‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 17 sur 30 · Cusiodes eucliarislitiues. En quelques endroits, par · texte numérisé non relu

Cusiodes eucliarislitiues. En quelques endroits, par

ticulicrement de la France, la sainte Eucharistie continua, pendant la période ogivale, à être conservée, comme précédemment, dans des colombes dorées et émaillées, placées le plus souvent dans une tourelle ou une petite tente en étoffes précieuses, suspendue, au-dessus de l'autel, sous le ciborium ou à une crosse en métal ; voyez ci-dessus, pp. 248 et 272. Nous donnons (fig. 1) une colombe eucharistique du xiii* siè-

Fig. 1.

Colombe eucharistique da musée d'Âmieas (xiiie siècle).

cle, conservée au musée d'Amiens : « C'est une colombe en cuivre émaillé, dit de Caumont, reposant sur un plateau à bords ciselés; le plateau, vers le centre, devient concavoconvexe et, sur la partie concave, on lit cette inscription circulaire, gravée par une main inhabile : Olim ecclesiae de Raincheval. Les rebords du plateau sont percés de douze petites ouvertures, disposées dans un ordre symétrique, pour attacher les chaînettes qui devaient tenir la colombe suspendue. Les ailes et la queue sont seules émaillées, le reste du corps était recouvert d'une peinture brune que le temps a fait disparaître en partie. On a tâché d'imiter l'agencement II. ' 23

des plumes par des écailles imbriquées nuancées d'or, de bleu, de vert, de blanc, de jaune et de rouge. Sur le milieu du dos, entre les deux ailes, existe une ouverture peu profonde, destinée à recevoir les hosties consacrées et surmontée d'un couvercle qu'on maintient à l'aide d'un bouton tournant. » Abécédaire, 5® éd., p. 573.

L'usage des colombes eucharistiques a persisté dans quelques églises françaises jusqu'à la fin du xviii^ siècle, et aujourd'hui encore, selon le témoignage de l'abbé Texier [Bict. d'orfèvrerie, col. 454), deux colombes gardent, dans les églises de l'Aguène et de Saint-Yrieix, la place qu'elles occupaient autrefois; elles ont cependant perdu leur destination primitive.

Il existe, au trésor des Sœurs-de-Notre-Dame, à Namur, une colombe en cuivre doré et éraaillé, œuvre du frère Hugo, le célèbre moine orfèvre d'Oignies. Cette colombe n'est pas creuse à l'intérieur, et n'a, par conséquent, pu servir de custode eucharistique ; on ignore l'usage auquel elle était affectée autrefois.

Au XIII®, XIV® et même encore pendant une partie du xv* siècle, les pixides sont généralement, comme celles de la période romane, de très petite dimension, parce que, jusque vers le milieu du xv® siècle, elles ne servaient qu'à conserver le petit nombre d'hosties dont on avait besoin pour la communion des malades en danger de mort. Les fidèles en état d'assister aux offices de l'église recevaient la sainte Eucharistie, après la communion du prêtre, avec des espèces consacrées pendant la Messe même, et distribuées au moyen de la patène.

Presque toutes les pixides de la période ogivale sont en métal; celles en ivoire ou en pierre précieuse ne se rencontrent plus qu'exceptionnellement.

Les pixides sans pied, en cuivre doré et émaillé, consistant dans de petites boîtes cylindriques, surmontées d'un couvercle en forme de cône (voyez ci-dessus, I, p. 416), restèrent en usage au moins jusqu'au xvi® siècle ; on les employait-

Fis. 2.

principalement pour porter le saint Viatique aux malades. Beaucoup de ces pixides, plus ou moins richement décorées, sont conservées jusqu'à nos jours.

Les pixides pédiculées, c'est-à-dire munies d'un pied, qui étaient rares auparavant, devinrent les plus communes à partir du xiii^ siècle. Quelques-unes, destinées à être suspendues, au-dessus de l'autel, sous le ciborluni ou à la volute d'une crosse, ont, comme le ciboire roman du musée du Louvre connu sous le nom de ciboire d'Alpaïs, et dont

nous avons parlé cidessus, I, p. 418, le pied très petit, et la coupe ainsi que le couvercle assez grands et presque hémisphériques, de manière à former, réunis, une boule creuse , ordinairement aplatie. Voici(fig. 2)une pixide de ce genre, datant du XI v^ siècle; elle fait partie du trésor de la cathédrale de Sens, et offre une grande ressemblance de forme avec le ciboire d'Alpaïs.

A son sommet se trouve l'anneau dans lequel passait la chaînette ou le cordon servant à la suspendre.

Pixide ou ciboire du xi\e siècle, a ia cathédrale Lorsqu'au XII* sièclc,

de Setis>. i • ■ ■ i*

les pixides , au lieu

d'être suspendues au-dessus de l'autel, furent déposées dans

des tabernacles, on leur donna régulièrement des pieds plus

élevés, semblables à ceux des calices et des reliquaires-mon-

strances. Dans ie principe , on se contenta souvent de

monter sur un pied les petites pixides en cuivre doré et émaillé dont nous avons parlé ci-dessus; bientôt cependant, on fit aussi des pixides en métal ciselé et repoussé, et cellesci finirent par être employées presque seules. Les plus anciennes de cette dernière espèce ont leur réceptacle et leur pied ronds, comme on peut le voir dans l'exemple du musée royal d'antiquités de Bruxelles, que nous avons reproduit en gravure ci-dessus I, p. 417, et qui date de la fin du xii* ou du commencement du xiii' siècle.

Au XIV® siècle, la coupe et le couvercle deviennent hexagones, c'està-dire à six faces, et le pied se partage en six lobes.

Voici (fig. 3) une petite pixide, en cuivre doré et gravé, remarquable par son élégance et sa simplicité. Elle fait partie du musée archéologique du Steen, à Anvers, et provient de l'église de Contich.

Son pied circulaire présente les caractères de l'orfèvrerie du XIII* siècle, tandis que sa coupe hexagone accuse le xiv*.

"^Uc

pixide du xiiie-xiv* siècle, provenant de l'église de Contich, actuellement au musée du Siee/i, à Anvers.

Pendant la dernière moitié du xlv" et tout le xV" siècle,

les pixides pédiculées ont souvent les arôtiers de leur couvercle hexagone décorés de crochets; les angles formés par l'intersection des six faces de la coupe sont flanqués de contre-forts, et les faces elles-mêmes ornées d'arcatures avec ou sans statuettes. Les deux exemples suivants (figg. 4 et 5) feront comprendre aisément les transformations subies par les pixides après le milieu du xiv^ siècle. Dans le premier

Fi?

Fip. 5.

Pixide du xt* siècle, au trétor de Daatzig.

Pixide da ive siècle, appartenant

à M. Vaader Cruisse de Warier»,

à Lille.

(fig. 4), emprunté au riche trésor de Dantzig, le couvercle so termine par une petite croix portant l'image nimbée du Sauveur, tandis que, dans le second (fig. 5), il est surmonté d'une statuette de la sainte Vierge. Autour de la pixide de Dantzig on lit l'inscription : Jésus naz. rex judeorum. Des pixides semblables et datant aussi du xv*' siècle se trouvent F g. !'.. aux églises du béguinage à Saint-

Trond, de Sainte-Waudru à Heren thaïs, et de Notre-Dame à Tongres.

Lorsque, au xv^ siècle, la coutume eut été introduite de conserver un plus grand nombre d'hosties consacrées, afin de pouvoir distribuer la communion aux fidèles, même en dehors du saint sacrifice de la Messe, les pixides reçurent des dimensions beaucoup plus grandes. On coniinua généralement à leur donner des formes architecturales, mais ces formes devinrent, surrout en Allemagne, plus élancées et plus compliquées par l'addiîion d'arcs boutants aux contreforts et aux arcatures dont on les décorait déjà précédemment.

Voici (fig. 6) une pixide alleluande très chargée d'ornements, qui se trouve à l'église d'Ober- Millingen , près de Rees. En France et en Belgique, on voit apparaître, vers la fin du xv® siècle, les pixides sphériques, dont la forme rappelle celle des

pjxiue du xve siècle, .... j j

• r,u -Kf-u- - A T?„„, anciens ciboires suspendus du

a Ober-Millingen, près de lices '"^^iv^no ^m-k, j^

(Allemagne). genre de ceux d'Alpaïs et de

Pixide du xve siècle, aa coavent des Sœurs-Noires, à Mons.

Sens. Le vase que reproduit notre tig. 7 et qui est conservé chez les Sœurs- Noires, à Mons, n'est qu'un ciboire de cette espèce, bien que maintenant il serve de reliquaire pour le chef du roi Dagobert. Ce n'est pas chose rare, d'ailleurs, de trouver des pixides transformées en reliquaires. C'est ainsi, par exemple, qu'au xvii' et au XVIII*' siècle, on a fréquemment fait usage de petites pixides non pédiculées, en cuivre doré et émaillé, pour y renfermer les reliques destinées à être scellées dans l'autel au moment de sa consécration.

Les pixides sphériques se rencontrent encore aujourd'hui, en assez grand nombre, en Belgique et dans le nord de la France.

Il ne sera pas inutile de répéter ici ce que nous avons dit ci-dessus, I, p. 418, que, sauf de rares exceptions, toutes les pixides antérieures au milieu du xvi'' siècle ont le couvercle attaché à la coupe au moyen d'une charnière.

4. Ostensoirs. La solennité du Corpus Bomini ou Fête- Dieu, instituée à Liège en 1246 et étendue à l'Église universelle dix-huit ans plus tard par le Souverain Pontife Urbain IV, donna naissance à l'usage d'exposer publiquement le Saint-Sacrement à la vénération des fidèles. C'est

dans cet usage que nous trouvons l'origine du vase sacré appelé ostensoir ou moiistrance, noms dérivés des verbes latins ostendere et monstrare, signifiant, l'un et l'autre, montrer.

Dans les commencements, le Saint-Sacrement paraît avoir été exposé publiquement dans des pixides transparentes, des croix et des tourelles percées d'ouvertures. On se servit aussi de crucifix et d'images du Christ ressuscité, dans lesquels la sainte Hostie, protégée par un cabochon ou une pierre précieuse translucide, occupait l'endroit du cœur. Quelquefois même, l'exposition se faisait au moyen de statuettes de la sainte Vierge et de saint Jean Baptiste : on remplaçait alors, par la sainte Hostie dans une lunelle, l'Enfant Jésus porté par Marie, ou le disque avec l'Agneau, qui, au moyen âge, était le symbole caractéristique du divin Précurseur. Bientôt, cependant, on adopta généralement les monstrances ou ostensoirs proprement dits.

Quelques-uns de ces ostensoirs primitifs offrent la plus grande analogie avec les monstrances-reliquaires contemporaines. Ce sont des édicules en métal, ajourés, munis d'un pied et percés, sur deux ou plusieurs de leurs côtés, d'ouvertures le plus souvent en forme de baie ogivale. A cette classe appartient le précieux ostensoir provenant de l'ancienne abbaye de Herckenrode et conservé aujourd'hui à l'église de Saint-Quentin, à Hasselt. Nous en donnons la gravure (fig. l)et la description d'après le Catalogue de l'exposition de Maliiies en 1864 : »< Ostensoir en argent doré; le pied hexagone, à bordures de quatre-feuilles découpés à jour, soutenu par six lions, dont deux ont disparu. La tige s'élève du milieu d'un petit édifice à jour avec des contre-forts aux angles, le nœud richement ciselé est garni de six boutons ornés de petites croix sur fond émaillé ; la tige s'épanouit en un large bouquet hexagone de branches et de feuillage, qui soutient la monstrance et dont le rebord supérieur porte la légende : Anno Bomini m° cc^ Ixxx" vi° fecit istud vas fieri domina Heilejvigis de Dist priorissa in Herkenrode cujus

^'S- 1- commémora cio m perpetuum

cum fidelibus habeatur. La monstrance a la forme d'un édifice hexagone avec des contre-forts aux angles, surmontés de pinacles à crochets et reliés entre eux par des arcs trilobés surmontés de pignons à crochets. Le tout est recouvert d'une toiture à quatre pans avec de grands crochets sur deux angles, couronné par un riche fleuron d'où s'élève un crucilix et deux branches portant des statuettes de la sainte Vierge et de saint Jean. Le pied est muni de six petites boites en forme de quatrefeuilles, sans doute primitivement recouvertes d'un cristal et destinées à recevoir des reliques; elles ont été remplies au iLoyen de plaques en argent doré, le rituel moderne ne permettant pas d'exposer des reliques avec le Saintr. , * 1 1. ku Sacrement. La monstrance est

Ostensoir provenant de 1 abb;iye de Herckenrode, actuellement à l'église munie d'une double lunelle,

dont l'une sert à une Plostie miraculeuse et l'autre au Saint- Sacrement. »• Les ostensoirs les plus communs pendant toute la période ogivale furent ceux à ci/Hndre, ainsi nommés parce qu'ils sont formés d'un cylindre en verre ou en cristal monté sur un pied en métal. Aux xiv, xv et xvi^ siècles, le cylindre est régulièrement surmonté d'un clocheton épaulé de contreforts et d'arcs boutants, également en métal. Après le xiii*

de Saint-Quentin, à Hasselt.

Hauteur : 0*445.

Largeur du pied : 0"16i sur 0"10.

^'o- "-'■ fciècle, le clocheton ou pina-

cle fait rarement défaut. La sainte Hostie se place, à l'intérieur du cylindre, dans une lunelle portée ordinairement par un ou plusieurs anges. Le pied et le nœud de ces ostensoirs offrent la plus grande ressemblance avec ceux des calices et des pixides; toutefois, le diamètre du pied est généralement plus grand dans les ostensoirs que dans les pixides et les calices.

Voici (fig. 2) un très ancien ostensoir à cylindre, en cuivre doré, d'une grande simplicité. 11 fait partie du trésor de Dantzig et date probablement du xiv® siècle. Le cylindre en cristal, qui a disparu, reposait sur la partie supérieure du pied et était retenu en position verticale par le cercle supérieur. Le couronnement en clocheton, si commun dans les ostensoirs de la période ogivale, n'y a jamais existé.

Trois statuettes de saints, placées sous les arcs boutants qui épaulent le cercle supérieur, entourent la base du cylindre. Sur les six lobes du pied, on a gravé les sujets suivants : les trois mages, l'Enfant Jésus dans le temple, la sainte Vierge avec l'Enfant, et saint Georges terrassant le dragon ; et sur les boutons du nœud le nom de la sainte Vierge : Maeia, précédé d'un fleuron losange.

Ostensoir du xve siècle, au trésor de Dantzig.

Hauteur : O"-!!.

Diamètre du pied : 0"19.

ST.euiLLo:.

Le plus bel ostensoir à cylinclre que nous connaissions est celui de l'église de Saint- Léonard, à Léau; nous le reproduisons en gravure (fig. 3). Il est en argent doré et date de l'année 1450 environ.

Son pied hexagone a sa plate-bande découpée en trèfles et quatre-feuilles ajourés. Le nœud, travaillé à jour, porte six boutons losanges ornés de fleurs.

Les contre-forts sont ornés de statuettes de saints évoques, et l'étage inférieur du cloclTeton d'un saint François d'Assise agenouillé. Entre les contre-forts, au-dessus et au-dessous de la lunelle, on voit six séraphins, et douze anges avec les instruments

de la Passion.

On trouve encore des

ostensoirs à cylindre de l'époque ogivale, très remarquables, à la ^^^ chapelle de Notre- Z^-^ Dame de Bon-Vouloir, a DufTel, aux églises de Baelen (Anvers), de

Ostensoir

Haut eut : 0"7S5.

TM„.,n..trP du nicd : 0"195.

Dominicains à Louvain. Ce dernier est une des œuvres d'orfèvrerie les plus riches de la fin de la période ogivale que nous possédions en Belgique. Il date de 1520 environ, et a appartenu primitivement aux Clairisses d'Amsterdam. Après la suppression du couvent de ces religieuses à la suite des troubles du xvi' siècle, il fut transporté chez les pères Récollets de Louvain, et passa de là à l'église de Notre- Dame-aux-Dominicains. Il a 0™77 de hauteur et son pied mesure 0™194 de diamètre.

Les ostensoirs dans lesquels le cylindre de cristal est remplacé par un soleil rayonnant ne devinrent communs qu'à partir du xvi® siècle. Avant cette époque, ils étaient extrêmement rares et ne nous sont guère connus que par la mention qu'en font des inventaires de trésor d'église dressés au XV® siècle.

5. Reliquaires. Les reliquaires de la période ogivale présentent des formes aussi nombreuses et aussi variées que ceux de l'époque romane. Il serait difficile de les faire connaître toutes ; nous ne nous occuperons donc que des principales.

a) Beliquaires de la vraie Croix. Comme précédemment (voyez ci-dessus, I, p. 418) on donna souvent à ces reliquaires la forme d'une croix à double traverse ; mais on y appliqua des ornements propres à l'orfèvrerie de l'époque ogivale. La plupart de ces croix-reliquaires, et aussi les plus belles, datent du xm'^ siècle. Au trésor de l'église de Notre- Dame, à Walcourt, on en voit une très riche de cette époque, montée sur un pied hémisphérique et toute couverte de pierres précieuses, de filigranes et de gracieux rinceaux; les extrémités de la tige principale et des deux traverses ont la forme de fleur de lis. Sa hauteur totale est de l'"23; la traverse supérieure mesure 0'"50, et l'inférieure 0'"58. La relique de la vraie Croix est enchâssée dans une petite croix grecque, placée à la base de la tige principale. L'église de Chimai possède également une croix-reliquaire du même genre, très remarquable et data)it de l'année 1220 environ;

elle mesure 0'"266 de hauteur et est encadrée dans un triptyque en bois peint. Les extrémités de ses branches sont fieuronnées.

Dans le nord de la France, il existe deux croix-reliquaires qui sont des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie : l'une à l'église d'Oisy, et l'autre à Saint-Omer; cette dernière provient de l'abbaye de Clairmarais (i).

Les reliquaires de la vraie Croix furent encore parfois, comme, pendant la période romane, enchâssés dans des plaques métalliques fixées sur une âme de bois, et ornées d'émaux, de gravures ou de ciselures, de manière à former une sorte de tableau souvent muni de volets en bois peint ou en métal. On conserve, au trésor de l'église de Notre- Dame, à Tongres, un superbe reliquaire de cette espèce. Il est en cuivre doré et orné d'émaux et de gravures reproduisant un grand nombre d'images de saints, de figures symboliques et de sujets empruntés à l'histoire de l'Invention (le la vraie Croix. Les volets, également en cuivre doré, sont aussi décorés de riches ciselures. La relique est placée dans une petite croix latine qui occupe le milieu du tableau (2).

Au trésor de l'église de Walcourt, on trouve, outre la croix dont nous avons parlé ci-dessus, un autre reliquaire en vermeil, contenant une parcelle de la vraie Croix, et consistant en une petite croix à double traverse placée dans une tourelle en cristal, couronnée d'une flèche et montée sur un pied en forme de pyramide tronquée, dont les quatre faces sont décorées de rinceaux entièrement semblables à ceux de la grande croix-reliquaire. Ces deux objets sont de la même époque et l'on peut vraisemblablement les attribuer au même orfèvre.

A l'époque ogivale on continua à faire usage de petites

(1) On trouve de belles reproductions de la croix-reliquaire d'Olsy dans la Revue de Vart chrétien, II, pi. VU, VIII et IX ; et 2° de celle de Clairmarais dans DiDRON, Annales archéologiques, XIV, pp. 2S5 et 37S, et XV, p. 1.

(2) Vojez la description et la gravure de ce reliquaire dans les Annales de l'académie d'archéologie de Belgique, XXII, p. 248.

croix-reliquaires portatives, dans le genre de celles dont on se servait auparavant et que nous avons fait connaître cidessus, I, p. 421.

On a aussi donné quelquefois la forme d'une croix à des reliquaires renfermant des reliques de saints; mais dans ce cas la croix ne porte qu'une seule traverse. Deux croix-reliquaires de cette catégorie et datant de l'époque ogivale font partie du trésor de l'église de Notre-Dame, à Tongres.

b) Châsses. Les châsses de la période ogivale présentent le même aspect que celles du xii® siècle, c'est-à-dire qu'elles affectent la forme d'un coff're oblong, fermé par un couvercle imitant un toit à deux versants.

Les grandes châsses du xiif siècle sont des coffres de bois recouverts de lames de métal émaillé, ciselé et parfois même simplement gravé. Presque toutes sont rectangulaires ; quelques-unes cependant, par exemple la grande fierté de Notre-Dame, à Aix-la-Chapelle, offrent, sur les deux longs côtés, des saillies qui les font ressembler à de petites églises munies de transept. Leurs faces verticales sont généralement décorées de statuettes en or, en argent ou en cuivre doré, placées sous des dais ou arcatures. Le Christ bénissant, assis ou debout, seul ou entre deux saints, se trouve ordinairement, comme dans les châsses romanes, sur une des deux petites faces formant pignon, tandis que l'autre est occupée par la sainte Vierge ou le saint dont les reliques se conservent dans la châsse, également placé entre deux saints. Les deux faces longues sont partagées en un certain nombre de compartiments couronnés de gables dans lesquels sont inscrits des ogives le plus souvent trilobées. Ces compartiments, formant dais ou arcatures, renferment les statuettes des apôtres ou d'autres saints. Les versants du couvercle sont décorés d'une série de bas-reliefs représentant les mystères de la vie de Notre-Seigneur ou les principaux faits du saint dont le corps repose dans la châsse. Enfin le faite, et quelquefois même les rampants des pignons, sont surmontés d'une crête de feuillage richement travaillée et interrompue, de

distance en distance, par des boules ou pommeaux. Les rampants des gables, les dais, les encadrements et les fûts des colonnettes qui supportent les dais sont souvent couverts, comme ils Tétaient précédemment, d'émaux et de filigranes.

Il existe encore aujourd'hui beaucoup de grandes châsses du xiii* siècle. Les plus belles sont celles de Notre-Dame et de Charlemagne au trésor d'Aix-la-Chapelle, celle des rois mages à la cathédrale de Cologne, celles de saint Éleuthère et de Notre-Dame à la cathédrale de Tournai, et celle de saint Remacle à Stavelot. Cette dernière, que nous reproduisons à la page 367 (fig. ]), date de 1260 environ, et est ornée de superbes émaux fabriqués par des artistes de l'école liégeoise, peut-être dans l'abbaye même de Stavelot, où paraît avoir existé un atelier d'émaillerie. Dans le trésor de l'église de Notre-Dame, à Huy, on conserve quatre châsses très remarquables du xii® et du xiii^ siècle. Deux, celles de saint Mengold et de saint Domitien, remontent, du moins par quelques-unes de leurs parties, à la dernière moitié du XII® siècle; elles se trouvent malheureusement dans un état de délabrement très regrettable. La plus riche, et aussi la plus intéressante, dite de la Vierge^ offre une très grande ressemblance avec la châsse de Stavelot et date vraisemblablement de la même époque que celle-ci, comme on pourra s'en convaincre par la simple comparaison de notre gravure (fig. 1) avec la planche litliographiée de la châsse de la Vierge, à Huy, publiée dans le Bulletin des commissions d'art et d' arcJiéoloc/ie , 1, p. 398. Nous ferons toutefois remarquer que les dimensions de la châsse de Huy sont notablement moindres que celles de la châsse de Stavelot : elle ne mesure que l'"18 de long, 0™35 de large et 0"^55 de haut.

Dans les petites châsses du xiii'' siècle, et aussi dans celles de moyenne grandeur, les figures, les sujets historiques et légendaires, et même les dais ou arcatures, au lieu d'être travaillés en relief par la ciselure et le système du repoussé, sont fréquemment gravés, ou parfois encore

dessinés par des émaux comme cela se pratiquait au xii" siècle. La châsse de saint Marc, à l'église de Notre-Dame, à llny, qui date du xii^-xiii^ siècle et que nous avons désignée erronément (ci-dessus, 1, p. 422) sous le nom de châsse de saint Domitien, appartient à cette dernière catégorie : elle est tout entière composée de plaques émaillées. Les têtes et les mains des personnages figurés sur les petites châsses du xiii* siècle sont souvent traitées en hautrelief (châsse de Saint-Ghislain) et les autres parties des figures rendues par une plaque simplement gravée et dorée.

L'usage de rehausser l'éclat métallique des pièces d'orfèvrerie par des émaux et des filigranes fut presque complètement abandonné au xiv^ siècle. Seules, les perles et les pierres précieuses continuèrent à être employées dans ce but; aussi rencontre-t-on encore assez souvent celles-ci sur les châsses du xiv*" siècle.

Dès la fin du xiii® siècle, les châsses en métal commencent à perdre l'aspect de cercueil ou de coffre, qu'elles avaient présenté jusqu'alors; elles se transforment peu à peu et prennent la forme de chapelles ou même de petites églises. Quelques châsses du xiv^ siècle affectent déjà, d'une manière très prononcée, des formes architecturales : on y voit apparaître des roses, des galeries, des clochetons et des contreforts; leurs dais et leurs pignons ont les rampants de gable décorés de crochets et terminés en fleuron. La châsse de sainte Gertrude, à Nivelles, qui date des dernières années du xiii^ siècle, est un des plus beaux monuments d'orfèvrerie de cette période de transition. Elle est en argent doré et présente la forme d'un édifice rectangulaire, muni de bas côtés et d'un transept ne faisant pas saillie sur les bas côtés. Les deux pignons principaux simulent des façades d'église percées au rez-de-chaussée d'un grande porte centrale flanquée de deux moindres portes latérales. Une galerie ajourée existe entre le rez-de-chaussée et le pignon proprement dit, qui est orné d'une grande rose rayonnante et a ses rampants de gable décorés de crochets feuillus II. 24

et d'un fleuron terminal largement épanoui. Les pignons du transept off'rent à peu près la même disposition ; seulement ils n'ont qu'une seule porte au lieu de trois. Toutes ces portes, formant dais ou arcatures, abritent, sur les deux grands pignons, d'un côté la sainte Vierge avec l'Enfant, de l'autre le Sauveur bénissant, couronné et assis sur un trône, placés entre des anges occupant les dais des portes secondaires. Sur les pignons du transept on voit d'un côté le Christ en croix, et de l'autre sainte Gertrude. Des dais, disposés au nombre de huit sur chacun des longs côtés de la châsse, renferment les statuettes des apôtres et de quatre saintes femmes; enfin les deux versants du couvercle portent, sans encadrement et travaillés en relief, les principaux faits de la vie de sainte Gertrude. Les statuettes, les feuillages et tous les autres détails de la décoration sont traités avec le plus grand art. Cette châsse, qui mesure l'^'SO de longueur, 0™54 de largeur et O'^ôS de hauteur sans compter le fleuron du pignon principal, est sans contredit le chefd'œuvre de l'orfèvrerie belge à la fin du xiii® siècle. Malheureusement elle est trop peu connue, même en Belgique, et, ce qui plus est, elle a été appréciée peu équitablement par un archéologue français, dont les écrits jouissent cependant d'une grande considération. Nous voulons parler de M.Didron aîné, qui, dans ses Annales archéologic[ues , XIX, p. 12, émet les réflexions suivantes, dont la partialité saute tellement aux yeux que nous pouvons nous dispenser de les réfuter : <^ En Belgique, à Nivelles, dit-il, la châsse métallique de sainte Gertrude, qui date de la fin du xiii" siècle, reproduit une église en pierre avec une affectation que nous trouvons ridicule : portail à trois entrées avec voussures profondes et pleines de figurines; tympans au-dessus des portes ; balustrade à jour à la naissance des voûtes ; rosace à douze compartiments pour des vitraux, comme aux cathédrales de Reims et de Paris; crochets sur les rampants des pignons ; crête dans toute la longueur du toit ; contre-forts et arcs-boutants (?) pour retenir la poussée des voûtes, l'intérieur, trois nefs, deux bras de croix. Il n'y manquai

qu'une abside circulaire, mais le chevet en est droit, comme à la cathédrale de Laon, et, comme à la môme cathédrale, percé d'une grande rose à douze compartiments. C'est puéril, assurément, mais fort curieux, et je ne connais pas de châsse qui donne plus exactement l'impression d'uno grande éo-lise que ce monument de Nivelles : c'est une cathédrale en miniature. »

La plupart des châsses métalliques du xv*" et du xvi^ siècle visent à l'imitation servile et en quelque sorte scrupuleuse des monuments en pierre ; ce sont des reproductions en petit de grandes églises ogivales. Comme celles-ci, elles ont leui's arcs-boutants, leur crêtage, leurs garde-corps découpés en trèfles ou en quatre-feuilles, une nef principale et des bas côtés, etc. ; parfois môme un clocher s'élève au centre du faitage, comme c'était le cas pour la grande châsse de saint Germain, conservée autrefois au trésor de Saint-Germaindes-Prés, à Paris, et reproduite par Viollet-le-Duc dans le Dictionnaire du mobilier français, I, p. 73. L'ornementation de ces châsses, plus exagérée et plus recherchée qu'aux siècles précédents, est loin de présenter l'ampleur et la vigueur d'autrefois.

On trouve quelquefois des châsses en métal des xv® et xvi^ siècles, dont la décoration architecturale est plus sobre que celle dont nous venons de parler. Elles ont, comme les châsses du xiii^ et du xiv^ siècle, l'apparence plutôt d'un coffre que d'un édifice.

La châsse de saint Sébald, à Nuremberg, une des plus belles de la fin de la période ogivale, présente cette particularité qu'elle est placée sous un baldaquin. C'est le chefd'œuvre de l'artiste P. Vischer, qui la termina en l'année 1519. « Elle se compose, dit de Caumont, d'un magnifique dais, porté sur des colonnes, sous lequel reposent les reliques du saint dans une châsse incrustée de plaques d'argent; tout le reste du monument est en bronze. Les statues des douze apôtres, qui garnissent les piédestaux des colon nettes, ont une expression de dignité qui a frappé tous les

artistes : aussi ont-elles été souvent moulées, et les épreuves en plâtre se sont répandues dans toute l'Europe. Douze figures plus petites de saints, et un grand nombre d'autres fiofures d'ornement, sont habilement distribuées au milieu de fleurs et de feuillages. Les miracles de saint Sébald sont, comme toujours, représentés en bas-relief sur les plaques d'argent qui recouvrent le coffre. » Abécédaire, 5® éd., p. 725.

On s'est aussi servi, pendant la période ogivale, de châsses de bois recouvertes de peintures qui retracent des sujets religieux rappelant d'ordinaire les principaux faits de la vie du saint dont les ossements sont renfermés dans la châsse. Une châsse de ce genre, très curieuse et datant de la fin du xiu'' siècle (1292), est conservée à l'église du village de Kerniel, près de Looz. Ou y a représenté quelques scènes de la vie de sainte Odile, une des compagnes de sainte Ursule (i). Didron, dans les Annales archéologiques, V, p. 189, et XIX, p. 18, donne la gravure d'une châsse du xiv^ siècle, sur laquelle les peintures sont remplacées par de belles pentures et des ferrures charmantes.

La châsse en bois la plus remarquable comme objet d'art à cause de ses peintures est, sans aucun doute, celle de sainte Ursule, que l'on voit à l'hôpital Saint-Jean à Bruges. Elle date du xv^ siècle, et constitue un des chefs-d'œuvre du peintre brugeois Hans Memling.

Il y a aussi de rares exemples de châsses de pierre datant de la période ogivale. On peut citer comme une des plus intéressantes celle de saint Etienne d'Obasine, reproduite en gravure par Didron, Annales, XIX, p. 314. Il va sans dire que ces châsses ne sont guère transportables; elles offrent une grande ressemblance avec les sarcophages et les cénotaphes.

Les châsses ne contiennent pas toujours des corps entiers de saints, il y en a aussi qui sont destinées à renfermer

(1) Voyez la reproduction des peintures de la châsse de sainte Odile, à Kerniel, dans Helbig, Histoire de la peinture au pai/s de Liège, pi. I et II, et dans Le Beffroi, 11, p. 32.

des reliques diverses. C'est ainsi, par exemple, qu'on voit, au tn'îsor de Tongres, une petite châsse du xii" siècle, en bois et recouverte de peintures, dans laquelle se trouvent les objets suivants : des ossements de saint Servais, sainte Elisabeth de Hongrie, saint Julien, saint Urbain et des compagnes de sainte Ursule; le chef de sainte Mechtilde; des reliques de saint Pie, saint Grégoire, saint Silvestre, saint François, saint Paul et sainte Sabine ; un fragment de la colonne île la flagellation de Notre-Seigneur et plusieurs autres reliques.

c) Bustes, bras, pieds, statuettes, etc. L'usage de renfermer les reliques insignes des saints dans des bustes ou des reliquaires richement ornés imitant la forme des membres auxquels les reliques appartiennent existait déjà pendant la période romane, comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus, I, p. 423. Cet usage fut conservé durant toute Fig. 2. l'époque ogivale, et l'on en trouve

même encore plusieurs exemples pendant la période de la Renaissance.

Dans le trésor de l'église de Notre-Dame, à Tongres, il existe deux bustes en cuivre doré, l'un du XIV* et l'autre du xv° siècle, renfermant les crânes ou chefs de sainte Pinose et sainte Olive. A la cathédrale de Liège, on conserve jusqu'aujourd'hui le magnifique buste ou chef de saint Lambert, auquel on travailla pendant sept ^i années (de 1506 à 1512) et qui est

1^^ un don du prince-évôque Erard de la j\Iarck.

On trouve aussi, à Tongres, sept

Reliquaire en forme de bras, ,. • c j i -n^„„

au trésor de Tongres. reliquaires cu forme de bras. Deux, (Fin du xHi« siècle). datant de la fin du xiii* et du cora-

nienceraent du xtv* siècle, sont composés de plaques d'argent bordées de bandes en cuivre doré, chargées de pierreries et de filigranes ; celui que reproduit notre fig. 2 renferme un os du bras de saint Laurent ; les cinq autres sont en bois peint et doré. L'église de Saint-Ursmer, à Binche, possède également deux bras en argent et en cuivre doré, contenant des reliques ; ils sont lun et l'autre du xiii^ siècle.

Les trois plus beaux et plus riches reliquaires imitant la forme de membres humains que nous possédions en Belgique sont, sans aucun doute, trois œuvres du frère Hugo, moine d'Oignies, qui font partie du trésor des Sœurs-de- Notre-Dame, à Namur. Deux ont la forme d'un pied, le troisième, dans lequel est renfermée une côte de l'apôtre saint Pierre, est en forme de croissant. Ce dernier, de l'année 1228, est remarquable non-seulement à cause de la finesse du travail et du parfait état de conservation où il se trouve, mais aussi parce qu'il est signé par son auteur. Nous donnons à la page suivante (fig. 3) la gravure de ce précieux objet et le détail d'une partie des arabesques ou rinceaux dont le croissant est orné. Voici comment le P. Arthur Martin, un des auteurs des Mélanges d' archéologie ^ parle de ce reliquaire : « Le monument, dit-il, est en argent doré ou niellé. Cette opposition de couleur et d'effet entre la nielle de l'argent et la ciselure de l'or est un caractère particulier des ouvrages d'Hugo. Ses rinceaux à jour ont aussi un faire qui lui est propre, et je doute que leur beauté ait été, à la même époque, surpassée quelque part. Ce n'est plus le mince filigrane byzantin dont nous avons vu de si beaux spécimens dans la châsse de Notre-Dame (d'Aix-la-Chapelle); ce sont les plus somptueux rinceaux de l'architecture contemporaine transportés dans l'orfèvrerie. L'œil en jouit à distance grâce à la netteté du dessin, et de près il en jouit mieux encore grâce au fini du travail et à l'habileté du modelé. Les cristaux et les pierres précieuses diaprent de leurs couleurs une végétation riante, des groupes pleins d'animation y font circuler la vie ; la lumière ruisselle, et les ombres fortement accentuées permettent à l'œil de ne

Fi?. 3.

Monstrance-reliquaire de 122S, renfermant une côte de l'apôtre saint Pisrre, au trésor des Sœurs-de-Notre-Dame, à Namur.

rien perdre de tout ce qui brille. C'est ainsi que le véritable artiste trouve le secret de concentrer dans le cadre le plus étroit les divers éléments de beauté cpars dans la nature. Sur les huit côtes de la base la sainte Vierge est représentée quatre fois, et les quatre principaux protecteurs d'Oignies l'accompagnent. Ce sont saint Lambert de Liège, saint Servais de Maestriclit, saint Augustin, l'auteur de la règle des

chanoines, et saint Nicolas, le patron de l'église du monastère. Au dessous de ces saints personnages, dans les petits angles formés par les côtes, se voient des chiens arrêtant des lièvres, de même qu'au milieu des rinceaux supérieurs on voit des chasseurs donnant du cor, et des meutes poursuivant des lièvres et des cerfs, m Mélanges d'archéologie, I, p. llSetsv. Un peuplas loin le P. Martin essaye de donner une explication symbolique des chasses au cerf et au lièvre, exécutées sur le croissant, et que l'on trouve aussi sur la couverture d'un évangéliaire du frère Hugo, également conservée au trésor des Sœurs-de-Notre-Dame, à Namur, et dont nous donnons une courte description ci-dessous, pp. 387 et sv. « D'après le sens allégorique reçu dans les écoles, dit-il, les chasseurs représentaient Jésus-Christ enseignant son Évangile, et voilà sur un évangéliaire des scènes de chasseurs. Les chasseurs figuraient aussi les apôtres, et voilà de nouvelles scènes de chasseurs sur une insigne relique du chef des apôtres. Enfin, les chasseurs et les chiens de chasse symbolisaient les prédicateurs, et voilà des chiens chassant les lièvres aux pieds des évêques successeurs des apôtres. Est-ce l'effet du hasard? Et le choix des animaux poursuivis est-il aussi l'effet du hasard? Hasard étrange, qui aurait précisément choisi pour la scène relative à saint Pierre des cerfs et des lièvres, c'est-à-dire les symboles reçus des deux plus grands obstacles qu'ait eu à vaincre la prédication apostolique : l'orgueil philosophique et la corruption des cœurs. r> Mélanges d'archéologie, I, p. 123.

Il y a aussi des reliquaires présentant la forme de statuettes. Ordinairement les reliques sont renfermées dans un petit cylindre de cristal, monté en argent ou en cuivre doré, clos aux deux extrémités et placé à côté de la statuette ou porté en main par elle. Quelquefois, rarement cependant, elles sont enchâssées, dans un médaillon ou une petite croix, sur la poitrine ou sur une autre partie de la statuette. On trouve des statuettes-reliquaires très remarquables en argent en partie doré : 1° douze, de la première moitié du xv® siè-

cle, au trésor de l'église de Notre-Dame, à Tongres; elles représentent le Sauveur, la sainte Vierge avec l'Enfant, sainte Anne, saint Jean Baptiste, saint Pierre, saint Paul, saint André, saint Jean l'Évangéliste, saint Sébastien, sainte Catherine, sainte Hélène et saint Christophe, et mesurent, presque toutes, de 0'"35 à 0"^40 de hauteur; 2° huit, de la dernière moitié du xv* siècle, à l'église de Saint-Pierre, à Louvain, représentant la sainte Vierge avec l'Enfant, sainte Anne, 'saint Pierre, saint Paul, sainte Marie Madeleine, saint Etienne, saint Laurent et sainte Catherine; leur hauteur varie entre 0"'72 et 0'"35. 11 existe aussi une très belle statuette-reliquaire de saint Aubain, datant de l'époque ogivale, dans le trésor de la cathédrale de Namur.

d) Beîiquaires divers. Parmi les formes variées et nombreuses que présentent les reliquaires nous en choisirons, pour les faire connaître, quelques-unes qui se rencontrent le plus souvent.

Un très grand nombre affectent des formes architecturales et imitent plus ou moins les différentes parties des édifices ogivaux. Dans cette catégorie, on doit ranger d'abord les reliquaires en forme d'ëdicules ajourés à deux ou un plus grand nombre de travées, tels qu'on en voit deux du xiv® siècle au trésor d'Aix-la-Chapelle. Ceux-ci sont en argent doré et se composent de pinacles, d'arcsboutants et de dais abritant des statuettes, fixés sur un soubassement peu élevé; on en trouve des gravures dans Bock, KarVs des grossen Pfahkapelle, II Theil, pp. 27 et 34.

Une autre forme architecturale assez commune est celle de la monstrance à cijlindre. Les reliques, enveloppées de soie ou d'autres étoffes précieuses, sont renfermées dans un cylindre de cristal, posé sur un pied métallique semblable aux pieds des calices et des ostensoirs. Lorsque le cylindre se trouve dans un position verticale, la forme de la monstrance se confond souvent avec celle des ostensoirs eucharistiques; lorsque, au contraire, il est placé horizontalement, il est enchâssé dans un travail d'orfèvrerie simulant un édi-

ri£

cule surmonté d'un crêtage, et, assez souvent aussi au xiv®

et au XV® siècle, d'une tourelle avec des contre-forts, des pinacles et des arcs-boutants.

Voici (figg. 4 et 5) deux exemples de reliquaires de ce genre : le premier (fig. 4), de la première moitié du xiv*" siècle, est en argent doré et fait partie du trésor de l'église de Saint-Jacques, à Louvain; l'autre (fig. 5), du XV® siècle, appartient à l'église de Sainte-Gertrude de la même ville; il est également en argent doré, et l'on y voit, dans le pinacle ajouré, la statuette de sainte Gertrude et, sur les deux pignons, celles de la sainte Vierge et de sainte Catherine. Un reliquaire du xv^ siècle, presque de la même forme, mais plus orné et de dimensions un peu plus grandes, se trouve à l'église de

Keliqaaire du xive siècle, reufermaut des reliques g^j^-jf-.Jj^Qques, à LoUde Notre-Dame^et de sainte Marguerite, ^^.^^^ j^ ^^^^ comme Ics à l'église de Saiul-3acques, à Louvain. . ^i ^

Hauteur: 0-26. ^^ux precedcnts , en

Diamètre du pied : 0-113 sur 0»96. argCUt doré, Ct pOrte

Fiî

Reliquaire du xvc siuj'.e, rcafcnr.aui des reliques

de sainte Gertrude, à l'église de Sainte -Gertrude,

à Louvain.

Hauteur ; O'iSl; diamclro da pied : û"213 surO"13.

en relief, sur chaque lobe de son pied hexagone , une coquille, attribut iconographique de l'apôtre saint Jacques le Majeur , dont il renferme les reliques. Le nœud, ciselé à jour, est muni de six boutons sur lesquels sont inscrites les lettres s yacop , c'est - à - dire sint Jacojj, saint Jacques, Dans la tourelle ajourée, qui s'élève au-dessus du cylindre de cristal, est placée la statuette de saint Jacques, et, sur chacun des deux pignons latéraux,une Vierge portant l'Enfant Jésus. Au trésor de Sainte - Gertrude, à Kivelles, il existe un reliquaire qui offi'e une grande ressemblance avec les trois que nous venons de faire connaître ; on y remarque toutefois les différences sui-

vantes : d'abord les reliques sont renfermées, non dans un cylindre de verre, mais dans un globe transparent; ensuite, la tourelle centrale est remplacée par un gable peu élevé, décoré de crochets et terminé par un fleuron formant la base d'une statuette de la sainte Vierge avec l'Enfant; enfin le pied est à huit lobes, ce qui semblerait indiquer que le reliquaire ne remonte pas au-delà du milieu du xv® siècle. On rencontre aussi beaucoup de reliquaires, surtout du XIII* siècle, présentant àes /ormes imsculaires. Ils consistent ordinairement dans des vases cylindriques de cristal ou de

toute autre matière transparente, enchâssés dans un travail d'orfèvrerie et fermés à leur sommet par un couvercle conique. Souvent ces vases sont montés sur un pied semblable à celui des calices et des ostensoirs. Voici (fig. 6) un beau spécimen de cette classe de reliquaires pédicules, conservé dans l'église de Saint- Remi, à Ittre (Brabant), et provenant de l'ancienne abbaye d'Aywières.Il est en argent doré, et richement orné de filigranes entremêlés de pierreries. La face intérieure du couvercle porte un Agneau divin au repoussé. A la classe des reliquaires en forme de vase peuvent se rapporter :

V la monstrance renfermant des reliques de sainte Ursule, saint Denis, etc., possédée par les dames Ursulines d'Arras et reproduite en chromolithographie Reiiquaue du Miie siècle, par le Befffoi III, p. 8; 2° le à l'église de Saint-Remi, à Ittre. superbe reliquaire de saint Vin- Hauteur: 0°282. , , 1 • i. WJ J^,, A

Diamètre du pied: 0-115. ccut ct dc saïute Wauclru, a

Mons, qui, par son pied circulaire, sa tige cylindrique, et son disque à huit lobes rabattus, appartient au xiu" siècle.

Dans un grand nombre de reliquaires, tant à formes architecturales que vasculaires, le cylindre de cristal qui renferme les reliques, au lieu d'être porté par un pied, Test par des statuettes, le plus souvent au nombre de deux ou de quatre, représentant des anges, des saints, des évoques, des rois ou des religieux. Les trésors de Notre-Dame, à Tongres, et de Sainte-Waudru, à Mons, possèdent de beaux reliquaires de ce genre, portés par deux anges revêtus de chapes. Le cylindre de cristal se trouve placé horizontalement dans le reliquaire de Mons et verticalement dans celui de Tongres. Viollet-le-Duc {^Mobilier, I, p. 226) et Didron {Annales, XIX, p. 19) reproduisent un reliquaire en forme de cylindre de cristal porté par quatre abbés.

Nous ne pouvons passer sous silence une autre forme de reliquaire qui paraît avoir été commune au xii"" et au xiii^ siècle. Ces reliquaires consistent dans de petites pièces ou âmes de bois, recouvertes de plaques d'argent et de cuivre doré et émaillé, sur lesquelles sont représentées, en émail ou au repoussé, des figures de saints e!; des scènes historiques et légendaires, encadrées dans une bordure de filigranes rehaussée par des cabochons. Leur revers, formé également d'une plaque de métal, est ordinairement décoré de ciselures, de gravures ou de peintures. Toujours de petite dimension (ayant un diamètre de deux ou trois décimètres au plus), ils ont la forme ronde, elliptique ou, plus souvent encore, celle de quatre-feuilles. Quelques archéologues leur donnent le nom spécial de phylactères, bien que, conformément à l'étymologie, ce nom, dérivé du grec Q^-jly—ia, (garder, désigne toute espèce de custode ou réceptacle, et devrait, par conséquent, s'appliquer indistinctement à tous les reliquaires. Nous donnons à la page suivante (fig. 7) un phylactère du xiii^ siècle, en forme de quatrefeuiUes, attribué au frère Hugo d'Oignies et conservé au trésor des Sœurs-de-Notre-Dame, à Namur. Il est en cuivre

Keliquaire-phjlactère en forme de quatre-feuilles,

au trésor des Sœurs-de-Notre-Dame, à Namur.

(Commencement du xiiie siècle).

Diamètre : 0"235.

doré et orné de filigranes finement travaillés et de cabochons abritant diverses reliques. Au centre, on voit une porte carrée en argent, décorée d'une superbe nielle représentant l'apôtre saint André ; autour de cette porte on lit l'inscription suivante : f In hoc vasculo continentur reliquie beati Andrée apostoU. Le revers est recouvert d'une plaque de cuivre rouge, dorée, sur laquelle se trouve gravé le Sauveur assis et bénissant, entouré des symboles des quatre évangélistes.

Quelquefois les phylactères sont, comme les reliquaires à cylindre de cristal, montés sur un pied métallique ou portés par des figures d'anges ou de saints.

6. Armoires à PCliqucs. Les reliquaires, les vases sacrés, les évangéliaires et autres objets précieux se conservaient régulièrement dans des armoires placées dans le chœur ou dans la trésorerie de l'église. Quelquefois ces armoires consistaient en de simples niches pratiquées dans l'épaisseur d'un mur, d'autres fois elles formaient des constructions en pierre adossées à une paroi ; le plus souvent cependant c'étaient des meubles en bois dIus ou moins richement

décorés.

Au xiii^ siècle, et même encore souvent au xiv®, ces meubles, d'une forme toujours simple et en harmonie avec leur destination, étaient principalement ornés de ferrures travaillées avec soin et de peintures exécutées sur les vantaux, rarement de sculptures. Leurs vantaux, sans encadrement, se composaient d'une série de planches simplement jointives, doublées, du côté intérieur, par des ais posés en travers, et, du côté extérieur, par de riches pentures. La gravure que nous avons donnée ci-dessus, p. 53, reproduit un beau spécimen de vantail d'armoire à reliques du xiv*" siècle, dont toute la décoration est obtenue au moyeu des pentures.

Une des plus anciennes armoires d'église connues est celle d'Obasine, en France. «Elle se compose, dit Viollet-le- Duc, de pièces de bois de chêne d'un fort échantillon. Les deux vantaux, terminés en cintres à leur extrémité supérieure, sont retenus chacun par deux pentures en fer forgé. Deux verroux ou vertevelles les maintiennent fermés. On ne remarque sur la face de cette armoire, comme décoration, qu'un rang de dents de scie sur la corniche et de très petits cercles avec un point au centre, gravés régulièrement sous cette corniche et autour des cintres des vantaux. Les angles sont adoucis au moyen de petites colonnettes engagées. Ce meuble, qui paraît dater des premières années du xiii" siècle, était probablement peint, car on remarque encore quelques parcelles de tons rouges entre les dents de scie de la corniche. Les deux côtés de l'armoire d'Obasine sont beaucoup plus riches que la face ; ils sont décorés d'un double rang d'arcatures portées par de fines colonnettes annelées. '»

Dictionnaire du mobilier, I, p. 4, où l'on trouve des gravures de cette curieuse armoire.

Deux autres armoires à reliques, également du xiii* siècle, mais plus importantes et plus riches que celle d'Obasine, sont conservées dans les cathédrales de Bayeux et de Noyon. Les faces extérieures de leurs vantaux sont entièrement couvertes de peintures à sujets, représentant, à Bayeux des translations de reliques, et à Noyon de saints personnages. A Noyon, on a aussi peint, sur les faces intérieures, des figures d'anges jouant des instruments de musique ou tenant des encensoirs et des chandeliers. Toute l'ornementation de ces meubles consiste en peintures et en ferrures. On trouve des gravures de ces armoires dans Viollet-le-Duc, ouvrage cité, I, pp. 7 et 10, et dans Didron, Annales archéologiques, IV, p. 369.

Dès la fin du xiii^ siècle et pendant la première partie du xiv% la peinture et la sculpture furent, dans certains cas, employées simultanément pour la décoration des armoires à reliques; quelquefois même, les parties sculptées reçurent des dorures, des gaufrures ou des ornements coloriés. Dans la suite, la sculpture gagna peu à peu du terrain et finit, vers la fin du xiv^ siècle, par détrôner complètement la polychromie. Les vantaux des armoires ne présentent plus, à partir de cette époque, des surfaces entièrement unies et recouvertes de peintures ; ils se composent alors de panneaux encadrés ou embrevés entre des montants et des traverses (voyez ci-dessus, p. 344, fig. 6, la gravure d'un panneau embrevé et décoré de cette manière), et sont décorés de la même manière que les parties pleines des clôtures en bois dont nous avons parlé ci-dessus pp. 341-344. Les uns portent en relief des moulures dont les dessins imitent le tracé des meneaux dans les tympans des fenêtres, (voyez ci-dessus, pp. 342 et et 343, figg. 4 et 5), les autres sont couverts de rinceaux ou de l'ornement sculpté appelé feuille de parchemin, dont nous avons donné un exemple p. 344, fig. 6. Un crêtage finement découpé à jour et dans lequel les montants viennent s'amortir en fleuron couronne souvent le meuble dans toute sa largeur.

Les ferrures continuèrent, au xiv* et au xv" siècle, à contribuer pour une bonne part, moins large cependant que précédemment, dans la décoration extérieure des armoires à reliques. Les pentures de cette époque, composées régulièrement d'une simple bande de tôle embrassant toute la largeur du vantail, sont découpées à jour de manière à figurer des rinceaux, parfois même des inscriptions; les entrées de serrure se distinguent aussi par la richesse de leur travail. Les pentures, les entrées de serrure et en général toutes les ferrures, n'étaient pas alors entaillées dans le bois comme elles le sont aujourd'hui; elles se fixaient sur les vantaux, non au moyen de vis, mais avec des clous ; et l'on interposait, entre elles et le bois du vantail, des morceaux de cuir ou de drap rouge, visibles à travers les ajours de la serrurerie et débordant souvent la ferrure par une petite fraise.

7. Vases aui saintes huiles. Le jeudi saint de chaque année, l'évêque bénit solennellement, pendant l'office qu'il

célèbre dans sa cathé- '^' ■ drale, trois espèces

d'huile, destinées principalement à l'administration des sacrements du baptême , de la confirmation, de l'extrême onction et de l'ordre, et employées aussi dans certaines bénédictions, par exemple des fonts baptismaux, des vases sacrés et des cloches. Ces huiles, qui portent les noms de saint chrême, huile des catéchumènes et huile Vase aux saintes liuiles à l'église de Saint-Micliel.Jgg nialades SOnt enà Louvain (xve siècle). -, j- i -u -

^ ' suite distribuées aux

Hautcui : 0*276; pied : 0"1»4 lur 0*138.

églises du diocèse.

On distingue deux espèces de vases aux saintes huiles. Les uns, destinés à renfermer à la fois les trois espèces, sont triples, c'est-à-dire ont trois réceptacles ou compartiments. Ils se composent, le plus souvent, de trois cylindres creux, munis d'un couvercle conique, semblables au petit vase que reproduit ci-dessous notre figure 3, et disposés autour d'un noyau ou tige centrale. Pour distinguer les différentes huiles, on marque chaque vase d'une lettre différente : I désigne l'huile des malades, oleum Injirmorum; C le saint chrême, Chrisma; et S l'huile des catéchumènes, oleum Sacrum. Ensuite, comme chacune de ces huiles ne sert pas toujours dans les mêmes cérémonies, et comme on doit souvent porter au loin l'huile des malades, chaque petit vase peut ordi-

Fig. 2. fig. 3.

Vase aux saintes huiles on chrismatoire,à l'église du béguinage à Louvain. (xve siècle).

Hauteur : 0*25 ; diamètre du pied : O'il.

Vase aux saintes huiles ou chrismatoire.chez les Sœurs-Noires à Louvain. (xve-xvie siècle).

Hauteur : 0*17 ; diamètre du pied ; 0*06.

nairement se détacher du noyau central. Ces chrismatoircs triples sont rarement munis d'un pied.

Nous donnons (fig. 1) la gravure d'un beau vase aux saintes huiles qui se trouve à l'église de Saint-Michel, à Louvain ; il est en argent doré partiellement, et date du XV* siècle. Les vases cylindriques y sont remplacés par des gourdes posées sous un riche baldaquin surmonté d'une statuette de saint Michel.

Il y â aussi des vases ou chismatoires simples, ne renfermant qu'une seule espèce d'huile. On s'en sert principalement pour l'huile des malades. Ils ont presque toujours la forme cylindrique, et se ferment au moyen d'un couvercle conique. Les uns sont pédicules (fig. 2), les autres dépourvus de pied (fig. 3). Nos figg. 2 et 3 reproduisent deux petits chrismatoires de ce genre que l'on trouve, l'un au béguinage et l'autre chez les Sœurs-Noires, à Louvain.

8. Couvertures d'évangéliaiPC. Jusqu'au ix* siècle, on s'est servi presque exclusivement de couvertures en ivoire pour recouvrir les évangéliaires ; du ix* au xii*, l'ivoire est mêlé au métal et aux pierres précieuses. Pendant la période ogivale, on abandonne généralement l'usage de l'ivoire, et le métal seul, enrichi, surtout au xiii* siècle, d'émaux et de pierreries, est employé pour revêtir les textes, car c'est là le nom que l'on donne, dans les inventaires du moyen âge, aux copies de la sainte Bible, aux évangéliaires et aux livres liturgiques. Depuis le xv® siècle jusqu'à nos jours, les livres liturgiques, sauf de rares exceptions, sont couverts d'étoffes, de cuir et, quelquefois aussi, de bois sculpté ou de plaques d'argent travaillées au repoussé.

Une des plus riches et plus remarquables couvertures du xin* siècle est celle de l'évangéliaire de l'ancienne abbaye d'Oignies, actuellement conservée dans le tre'sor des Sœurs-de Notre-Dame, à Namur; elle est l'œuvre du frère Hugo, comme le prouve l'inscription niellée dont elle est ornée : f liber : scriptvs : intvs : et : foris : iivgo : scrip-

SIT : INTVS : QVESTV : FORIS : MANV : 7 ORATE : PRO : EO: ORE :

CANVNT : ALII : CRISTVM : CANIT : ARTE : PABRILI : HTGO : SVI :

QVESTv : scRiPTA : LABORis : ARANS : — «Les deiix couverclcs de cette reliure, dit l'auteur du Catalogue de V exposition de Matines en 1864 (p, 127), sont en bois recouvert de plaques d'argent en partie doré, P Le milieu de la première face est orné d'une plaque dorée repoussée, représentant le Christ en croix entre la sainte Vierge et saint Jean ; le soleil et la lune, au dessus de la traverse, sont figurés par un carboncle en cabochon et une perle ; au pied de la croix se trouve une améthyste. Le chanfrein qui unit cette plaque à la bordure extérieure est recouvert de rinceaux au repoussé en argent l)lanc, dont le dessin est d'une netteté et d'une assurance de main qui ne saurait trop être remarquée. La bordure extérieure est ornée d'un travail délicat de ciselure, représentant des chasses mystiques qui ont lieu au milieu d'une végétation merveilleuse, où l'on voit des cerfs, des lièvres, des chiens, ainsi que des chasseurs sonnant du cor ou tenant des chiens en laisse (i). Cà et là sont placées des pierreries, des intailles antiques représentant une tête de Méduse, un jeune Bacchus et un génie ; un camée en nacre de perle est d'un travail byzantin. 2° Sur le côté qui termine le livre (celui que souvent on ornait le plus, parce que le livre placé sur l'autel offrait d'ordinaire ce côté à la vue), on voit une plaque dorée repoussée représentant le Christ en gloire, assis sur un trône, bénissant à la manière latine, et tenant de la main gauche le globe terrestre, avec les lettres a et w. Aux coins de la plaque se trouvent les animaux évangélistiques; le fond est décoré de quatre petites plaques circulaires en émail cloisonné, qui très probablement viennent de Grenade ou des Maures d'Espagne. Le chanfrein qui unit cette plaque à la bordure extérieure est revêtu de rinceauji semblables à ceux de l'autre côté. La bordure extérieure est ornée de six plaques ciselées qui alternent avec des nielles. Dans l'une des nielles, l'auteur bien connu de ce travail, le frère Hugo, est représenté à genoux, offrant ce même livre à Jésus-Christ

(1) Cette bordure est du même travail que l'ornementation qii recouvre le reliquaire de la côte de Saint- Pierre, dont nous avons donné la gravure ci-dessus, p. 375, fig. 3.

et à saint Nicolas, patron de l'abbaye d'Oignies, qui est représenté assis et bénissant son client dans la nielle du côté opposé. Les autres pla([ues portent des tigures d'anges et des animaux avec feuillage d'un dessin énergique. Une des plaques ciselées représente une chasse au lièvre, les autres des rinceaux entremêlés de pierreries, parmi lesquelles une intaille antique, en cornaline, de la Victoire. »

Une autre couverture de livre également remarquable,

Couverture d'évangéliaire, au trésor de Xolrc-Damc, à Tongrca i,xi\e siècle).

bien que d'un travail plus grossier, est celle de l'évangéliaire de l'église de Notre-Dame, à Tongres; elle date de la fin du xiv" ou du commencement du xv^ siècle. Un des plats de la couverture est formé par du bois recouvert de velours rouge ])rotégé par des lames d'argent et des clous en forme d'étoile à six rayons. L'autre plat, dont nous donnons la gravure (fig. 1), est recouvert de plaques en argent, travaillées au repoussé et en partie dorées. Le sujet principal représente la sainte Vierge placée entre saint Pierre et saint Paul et j)ortant, sur le bras gauche, l'Jînfant Jésus bénissant. Un arc trilobé couronne ce sujet et des rosaces à six pétales décorent le champ sur lequel se détachent les figures. Les bords, qui forment l'encadrement, sont ornés de gracieux rinceaux; l'on y voit de chaque côté, sous des dais, d'abord le Sauveur à mi-corps et bénissant, puis le baptême de Notre-Seigneur, enfin les deux saints Jean, le Précurseur et rÉvangéliste. Les quatre angles sont ornés des emblèmes nimbés des évangélistes. Quatre cabochons, à forte saillie sur toute l'ornementation, protègent cette belle couverture.

9. Croix d'aulel cl de procession. Nous avons dit cidessus, I, p. 431, que jusqu'à la fin du xv® siècle il n'y a pas eu de distinction entre la croix d'autel et la croix processionnelle ou stationale. Une seule et même croix servait à deux usages : on la plaçait sur l'autel en la fixant dans un pied, et on la portait dans les processions au bout d'une longue hampe.

Les riches croix-reliquaires à double traverse, dont nous avons parlé ci-dessus, p. 364, ont probablement été employées quelquefois comme croix d'autel et de procession. Il y a aussi un certain nombre de croix d'autel dans lesquelles sont enchâssées des reliques autres que celles de la vraie Croix; mais ces croix n'ont qu'une seule traverse. Les reliques, soigneusement enveloppées, sont protégées par de gros cabochons ou renfermées dans de petites boites fixées sur la face principale de la croix. La plupart de ces croix sont en bois recouvert de plaques métalliques. Au

xiir' siècle, leur face principale est ornée d'émaux, de pierreries non taillées, de filigranes, de rinceaux et de ciselures. L'iuiage du divin Crucifié y paraît rarement, surtout sur les plus anciennes; on y trouve plutôt des figures symboliques, telles que l'Agneau divin, les personnifications de l'Église et de la Synagogue, ou bien aussi le Sauveur res-

Face princip;

ipale de la croix processionaelle de Beveren, près Roulera, (xmc siècle).

suscité et glorieux au milieu des symboles des évangélistes. Leur revers est ordinairement couvert de figures et d'ornements peints ou gravés.

Les croix processionnelles sans reliques, qui étaient assez communes, présentent généralement les mêmes formes que celles avec reliques, seulement elles portent presque toujours l'image du Sauveur.

Nous donnons (figg. 1 et 2) la face principale et le revers d'une croix d'autel et de procession, qui date probablement du xiii® siècle. Cette croix remarquable appartient à l'église de Beveren, près de Roulers.

Fig. 2,

Revers de la croix processionnelle de Btveren, près Roulers (xiiie siècle).

Au XIV*' et au xv* siècle, on décora souvent d'ornements à formes architecturales, et même de statuettes placées sous des dais, la douille servant à fixer la croix sur une hampe ou sur un pied. Voici (fig. 3) une croix processionnelle du xv^ siècle que l'on voit au trésor de Notre-Dame, à Tongres. Elle est formée de plaques d'argent, en partie dorées. Le nimbe du Christ est en émail translucide. Autour de la douille à formes architecturales, on voit, sous des dais, six statuettes en argent, représentant la sainte Vierge, saint Pierre, saint Materne, saint Servais, saint Lambert et saint Remacle.La hampe, en bois recouvert de lames d'argent partie dorées et décorées de feuillages sur fond niellé, porte quatre nœuds sphériques munis chacun de six boutons ornés alternativement des bustes de la sainte Vierge et de saint Materne, travaillés

Croix processionnelle du xve siècle, au trésor au repouSSé. de Notre-Dame, à Tongres.

Deux tiges ou branches se détachent quelquefois du pied

de la croix et servent de supports aux statuettes de la sainte Vierge et de l'apôtre saint Jean.

11 n'est pas rare de rencontrer aussi des croix processionnelles, avec ou sans reliques, formées de plusieurs morceaux de cristal réunis entre eux et montés en argent ou en cuivre doré. Telle est celle du trésor de Saint-Servais à Maestricht que reproduit notre fig. 4.

Les riches pieds dans lesquels on

fixait la croix pour la placer sur

l'autel et que nous avons fait con-

^ . , naître ci-dessus I, p. 433, restèrent

Croix processionnelle en cristal , . , ,

de roche, au trésor de Saint- ^n usage pendant le XIII' siècle. Servais, à Maastricht. Après cette époque, ils ne sont plus aussi ornés ni aussi remarquables par leur symbolisme.

10. Chandeliers. Il y avait, pendant la période ogivale, trois espèces de chandeliers : les chandeliers d'autel, les chandeliers d'élévation et les chandeliers pascals, auxquels on peut ajouter les chandeliers placés aux côtés des catafalques, les branches à cierge et les girandoles.

a) Chandeliers d'autel. L'usage de placer deux chandeliers sur l'autel fut introduit, en certains endroits, vers la fin de la période romane, et devint général au xiii* siècle. Aussi Durand de Mende, qui écrivait à cette époque, en parle-t-il comme d'une chose qui, de son temps, se pratiquait partout. « Aux coins de l'autel, dit-il, se trouvent deux chandeliers pour signifier la joie des deux peuples qui se réjouirent à cause de la naissance du Christ. Ces chandeliers, au milieu desquels se voit la croix, portent des cierges allumés. » Bational, liv. I, ch. III, n° 27.

Les chandeliers d'autel du xiii® siècle offrent une grande ressemblance avec ceux de la période romane. Comme ceuxci, ils sont en métal et se composent régulièrement d'un

Fig. 2.

Chandeliers d'autel, du xiiie siècle, au cabiuet de M. Barraud à Beauvais (France). A Kloster lu Au, en Bavière.

Fig. 3.

Chandelier d'autel, du xiiie siècle, à l'Isle-Adam.

Haatear : 14 centimètre!.

pied reposant sur trois pattes ou griffes, d'un nœud et d'un bassinet muni d'une pointe. Ils sont cependant moins ornés. C'est ainsi, par exemple, qu'on n'y voit plus qu'exceptionnellement les animaux fantastiques en forme de lézard ou de dragon ailé qui supportent le bassinet de presque tous les chandeliers romans; voyez ci-dessus, ï, p. 428.

Une forme qui semble avoir été très commune au xiii* siècle est celle des deux chandeliers que reproduisent nos figures 1 et 2. Le premier (fig. 1) appartient à M. Barraud, amateur d'antiquités à Beauvais; l'autre (fig. 2) fait partie du trésor d'une abbaye en Bavière. Ils sont tous les deux en

Pis:. 4.

cuivre émaillé et doré. Deux chandeliers à peu près semblables existent au Musée royal d'antiquités (porte de Hal), à Bruxelles. On rencontre aussi quelquefois des chandeliers d'une forme beaucoup plus simple ; tel est celui que reproduit notre fig. 3 , et qui provient de l'Isle-Adam (France) ; il en est même qui se composent d'une simple pointe fixée sur un pied.

Au xiif siècle, les chandeliers sont, comme précédemment, peu élevés. Leur hauteur varie le plus souvent entre 15 et 25 centimètres. Quelquefois cependant, mais très rarement, on en trouve, surtout vers la fin du xiii^ siècle, qui ont leur tige munie de deux ou trois nœuds et atteignent 50 centimètres environ.

L'usage de ne placer sur l'autel que deux chandeliers peu élevés persista jusqu'au xvii" siècle. « Ces chandeliers, comme le remarque avec justesse Didron, très humbles de dimensions , n'étaient pas comme ceux d'à présent, des machines gigantesques , moins propres, tant est mince le filet de lumière qui sort de leur souche, à éclairer les assistants qu'à effrayer les officiants dont elles menacent continuellement la tête. « Ann. archéoL, XIII, p. 10.

Aux XI v^ et XV* siècles, les nœuds de la tige sont remplacés par des bagues, le plus souvent au nombre de deux ou de trois ; il y a

Chandelier d'autel, du xive siècle, à l'église cependant des exemples , de Notre-Dame, à Aix-la-Chapelle.

Hauteur : 0'228.

principalement pour le xiv'

siècle, où la tige n'est encore munie que d'une seule bague. Nous donnons (figg. 4, 5 et 6) trois chandeliers de cette époque : le premier est du xiy" et les deux autres du xv« siècle :

Fig. 5

CLandeliers d'autel, du xve siècle, à l'église de Saint-Amand, à l'église de Saiut-Gengulfc,

àJupille. à Saiiit-Trond.

Hauteur : 0"22. Hauteur ; 0*46.

Le chandelier dWix-la-Chapelle (fig. 4) est en argent doré; ceux de Jupille (fig. 5) et de Saint-Trond sont en laiton. On conserve, à l'église de Léau, un nombre considérable de chandeliers, grands et petits, semblables à celui de Saint-Trond. Il en existe aussi à l'hôpital Saint-Jean, à Bruges, et à l'église de Saint- Jacques, à Louvain.

yi la fin du XV* et au commencement du xvi* siècle, les chandeliers ont souvent leurs noeuds, leur pied et leur bassinet bosselés ou godronnés, et leur tige contournée en spi-

iâmm'M

raie. La gravure ci-contre (fig. 7), qui représente un chandelier d'acolyte conservé à l'église de Sainte-Anne, à Bruges, fera facilement comprendre les changements introduits dans la forme des chandeliers vers le déclin de la période ogivale. Ce chandelier date de 1500 environ.

b) Chandeliers d'élévation. Ce nom a été donné à des chandeliers destinés à porter des cierges qu'on allumait immédiatement avant Yélévation de la sainte Hostie et qu'on n'éteignait qu'après la communion du prêtre. Ces chandeliers, régulièrement au nombre de deux et placés aux côtés de l'autel, étaient beaucoup plus élevés que les chandeliers d'autel ; ils mesuraient le plus souvent d'un à deux Chandelier d'acolyte.à l'église mètres de hauteur. Il existe, au tréde„Sainte-Anne à Bruges ^^^ ^^ Notre-Dame, à Tongres, quatre

Commencement du xvie siècle. i i t • • .

Hauteur ; 0-39. ^c CCS chaudehers , qui paraissent

dater du xv* siècle.

c) Chandeliers pascals. « Le chandelier pascal, dit l'auteur du Catalogue de l'exposition de Matines en 1864 (p. 45), était anciennement un grand chandelier que l'on plaçait au côté nord du choeur depuis le samedi saint jusqu'à l'Ascension. Les chandeliers de cette nature sont assez rares aujourd'hui. En Angleterre, ils sont devenus la proie des protestants et il n'en existe plus un seul. En France, ceux qui avaient échappé aux modernisateurs du xviii^ siècle ont été détruits à la révolution. On en rencontre encore en Allemagne, mais c'est peut-être la Belgique qui en a conservé le plus grand nombre, et certes celui de Léau est le plo» beau qui existe en Europe.

« La coutume de brûler le cierge pascal remonte à une très haute antiquité et symbolise admirablement la résur-

rectioii de Notre-Seigneur. Le cierge pascal est comparé dans l'office du samedi saint à la colonne de feu qui, pendant les ténèbres de la nuit, guidait le peuple d'Israël dans sa marche. De môme que la colonne précéda les Israélites jusque dans la terre promise, le cierge pascal précède les néophytes jusqu'aux fonts baptismaux. Il avait autrefois des dimensions correspondant an symbolisme qu'on y rattache. Ainsi à Reiras il pesait 30 livres, à Chartres 72 livres; à Rouen il était de 40 livres et avait 25 pieds de hauteur. Merati dit qu'il est convenable que le poids du cierge ne soit pas inférieur à 8 ou 10 livres. A l'église de Saint-Jeande-Latran, à Rome, le diacre montait sur une chaire roulante pour l'allumer; ce mode semble avoir été assez général. A Coutances, on allumait le cierge pascal du haut du triforium, et, à Durhara, par un trou ouvert dans la voûte du chœur. La lumière d'un tel cierge était parfaitement visible par toute l'église en plein jour.

« La croix qu'on y trace actuellement rappelle l'ancienne coutume d'inscrire, sur le cierge même, la table pascale, laquelle commençait par une croix. Plus tard on inscrivait cette table sur un feuillet de vélin que l'on attachait au cierge à hauteur d'homme. Elle indiquait l'année depuis la création, depuis l'Incarnation, depuis la fondation de l'église où le cierge était placé, du pontife et du souverain régnant, l'épacte, le nombre d'or, la lettre dominicale, ainsi que toutes les fêtes mobiles à partir de Pâques. Cette table était autrefois lue à haute voix par le diacre après qu'il avait chanté le inaeconium pascliale, dont elle formait apparemment une partie; puis elle était exposée à la vue des fidèles pendant tout le temps que le candélabre se trouvait aux côtés de l'autel.

« Le cierge pascal, avant d'être allumé, symbolise le Christ au tombeau ; après, le Christ ressuscité ; le lumignon, son âme ; la cire produite par des abeilles vierges, son corps formé dans le sein immaculé de Marie ; la lumière, sa divinité. Allumé avec le feu nouveau, il nous figure la doctrine et la grâce que le Christ est venu apporter à la terre. Les

Fig. 8.

grains d'encens qu*on attache au centre ainsi qu'aux extrémités de la croix symbolisent les cinq plaies de Notre-Seigneur ressuscité. »

On attachait ordinairement à la tige du chandelier pascal un lectrin ou pupitre à jour sur lequel se plaçait le livre pour le chant de XBxultet (fig. 8). Souvent aussi on y fixait trois ou six branches destinées à recevoir de petits cierges. En Belgique , la plupart des chandeliers pascals sont en laiton; en France, on en trouve aussi en fer battu.

Au XIII* siècle ^ l'ornementation des chandeliers pascals est généralement très simple et empruntée au règne végétal. L'abbaye de Parc, près Louvain, possède un beau chandelier pascal du xiii^ siècle. Il est en laiton, et ses nœuds sont ornés d'émaux. A la cathédrale de Noyon on voit deux superbes chandeliers pascals en fer forgé et étampé; ils ont été reproduits par Gailhabaud, L'architecture et les arts qui en dépendent,

Au xiv^ siècle, les candélabres pour le cierge pascal sont ornés très sobrement.

Voici (fig. 8) un chandelier

Chandelier pascal du xive siècle, à l'église de Notre-Dame, à Tongres.

pascal de l'église de Notre-Dame, à Tongres, datant de l'année 1372, comme le prouve l'inscription qu'on lit autour du pied : f jehans. joses. de. dînant, me. fiste. l'an. DE. GRAS. M. CGC. Lx. ET. XII. Il mcsurc 2"'595 de hauteur sans la pointe, et était orné autrefois d'un pupitre, et de six branches à cierge, qu'on a enlevées pour les attacher aux colonnettes du choeur. Ces branches sont de deux formes : trois plus simples (fig. 9) et trois plus compliquées (fig. 10).

Fig. 9

Branches à cierge du chandelier pascal do l'église de Notre-Dame, à Tongres.

Il est possible qu'elles soient d'une date plus récente que II. 26

le chandelier, car la présence de \?i, jlamme dans l'omementation de la dernière forme semble indiquer qu'elles ne sont pas antérieures au xv® siècle. Tous les bassinets de ces branches sont crénelés.

Les chandeliers pascals du xv® siècle se distinguent de ceux des siècles précédents par une ornementation plus riche. Nous donnons \^fig. 1 1) le chandelier pascal de l'église

Fi-. 11.

Chandelier pascal du milieu du xvo siècle, à l'église de Saint-Vaast, à Gaurai».

de Saint-Vaast à Gaurain, près de Tournai. Il est à trois branches, et muni d'un pupitre ajouré pour le chant de V FsjuileLCette belle dinanderie date probablement du milieu du XV* siècle.

Le plus beau chandelier pascal du x\* siècle que nous connaissions est celui de l'église de Saint-Léonard, à Léau. Nous en donnons la gravure à la page suivante (fig. 12). Il est en laiton et ne mesure pas moins de 5"'68. Du milieu d'un pied hexagone et porté sur le dos de trois chiens et trois lions accroupis et alternant, s'élève une pile annelée et cantonnée de trois colonnettes engagées. A mi-hauteur environ de cette pile se trouve un lectrin découpé à jour, sur lequel se pose le livre pour le chant de XExultet. Au-dessus du pupitre on voit, sur une console attachée à la pile centrale, une statuette représentant saint Léonard, le patron de l'église, et devant elle une petite branche à cierge. A la hauteur de la tête du saint la pile centrale est remplacée par six boudins enlacés en spirale, trois grands et trois petits; au même niveau six branches ornées de rinceaux et de grappes de raisin sortent du support central, se projettent à distance et se terminent par des bassinets hexagones couronnés d'un crêtage et munis de pointes destinées à recevoir des cierges. Un peu plus haut, la pile centrale, prenant la forme de colonnette, sert de support à un crucifix, tandis que trois nouvelles branches se détachent du faisceau central au pied de la colonnette et finissent en consoles portant les statuettes de la sainte Vierge, de l'apôtre saint Jean et de sainte Marie Madeleine, placées autour de la croix. Enfin, le sommet de la croix se termine par un bassin à })ointe pour recevoir le cierge pascal. Ce cierge, les trois statuettes et les six cierges inférieurs étaient autrefois entourés chacun de trois petites branches ou girandoles dans le genre de celles que nous avons reproduites ci-dessus p. 401, figg. 9 et 10. Le chandelier de Léau, qui date de l'année 1483, est l'œuvre du fondeur bruxellois Renier Van ïhienen.

FiR. 12.

Chandelier pascal de 1483, à l'église de Léau.

Hauteur : L"6S.

Comme on le voit par les exemples que nous venons de citer, les chandeliers pascals sont, pendant la période ogivale, tantôt à une seule, tantôt à plusieurs branches. Remarquons cependant que tous les chandeliers à branches multiples ne sont pas des chandeliers pascals. A partir du XI* siècle, on rencontre des chandeliers plus ou moins élevés, munis de trois, cinq ou, plus souvent encore, de sept branches; on les plaçait près de l'autel et ils recevaient des cierges- ou des lampes qu'on allumait aux jours de fôte solennelle. Un des plus beaux monuments de ce genre est le grand candélabre dit V Arbre de la Vierge, à la cathédrale de Milan. En Allemagne, il en existe aussi de très intéressants : a) à cinq branches à l'église de Saint-Jean, à Werben, et b) à sept branches à l'église d'Essen et à la cathédrale

Fig. 13.

Chandelier en fer forgé,

à l'église de Lcau.

(iv^ siècle).

de Brunswic. Il est probable que la plupart des églises importantes possédaient autrefois de ces chandeliers à plusieurs branches.

d) Chandeliers placés aux côtés du catafalque. Ces chandeliers, généralement très simples, sont le plus souvent en fer forgé et décorés de polychromie. Leur hauteur varie entre un et deux mètres. Un assez bon nombre a été conservé jusqu'à nos jours. Nous en donnons (fig. 13) un du xv^ siècle, que l'on voit à l'église de Léau. Quelquefois ces chandeliers étaient en bois.

Aux côtés des catafalques, les chandeliers isolés étaient souvent remplacés par une herse, c'est-à-dire une traverse, en bois ou en métal, munie d'un certain nombre de pointes ou de bobèches, et portée par un ou deux pieds. Ce meuble d'église est aussi appelé, surtout dans les anciens inventaires, râtelier, rastruni et rastrellum.

Des vestiges d'appareils de luminaire pour les morts se voient encore aujourd'hui à plusieurs des monuments funéraires élevés, au xiii* siècle, dans l'église de Saint-Denis, près de Paris, par saint Louis, roi de France, à la mémoire des rois, ses prédécesseurs.

e) Branches à cierge et girandoles. Les branches à cierge et les girandoles ne devinrent d'un usage général qu'au commencement du xv^ siècle. Elles ont régulièrement la même forme que les branches du chandelier pascal de Tongres que nous avons reproduites ci-dessus, p. 401, figg. 9 et 10. Comme celles-ci, elles sont souvent ornées d'écussons (fig. 10) et munies d'un bassinet crénelé. On les attachait aux murs ou aux piliers, le plus souvent devant une statue de saint. La plupart sont en laiton; celles en fer forgé ne se rencontrent que rarement.

On peut assimiler aux girandoles et aux branches à cierge les petits appareils de luminaire dans le genre de celui qu'on voit au musée de l'hôtel de ville de Gand et dont voici une partie en gravure :

Fig. 13.

Appareil de luminaire, au musée de la ville de Gand (xve siècle).

11 est en fer forgé, et porte l'inscription : Sancta Trinitas, unus Beus, découpée dans une plaque de tôle.

1 1 . Couronnes de lumière. Les couronnes de lumière de la période ogivale sont ou siispendues qm pédiculées.

Les couronnes suspendues, qui furent en usage dès les

premiers siècles du christianisme, arrivèrent à leur plus grand développement au \f et au xii'^ siècle; voyez ci-dessus, I, p. 430. Pendant la période ogivale, elles perdirent beaucoup de leur importance, et les très grandes, datant de cette époque, ne se rencontrent que très rarement. En Allemagne, on trouve encore de nos jours quelques couronnes ogivales de dimensions assez fortes et d'un travail remarquable ; telle est, par exemple, celle de la cathédrale de Mun.ster en Westphalie.

Il est probable qu'en Belgique la plupart des grandes églises possédaient autrefois des couronnes importantes, mais toutes ont disparu depuis longtemps. Une des plus grandes et des plus riches était sans doute celle que l'on voyait encore, vers la fin du siècle dernier, au centre du transept de la cathédrale de Liège.

Voici (fig. 1) une petite couronne de lumière en fer forgé, du commencement du xvi^ siècle, qui existe à l'église de Bastogne :

Couronne de luaticre en fer forgé, à l'église de Bastogne (xvie siècle).

Diamètre : l"-iO.

Elle peut porter vingt-huit cierges, et est ornée de rinceaux, de rosettes, et de quatre écussons.

Au xv^ siècle apparaissent les lustres, qui devinrent communs en peu de temps, et finirent par se substituer complètement aux couronnes dès le commencement de la période de la Renaissance. On voit, à Téglise de Saint- Pierre, à Louvain, un lustre remarquable à six branches, qui date de la fin du xv*" siècle. Il est en fer forgé et d'un excellent travail.

Les couronnes de lumière pédiculées sont régulièrement en fer forgé et se composent presque toujours d'un trépied d'où s'élève une tige verticale, ornée d'un ou de plusieurs nœuds. Au sommet de cette tige sont fixés, à diverses hauteurs, de manière à former une pyramide, deux ou un plus grand nombre de cercles garnis de pointes ou de bobèches destinées à recevoir des cierges. Les cercles sont mobiles et peuvent tourner autour de la tige qui leur sert de support ; cette disposition permet aux fidèles d'amener devant soi les pointes et les bobèches vides pour y fixer les cierges d'offrande. Ces couronnes étaient principalement en usage dans les églises où de nombreux pèlerins venaient vénérer les reliques ou la statue de quelque saint. Les plus anciennes couronnes pédiculées connues ne remontent pas au-delà du xv® siècle.

C'est en Belgique qu'on trouve les plus belles couronnes de ce genre. Nous en donnons (figg. 2 et 3) deux très intéressantes, en fer forgé, qui peuvent être proposées comme modèles aux artistes. Celle de Tournai (fig, 2), très simple, se compose de trois cercles en tôle superposés et découpés de manière à former des quatre-feuilles; l'autre (fig. 3), de Chapelle-à-Wattines (Hainaut), n'a que deux cercles, mais est beaucoup plus riche en ornements, tels que redents, fleurs de lis etc., et conserve des traces de polychromie. Dans le cercle inférieur on a découpé l'inscription suivante : Ave Maria gratia lilena benedicta tu in mulieribus et benedictus. Une couronne semblable, portant l'inscription : Ave Maria gratia plena Domïnus tecum virgo serena, se trouve à l'église des Deux-Acren (Hainaut). Il existe encore des

Fig. 2. Fig. 3.

Couroune de lumit-re pédiculée, à la cathédrale de Tournai, (xve siècle).

Couronne de lumière pédiculée, à Chapelle à-Wattines (Hainaut).

(xve siècle).

Hauteur : 2-05.

couronnes de lumière en fer très remarquables à Lierre, à Ypres, à Hal et à Godveerdegem.

12. Lutrins. Un lutrin est un pupitre en bois ou en métal, sur lequel on dépose des livres ouverts pour en faciliter le maniement et la lecture.

Les lutrins qui font partie du mobilier religieux sont de deux espèces : les lutïïns Jix!es , placés au milieu du chœur des églises et scellés dans le pavement ou d'un poids si considérable que leur déplacement ne peut s'opérer qu'avec grande peine, — et les lutrins mobiles, c'est-à-dire facilement transportables.

Comme nous l'avons dit précédemment (ci-dessus, I, pp. 196 et 395), on se servait, dès les premiers siècles, pour la récitation de l'Évangile, de l'Épître et des leçons sacrées, de pupitres ou lutrins faisait corps avec l'ambon et reposant sur le dos d'un aigle.

Dès le vii^ ou le viii® siècle, et pendant toute la période romane, on fit quelquefois usage de lutrins fixes indépendants de l'ambon. Ces lutrins isolés, détruits aujourd'hui, étaient ordinairement en métal et consistaient, comme aussi ceux du commencement de la période ogivale, en un aigle aux ailes déployées, porté sur un pied. Souvent l'aigle, attribut de l'évangéliste saint Jean, était accompagné des symboles ou des représentations des trois autres évangélistes. Le souvenir de ces lutrins symboliques pour la récitation de l'Evangile nous a été conservé, pour le xiii^ siècle, par les planches 12 et 43 de V Album de Villard de Honnecourt, architecte du xiif siècle, reproduites dans Le Beffroi, III, p. G8. On trouve un vue perspective de ce lutrin, dessinée d'après les données de ces planches, dans Didron, Annales, XIX, p. 139. On cite aussi des exemples de lutrins d'Evangile dont la tablette reposait sur le dos et la tête d'un homme ailé, symbole de saint Mathieu. Le lion et le bœuf ailés, symboles des deux autres évangélistes, ne se rencontraient guère isolément dans les lutrins d'Évangile.

Dans les lutrins destinés à la lecture de l'Épître le pupitre était assez souvent porté par une statue de Moïse.

Les lutrins pour les leçons sacrées n'existaient autrefois que dans les cathédrales et les églises de premier rang; mais il s'en trouvait presque toujours dans les baptistères. La tablette de ces lutrins ne reposait que rarement sur le dos d'une figure symbolique, telle que l'aigle. Dans quelques baptistères, il y avait deux lutrins.

b) Lutri/ia J'uves placés au milieu du chœur. Les lutrins de chœur, destinés aux chantres, sont ordinairement en laiton, et se composent d'un aigle porté sur un pied en forme de pilier ou de colotine. Ce pied est quelquefois épaulé par des arcs-boutants, dont l'intrados est rempli d'arcatures ajourées , de roses et

Fig. 1,

Lutrin-aigle à l'église de Hal.

(Milieu du xve siècle).

Hauteur : 1*19.

d'ornements variés, semblables à ceux que dessinent les meneaux des fenêtres ogivales.

Dans les anciens documents le lutrin de chœur est appelé ai^le, en latin aquiltty parce que la plupart des lutrins, tant de la période ogivale que de celle de la Renaissance, ont la forme d'un aigle. Plusieurs lutrins-aigles du XV® siècle ont échappé à la destruction] nous citerons comme très remarquables ceux des églises de Hal (fig. 1) et de Notre- Dame à Tongres.

Quelquefois , rarement cependant , l'aigle est remplacé par d'autres animaux, tels que le griflbn (lutrin d'Andenne, où le griffon

Fiff. 2.

tient la tablette par ses pattes de devant) et le pélican (lutrin de Chièvres et de Saint-Germain, à Tirleinont), ou par des hommes et des anges. Les lutrins-pélicans, dont l'usage ne fut introduit que vers le déclin de la période ogivale, devinrent assez communs à l'époque de la Renaissance.

Anciennement on se servait aussi de lutrins à deux ou plusieurs versants, qui ne portaient pas de figures symboliques et dont l'ornementation était ordinairement d'une grande simplicité. On les trouve souvent figurés dans les miniatures des manuscrits du moyen âge. Les lutrins de cette forme se rencontrent assez souvent à partir du xvi® siècle.

c) Les lutrins mobiles ou pupitres facilement transportables employés soit pour la lecture de l'Evangile et de l'Épître, soit pour les autres cérémonies du culte, étaient généralement en fer, rarement en bois. Voici (figg. 2 et 3) deux exemples de lutrins mobiles, datant l'un et l'autre du xv^ siècle : le premier (fig. 2), en 1er, appartient à la cathédrale de Tournai, le second (fig. 3), en bois, à l'église de Liai. Le lutrin de Tournai (fig. 2) fait comprendre la disposition ordinaire

Lutrin mobile en fer, du xve siècle, à la cathédrale de Tournai .

Fig. 3.

Lutrin mobile en bois, du xve siècle, à réçjlise de Hal.

de CCS meubles à la fin de la période ogivale. Comme on le voit, ils ont régulièrementla forme d'un double pliant ou X, dont les extrémités supérieures sont reliées entre elles par un tablier en cuir, sur lequel se placent les livres liturgiques. Il arrive cependant quelquefois, principalement dans les lutrins mobiles en bois, que le pupitre, formé non d'un tablier en cuir mais de planchettes, est, comme dans le lutrin de Hal (fig. 3), appliqué sur le prolongement de deux des quatre extrémités supérieures des pliants.

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