dans l'exemple (fig. 8), que nous donnons ci-dessous, p. 319. On y voit le sire Martin de la Chapelle, posant la tête sur un écu armorié de son blason et surmonté du casque héraldique, les mains jointes et les pieds appuyés sur le dos d'un lion; le chaaip qui l'entoure (ist parsemé de rinceaux gracieux, dans lesquels se trouvent le mot 7)107/ et un chien couchant. Cette superbe lame date

ritr. 8.

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