V.VEBMORCHEN
petite ville (VAlnierîa, située non loin de Malaga, un centre important de fabrication dont les produits étaient très estimés en Europe. D'Almerîa la culture du ver à soie et les ateliers de tissage se répandirent, pendant les siècles suivants, dans toute l'Andalousie : à Grenade, à Jaén et à Séville. Au xi" siècle, lorsque la Sicile était encore sous la domination des Maures, il y avait déjà quelques rares fabriqeus de soie à Palerme; mais ce fut surtout au milieu du siècle suivant, vers l'année 1146 ou 1147, après l'expulsion des Musulmans, que l'industrie de la soie devint florissante et prospère dans cette ville, grâce aux efforts intelligents du roi normand Roger, secondé dans son œuvre par des ouvriers qu'il avait amenés avec lui au retour d'une expédition militaire en Grèce. Les tissus d'or et de soie fabriqués dans la célèbre mantifacture officielle de Palerme, connue sous le nom du hôtel de Tiraz, furent des plus recherchés pendant tout le moyen âge.
Ces tissus, généralement très épais et très solides, sont tantôt unicolores, tantôt ornés de dessins représentant des animaux, des plantes, des fleurs et des fruits, employés dans un but purement décoratif, sans qu'on ait cherché à y attacher une signification syriibolique. Très souvent aussi on y trouve des inscriptions arabes. Seules les étoff'es fabriquées par des chrétiens à Constantinople, en Grèce et en Sicile, portent parfois des scènes empruntées <à l'histoire do l'ancien et du nouveau Testament, ou des figures symboliques, telles que des croix, etc.
L'art de fabriquer des tissus de soie fut importé en Italie au xiii" siècle. Ce fut la ville de Lucques qui le reçut la première. Dès l'an 1248, on y voyait un grand nombr.; d'ateliers de tissage pour les étoffes de genre. Il parait assez probable que, vers la môme époque. Gènes, Venise et d'autres villes de la Lombardie possédaient également quelques métiers isolés. A la suite des guerres civiles qui désolèrent la ville de Lucques pendant les premières années d:i XIV® siècle, les tisserands lucquois émigrèrent dans les villes
voisines, où régnaient la paix et la tranquillité, et ils y transportèrent leur industrie. Grâce à cette émigration, les fabriques de soie se multiplièrent à Venise, à Milan, à Gênes, à Bologne, à Florence et dans plusieurs autres villes du centre et du nord de l'Italie,
Les dessins décoratifs qui ornent assez souvent les tissus de soie fabriqués en Italie au xiii'' siècle et pendant une partie du xiv*" ne sont régulièrement que des copies de ceux des étoffes orientales ; ils imitent presque servilement les animaux et les végétaux de ces étoffes, et reproduisent même parfois les inscriptions arabes qui s'y rencontrent, mais dans des caractères souvent dénaturés et, par conséquent, indéchiffrables. Les figures symboliques et les sujets empruntés à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament, qu'on ne trouve qu'exceptionnellement sur les tissus siciliens ou italiens avant le milieu du xiv® siècle, y apparaissent fréquemment après cette époque, entourés ou dépourvus d'encadrement. On continua néanmoins, comme on l'avait fait précédemment, à employer aussi, pour les vêtements sacrés , des étoffes qui n'offraient aucun dessin symbolique et provenaient soit de l'orient soit des fabriques européennes.
Au XV® siècle, l'industrie de la soie se propagea de plus en plus vers l'ouest et le nord de l'Europe. La Suisse, la France et la Belgique, qui toutes possédaient, depuis le XIII® siècle, quelques rares métiers pour la fabrication de la soie, du velours et du satin, virent alors leurs ateliers se multiplier et prendre des développements considérables.
L'immigration des tisserands italiens en France eut lieu pendant la dernière moitié du xv^ siècle. Lyon et Tours furent les villes qui, avec quelques autres, cherchèrent le plus à favoriser cette immigration. Chacune de ces deux villes s'attribue l'honneur d'avoir, la première, attiré dans ses murs des phalanges de tisserands italiens. Ce qui est certain c'est que, dans l'une et dans l'autre, il existait déjà vers l'année 1470 des corporations très nombreuses et très im-
portantes de tisserands et de marchands de soie, et que le roi de France octroya à leurs membres des franchises et des privilèges très étendus.
Dès le xiii^ siècle, la Flandre aussi s'était acquise une grande renommée par ses tissus précieux, dont les matières premières lui étaient fournies par l'Angleterre. Ce fait nous est attesté par le chroniqueur anglais Mathieu de Westminster. Celui-ci fait remarquer, dans ses Flores historiarnvi, à l'année 1265, que l'Angleterre recevait alors ses tissus précieux de la Flandre (i). Les principales villes flamandes qui, à cette époque, possédaient des métiers pour le tissage de l'or et de la soie étaient Bruges, Ypres, Gand, Malines et probablement aussi Louvain. De toutes les étoffes de prix fabriquées en Flandre la plus estimée et la plus recherchée était le satin de Bruges. Il y en avait de deux espèces : l'une entièrement en soie, l'autre ayant la chaîne en soie et la trame en lin ou en toute autre matière. Cette dernière espèce était souvent employée comme doublure pour les ornements sacrés les plus riches.
Comme à Lyon et à Tours, ce furent des Italiens, et spécialement des Vénitiens et des Florentins, qui, immigrés en grand nombre dans la Flandre, firent prospérer à Bruges la fabrication de ces tissus.
Remarquons, en terminant, que dans les environs de^» villes où l'on établit de nombreux ateliers pour la fabrication de la soie, on introduisit aussi, mais seulement après un certain nombre d'années, la culture du ver à soie, lorsque la douceur du cliuiat la rendait possible et fructueuse. Dans les commencements on faisait toujours arriver la soie brute soit de l'Italie, soit de l'Orient.
b) Broderies. Dans les broderies du xiii^ siècle, comme dans les peintures et les sculptures contemporaines, le dessin s'affranchit peu à peu des traditions byzantines. Les gestes
(1) Apostrophant l'Angleterre, il dit : » Tibi de tua materia ve^-tes pretiosas • tua textrix Flandria texuit. *
des personnages perdent leur expression archaïque, les têtes ne sont plus tracées suivant des types conventionnels, les plis des draperies, au lieu d'être serrés et parallèles, sont fidèlement rendus, enfin les poses des figures sont souvent cambrées.
Dès la fin du xiif siècle, l'art de la broderie, appelé très justement au moyen âge pei?iture à taiguille, aciqnctura, arriva à un liaut degré de prospérité; il se développa de plus en plus pendant le xi\'°, et atteignit son apogée au commencement du xv^ A cette dernière époque, trois contrées se distinguaient particulièrement par leurs talents et leur adresse dans la confection des broderies : c'étaient la Belgique, la Prusse rhénane et la Bourgogne. Les deux principaux centres de fabrication pour les étoffes brodées se trouvaient à Arras en Flandre et à Cologne sur le Rhin ; à ces deux villes on peut ajouter en seconde ligne Bruges, Malines, Liège, Tournai, Haarlem et Reims.
En Italie, en Espagne et dans tout le midi de l'Europe, où de nombreux ateliers de tissage étaient en pleine activité dès le xiv"" siècle et produisaient un grand nombre d'étoffes de soie ornées de figures et de dessins variés, l'art de la broderie fut presque complètement abandonné au xv^ siècle pour la décoration des vêtements sacrés. Les étoffes brodées du XV® siècle, que l'on trouve encore aujourd'hui dans quelques trésors d'église d'Italie, proviennent presque toutes des Pays- Bas, et, pour cette raison, portent, en italien, de même que les tapisseries de haute-lisse fabriquées en Flandre, le nom à'at^azzi, c'est-à-dire étoffes cVA^^ras.
On trouve encore, en Belgique, un très grand nombre de broderies anciennes. Une des plus belles et des plus intéressantes, tant par son bon état de conservation que par sa valeur artistique, est une bande à' antependiw7i d'autel que l'on conserve à Saint-Martin, à Liège. Elle date probablement du milieu du xiv^ siècle, et mesure à peu près trois mètres de long sur 0'"175 de large. On y a représenté, dans une suite de scènes séparées les unes des autres par des
arbres ou des détails d'architecture, différents épisodes de l'histoire du saint évùque de Tours, patron de l'église (i).
16. VètCIUCnls sacrés. Pendant tout le moyen âge les vêtements sacrés dont on se servait aux jours ordinaires étaient faits de tissus de laine ou, quelquefois aussi, de toile. Les étoffes de soie ne s'employaient que pour les vêtements riches et précieux.
Jusqu'au xii^ siècle, on faisait usage de différentes couleurs pour les vêtements sacrés, mais sans y attacher une signification symbolique déterminée; il était loisible aux membres du clergé d'adopter telle couleur qu'on voulait, comme le prouvent une foule de textes et les ornements mêmes parvenus jusqu'à nous. Ce ne fut qu'à la fin du xii" siècle ou au commencement du xiif, que le choix des couleurs cessa d'être facultatif. Le Souverain Pontife Innocent III, qui occupa le siège pontifical de 1198 à 1210, nous révèle, le premier, dans ses écrits, la distribution réglée et presque obligatoire des couleurs liturgiques pour l'Église latine; et, quelques années plus tard, Durand de Mende, dans son Rational, \\y. III, cli. 18, parle de ces mêmes couleurs comme admises par tout l'occident. Les quatre principales étaient alors, comme aujourdhui, le blanc, le rouge, le vert et le violet, auxquelles il faut ajouter le noir. Selon Durand, l'écarlate pouvait être substitué au rouge, la couleur du bi/ssus au blanc, et le jaune au vert. Le blanc, symbole de l'innocence et de la pureté, est employé aux fêtes de Notre- Seigneur, de la sainte Vierge, des anges, des confesseurs et des vierges, et aussi pendant le temps pascal; le rouge, symbole du feu de la charité et du courage, à la fête de la Pentecôte et à celles des apôtres et des martyrs ; le vert, symbole de l'espérance, sert les dimanches et les jours de semaine où l'on ne célèbre pas de fête de saint, entre l'Epiphanie et la septuagésime, entre la Pentecôte et l'avent; il est remplacé
(1) M. Jules Helbig a donné, dans son Histoire de la peinture au pays de Liège, pp. 48 et svv., une lithographie très fidèle et une bonne description de V antependium de Liège.
par le violet, couleur symbolique de la mortification, pendant l'avent et le carême, aux quatre-temps et aux vigiles. Enfin le noir, signe de deuil, est affecté au vendredi-saint et aux offices des morts. En quelques endroits le bleu d'azur était réservé autrefois aux fêtes de la sainte Vierge, et le jaune à celles des anges.
La chasuble conserve, jusqu'au milieu du xv® siècle, la forme qu'elle présentait pendant la période romane, c'est-àdire celle d'un vêtement ample, serrant autour du cou, couvrant entièrement les bras et retombant lâchement de tous les côtés autour du corps; voyez ci-dessus, I, p. 437 et sv. Comme précédemment, elle porte presque toujours des bandes d'orfroi, longues et étroites, ornées de broderies à l'aiguille représentant des sujets religieux. En Italie, dans les pays méridionaux et dans le midi de la France, ces bandes sont généralement au nombre de deux et placées verticalement, une par devant et une par derrière; celle de devant prend la forme d'un tau T, du moins au xv*" siècle. En Belgique, en Hollande, en Allemagne et en Angleterre, deux autres petites bandes partent de la poitrine, passent sur les épaules et vont aboutir vers le milieu du dos, formant ainsi, par leur combinaison avec les orfrois verticaux, deux croix dont les bras sont redressés en forme d'Y. La fig. 1 de la page 306 et la fig. 2 de la page 308, qui reproduisent des pierres tombales du xiif siècle, fournissent d'intéressants exemples de cette dernière forme. Dans l'un comme dans l'autre, la chasuble est relevée jusqu'au-dessus des mains du prêtre. Sur la pierre de Forest (p. 306, fig. 1) on distingue encore très clairement l'orfroi vertical; mais les deux bandes passant sur les épaules ont disparu partiellement, sans doute par suite de l'usure qu'a subie la pierre tombale, lorsque, primitivement, elle faisait partie du pavement de l'église.
C'est à ces chasubles munies d'une double croix, en usage de son temps en Hollande, que Thomas a Kempis, l'auteur de l'Imitation, fait allusion lorsqu'il dit au livre IV, ch. V : « Le prêtre porte devant et derrière lui le signe de la croix du Sauveur... Il porte devant lui la croix sur la chasuble
atin qu'il considère avec soin les traces de Jésus- Christ, et qu'il s'attache à les suivre avec ferveur; il porte la croix sur le dos afin qu'il apprenne à souffrir pour Dieu. «
Les chasubles à double croix restèrent en usage dans le nord de l'Europe, jusqu'au xv* siècle, époque à laquelle un changement notable s'opéra dans la forme et la disposition des orfrois. D'abord, ceux-ci prirent beaucoup plus de largeur; ensuite, partout où la double croix à bras relevés avait été précédemment en usage, on plaça sur le dos de la chasuble, une croix latine j, et sur le devant une colonne. Ce dernier fait explique comment il s'est fait que, dans l'Europe occidentale et septentrionale, les chasubles portent, encore de nos jours, sur le dos une croix latine, tandis qu'en Italie elles n'ont qu'une simple colonne, semblable à celle que Von voit sur le devant de nos chasubles du nord.
Les deux gravures suivantes (figg. 1 et 2), qui repro-
Fig. 1. Fig. 2.
Chasubles du xv= siècle, au trésor de Notre-Dame, à Dantzig.
duisent des chasubles anciennes du trésor de Notre-Dame, à Dantzig, montrent, d'abord comment de l'orfroi en forme d'Y on a passé à celui en forme de croix latine, ensuite de quelle manière les chasubles ont perdu successivement
leur ampleur primitive par suite des rognures qu'on leur a l'ait subir au xv° siècle pour dégager les bras du prêtre. La première chasuble (fig. 1) date du commencement, et la deuxième (fig. 2) de la dernière moitié du xv^ siècle.
Au xiif et au xiv*" siècle, les orfrois, toujours très étroits, étaient régulièrement ornés de figures géométriques ou de petits rinceaux purement décoratifs. Lorsqu'ils s'élargirent après le milieu du xv® siècle, ou y représenta souvent des saints ou même des sujets religieux.
Voici (fig. 3) la partie principale d'un orfroi large, exécuté
Tiff. 3.
Orfroi de chasuble du xve siècle, a l'eghse dite de l'Ermitage, à Lierre.
probablement vers l'année 1460 et conservé à l'église dite de l'Krmitage, à Lierre. Cette broderie, qui représente, au milieu, la Nativité de Notre-Seigneur, et, sur les côtés, les anges et les bergers, se distingue à la fois par la pureté du dessin et la délicatesse de l'exécution ; elle est, sans doute, une des plus belles productions de l'école flamande de peinture.
Sur les chasubles à croix latine de la même époque on trouve souyent le Sauveur en croix ou la sainte Vierge avec l'Enfant. Elles étaient quelquefois si chargées de broderies et de perles de toute espèce, que l'officiant se trouvait obligé de les quitter à l'offertoire de la messe.
La dalmatique est le vêtement de dessus du diacre, la tunicelle celui du sous-diacre. 11 n'y a plus, depuis longtemps, de diflerence entre ces deux vêtements, quoique autrefois la tunicelle eût des manches plus courtes, et fût plus longue mais moins ornée que la dalmatique.
Pendant la période romane et au commencement de la période ogivale, la dalmatique consistait en une longue robe entièrement fermée, munie de manches et d'une ouverture pour passer la tête. Elle était décorée, par devant et par derrière, de deux bandes verticales d'orfroi ou de couleur, descendant jusqu'aux pieds. Ces bandes, très étroites au xiii^ siècle, devinrent de plus en plus larges à partir du xiv^.
Les manches, qui sont toujours fermées, et la dalmatique elle-même se raccourcirent à mesure qu'on avança dans la période ogivale.
Dès le xiu^ siècle, la dalmatique est fendue, aux deux côtés du bord inférieur, jusqu'au quart environ de sa longueur. Au XIV" et au xv*^ siècle, ces ouvertures s'étendent ordinairement jusqu'à mi-hauteur du vêtement ; elles sont alors, de même que toute la partie inférieure de la dalmatique, bordées de bandes de couleur ou de riches orfrois. On trouve aussi de ces bordures autour du cou et aux extrémités des manches; voyez ci-dessus, p. 310, la reproduction de la pierre tombale de l'écolàtre Jacques Mouton.
Les bandes verticales, que les anciens inventaires désignent sous le nom de colonnes, sont régulièrement ornées de figures de saints, de sujets religieux ou de simples inscriptions, telles que les noms de Jhesiis et Maria. Au xv" et au xvi^ siècle, on y rencontre souvent, comme sur les croix des chasubles de cette époque, de petits dais superposés les uns aux autres et abritant des figures de saints.
Les dalmatiques de second ordre, et quelquefois même les plus riches, ne portent pas de bandes verticales ou liteaux; voyez ci-dessus la gravure de la page 310.
Dans les commencements, la chape, nommée en latin cappa, ou plus souvent encore pluviale (c'est-à-dire manteau pour se garantir contre la pluie, pluviaj, n'était portée que par les
membres du clergé inférieur, principalement par les chantres et même parfois par des laïques prenant une part active à la célébration des cérémonies religieuses. Ce ne fut qu'au XIII* siècle qu'elle devint commune à tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, y compris le Souverain Pontife lui-même.
On se servait alors de la chape, comme encore aujourd'hui, pour les processions et pour tous les offices autres que la sainte Messe, par exemple pour le chant solennel des vêpres. Sa coupe était la même que celle de la chasuble; seulement, au lieu d'être, comme celle-ci, entièrement fermée de manière à envelopper tout !e corps, elle était ouverte, sur le devant, depuis les pieds jusqu'au cou.
La chape du moyen âge portait, sur le dos, un capuchon très pointu, au moyen duquel on pouvait se couvrir la tête. Dans les chapes riches les bords de l'ouverture de devant, et aussi le bord inférieur, étaient couverts de bandes d'orfroi ou d'étoffe coloriée, assez étroites et ornées, surtout à partir du xiv*^ siècle, de sujets religieux exécutés en broderie. On appliquait quelquefois, sur ces bandes, des rosaces et des fleurons découpés en métal, et l'on attachait de petites sonnettes au bord inférieur. Au xvi® siècle, les bandes d'orfroi devinrent plus larges et, vers la même époque, le capuchon se développa, s'arrondit à son extrémité, et fut, comme les bandes, décoré d'orfrois, ou mêaie de plaques métalliques, richement travaillées. On y voyait souvent le patron de l'église ou du propriétaire de la chape et les armoiries du donateur.
On attachait la chape sur la poitrine, au moyen d'agrafes recouvertes de médaillons en métal précieux, décoré d'émaux ou finement ciselé. Ces médaillons-agrafes, appelés en français hilles ou mors de chape, et en X^Ww jibulae , morsus, monilia ou pedoralia, ont souvent la forme de quatrefeuilles; il y en a aussi de circulaires, d'ovales, et même de carrés. Ils sont régulièrement ornés de scènes religieuses ou de statuettes de saints accompagnées, surtout au xv* siècle, de la figure agenouillée et des armoiries du donateur.
A'oici (fig. 4) une bille de chape, du xv" siècle, faisant partie
Fis. i.
Bille ou mors de chape au trésor de Notre-Dame, à Tongres (xve siècle).
Diamètre : 0"163.
du trésor de Notre-Dame, à Tongres. Elle est en argent partie doré, partie couvert d'émail translucide. De la bouche du chanoine donateur part une banderole sur laquelle on lit les mots : Ave Maria.
Uétole et le manipule, dont nous avons fait connaître l'origine ci-dessus, I, pp. 225 svv., consistaient, pendant la période ogivale, dans des bandes longues et étroites, presque toujours un peu évasées aux extrémités; voyez la gravure de la pierre tombale de Forest, à la page 306 du présent volume. L'étole avait généralement 2™70 de long sur 10 centimètres environ de large, le manipule un mètre de long sur 5 à 10 centimètres de large.
On ne connaissait pas, au moyen âge, les étoles indépendantes, richement brodées, dont on se sert aujourd'hui en dehors du saint sacrifice de la Messe soit pour la prédication, soit pour l'administration des sacrements. Les étoles faisaient toujours partie d'un ornement complet.
Les étoles et les manipules, ordinairement d'une grande
Fig. 5.
simplicité, étaient faits de toile, de laine ou de soie, et se terminaient par une bordure frangée. Ceux des ornements riches étaient parfois brodés et présentaient une grande analogie avec les bandes d'orfroi des chasubles auxquelles ils appartenaient; voyez les gravures des pages 308 et 310. Leurs extrémités ne furent ornées de broderies symboliques qu'à partir de la première moitié du xiv® siècle. Voici (fig. 5)
une étole du commencement du xv^ siècle, conservée au trésor de Notre- Dame, à Dantzig.
Au xv" siècle, les dimensions de l'étole et du manipule diminuèrent d'une manière très sensible.
Les petites croix qui occupent les extrémités des étoles modernes et les galons d'orqu'on prodigue de nos jours sur les étoles et autres parties des vêtements sacrés, étaient totalement inconnus avant le xvii^siècle.Tout au plus y voyait-on quelquefois, depuis le xv'' siècle, une petite bordure en étoffe de couleur pour encadrer l'étole et le manipule.
\jauhe et Vamict conservèrent leur forme primitive pendant la période ogivale; voyez ci-dessus, I, pp. 230 et sv. Ils étaient généralement de toile ; pour ceux des évêques seuls, on employait quelquefois de la soie blanche. On continua à les garnir Aq parures, ou bandes rectangulaires d'orfroi, de broderie ou de tissu éclatant. Comme nous l'avons dit cidessus, 1, p. 438, ces parures s'attachaient au milieu du
Étole du commencement du xv^ siècle, au trésor de Notre-Dame , à Dantzig.
bord supérieur de l'amict; et, sur les aubes, aux extrémités des manches autour du poignet, par devant et par derrière sur le bord inférieur près des pieds, et quelquefois aussi sur la poitrine. Voici (fig. 6) un amict paré, que l'on voit dans
Fig.-6.
Amict par', du xve siècle, au trésor de Notre-Dame, à Dantzig.
le trésor de l'église de Notre-Dame, à Dantzig. Le fond de la parure est en velours rouge, broché de fils d'or et garni de plaques en argent découpé. Le centre de ces plaques est émaillé en bleu, et elles portent alternativement la lettre M{aria), et des rosettes à cinq pétales. L'aube suivante (fig-^), qui fait également partie du trésor de Dantzig, donnera une
Aube parée au trésor de Notre-Dame, à Dantzig (xive ou xve siècle).
idée exacte de la coupe de ce vêtement et de la manière dont les parures y étaient disposées au moyen âge. Elle mesure de a àô 2"'56, et depuis l'ouverture pour passer le cou jus- (ju'à c l'^'63; les manches ont 40 centimètres de circonférence. Les parures sont des broderies en soie rouge, brune et grise, représentant des rinceaux.
Voyez aussi ci-dessus p. 310, la parure de l'aube de l'écolâtre de Saint-Paul à Liège, mort en 1410.
La ceinture, dont le prêtre se sert pour retrousser l'aube et s'attacher l'étole en croix sur la poitrine, n'avait jamais au moyen âge la forme de cordon qu'elle présente de nos jours. A cette époque, elle consistait régulièrement dans une longue bande, une espèce de ruban long de 2 mètres et demi environ, et large de cinq à six centimètres. On lui donnait parfois une longueur symbolique, par exemple celle du tom-
Fig. 8.
Ceinture du zve siècle, au trésor de Notre-Dame, à Danlzig.
beau de Notre Seigneur. Les ceintures des évêques, des abbés, et aussi celles dont on faisait usage dans les églises riches aux jours de fôte solennelle, étaient de soie et ornées de broderies d'or, d'argent et de perles précieuses ; les ceintures ordinaires, généralement en lin, recevaient aussi quelquefois des applications de couleurs à l'aiguille représentant des animaux, des feuillages ou des figures géométriques. Les unes et les autres étaient munies de franges à leurs extrémités et portaient souvent des inscriptions. Le prêtre s'attachait la ceinture non pas en en nouant les extrémités, mais au moyen de lacets fixés à la doublure comme le montre la gravure de la page précédente (fig. 8), qui reproduit une ceinture en lin du xv® siècle, conservée au trésor de Notre- Dame, à Dantzig. Cette ceinture a 2'^ 42 de long, sans compter les franges; on y lit, brodée en soie, l'inscription : Homo quidam fecit cenam maçnam, vocavit multos et viisit servum suu{m) [h)ora cène dicere invitatis ut uenirent quia iam parata sunt omnia uenite comedite panem meum et bibitc uinum quod miscui uobis. Orate pro me Katharina de Urnmen.
17. Mitres. Les mitres conservèrent, au xiii^ siècle, la forme qu'elles avaient précédemment; voyez ci-dessus, I, p. 440. Comparées aux mitres modernes, elles étaient très basses : leur hauteur variait entre vingt et vingt-cinq centimètres.
Les différentes parties dont se compose la mitre sont : P les cornes ou pièces triangulaires formant par leur réunion la coiffure proprement dite ; 2^^ {es/anons ou bandes longues, élargies à leur extrémité inférieure et attachées par derrière à la mitre proprement dite.
Il y avait, au moyen âge, deux sortes de mitres : les simples ou unies, et celles à o'/rois, connues dans la latinité du moyen âge sous le nom de initrae auriplirygiatae. Sur ces dernières les orfrois s'appliquaient de trois manières : a) verticalement ou, comme disent les livres liturgiques, en titre ^ in titulo (fig. 1 AC); b) horizontalement ou en cercle, in circulo (fig. 1 BCD); c) en titre et en cercle à la fois, II. 28
comme sur la mitre suivante (fig. 1), qui a appartenu à
Fiff. 1.
Mitre de Philippe de Dreux, évéque de Beauvais, en France (1175-1217).
Philippe de Dreux, évêque de Beauvais de 1175 à 1217. Elle est en soie blanche avec une doublure rouge de même étoffe; ses orfrois représentent des fleurs de lis partie or, partie soie blanche, appliquées sur un fond violet bleuâtre. Le cérémonial du pape Grégoire X (1271 -1276) nous apprend que la mitre à double orfroi servait pour les fêtes, excepté en temps de pénitence et en temps de deuil ; celle dont l'orfroi est en titre seulement, dans les consistoires et les jugements; enfin la mitre simple, aux dimanches du carême et de l'avent. Au milieu du xiv® siècle, les cornes de la mitre s'allongent. La plupart des mitres datant de la dernière moitié de ce siècle ont de 32 à 35 centimètres de hauteur. Cette hauteur atteint régulièrement 40 centimètres au siècle suivant. A cette dernière époque aussi, les bords des cornes sont quelquefois couverts d'un galon ou munis d'une espèce de crêtage en argent doré, simulant des feuilles de chou frisé ou des crochets végétaux.
Voici (figg. 2, 3 et 4), rangées d'après l'ordre chronolo- Fig. 2 Fig. d.
Mitre brodée du comtneucement du Mitre du milieu du xve siècle
xive siècle, à l'église de Halberstadt.
gique, quelques mitres comme on en trouve dans les sculptures et les peintures du xit"" et du XV® siècle.
Les orfrois sont très souvent , surtout après le milieu duxiii'' siècle, ornés de perles précieuses. Le champ des cornes non occupé par les bandes d'orfroi est couvert de rinceaux, défigures géométriques ou de scènes historiques. Au xv*" siècle, on y représentait souvent le couronnement de la sainte Vierge.
La mitre abbatiale doit, selon les prescriptions liturgiques, être plus simple et moins précieuse que celle des évoques. Les monuments de la période ogivale montrent que cette prescription ne fut guère observée; car les mitres dont
Mitre du xve siècle.
sont coiffés les abbés des puissantes abbayes surpassent, dans bien des cas, les mitres épiscopales par la richesse de la matière et du travail.
18. Crosses. Les crosses en ivoire, qui étaient de loin les plus communes au xi® et au xii^ siècle, ne se rencontrent pour ainsi dire plus pendant la période ogivale. On les fit alors en or, en argent et en cuivre doré, et, au xni® siècle, l'éclat du métal était régulièrement rehaussé par des émaux de diverses couleurs.
Comme nous l'avons dit ci-dessus, I, p. 442, la volute de la plupart des crosses romanes se terminait par une tète de serpent ou de dragon empalée par une croix que porte l'Agneau divin. Cette scène, symbole du triomphe que le Sauveur a remporté sur le démon par le sacrifice du Calvaire, devient très rare dès le xiii® siècle. Quelques volutes, il est vrai, portent encore alors à leur extrémité une tête de dra- Fig. 1. gon ou de serpent, mais cette tête
est entièrement isolée, ou s'attaque, non plus à l'Agneau, mais à un certain personnage ou à une scène religieuse. Dans un grand nombre de crosses la tête de serpent est remplacée par un bouquet de feuillage ou une fleur épanouie. Voici (fig. 1) un exemple des crosses à volute fleuronnée et tout émaillées, qui furent très répandues au XIII® siècle et dont plusieurs ont été conservées jusqu'à nos jours.
L'usage de placer, dans les enroulements de la volute, des sujets religieux ou des statuettes de saint devint très commun au
Crosse fleuronnée du xiii» siècle, ^"l' siècle. Nous donnons à la
au muace d'Angers. page suivante (fig. 2) une crosse
Vis- 2.
Fig. 3.
Crosse épiscopale du xiiie siècle, au trésor de h cathédrale de Bruges.
Hauteur : 1"301.
Crosse abbatiale du xve siècle, à l'église Saint-Sébastien, à Stavelot.
du xiii^ siècle, où l'on voit, à l'intérieur de la volute qui est ornée de crochets et se termine en feuillage, saint Martial, évêque de Limoges , recevant à l'autel le chef de sainte Valérie. Cette crosse, qui fait partie du trésor de la cathédrale de Bruges, est en cuivre rouge doré et émaillé. La douille est cantonnée de trois lézards dont les queues recourbées soutiennent un nœud à huit côtes incrustées de turquoises de même que les dos des lézards.
Lorsque, vers la fin du xiii* siècle, les détails d'architecture remplacèrent, sur les pièces d'orfèvrerie, la décoration empruntée aux végétaux et au règne animal, réel ou fantastique, les crosses changèrent aussi d'aspect. Aux xiv^ et XV® siècles, elles se garnirent de crochets végétaux, de niches, de statuettes, de flèches et de pinacles. Le nœud surtout, et aussi la douille, furent surchargés de ces ornements. La crosse que nous reproduisons ci-dessus (fig. 3)
donne le type le plus répandu au xv^ siècle. Elle est partie en argent, partie en cuivre doré, et provient de l'ancienne abbaye de Stavelot; on la conserve encore, dans cette ville, à l'église de Saint-Sébastien. Un faon s'élance de la base de la volute et touche de ses pattes de devant l'extrémité de la volute qui rappelle de loin la tête de serpent.
Des scènes religieuses et des statuettes de saints, par exemple la sainte Vierge avec l'Enfant, soit seule soit placée entre deux anges ou deux saints, se rencontrent encore quelquefois dans les enroulements des volutes de crosse au XIV* et au XV® siècle.
Au nœud ou à la douille des crosses on attachait souvent un morceau d'étoffe, ordinairement de lin très fin, connu dans les anciens documents sous le nom de vélum, sudarium, orarium ou pamiisellus. Ce voile, quelquefois richement orné de broderies ou de bandes d'orfroi, a été pris par quelques archéologues, mais à tort, comme un attribut exclusif des crosses abbatiales. Ce qui a donné à cette opinion une apparence de fondement c'est qu'en Italie, ou du moins dans le nord de ce pays et particulièrement dans le diocèse de Milan, le vélum attaché à la crosse était, vers la fin du xvi^ siècle, porté par les abbés seulement, conformément aux prescriptions d'un concile de Milan célébré par saint Charles Borromée. Un décret de ce synode statue que les évéques ne doivent pas porter le voile à la crosse, mais bien les abbés (i).
En deçà des Alpes, c'est-à-dire en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, les crosses épiscopales aussi bien que les abbatiales ont été munies de cet appendice pendant la période ogivale, comme le prouvent un grand nombre de monuments peints et sculptés qui existent encore de nos jours.
La plupart des liturgistes ont encore indiqué comme un signe distinctif de la crosse d'évêque ou d'abbé la direction
(1) « Orario aut sudario non ornatur baculus, si episcopalis est ; quo insigni abbatialis ab illo distinguitur. • Lib. II.
que celui qui la porte donne à la volute. Les abbés, direntils, portent la crosse avec la volute tournée en dedans, c'està-dire vers l'épaule, parce que leur juridiction ne s'étend pas au delà de leur monastère ; les évoques, au contraire, la portent en dehors, vers le peuple de leur diocèse. Et, en effet, le cérémonial des évoques (liv. II, ch. 8) recommande aux prélats, en allant à l'autel, de tenir la crosse iîi manu smistra, parte curva baculi ad popiilum versa, pendant qu'ils bénissent de- la main droite. Mais ici encore les monuments anciens sont loin de se trouver d'accord avec la théorie moderne des rubricistes.
§ 18. Abbayes et monastères.