‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 18 sur 30 · Encensoirs et navelles A encens. Les encensoirs du · texte numérisé non relu

Encensoirs et navelles A encens. Les encensoirs du

xiii'^ siècle se composent régulièrement, comme ceux des siècles antérieurs, de deux demi-sphères creuses, qui, réunies, forment une boule. La demi-sphère inférieure, munie d'un pied qui lui sert de support, reçoit les charbons ardents et l'encens; c'est la cassolette proprement dite. La demisphère supérieure, qui fait fonction de couvercle, est percée de trous nombreux pour laisser échapper les nuages de l'encens. Ce couvercle, qui se termine assez souvent par une tourelle ou une figure d'homme ou d'animal, est mobile : il monte et descend le long de trois ou quatre chaînes attachées d'un côté à la cassolette et de l'autre îi un petit cha-

peau ou pavillon, à travers lequel passe une nouvelle chaîne qui, fixée au sommet du couvercle, permet de lever celui-ci ou de l'abaisser à volonté.

Voici (fig. 1) le plus beau et le plus riche encensoir connu

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Encensoir du xiiie siècle, chez M. Benvignat, à Lille.

du xiii^ siècle. Ce superbe objet d'orfèvrerie, en bronze coulé, ciselé et doré, fait partie de la collection privée de M. Benvignat, à Lille. Au sommet du couvercle sont assis, autour d'un ange, les trois jeunes Hébreux, sauvés de la fournaise ardente où ils avaient été jetés par ordre de Nabuchodonosor. Leur noms sont inscrits auprès d'eux :

Ananias, Azarias, Misaal. Trois cercles divisent la sphère, et à leur rencontre se trouvent les attaches des chaînes. L'inscription suivante composée de trois vers hexamètres et gravée sur le cordon inférieur du couvercle et le cordon supérieur de la cassolette, nous fait connaître le nom du donateur et la condition qu'il pose d'être aidé, après sa mort, par les prières des chanoines ou des religieux qui acceptent son don :

Hoc. EGO. Reinervs. do. SIGNVM. QUXD. MICHI. VESTRIS EXEQVIAS. SIMILF.S. DEBETIS. MORTE. POTITO

Et. reor. esse, preces. uras (lisez : veséras). timiamata XPO

que l'on peut traduire : Je vous donne, moi Reinerus, ce gage, qui vous rappellera q[ue vous êtes obligés de me célébrer, après ma mort, des funérailles semblables aux vôtres. Je pense, en effet, que vos prières sont des farfums offerts au Christ.

La forme commune des encensoirs du xiii'' siècle nous

est connue, non-seulement par les rares spécimens en métal conservés jusqu'à nos jours , mais aussi par les sculptures et les miniatures contemporaines, dans lesquelles il n'est pas rare de rencontrer des anges ou des clercs thuriféraires. C'est ainsi, par exemple, qu'au porche méridional de Saint-Servais, à Maestricht, on trouve plusieurs fî- Q-ures d'ange tenant en main des encensoirs sphériques.

Aux xiv^ et XV* siècles, les encensoirs changent complètement

d'aspect. La cassolette ne pré- Encensoir du xivc-xve siècle, , , , -

^„. ,. ,,. , ,,, . sente plus alors quexcention-

à 1 église dAndenne (Namur). r n • , ,

Hauteur ; 0-25. ncllcment la forme hémisphé-

rique (fig. 2) ; elle est généralement formée par des pénétrations de diverses figures courbes (fig, 3 et 4). Le couvercle a la forme de tourelle, avec toit, fenêtres découpées, gables, etc. Nous donnons (fig. 2) un encensoir très intéressant du xiv*xv^ siècle, faisant partie du trésor d'Andenne (Namur). Les figures 3 et 4 reproduisent des encensoirs tels qu'on en ren-

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Fig. 4.

Encensoirs du xve siècle.

contre en assez grand nombre, au xv^ siècle; la fig. 3 donne la forme riche, et la fig. 4 la forme commune et ordinaire de cette époque. Le métal dont on s'est généralement servi pour la fabrication des encensoirs est le laiton ; on a aussi quelquefois employé l'argent.

Les navettes, ou petits vases destinés à contenir les grains d'encens, ont ordinairement la forme d'une coque de navire {navis, d'où le nom de navette). Cette coque ou petite barque, montée sur un pied, se ferme au moyen d'un couvercle à deux valves munies d'une anse ou d'un bouton permettant de les soulever facilement. La forme générale des navettes a peu varié depuis le xii^ siècle. Pendant la pé- ^'S- 4- riode ogivale presque

toutes ressemblent à celle du musée de Rodez que reproduit notre fig. 4. Elles sont de métal, cuivre ou ar-

Narette à encens émaillée, au musée de Rodez, g^"^' ^^ SOUvent émail-

(xiiie siècle). lées au xiii° siècle.

Longueur : 0"l-i; largeur : 0-07.

14. Instruments de paix. Le baiser de paix, recommandé par l'apôtre saint Paul aux premiers chrétiens, fut donné par l'accolade fraternelle jusqu'au xiii® siècle. A cette époque, des motifs de décence et de décorum firent substituer, en plusieurs endroits, l'usage d'un osculatorium, ou instrument de paix, à l'accolade qu'on jugeait alors généralement ne pouvoir être pratiquée sans détriment pour la morale et la distinction des rangs. Le prêtre célébrant la sainte Messe baise d'abord un instrument de paix ; celui-ci est baisé ensuite par les ministres servant à l'autel, par le clergé, et souvent môme par les autres assistants. Le baiser du prêtre, communiqué à tous au moyen d'un seul et même objet, sauvegarde encore, en partie, la signification symbolique de l'accolade fraternelle des premiers temps de l'Eglise.

Les règles liturgiques parlent de l'instrument de paix, mais n'en déterminent pas la forme ni les caractères. On s'est donc servi à cet etfet indifféremment de croix, de reliquaires, de couvertures d'évangéliaire, etc. Cependant la forme qui a prévalu est celle d'un petit tableau, fait en matières précieuses, telles que l'or, l'argent, le bois dur ou l'ivoire, et représentant un sujet religieux ou un saint, n. 27

ciselé, gravé, éraaillé ou peint. Ce petit tableau est régulièrement muni d'une anse ou d'un manche sur sa face postérieure.

L'instrument de paix est désigné sous différents noms, spécialement dans les anciens inventaires de meubles d'église ; il est appelé en français : 'paix, table de paix, porte-paix, et en latin : osculatorium, deosculatoriwn, tabella ou tabula pacis, asser ad pacem, pax, paxilla, paxillum.

Voici (fig. 1) un porte-paix du xv^ siècle, conservé à î'ig- 1- l'église de Saint-Nicolas, à Dix-

mude. Il se compose d'une plaque d'argent niellée, représentant sainte Catherine, à côté de laquelle se trouve la donatrice à genoux; sur une banderole, partant de la bouche de celle-ci, sont inscrites les paroles : Orate pro me, qu'elle est censée adresser à la sainte en forme de prière. La plaque est enchâssée dans un beau cadre en argent ciselé, couronné d'un joli crêtage. Tout l'objet mesure O^ISS de hauteur Porte-paix du xv« siècle, à l'église sur 0™092 de largeur.

de Saint- Nicolas, à Dixmude.

15. Tissus el broderies. Pendant la période ogivale, on s'est souvent servi, pour les vêtements sacrés, d'étoffes de soie dans lesquelles les dessins décoratifs sont produits soit pendant le tissage même au moyen de trame de différentes couleurs, soit après le tissage par l'application de broderies à l'aiguille.

a) Tissus. Jusqu'au xii^ siècle, les tissus de soie ne se fabriquaient qu'à Constantinople, en Grèce, en Orient et dans le midi de l'Espagne. Cette dernière contrée, occupée par les Sarrasins, possédait, déjà au tx« siècle, dans la

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