‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 3 sur 30 · Division de la période ogivale. La période de trois · texte numérisé non relu

Division de la période ogivale. La période de trois

siècles et trois quarts, pendant laquelle le style ogival a régné dans l'Europe occidentale, peut être divisée en trois grandes époques, présentant chacune des caractères distinctifs. Voici le tableau indiquant ces subdivisions :

Nom

EN France et en

Nom en

Belgique.

Angleterre.

Durée.

Primaire

Early english;

Dernière moitié du xiie,

ou à lancettes.

Anglais primitif.

et xiiie siècle en entier.

Secondaire ou

Decorated;

xive siècle.

rayonnant.

Décoré.

co

Tertiaire

Perpendicular ;

xve siècle, et commen-

ou

flamboyant.

Perpendiculaire.

cement du xvie siècle.

Les dénominations françaises de style à lancettes, rayonnant ti flamboyant, sont empruntées à la forme des fenêtres, de même que celle de perpendiculaire donnée, en Angleterre, au style tertiaire du xv^ siècle.

La distinction que nous venons d'établir entre les époques n'est ni tranchée ni absolue; il y a entre elles, comme entre les périodes romane et ogivale, et entre celle-ci et celle de la Renaissance une transition et des développements successifs. " On a pu tenter, fait très justement observer Viollet-le-Duc, une classification toute de convention, et diviser les arts par périodes, par styles primaires, secondaires, ter-

flaires, de transition, et supposer que la civilisation moderne avait procédé comme notre globe, dont la croûte change de nature après chaque grande convulsion ; mais par le fait cette classification, toute satisfaisante qu'elle paraisse, n'existe pas, et de la décadence romaine à la renaissance du XVI* siècle il n'y a qu'une suite de transitions sans arrêts. » Dictionnaire de V architecture, I, p. V. C'est pour cette raison que nous ne séparerons pas ces subdivisions, mais nous traiterons des dittérents objets qui s'offrent à notre étude, en expliquant, sans interruption, les développements successifs qu'ils ont subis pendant les trois époques de la période ogivale.

Le style ogival n'a pas été introduit en même temps dans tous les pays, ni même dans toutes les parties d'un même pays. Il a pris naissance et s'est développé rapidement, vers le milieu du xii^ siècle, aux environs de Paris, dans l'Ile-de- France et les provinces voisines. De là il s'est répandu un peu plus tard en Belgique, en Allemagne et en Italie. En Belgique même, le style ogival n'est devenu d'un usage général qu'après le premier quart du xiii^ siècle; exceptionnellement même des édifices, par exemple l'église de l'abbaye de Parc lez Louvain, ont été élevés en style roman de transition pendant la dernière moitié du xiii^ siècle. Dans la Flandre maritime, beaucoup de monuments du xv^ siècle présentent des caractères architectoniques que l'on observe ailleurs dans les constructions du xiii^ et du commencement du xiv^ siècle (halle de Nieuport , bâtie vers la fin du xv^ siècle). Dans cette même contrée et dans quelques autres parties de la Belgique, on trouve plusieurs édifices construits en style ogival pendant la dernière moitié du XVI' et môme pendant le premier quart du xvii* siècle.

^2. — Période de transition du style roman au style ogival.

La substitution du style ogival au style roman n'a pas été l'œuvre d'un seul jour; il a fallu plusieurs années pour l'opérer. C'est cette époque de transformation qui a reçu le

nom àe période de transition entre ces deux styles. Sa durée n'a pas été la même dans tontes les contrées, et elle a commencé plus tôt dans un pays que dans un autre. Dans une grande partie de la France, on la place vers le milieu du xii" siècle; en Belgique elle comprend les dernières années du XII® et le commencement du xiii^ siècle.

Les monuments de la période de transition se distinguent presque tous par l'emploi simultané du plein cintre et de l'ogive. Ce mélange se fait surtout de deux manières :

aj Par simple juxtaposition, lorsque l'ogive isolée se trouve dans un même monument à côté du plein cintre. Dans les édifices de la transition on voit souvent des ouvertures cintrées dans les parties basses, qui sont les plus anciennes, tandis que l'étage a des baies ogivales (chœur de Sainte-Gudule, à Bruxelles; tours de la cathédrale de Tournai; intérieur de la tour de Saint-Nicolas, à Gand): plus rarement on rencontre des pleins cintres dans les parties hautes d'un monument dont les parties basses offrent des baies ogivales (abside occidentale de Sainte-Croix, à Liège; fenêtres du chœur de l'église abbatiale de Villers).

b) Par encadrement, lorsque deux ou plusieurs ogives sont comprises sous un seul plein cintre. Ce mode d'unir l'ogive au cintre se trouve principalement dans les fenêtres et les

ri>. 1.

Fiff. 2.

Fiî

Lancette géminée,

Lancette triple,

aux ruines de l'abbaye à la tour de Saint-Nicolas,

de Saint- Bavou, à Gand.

Baie géminée en plein cintre,

à Gand.

encadrée par une ogive.

arcades (fenêtres du chœur de La Chapelle, à Bruxelles et du réfectoire de l'abbaye de Villers ; arcades dans les ruines de l'abbaye de Saint- Ravon, à Gand (fig. 1); tour de Saint- Nicolas, à Gand (fig. 2) ; et fenêtres du chœur de l'église de Paniele, à Audenarde), On voit plus rarement deux ou plusieurs baies en plein cintre encadrées dans une ogive (fig. 3). cj Par enlacement , lorsque des arcs en plein cintre forment des ogives en s'cntrecroisant (voyez la fig. 3 de la page 34G de notre tome I). Les arcatures aveugles, formées de cette manière, se rencontrent déjà vers la fin de la période romane, et restèrent en usage pendant le xiii^ siècle.

Une autre particularité que l'on observe souvent dans les édifices de la transition c'est le mélange de la sculpture d'ornement romane et ogivale. La première, comme nous l'avons expliqué ci-dessus, consiste ordinairement dans des figures géométriques, des animaux fantastiques ou des végétaux peu fouillés et fréquemment ornés de perles, tandis que la seconde emprunte à la flore indigène la plupart de ses motifs de décoration.

^3. — Caractères de l'architecture ogivale.

1. Observations générales. Le style ogival, né et perfectionné dans le centre et le nord de la France, a suivi dans son développement des principes jusqu'alors inconnus et une méthode complètement nouvelle et rigoureuse dans ses déductions.

Dans ce style, la forme donnée à un objet est commandée par la construction ; elle est le résultat, non pas d'un caprice ni d'une fantaisie, mais d'une nécessité réelle. Les colonnes, par exemple, sont d'un diamètre plus ou moins fort suivant la charge qu'elles doivent porter; les arcades sont étroites ou larges, composées d'un ou de plusieurs rangs de claveaux, en raison de leur fonction; les murs épais et massifs, devenant inutiles parce que le principe de la construction ogivale se réduit à équilibrer des voûtes en les tenant suspendues sur un certain nombre de points d'appui fixes et

solides, disparaissent dans les grands édifices et y sont remplacés par des claires-voies décorées de vitraux colorés ou par des murs étroits et formant simple cloison ou remplissage entre les piles portant les voûtes.

L'ornementation ne s'applique pas indifféremment et sans raison sur les différentes parties d'un monument. On s'en sert soit pour appeler l'attention sur un membre principal de la construction ou une partie importante d'un objet, soit pour dissimuler une nécessité. /. Toute nécessité, dit VioUetle Duc, est un motif de décoration : les combles, l'écoulement des eaux, l'introduction de la lumière du jour, les moyens d'accès et de circulation aux différents étages des bâtiments, jusqu'aux menus objets tels que les ferrures, la plomberie, les scellements, les supports, les moyens de chauffage, d'aération, non-seulement ne sont point dissimulés, comme on le fait si souvçnt depuis le xvi® siècle dans nos édifices, mais sont au contraire franchement accusés, et contribuent, par leur ingénieuse combinaison et le goût qui préside toujours à leur exécution, à la richesse de l'architecture. Dans un bel édifice du commencement du xiii^ siècle si splendide qu'on le suppose, il n'y a pas un ornement à enlever, car chaque ornement n'est que la conséquence d'un besoin rempli. » Dictionnaire de T architecture, I, p. 146.

Un autre caractère distinctif du style ogival c'est que ses monuments sont, comme on dit en termes d'architecture, à l'échelle de r homme (i), c'est-à-dire que, dans toute construction, grande ou petite, il y a certaines parties en rapport avec la taille humaine et, par conséquent, présentant à peu près toujours les mêmes dimensions. Dans le style classique, où le module impose impérieusement toutes les

(1) • En architecture on dit l'échelle d'un monument... Cet édifice n'est pas à l'échelle. L'échelle d'une cabane à chien est le chien, c'est-à-dire qu'il convient que cette cabane soit en proportion avec l'animal qu'elle doit contenir. Une cabane à chien dans laquelle un âne pourrait entrer et se coucher ne serait pas à l'échelle. . Viollet-le-Duc, Dict. de l'archit., V, p. 143.

dimensions, l'échelle humaine fait complètement défaut. " Tout le monde sait, dit Viollet-le-Duc, que les ordres de rarchitecture des Grecs et des Romains pouvaient être considérés comme des unités typiques que l'on employait dans les édifices en augmentant ou diminuant leurs dimensions et conservant leurs ])roportions, selon que ces édifices étaient plus ou moins grands à'échelle. Ainsi le Parthénon et le temple de Thésée à Athènes sont d'une dimension fort différente, et l'ordre dorique appliqué à ces deux monuments est à peu près identique comme proportion ; pour nous faire mieux comprendre, nous dirons que l'ordre dorique du Parthénon est l'ordre dorique du temple de Thésée vu à travers un verre grossissant. Rien dans les ordres antiques, grecs ou romains, ne rappelle une échelle unique, et cependant il y a pour les monuments une échelle invariable, impérieuse dirons-nous, c'est Vhomme. La dimension de l'homme ne change pas, que le monument soit grand ou petit. Aussi, donnez le dessin géométral d'un temple antique en négligeant de coter les dimensions ou de tracer une échelle, il sera impossible de dire si les colonnes de ce temple ont quatre, cinq ou dix mètres de hauteur; tandis que pour l'architecture dite gothique il n'en est pas ainsi, l'échelle humaine se retrouve partout indépendamment de la dimension des édifices. Entrez dans la cathédrale de Reims ou dans une église de village de la même époque, vous retrouverez les mêmes hauteurs, les mêmes profils de bases; les colonnes s'allongent ou se raccourcissent, mais elles conservent le même diamètre; les moulures se multiplient dans un grand édifice, mais elles sont de la même dimension que celles du petit; les balustrades, les appuis, les socles, les bancs, les galeries, les frises, les bas-reliefs, tous les détails de l'architecture qui entrent dans l'ordonnance des édifices , rappellent toujours Véchelle type, la dimension de l'homme. L'homme apparaît dans tout; le monument est fait pour lui et par lui, c'est son vêtement, et quelque vaste et riche qu'il soit, il est toujours à sa taille. Aussi les monuments du moyen âge paraissent «ils plus grands q^u'ils ne le sont réel- II. 2

— isolement, parce que, même en l'absence de l'homme, Véchelle humaine est rappelée partout, parce que l'œil est continuellement forcé de comparer les dimensions de l'ensemble avec le module \i\xmm.u. L'impression contraire est produite par les monuments antiques; on ne se rend compte de leur dimension qu'après avoir fait un raisonnement, que lorsqu'on a placé près d'eux un homme comme point de comparaison, et encore est-ce plutôt l'homme qui paraît petit, et non le monument qui semble grand. Que ce soit une qualité ou un défaut, nous ne discuterons pas' ce point, nous ne faisons que constater le fait qui est de la plus haute importance, car il creuse un abîme entre les méthodes des arts de l'antiquité et du moyen âge. » Dictionnaire de V architecture, I, p. 146 et suiv. — Les observations qui précèdent expliquent parfaitement comment il se fait qu'une cathédrale du xiii^ ou du xiv^ siècle produise sur le spectateur un eflPet plus saisissant qu'un monument beaucoup plus vaste et plus colossal en style de la Renaissance, comme est, par exemple, l'église de Saint-Pierre, à Rome.

La dimension et la résistance des matériaux mis en œuvre exercent éscalement une forte influence sur la forme des constructions ogivales. Il est de règle dans le style ogival que tout membre d'architecture se prend dans une hauteur d'assise; mais comme les pierres ne sont pas partout de la même hauteur ou épaisseur de banc et ne présentent pas partout la même dureté, la forme et l'ampleur des moulures et des profils ainsi que le diamètre des colonnes varient selon la nature des matériaux.

Les caractères remarquables du style ogival que nous venons de signaler en peu de mots se rencontrent principalement dans les édifices élevés au moyen âge dans le nordouest de l'Europe. Le style ogival s'est formé et a été, dès l'origine, le mieux compris dans le centre et le nord de la France et dans quelques contrées voisines; c'est donc dans ces pays qu'il faut l'étudier pour en saisir toutes les beautés

et se rendre un compte exact de la logicjue (jui a présidé à sa formation. Les chefs-d'œuvre du style ogival sont sans contredit les cathédrales françaises de Chartres, Reims, Amiens et Paris, toutes élevées vers la fin du xii'= ou dans le cours du xiii'' siècle. On aurait donc tort de recourir, pour juger l'architecture ogivale, à des imitations superficielles faites de ces monuments dans certaines contrées de l'Allemagne et en Italie, par exemple à Milan, à Florence et à Sienne. Les cathédrales de toutes ces villes ont été conçues et élevées par des constructeurs qui ne s'attachaient qu'à copier les formes extérieures du style, sans en pénétrer les principes et en saisir la raison d'être. C'est là malheureusement aussi le grand défaut de presque tous nos architectes modernes.

2. Plan (les églises. La plupart des églises ogivales présentent en plan la forme d'une croix latine, dont le sommet,' figuré par le chœur, est tourné vers l'Orient (i). Elles se composent de trois, cinq et môme parfois sept nefs (Notre- Fig. 1. Dame, à Anvers). Dans quel-

ques-unes, l'axe du chœur dévie notablement de la direction de celui de la nef (fig. 1). Cette déviation, qui en général a lieu vers le nord , et en France quelquefois vers le sud, symbolise probablement l'inclinaison de la tête du Sauveur au moment de rendre le dernier soupir sur la croix. On l'observe dans quelques monuments belges, par exemple à Sainte-Gudule de Bruxelles, Saint-Germain de Tirlemont et Saint-Gommaire de

Eglise avec chœur incliné vers le nord. -L'^crre.

(1) Quelquefois, comme à l'église de Notre-Dame à Huy, le transept est peu accentué.

Un petit nombre d'églises de la fin du xii^ et de la première moitié du xiii" siècle ont encore, comme les églises lombardes et quelques églises romanes, leurs bas côtés surmontés de galeries. Elles se rencontrent principalement au centre et au nord de la France; telles sont les cathédrales de Paris, de Laon et de Noyon.

a) Plan desgrandes égUses du \\\\^ siècle. Dans les grandes églises de l'Europe centrale et méridionale, de la France et de la Belgique, le chevet du chœur est ordinairement à plusieurs pans, tandis qu'en Angleterre il est souvent rectangulaire et terminé par un mur plat. Sur le continent, cette dernière disposition ne se rencontre qu'exceptionnellement au chœur des cathédrales et des grandes églises (cathédrale de Laon), mais elle y constitue la règle ordinaire pour les extrémités du transept.

Vers la fin de la période romane, on avait commencé, en

Fk. 2. Fig. 3.

Plan de la cathédrale d'Amiens.

Plan de la cathédrale de Cologne,

France, à entourer de chapelles absidales les collatéraux du chœur des grandes églises (voyez ci-dessus, I, p. 298). Cet

usage se maintint pendant toute la période ooivale, et les chapelles prirent de plus grandes proportions. Sur les plans des cathédrales d'Amiens et de Cologne, que nous donnons à la page précédente, on voit treize chapelles autour du chœur, dont sept bâties sur plan polygone presque semicirculaire, et les si\ autres sur plan carré. Les premières, qu'on nomme chapelles absidnles, rayonnent autour du chevet, les autres occupent la nef extérieure, le long du bas côté. On remarque aussi qu'à la cathédrale d'Amiens, selon l'usage assez généralement reçu en France pendant le XIII* siècle, la chapelle du sommet, toujours dédiée à la sainte Vierge, est beaucoup plus vaste que les chapelles voisines. On trouve de môme, au chevet du chœur des cathédrales anglaises du xiii*' siècle, les Lady-chapels, chapelles de la Vierge, avec la différence cependant quelles sont régulièrement construites sur plan rectangulaire.

En Belgique, le chœur des grandes églises du xiii" siècle (i) est quelquefois, comme en France, entouré de collatéraux faisant le tour complet du chœ'ur et bordés de chapelles

bâties en partie sur plan rectangulaire, en partie sur plan polygone (Sainte- Walburge, à Furnes; Sainte-Gudule.à Bruxelles) ; mais ces chapelles sont ordinairement plus petites et leur nombre plus restreint que dans les cathédrales françaises, comme on peut le voir sur le plan primitif du chœur de la cathédrale deTournai, que nous donnons ci-contre ; elles sont établies entre les contre-forts et les dissimulent. Dans plusieurs de nos grandes églises de la même époque, les bas côtés s'arrêtent à l'endroit où commence la cour-

Plan primitif du chœur

de la cdtbédrate de Tournai,

(xiiie siècle).

(1) Avant Tannée 1559, il n'y avait en Belgique que deux cathédrales, Saint-Lambert à Liège et Notre-Dame à Tournai. La première a été détruite

bure de l'abside, sans faire le tour complet du cliœur (Saint-

iMartin, à Ypres).

b) Flan des grandes églises du xiv'' et du xv° siècle. Au

xiv" et au xv^ siècle, le plan des grandes églises conserva à

peu près la môme disposition que pendant le siècle précédent.

Le seul cil an gement important,quel'on remarque presque partout, consiste dans l'addition de petites chapelles le long des bas côtés de la nef. Le plan de l'église de Saint-Pierre, à Louvain , que nous donnons ci-contre, offre un bel exemple de cette modification. Les chapelles sont établies sur plan rectangulaire entre les contre-forts; elles semblent former, en quelque sorte, un second collatéral à côté du premier. A la même époque, on ajouta souvent, à des édifices du xiii® siècle, le long des nefs

Plan de l'église de Saint-Pierre, à Louvain. latérales, des chapelles (Première moitié du xve siècle.) construites en dcliors

du plan primitif (églises de Notre-Dame, à Tongres, de Saint-Paul, à Liège, de Saint-Rombaut, à Malines). Ces additions étaient nécessitées par le grand nombre de chapel-

pendant la révolution de la fin du siècle dernier ; la seconde, dont le chœur seul date de l'époque ogivale, existe encore. Lorsque les nouveaux évéchés furent érigés vers le milieu du xvie siècle, des églises collégiales furent transformées en cathédrales dans les villes où l'on établit les nouveaux sièges épiscopaux.

CCUILtUW.CC.

lenies fondées dans le cours du xiv" et du xv' siècle. Ces fondations étaient parfois si nombreuses, qu'on se vît obligé d'adosser des autels aux piliers des églises; car, en règle générale, chaque chapellenie avait son autel propre. Vers la tin du xvi*" siècle, l'église de Saint-Pierre, à Louvain, comptait 28 canonicats et 76 chapellenies.

Les grandes églises du xv^ siècle présentent souvent des constructions élevées en hors-d'œuvre dans les angles formés par l'intersection du chœur et du transept, ou du transept et des. nefs. Ces constructions renfermaient ordinairement la salle capitulaire, la trésorerie et le dépôt des archives. Sur le plan de l'église de Saint-Pierre à Louvain, on voit en E au rez-de-chaussée la trésorerie, et à l'étage la salle capitulaire, et en B la chambre aux archives. L'étage au-dessus de la trésorerie était souvent affecté à la conservation des archives.

c) Plan des petites églises. Les petites églises de la période ogivale ont, de même que les grandes, leur plan en forme de croix latine. Elles sont généralement à trois nefs. Le chœur, presque toujours dépourvu de collatéraux, a le plus souvent un chevet polygone. Cependant on construisit encore en Belgique, au xiii^ et au xiv® siècle, des églises rurales et des églises urbaines de moyenne grandeur qui ont, comme beaucoup de nos églises romanes, le chevet du chœur rectangulaire et fermé par un mur plat, percé d'une rose ou d'une fenêtre. En Angleterre et dans certaines parties de la France, beaucoup d'églises rurales ont le chœur terminé par un mur plat.

Dans les églises rurales le chœur est souvent plus bas ou plus élevé que les nefs, parce que, d'après l'ancien droit coutumier de Belgique, la construction et l'entretien du chœur étaient à la charge du curé, qui percevait la menue dîme dans la paroisse, tandis que les nefs et la tour jusqu'à sept pieds au-dessus du toit de l'église devaient être bâties et réparées par le gros décimateur.

d) Plan des églises de la Flandre maritime. On trouve, dans les villes et les villages de la Flandre maritime, des

édifices religieux dont l'aspect diffère notablement de celui des monuments que l'on rencontre dans le reste de l'Europe. Voici quelques-uns des caractères que présentent ces églises :

à) Presque toutes sont bâties sur plan rectangulaire; elles se composent d'une nef principale bordée de bas côtés ordinairement aussi larges qu'elle, et sont dépourvues entièrement de transept, ou, si elles en ont un, il ne présente qu'une très faible saillie sur les murs extérieurs des'^bas côtés. Les deux plans suivants feront comprendre cette disposition :

Fis. 1.

Fi£

KV^

Plan de l'église de Saint-Nicolas, Plan de l'église de Nieucappelle-, à Dixmude. près de Dixmude.

d) Les voûtes en pierres ou en briques sont remplacées,^ même dans les grands édifices, par des voûtes en bardeaux peintes et quelquefois sculptées en partie , laissant paraître les entraits de la charpente, c) La couverture des églises est formée de trois toits à double versant, et tous de même hauteur; d'où il résulte que la nef principale n'a pas de fenêtres hautes et que la façade est toujours couronnée de trois pignons également élevés.

Vue à vol d'oiseau de l'église de Westvleteren, près de Poperinghe.

e) Flan des chapelles. Les chapelles élevées pendant la période ogivale sont le plus souvent dépourvues de transept et bâties sur plan rectangulaire. Leur chœur se termine vers l'orient par une abside polygone ou par un mur plat. Les chapelles ou églises conventuelles sont souvent à trois nefs; les petites chapelles n'en ont régulièrement qu'une seule. Les chapelles royales, épiscopales et castrales, ont la forme ordinaire des chapelles, mais elles sont rarement tout à fait dégagées.

Il existe, en Belgique, quelques chapelles composées d'un

chœur et d'un transept, et complètement dépourvues de nef.

Telle était, avant l'adjonction des nefs au xv^ siècle, l'église

dite La Chapelle, à Bruxelles (fig. 1) (i), et telles sont encore

(1) Le plan primitif de l'église de La Chapelle existe dans le manuscrit

Fi:

Fis

Plan de La Chapelle, à Bruxelles.

(Commeucement du xiiie siècle).

Plan de Notre-Dame-du-Lac, à Tirlemoiit. (xve siècle).

aujourd'hui l'église de Notre-Dame-du-Lac, à Tirlemont (ôg. 2), et la petite chapelle de Hoxein située à peu de distance de cette ville. Dans les deux premiers monuments, la tour se trouve au centre du transept; dans le dernier elle est placée devant le transept.

La symétrie fait souvent défaut dans les constructions ogivales, tant sous le rapport du plan que sous celui des caractères arcliitectoniques. Ces irrégularités tiennent à deux causes principales. D'abord, les architectes gothiques, sans dédaigner la symétrie, ne l'ont cependant pas mise avant les convenances, les besoins et l'harmonie générale; quelquefois aussi, les ressources sur lesquelles ils avaient compté au commencement des travaux venant à manquer, ils se trouvaient dans la nécessité de modifier le plan primitif et d'en supprimer certaines parties. Enfin, beaucoup de monuments furent construits très lentement ; il en est même, comme l'église de Sainte-Gudule à Bruxelles, auxquels on travailla pendant tonte la durée de la période ogivale. Les différentes parties de ces édifices, élevées successivement,

no 13510 de la Bibliothèque royale à Bruxelles. En A il y avait une petite chapelle, et à côté, dans la partie B, il existait, près du transept, une chapelle de la même grandeur ; le reste de la partie B était occupé par le trésor ou les archives. Les parties A et B furent démolies eu 1654, et remplacées par la grande chapelle que l'on y voit aujourd'hui.

présentent toujours les caractères architectoniques en vogue au moment de leur construction.

3. Système de construction. Nous avons fait connaître (I, pp. 210 et sv.) le système de construction de la voûte romaine. Les grands monuments, élevés par les Romains au temps de la République et sous les empereurs, formaient, par la stabilité des points d'appui, la concrétion et la cohésion parfaite de leurs matériaux, des masses immobiles, capables de résister au poids et à la poussée des voûtes, qui elles-mêmes étaient des croûtes homogènes, concrètes et dépourvues d'élasticité. C'est d'après ce principe de stabilité inerte et passive que sont construits plusieurs grands édifices de Rome païenne.

A la voûte romaine les architectes romans substituèrent peu à peu la voûte à nervures, dont la construction repose sur le principe d'élasticité et d'équilibre des forces. Ils réussirent à l'établir sur un plan carré ; mais, lorsqu'il s'agissait de neutraliser la poussée latérale exercée par cette, voûte sur ses points d'appui, ou qu'il fallait bâtir une voûte sur un plan s'éloignant du carré, ils se livraient à des essais dont le résultat ne répondait pas toujours à leurs calculs et à leurs espérances (voyez ci-dessus, I, pp. 352 et sv.). En un mot, la période romane fut une époque de transition, de tâtonnements plus ou moins couronnés de succès , pour passer du principe de stabilité inerte à celui d'équilibre des forces.

Les architectes de la période ogivale réalisèrent de grands progrès dans la construction des voûtes. D'abord, ils couvrirent de voûtes à nervures des surfaces ofiPrant en plan des parallélogrammes, des trapèzes, des pentagones et même des polygones irréguliers ; ensuite , ils résolurent d'une manière complète le problème si difficile de la stabilité des voûtes par le principe d'équilibre des forces. Ils emploient la voûte, non comme une croûte homogène et inerte, mais comme une suite de panneaux à surfaces courbes ou triangles de remplissage indépendants les uns des autres et bandés sur des nervures appareillées et flexibles. Aux pous-

sées obliques de ces voûtes ils opposent des résistances actives au lieu d'obstacles passifs, et transportent, au moyen des arcs boutants, la résultante de toutes les poussées obliques et contraires sur les contre-forts extérieurs qu'ils rendent rigides et immobiles en leur donnant une assiette très large et en les chargeant d'un poids considérable.

Parlant de ces progrès que les architectes de l'Ile-de- France avaient introduits dans leurs constructions peu après le milieu du xif siècle, Viollet-le-Duc s'exprime de la manière suivante : «La transition, dit-il, est complète : de la structure romane il ne reste plus rien ; le principe d'équilibre des forces a remplacé le système de stabilité inerte. Tout édifice, à la fin du xii* siècle, se compose d'une ossature rendue solide par la combinaison de résistances obliques ou de pesanteurs verticales opposées aux poussées, et d'une enveloppe, d'une chemise qui revêt cette ossature. Tout édifice possède son squelette et ses membranes; il n'est plus qu'une charpente de pierre, indépendante du vêtement qui la couvre. Ce squelette est rigide ou flexible suivant le besoin et la place; il cède ou résiste; il semble posséder une vie, car il obéit à des forces contraires et son immobilité n'est obtenue qu'au moyen de l'équilibre de ces forces, non point passives, mais agissantes. " Dictionnaire de V architecture, IV, p. 126.

Les voûtes avec leurs points d'appui, c'est-à-dire les colonnes, les arcs boutants et les contre-forts, composent l'ossature, le squelette de tout grand édifice ogival; les autres parties de la construction, formant le revêtement de cette ossature, remplissent en quelque sorte l'ofiice de simple cloison : les fenêtres occupent, entre les points d'appui de la voûte, le plus grand espace possible, et les murs, de peu d'épaisseur, sont décorés d'arcatures qui les rendent plus légers encore. Les fenêtres et les murs pourraient être supprimés sans que la construction principale en souffrît le moindre détriment.

La conséquence nécessaire du système de construction adopté pendant la période ogivale c'est que le plan hori-

zontal, la forme et la disposition de toutes les parties d'un édifice sont commandés par la voûte. « Toutes les constructions des édifices religieux, dit VioUet-le-Duc, dérivent de la disposition des voûtes ; la forme et la dimension des piles, leur espacement, l'ouverture des fenêtres, leur largeur et hauteur, la position et la saillie des contre-forts, l'importance de leurs pinacles, la force, le nombre et la courbure des arcs boutants, la distribution des eaux pluviales, leur écoulement, le système de couverture, tout procède de la combinaison des voûtes. Les voûtes commandent l'ossature du monument au point qu'il est impossible de l'élever, si l'on ne commence par les tracer rigoureusement avant de faire poser les premières assises de la construction. Cette règle est si bien établie que, si nous voyons une église du milieu du xiif siècle dérasée au niveau des bases et dont il ne reste que le plan, nous pourrons tracer infailliblement les voûtes, indiquer la direction de tous les arcs, leur épaisseur. A la fin du xiv^ siècle, la rigueur du système est encore plus absolue; on pourra tracer, en examinant la base d'un édifice, non-seulement le nombre des arcs des voûtes, leur direction, et reconnaître leur force, mais encore le nombre de leurs moulures et jusqu'à leurs profils. Au xv^ siècle, ce sont les arcs des voûtes qui descendent euxmêmes jusqu'au sol, et les piles ne sont que des faisceaux verticaux formés de tous les membres de ces arcs. Après cela on se demande comment des hommes sérieux ont pu repousser et repoussent encore l'étude de l'architecture au moyen âge, comme n'étant que le produit du hasard? « Dictionnaire de V architecture, I, p. 190. Et dans un autre endroit du même ouvrage il ajoute : «Non-seulement le plan horizontal indique le nombre et la forme des voûtes, mais encore leurs divers membres, arcs doubleaux, formerets, arcs ogives ; et ces membres indiquent à leur tour la disposition des points d'appui verticaux, leur hauteur relative, leur diamètre. D'où l'on doit conclure que, pour tracer définitivement un plan par terre et procéder à l'exécution, il fallait, avant tout, faire l'épure des voûtes, de leur rabat-

tement, de leurs sommiers, connaître exactement la dimension et la forme des claveaux des divers arcs. Les premiers constructeurs gothiques se familiarisèrent si promptement avec cette méthode de prendre toute construction par le haut, pour arriver successivement à tracer ses bases, qu'ils l'adoptèrent même dans les édifices non voûtés, mais portant planchers ou charpentes ; ils ne s'en trouvèrent pas plus mal. La première condition pour établir le plan d'un édifice de la fin du xif siècle étant de savoir s'il doit être voûté et comment il doit être voûté, il faut donc que, dès que le nombre et la direction des arcs de ces voûtes sont connus, obtenir la trace des sommiers sur les chapiteaux, car ce sera la trace de ces sommiers qui donnera la forme et la dimension des tailloirs et chapiteaux, le nombre, la force et la place des supports verticaux. « Ibid., IV, p. 44.

La plupart des architectes modernes ignorent complètement cette règle si sage, suivie par leurs devanciers du moyen âge; ils n'en soupçonnent pas même l'existence. Lorsqu'on les charge de la construction d'un édifice religieux, ils dressent avant tout le plan par-terre, déterminent la position et le diamètre des colonnes, l'épaisseur des murs extérieurs, etc., sans se préoccuper le moins du monde de la voûte, qu'ils remplacent fréquemment par un lattis enduit de plâtre, simulant une construction qui en réalité est souvent impossible. Voilà ce qui, de nos jours, s'appelle construire des édifices en style ogival ! ! !

Pendant toute la durée du style ogival, les monuments des différents pays se distinguent, aux mêmes époques, par des caractères architectoniques qui ofi'rent plus ou moins de ressemblance. Cependant cette ressemblance est moins sensible vers la fin de la période qu'au commencement, xiinsi, par exemple, pendant le xiii"^ siècle, les architectures française et anglaise ne diffèrent guère que dans les détails et dans certaines dispositions générales des plans des édifices; mais, à partir du siècle suivant, elles prennent des voies différentes qui les éloignent de plus en plus l'une de l'autre.

au point que, pendant le siècle suivant, les dissemblances deviennent très frappantes.

4. Ma(ériîui\ c! appareils de construction. De même que pendant la période romane , on chercha pendant l'époque ogivale à se procurer les matériaux dont on avait besoin, le plus près possible de l'endroit où se faisait la bâtisse; car le transport offrait encore alors, comme auparavant, de grandes difficultés à cause de l'absence complète de routes pavées. Les matériaux employés sont généralement de petite dimension, parce que les engins pour les extraire, les monter et les poser étaient faibles, si on les compare aux machines puissantes dont on dispose de nos jours.

Dans les parties de la Belgique possédant des gisements de calcaire bleu (pierre de taille) ou de grès blanc, les monuments sont construits avec ces pierres. Le calcaire bleu est très commun dans nos provinces méridionales, et le grès se rencontre principalement dans le Limbourg et le Brabant; dans cette dernière province, il existe des carrières de grès aux environs de Jodoigne (Gobertange), et autrefois on en exploitait aussi entre Bruxelles, Louvain et iMalines : à Vilvorde, Saventhem et Dieghem. A Diest, à Aerschot, et même à Louvain , on a employé des pierres ferrugineuses extraites à Rotselaer et à Langdorp. Dans les contrées où il n'y a point de gisements de pierres, on s'est servi de briques; c'est pour cette raison que, dans une partie de la province d'Anvers et surtout dans la Flandre maritime, la plupart des monuments du moyen âge sont en briques. Dans la province d'Anvers les briques sont rouges et très poreuses, tandis que dans la Flandre maritime elles sont presque toujours d'un gris jaunâtre, très dures et très résistantes.

Pour les siatues et la sculpture décorative on a souvent employé, dans le nord de la Belgique, un grès blanc extrait à Avenues, village de la province de Liège, situé près de Ilannut.

La plupart des monuments de l'époque ogivale ont leurs murs construits en blocaille avec un revêtement en pierres

— Sade moyen appareil. Les nervures des voûtes se composent de claveaux en pierre appareillés avec le plus grand soin, et les triangles de remplissage sont formés de pierres minces, régulières ou irrégulières, ou bien quelquefois aussi de briques. Dans la Flandre maritime, les nervures mêmes sont en briques spécialement façonnées à cet effet.

La grandeur de l'appareil est commandée par la dimension des matériaux employés. Cette dimension varie beaucoup d'une espèce de pierre à une autre. Il est des carrières dans lesquelles les bancs sont très épais, et d'autres où ils sont minces. Les constructeurs de la période ogivale ont extrait et employé les pierres telles que les leur fournissaient les bancs de carrières, en soumettant même les moulures et les divers membres de l'arcliitecture à ces hauteurs de bancs. Ne dédoublant jamais les pierres, ils les posaient, dans leurs constructions, entières, c'est-à-dire avec leur cœur ou noyau conservé dans leur partie centrale, et se contentaient de les dégrossir ou ébousiner. Ils avaient appris par expérience que, lorsqu'on respecte la hauteur des bancs de carrière, la pierre conserve toute sa force et toute sa résistance. Comme conséquence de ce principe, les revêtements des édifices oo;ivaux sont souvent formés d'assises de différentes hauteurs; car il est rare que tous les bancs d'une carrière aient la même épaisseur. Cette méthode de construction, on le voit, est toute différente de la méthode moderne ; celle-ci exige des assises parallèles, régulières et toutes d'égale hauteur, obtenues le plus souvent au moyen de la scie au grès, avec laquelle on coupe des blocs énoraies en tranches minces, toutes de même dimension.

5. Sculpture monumentale. Pendant la période romane, la sculpture d'ornement consistait dans des figures géométriques et des animaux monstrueux, et parfois aussi dans l'imitation de végétaux; mais cette imitation était sèche, toujours plate et peu fouillée. Pendant la dernière moitié du XII® siècle, une révolution complète s'opère dans la sculpture ornementale : les palmettes, les feuilles perlées, les galons, les figures géométriques, les entrelacs font place aux

végétaux indigènes ; en un mot, presque tout ce qui n'est pas inspiré par la flore du pays disparaît.

Les premiers artistes qui se livrent à l'étude des plantes indigènes pour les reproduire dans la sculpture d'ornement ne cherchent pas à imiter servilement dans leurs œuvres les végétaux qu'ils ont sous les yeux, mais ils les interprètent, c'est-à-dire qu'ils en saisissent les caractères principaux, au moyen desquels ils s'inspirent et composent à grands traits leur sculpture monumentale. Ils savent que l'art bien entend.u ne consiste pas dans la reproduction scrupuleuse, sorte de photographie de la nature réelle, mais dans l'expression du réel idéalisé et transformé par le génie de l'artiste. Aussi ne font-ils aucun cas de l'exactitude organographique des végétaux ; ils mêlent les espèces, prennent un bouton ou une feuille à une plante, une tige ou un fruit à une autre, et créent ainsi, en cherchant à rendre librement la physionomie de ces objets, une flore tout idéale mais en harmonie avec le but qu'ils poursuivent. Leur principe artistique est de produire un eff'et décoratif et monumental; c'est pour cette raison que, négligeant les détails et conservant seulement la silhouette de la plante ou le modelé des feuilles, ils font ressortir, en les accentuant vivement, les grandes lignes qui caractérisent chaque végétal et le rendent propre à devenir un motif d'ornement.

Les sculpteurs qui introduisent dans le centre et le nord de la France ce nouveau style de sculpture monumentale pendant la dernière moitié du xii'' siècle, et leurs imitateurs dans les autres parties de l'Europe au commencement du siècle suivant, s'attachent dans le principe à traduire dans leurs œuvres les plantes les plus humbles des bois et des champs au moment où elles font leur première pousse, où les boutons apparaissent et ne s'ouvrent encore qu'à demi, en un mot alors qu'elles ne font qu'atteindre leur tout premier développement. Nous avons un exemple bien connu de cette ornementation végétale rudimentaire dans les plus anciens crochets de chapiteaux et de rampants de gable qui ont été en usage à la fin du xii* et au commencement du II. 3

xiii^ siècle. Ces crochets (fig. 1) sont terminés par des enrou-

Fig. l. Fig. 2. Fig. 3.

Crochets de rampant de gable.

lements de feuillage, offrant une grande ressemblance avec les jeunes pousses des fougères qui sortent de terre.

Cependant les sculpteurs ne tardent pas à marcher en avant. Après avoir pendant quelque temps puisé leurs inspirations dans l'étude du premier développement des végétaux les plus modestes, ils abandonnent bientôt cdk humbles modèles et leur substituent les feuilles complètement formées, les fleurs et les fruits des arbres, des arbustes et des plantes herbacées les plus gracieuses. Ils cherchent à reproduire la vigne, le lierre, l'érable, le houx, l'églantier, le figuier, le chêne, le poirier, le nénuphar, le liseron, la renoncule, le fraisier, le trèfle, le plantain, le persil, etc. Cependant ce changement ne s'opère pas brusquement, mais peu à peu et par des transitions successives : dans la flore monumentale, de même que dans la, flore naturelle, à mesure que les temps avancent, les bourgeons s'ouvrent, les feuilles s'étalent, les boutons deviennent des fleurs et produisent des fruits. C'est à cette époque (en France vers 1240 et ailleurs un peu plus tard) que les enroulements primitifs des crochets s'épanouissent et font place à des fleurons et des bouquets de feuillage entièrement développé (figg. 2 et 3).

On remarque que, pendant la première moitié du xiii® siècle, lorsque l'échelle de la sculpture est grande, les détails

sont sacrifiés aux masses, tandis que les ornements petits et placés près de l'œil sont très soignés et finement modelés.

Interprétés d'abord, les végétaux sont dans la suite imités artistement. Voici comment ViolIet-le-Duc s'exprime au sujet de l'école de sculpture qui se forma en France au xiii'' siècle : " Après avoir interprété, arrangé la flore naturelle des champs, pour l'approprier aux données sévères de la sculpture monumentale, elle arrive à imiter scrupuleusement cette flore, d'abord avec réserve, en choisissant soigneusement les végétaux qui, par leur forme, se prêtent le mieux à la sculpture, puis plus tard en prenant les plantes les plus souples, les plus déliées, puis en exagérant même le modelé de ces productions naturelles. Cette seconde phase de l'art gothique est plus facile à faire connaître que la première ; elle est encore pleine d'intérêt. En se rapprochant davantage de la nature, les sculpteurs du milieu du xiii^ siècle, observateurs fins et scrupuleux, saisissent les caractères généraux de la forme des plantes et reproduisent ces caractères avec adresse. Ils aiment les végétaux, ils connaissent leurs allures, ils savent comment s'attachent les pétioles des feuilles, comment se disposent leurs faisceaux fibreux ; ils conservent et reproduisent avec soin ces contours si beaux, parce qu'ils expriment toujours une fonction ou se soumettent aux nécessités de l'organisme; ils trouvent dans les végétaux les qualités qu'ils cherchent à faire ressortir dans la structure de leurs édifices, quelque chose de vrai, de pratique, de raisonné : aussi y a-t-il harmonie parfaite entre cette structure et l'ornementation. L'ornementation de l'architecture gothique de la belle époque est comme une végétation naturelle de la structure; c'est pour cela qu'on ne fait rien qui puisse satisfaire le goût lorsqu'en adoptant le mode de construire de ces architectes raisonneurs, on veut y appliquer une ornementation prise ailleurs ou de fantaisie. La construction gothique est la conséquence d'un système raisonné, logique; les profils sont tracés en raison de l'objet; de même aussi l'ornementation a ses lois comme les produits naturels qui lui servent de types. Ces artistes vont jus-

qu'à admettre la variété que l'on remarque dans les feuilles ou fleurs d'un même végétal, ils ont observé comment procède la nature et ils procèdent comme elle. « Dictionnaire de r architecture, V, p. 508.

Bien que guidés par les mêmes principes, les artistes des divers pays ont cependant imprimé à leurs œuvres des cachets différents. La décoration ogivale, tout comme la décoration romane, présente dans chaque contrée, dans chaque province, des caractères particuliers, dus au génie propre des artistes, à la nature variée des matériaux employés et enfin à des influences locales. C'est ainsi, par exemple, qu'à Langres, à Lyon et dans tout le pays situé entre ces deux villes, la sculpture décorative du xiii^ siècle est encore tout empreinte des traditions gallo-romaines.

Fig. 4. Fig. 5. Fig. 6. Voici trois spé-

cimens de sculpture monumentale du xiii'' siècle empruntés à la cathédrale de Paris : la fig.4reproduitune clef de voûte exécutée vers l'année 1235; lesfigg. 5 et 6 donnent deux fragments ornant

Clef de voûte dans Ornements dans les voussures '^^ VOUSSUres de la un des clochers de la porte Row/e, porte Bouçe, qui

de la cathédrale de Paris. à la cathédrale de Paris. Jgj-g ^^ 1265 • le (Vers 1235). (Vers 1265). . , '

premier représente un pampre, l'autre une guirlande de roses (i).

En Belgique, les sculptures d'ornement du xiii« siècle sont assez rares. Cette rareté s'explique, du moins en partie, par l'influence prépondérante que continua à exercer, à cette

(1) Voyez aussi les gravures que donnent De Caumont, Abécédaire, 5e éd., pp. 407 et svv.; et Viollet-le-Duc, Dictionnaire de V architecture, II, pp. 524-534, V, pp. 486-520, et VIII, pp. 219-248.

^'S- 7. époque, sur notre architec-

ture la sévère école de Cîteaux, dont nous avons fait connaître les tendances en parlant des monuments romans. Les figg. 7, 8 et 9, qui reproduisent des clefs de voûte en bois existant autrefois à l'église des Dominicains, à Gand, élevée vers 1250, prouvent évidemment que nos sculpteurs Fig. S. Fig. 9. belges suivi-

rent les mêmes principes que leurs confrères du centre et du nord de la France. Observons cependant que le style roman continua d'être en usage en Belgique jusqu'au commencement du xiii® siècle.

Marchant toujours en avant, les sculpteurs du xn"^ siècle abandonnent peu à peu la noble et gracieuse simplicité que les sculpteurs du xiii^ siècle étaient parvenus à imprimer à leurs œuvres; ils s'adonnent passionnément à l'imitation de la nature réelle et choisissent de préférence les plantes d'un modelé tourmenté ; ils les reproduisent avec une rare perfection, mais en Ornements de la porte Rouçe, en exagérant outre mesure les ondulaà la cathédrale de Paris, tions etlcscontours. Ces Ondulations,

Clefs de voûte, en bois, de l'église des Dominicains, ii Gand. (1250-1260).

Fig. 10.

Fijr. 11,

qui constituent un des caractères distinctifs de la sculpture décorative du xiv® siècle, se rencontrent déjà quelquefois, quoique rarement, pendant la dernière moitié du xiii® siècle, comme dans l'exemple de la page précédente (figg. 10 et 11), emprunté à la porte Bouge de la cathédrale de Paris. Les sculptures du xiv^ siècle sont, en général, inférieures à celles du xiii® siècle, parce qu'elles sont moins largement traitées et manquent souvent de simplicité dans leurs contours et leur modelé ; en un mot, elles visen t trop à l'eflfet . Le xiv^ siècle produisit néanmoins des œuvres sculpturales d'un grand mérite.

Nous avons, en Belgique, plusieurs sculptures remarquables du xiv*" siècle : l°les feuillages des chapiteaux et les crochets de rampant de gable qu'on voit aux halles de Louvain ; 2° les écoinçons des arcatures qui, dans plusieurs églises du xiv® siècle, décorent le nu des murs sous les appuis des fenêtres (église métropolitaine à Malines, Sablon à Bruxelles, et chapelle des comtes de Flandre, à Courtrai, figg. 12, 13 et 14); 3° les guirlandes de feuillages et de fruits qui ornent les voussures des portes de quelques grands monuments.

Dans les édifices du xiv® siècle, les Anglais font un fréquent usage de deux ornements qui leur sont propres; ce sont le

ball-Jloiver (fleur à balle ou boule) et le four-leaved Jlower (fleur crucifère ou à quatre pétales) ; on les rencontre principalement dans les gorges des moulures qui encadrent les

TiL'. 15.

Fiff. 17.

Ball-flower. Four-leaved flowers.

portes et les fenêtres. Le hall-flower consiste dans une espèce de boule enserrée étroitement dans une fleur à trois pétales (figg. 15)'; le four-leamd Jlower, dont le centre est souvent formé d'une boule, a, comme son nom l'indique, quatre pétales, toujours étalées et de formes très diverses (figg. 16 et 17).

rig. 18.

Au XV® siècle, la

sculpture monumentale tombe de plus en plus dans le réalisme.

Les artistes de cette époque choisissent les feuillages les plus découpés, tels que les chardons, l'armoise, la passiflore, la vigne, etc., pour les imiter en en exagérant les échancrures profondes et les lobes anguleux. Les sculptures de cette époque sont Chapiteau -console, à l'hôtel de yille de Louvain. ^"^8, maigres et fouil-

(Vers H50.) lées à l'excès.' Un or-

■^'^- ^^- nement que l'on

rencontre fréquemment, à partir du commencement du xv^ siècle, principalement sur les corbeilles des chapiteaux, est celui qu'on appelle communément \â feuille de cJiou, à cause de sa ressemblance plus ou moins forte avec la feuille du chou frisé.

Les quatre exem-

Chapiteau-console, à l'hôtel de ville de Louvain. P^^^ ^^ décoration

(Vers 1450.) végétale que nous

reproduisons par la gravure suffisent pour donner une idée

exacte de la décadence successive de la sculpture au x"v^

Fig. 20. Fig. 21.

Crochets de rampant de gable à l'église de Saint-Pierre, au jubé de l'église de Saint-Pierre,

à Louvain. (Vers 1465). à Louvain. (Vers 1490).

siècle. Les chapiteaux-consoles de l'hôtel de ville de Louvain, qui datent de 1450 environ (figg. 18 et 19), sont ornes de feuillages présentant encore quelque analogie avec la décoration végétale de la fin du xiv^ siècle, mais beaucoup plus tourmentés et plus profondément découpés. A mesure que l'on avance dans le xv^ siècle, les feuilles ont des échancrures

de plus en plus grandes et accentuées (fig. 20); et, vers 1490, ellesfinissent par ne plus se composer que de laciniureslongueset aiguës, offrant la plus grande ressemblance avec certaines variétés de chardon (fig. 21).

On trouve aussi, dans la s sculpture décorative de la S période ogivale, des scènes "^ historiques, légendaires ou -| symboliques, ainsi que des » représentations d'animaux ■ë réels ou fabuleux (figg. 22 = et 23). Les animaux fantas- J tiques et les figures grotesjs ques, assez rares à l'inté- "; rieur des édifices, se rencon- § trent souvent dans la décog ration extérieure des monu- ^ ments, comme gargouilles, '° corbeaux , modillons , et g, même quelquefois comme ornements remplaçant les crochets de rampant de gable (halles de Louvain).

Pendant toute la duréejde la période ogivale, lessculptures étaient complètement achevées avant la pose. Les tailleurs d'images^ car c'est ainsi qu'on appelait alors les sculpteurs,

ex

terminaient leurs pièces sur le chantier, et celles-ci étaient mises en place par les maçons. Jamais un sculpteur ne montait sur le tas ou les échafaudages. Cette méthode n'empêcha cependant pas les artistes du moyen âge de traiter d'une manière différente les sculptures destinées à être placées à l'extérieur, et celles qui devaient décorer l'intérieur d'un édifice; les premières, exposées -^ la lumière directe du jour, sont traitées plus franchement et off'rent des saillies plus fortement accusées, tandis que les autres reçoivent un modelé plus doux, enharmonie avec la lumière diff'use qui les éclaire.

6. Façades. Au moyen âge, les faces extérieures des monuments sont toujours le résultat, l'expression des dispositions intérieures; et, en vertu de ce principe, les façades occidentales des églises reproduisent, dans leur ensemble, la coupe transversale des nefs. De plus, comme la forme de cette coupe est à peu près la même dans la plupart des églises ogivales, il en résulte que l'aspect général de presque toutes les façades présente aussi de grandes ressemblances. Malgré cette similitude dans l'ensemble de la masse et des contours extérieurs, l'ordonnance et l'ornementation des façades sont extrêmement variées.

Les plus belles façades ogivales sont, sans contredit, celles des grandes cathédrales françaises. Elles sont communément divisées en plusieurs zones horizontales et parallèles. Le rez-de-chaussée est formé de trois portails donnant entrée dans les trois nefs : le portail central, qui est la porte d'honneur, est plus large et plus richement orné que les deux autres. Au-dessus des portails s'élèvent deux ou trois étages décorés d'arcatures ou percés de roses et de fenêtres. A Paris, à Reims et à Amiens, on a placé les statues des rois de Juda dans une galerie formée d'arcatures, sans doute pour symboliser l'origine royale de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les deux portails latéraux sont toujours surmontés de deux tours élevées. Nous donnons à la page suivante une gravure représentant la façade de Notre- Dame de Paris.

Les façades des grandes églises anglaises et allemandes

Façade occidentale de l'église de Notie-Dame, à Paria.

ne sont pas aussi richement décorées que celles des cathédrales françaises. Leur ordonnance est moins régulière et leur ornementation manque souvent de bon goût.

En Italie, toute l'ornementation des façades ogivales consiste régulièrement en arcatures aveugles soutenant lesram-

pants du gable, ou en effets d'incnistation produits par l'emploi de marbres de diflerentes couleurs (blanc, brun, rouge et noir). On y voit rarement, sur les façades des églises, des rangées horizontales d'arcades ou d'arcatures. Les baies des portes sont encadrées par deux ou plusieurs rangs de colonnettes et de tores en retraite les uns sur les autres. Les tores, et même quelquefois les fûts des colonnettes, sont taillés en torsades ou chargés de sculptures d'ornement empruntées au règne végétal .

En Belgique, peu de grandes églises ont trois portes à la façade principale; la plupart n'ont qu'un seul portail. On en

trouve même qui sont entièrement dépourvues de porte à la façade occidentale (Notre-Dame à Huy).

Les roses, qui sont très communes dans les façades françaises, ne se rencontrent qu'exceptionnellement en Belgique.

Plusieurs églises de moyenne grandeur, élevées au commencement du xiii® siècle dans la partie occidentale de la Belgique, ont leurs façades flanquées de deux petites tourelles. Telles sont les églises de Notre-Dame à Bruges, de Saint-Nicolas à Gand, et de Saint- Quentin à Tournai. Nous donnons ci-contre la gravure de cette dernière - église.

Église de Saint-Quentin, à Tournai. ^gg façades des églises

rurales offrent toujours une grande simplicité. Le plus sou-

vent elles sont couronnées par un clocher, et percées au rezde-chaussée d'une porte centrale, et à l'étage d'une ou de trois fenêtres.

Dans les églises de la Flandre maritime, la façade se termine par trois pignons d'égale hauteur. Cette particularité est, comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus p. 24, le résultat du plan même des édifices de cette contrée.

7. Porches. Au XIII*' siècle, les Bénédictins élevèrent encore, en France, quelques-uns de ces vastes porches fermés ou antéglises que nous avons signalés ci-dessus, I, p. 314. C'est ainsi, par exemple, que le vaste porche de Cluny, dont nous avons fait connaître les dimensions extraordinaires, fut construit vers l'année 1220. Au xiv® et au xv® siècle, l'usage des grands porches fermés fut complètement abandonné.

Presque toutes les grandes églises de la période ogivale sont munies d'un ou de plusieurs porches, placés devant la façade occidentale ou devant les entrées latérales. On a même quelquefois, pendant l'époque ogivale, ajouté des porches à des églises romanes {porche méridional de Saint- Servais, à Maestricht).

Les porches adossés à la façade principale des églises ogivales, ou pratiqués sous le clocher qui couronne cette façade, ne se rencontrent presque plus en France à partir du xiir siècle. En Belgique, en Allemagne et en Angleterre, ils sont moins rares. On en trouve, par exemple, à l'église de l'abbaye de Villers (xiif siècle), à la cathédrale de Tournai et à Notre-Dame de Dinant (xiv^ siècle) et à l'église de Saint- Gommaire à Lierre (xv^ siècle). Le porche de Villers est très peu élevé; celui de Tournai embrasse toute la largeur de la façade de la cathédrale, et celui de Lierre est construit en hors-d'œuvre.

Pendant la période ogivale, la plupart des porches furent élevés devant les entrées latérales. Les porches nord et sud de la cathédrale de Chartres, qui datent des premières années du XIII® siècle, sont les plus beaux monuments de ce genre. En Belgique, nous avons aussi quelques porches latéraux assez remarquables; nous citerons : 1° du xiii® siècle, celui de Saint-

Servais à Maestricht; 2" du xtv® siècle, ceux de Saint-Martin à Ypres, du Sablon à Bruxelles, des églises de Hal,de Dinant et de Walcourt ; 3" du xv® siècle, ceux de Notre-Dame à Anvers et de Saint-Pierre, à Louvain; ce dernier, marqué

C sur le plan de la page 22 , est resté inachevé. Tous ces porches, composés d'une ou deux travées, sont fermés sur trois côtés, et ornés à l'intérieur de statues portées sur des culs-de-lampes et couronnées de dais. On bâtit aussi, mais rarement, des porches ouverts sur trois côtés, ou fermés par des claires-voies sur les deux côtés latéraux. Le petit porche, élevé au xvi® siècle devant l'entrée latérale de l'église de Baudour (Hainaut), ap-

Porche latéral, à l'église de Baudour.

(Commencement du xvie siècle.)

partient à cette dernière classe; en voici la gravure.

Les églises rurales sont quelquefois munies, surtout du côté méridional, de petits porches ayant la forme d'un simple appentis ou d'un portique peu élevé. Ces porches sont généralement peu ornés.

8. Portes. Les cathédrales et les grandes églises ogivales sont dépourvues de porches devant leur façade principale; mais leurs portes, formant àe véntahhs portails [i], sont décorées avec la plus grande recherche.

(1) Les portails, dit Violletle-Duc, sont «des ébrasements ménagés extérieurement en avant des portes principales des églises pour former un abri. Ce qui distingue le portail du porche, c'est que le portail ne présente pas, comme le porche, une avancée en hors d'œuvre, mais dépend des portes elles mêmes.

Les portes principales des grandes églises françaises du XIII* siècle se distinguent par la richesse extraordinaire des sculptures de tout genre dont elles sont ornées. Elles présentent des embrasures très larges, s'évasant de l'intérieur à l'extérieur, et divisées en deux parties égales par un montant ou pied-droit vertical qui a reçu le nom de trumeau; voyez la façade de Notre-Dame de Paris, p. 43. Devant le trumeau se trouve, sous un dais, une grande statue représentant le Sauveur bénissant, la sainte Vierge avec l'Enfant, ou quelquefois aussi le patron de l'église. Des bas-reliefs couvrent ordinairement la base du trumeau et les soubassements des embrasures. Les tympans sont régulièrement divisés en trois bandes horizontales sur lesquelles on a figuré en relief des sujets religieux; des statues de grande dimension et en nombre considérable garnissent les parois verticales des portes, tandis que les voussures reçoivent plusieurs rangées parallèles de statuettes placées sous des dais. Toutes ces sculptures représentent de saints personnages, des faits empruntés à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament et à la légende, ou certains dogmes de la foi. Pendant la durée de la période ogivale, on n'a jamais figuré, sur les façades des églises, que des sujets religieux ou des personnages distingués par leur sainteté. C'est donc à tort qu'en restaurant la façade occidentale de l'église de Sainte- Gudule, à Bruxelles, on a remplacé les statues des saints et des saintes qui s'y trouvaient précédemment, par celles des ducs de Brabant et d'autres personnages profanes.

Les plus riches portes du xiii® siècle sont celles des cathédrales de Chartres, Paris, Amiens, Strasbourg et Reims. Dans ce dernier monument les sculptures des tympans sont remplacées par des rosaces clôturées avec des vitraux peints.

Nous ne possédons, en Belgique, que peu ou point de portes de grands édifices remontant au xiii® siècle. Il existe,

Bien que les portes des cathédrales de Paris, de Bourge.», d'Amiens, de Reims, de Rouen, de Sens, de Senlis, soient abritées par des voussures profondes surmontées même de gables, comme à Amiens et à Reims, cependant on ne saurait donner à ces saillies le nom de porches. » Dictionnaire de l'archiieeture, VII, p. 313.

à la façade de l'hôpital de Bruges, un tympan de porte du xiif siècle ; il est divisé en bandes horizontales ornées de bas-reliefs ; le portail dit de la Vierge, adossé au choeur de l'église de Notre-Dame, à Huy, pourrait bien aussi dater de cette époque.

Les voussures des portes, des fenêtres et des gables de pignons, sont fjuelcjuefois munies, à leur intérieur, d'un appendice en pierre qu'on appelle redent; cet ornement se trouve même quelquefois, comme à l'église de Saint-Jacques à Liège, à l'intrados des grandes arcades reliant les colonnes qui séparent la grande nef des bas côtés. Les redents sont des découpures en forme de dent ou de pointe, garnissant l'intrados d'un arc; par extension, ce nom a été appliqué aussi à des ornements analogues placés sur les montants des gables et des pignons. Voici trois exemples de redents; le premier est un redent simple, le second et le troisième sont des reàQwi^ Jleuro/inés ; les deux premiers appartiennent au xiii^ et au xiv% et le dernier au xv® siècle.

Fis. 2.

Fis.

Redent simple Redent fleuronné Redent, fleuronné, à S. -Pierre

du xiiie siècle, du xiiie ou xive siècle. à Louvain (xve siècle).

Dans les édifices du xiv'' siècle, les portes sont encore bien conçues, mais elles n'ont plus cette grandeur qui distingue les portes du xiii^ siècle. Les profils de leurs moulures sont maigres et trop multipliés; la statuaire, abandonnant la noble simplicité, se livre à la recherche et au maniéré, et par là même s'abaisse et se rapetisse. Malgré ces défauts, les grandes portes d'église du xiv^ siècle offrent un véritable mérite de composition et des qualités qu'on chercherait en

vain dans les monuments des siècles postérieurs. Il y en a de très belles aux entrées latérales des églises de Notre-Dame à Dinant, de Saint-Martin à Ypres, de Notre-Dame-du-Sablon à Bruxelles et de Notre-Dame à Tongres.

Les grandes portes du xv* et du commencement du xvi" siècle offrent les mômes dispositions générales que celles du siècle précédent, avec cette différence cependant que les colonnettes cylindriques, adossées aux embrasures des portes et supportant les retombées des voussures, sont remplacées par desinoulures prismatiques, ordinairement sans chapiteau, qui, en se prolongeant, forment les voussures mêmes de l'archivolte. Ces portes ont des embrasures très profondes parce qu'elles sont régulièrement construites entre deux contre-forts saillants de la façade.

Le trumeau et le tympan des grandes portes duxiv* et du xv^ siècle sont toujours ornés de statues de saints placées sous des dais et sur des culs-de-lamye richement sculptés. Dans beaucoup de monuments les statues ont disparu.

D'ordinaire les baies ogivales des portes, et souvent celles de l'entrée des porches, sont encadrées par un gable en forme de pignon. Au xiir et au xiv^ siècle, ce gable représente l'extrémité d'un toit à double versant avec une inclinaison d'un angle variant entre 45 et 90 degrés; voyez le portail nord de Notre-Dame de Paris, p. 43. Au xv^ siècle, les baies de toutes les portes, grandes et petites, et quelquefois aussi celles des fenêtres sont couronnées par des ogives infléchies, comme nous l'avons expliqué ci-dessus, p. 8.

A la fin du xii® et pendant la première moitié du xm** siècle, les rampants des gables sont presque toujours ornés de crochets enroulés (fig. 1, p. 34); après le milieu du xiir siècle, les enroulements ou extrémités de ces crochets s'épanouissent et deviennent des fleurons (figg. 2 et 3, p. 34). Les crochets sont remplacés, au xiv^ siècle, par des feuilles monumentales, souvent encore désignées sous le nom de crochets, par des redents ou par des animaux fantastiques, et, aux XV' et xvi* siècles, par des feuilles de chou (figg. 20 et21, p. 40). Ces ornements, peu nombreux et fort espacés au II. 4

XIII'' siècle, se multiplient et se rapprochent à mesure que l'art ogival marche vers sa décadence. Le sommet des gables, ou des ogives infléchies qui remplacent les gables au xv« siècle, se termine soit par un fleuron (figg. 9 et 10, p. 8) soit par une statue posée sur un amortissement en forme de socle. Les portes de second et de troisième ordre sont plus simples que celles que nous ven«ms de décrire. Elles sont dépourvues de trumeau, et comme leurs embrasures sont généralement peu profondes, leur encadrement est beaucoup moins large que dans les portes de premier ordre. Cet encadrement ne se compose, au xiii*^ et au xiv*' siècle, que de deux, trois ou quatre colonnetfces, en retraite les unes sur les autres, et recevant les retombées d'un nombre égal de voussures. Dès la fin du xn'^ siècle, les colonnettes furent remplacées par des

moulures prismatiques,

presque toujours sans chapiteau; voyez la gravure ci -contre. Jusqu'au milieu du xv" siècle, on entoura souvent l'archivolte des portes, et quelquefois aussi celui des fenêtres, d'un rebord extérieur en forme de larmier, dont les extrémités reposent, à la hauteur de la naissance de l'ogive, sur des raodilloussculptés, représentant des figures accroupies, des animaux fantastiques ou des têtes grimaçantes ; ce rebord est parfois orné de crochets, de feuilles monumentales oude figures grotesques (halles de Louvain).

Porte du xve siècle,

à l'église de Saint-Jacque?,

à Louvain.

Nous donnons, à la page précédente, la gravure d'une jolie petite porte de troisième ordre, aujourd'hui murée, que l'on voit à l'église de Saint-Jacques, à Louvain; elle date du xv*" siècle.

Les tympans des portes de second et de troisième ordre sont presque toujours ornés d'une ou de trois statues, rarement, comme à l'église du béguinage de Saint-Trond, de figures géométriques, telles que trèfles et quatre-feuilles.

9. Pcnlliros. Les constructeurs romans avaient déjà, comme- nous l'avons expliqué précédemment (I, p. 324), converti en motif d'ornementation les pentures et les fausses pentures qu'ils employaient pour assembler les frises composant les vantaux des portes. Les architectes de la période ogivale dépassèrent de bien loin leurs devanciers dans ce genre de décoration.

Au xiif siècle et même parfois encore au xiv®, les pentures représentent des rinceaux enroulés, ornés de feuillages, de fleurs et de fruits. Leurs diff'érentes parties sont réunies avec un art et une adresse remarquables, quoique, à cette époque, les moyens de fabrication fussent très faibles. On ne possédait pas alors, comme nous l'avons dit ci-dessus, I, \). 406, les machines puissantes dont dispose l'industrie moderne pour produire et forger le fer; il n'y avait ni laminoirs, ni cylindres, ni filières. Un martinet mù par un cours d'eau constituait pour ainsi dire la seule ressource des usines du moyen âge. Le fer, obtenu en lopins d'un poids niediocre, était livré au forgeron qui, à force de bras, convertissait ces lopins en barres ou en pièces plus ou moins menues. La lime était inconnue de même que les cisailles. Malgré cette pauvreté dans les moyens de fabrication, les forgerons du moyen âge ont produit des chefs-d'œuvre de ferronnerie. On peut même aflirmer que, dans plusieurs pays, l'art du forgeron atteignit son apogée au xiii^ siècle. Les pentures du commencement de la période ogivale se distinsjuent de celles des époques postérieures en ce que, ordinairement, elles sont i'tampèes ou estampées, c'est-à-dire travaillées en relief au moyen d'étampes. On donne le nom (Xétampc ou estampe à une matrice ou coin d'acier portant

en creux la forme ou rornement que l'on veut produire en relief sur un autre objet. Le fer de la penture, chauffé à un déféré convenable et placé sur cette matrice, était façonné à coups de marteau. C'est au moyen de l'étampage que sont, produits les rinceaux pleins de vie et les superbes grappes qui caractérisent les pentures des portes de toutes les grandes cathédrales françaises du xiif siècle. Voici la gravure d'une j:enture et d'une fausse penture du xiif siècle, que l'on voit encore aujourd'hui à la cathédrale de Saint-Paul, à Liège :

Penture et fausse penture ôtampées de la porte de la trésorerie, à l'égliie de Saint-Paul, à Liège (xiiK siècle). Échelle : '/,o de l'original.

Les pentures étampéps deviennent rares en France dès le commencement du xiv* siècle, tandis qu'en Belgique on Ks rencontre encore assez souvent au xiv^ et même quelquefois au xv siècle, comme à l'église de Notre-Dame, à Hal. Voici deux pentures ètampèes, du xix" siècle, que l'on trouve sur un volet d'armoire à relicjues, conservé à l'église de Sainl- Jean, à Liège. Autrefois ces pentures étaient dorées, et le panneau qu'elles recouvraient peint en bleu.

Pentures du xive siècle, à l'église de Saint-Jean, à Liège. Échelle : Vio de l'original.

En France, on trouve, aux portes des cathédrales de Paris, de Sens, de Noyon, de Rouen, etc., de superbes pentures étampées qui, comme celle de la cathédrale de Liège, sont de véritables chefs-d'œuvre.

Vers la fin du xiii*^ siècle, on voit apparaître en France les pentures platea, c'est-à-dire découpées dans une pièce de fer battu, rarement travaillé au repoussé. Leur usage devint général chez nos voisins du midi dès les premières années du xiV' siècle; dans les autres pays, notamment en Belgique, elles furent employées, au xiv*^ et au xv*" siècle, simultanément avec les pentures étampées. Voici un exemple de fausse penture plate, emprunté à une porte de l'ancien refuge de Tronchiennes, à G and :

Fausse penture plate du refuge de Trouchiennes, à Gand (xve siècle).

La gravure suivante, que nous donnons d'après VioUetle-Duc, Bict. de V architecture, VIII, p. 310, explique la fabrication des pentures plates. La partie supérieure figure la plaque de fer battu, découpée et prête à être mise au feu par le forgeron ; la partie inférieure donne la penture achevée, telle qu'elle se présente après avoir été martelée. Par le travail les parties «, d et c ont été converties dans les rinceaux A, B et C.

Penture plate de l'abbaye de Poissy (France).

Les ferronniers du rao3Tn âge cherchèrent un motif d'ornementation, non-seulement dans les pentures, mais aussi dans tous les autres accessoires des .portes, tels que les clous, le marteau, la poignée et la serrure. Voici une belle serrure, de la fin du xiv*^ ou du commencement du xv^ siècle, que l'on voit à l'église de Notre-Dame, à Hal :

Serrure et poignée, à l'église de Notre-Dame, à Hal. (Vers 1400).

On appelle pentures flamandes les pentures doubles ou appliquées sur les deux côtés d'un vantail. «Les bandes flamandes, dit Jousse dans son Art du serrurier publié en 1627, sont faites de deux barres de fer soudées l'une contre l'autre ^et replyées en rond pour faire passer et tourner le gond. Après qu'elles sont soudées, on les ouvre et sépare l'une de l'autre, autant oue la porte a d'épaisseur, puis on les recourbe, le plus quarrément que l'on peut pour les faire joindre et serrer des deux costez de la porte, principallement du costé de dehors : ceste façon de bande vaut mieux que les communes parce qu'elles prennent les deux costez de la porte.»

10. FenêlPes. Pendant la période de transition et au commencement de l'époque ogivale, les baies des fenêtres sont étroites, peu élevées et fermées, à leur partie supérieure, par des lancettes ou ogives aiguës. Ces baies sont presque toujours réunies au nombre de deux ou de trois, séparées par des pieds-droits en forme de meneau, et souvent encadrées sous un arc de décharge commun. On appelle meneaux les montants en pierre qui divisent une fenêtre en plusieurs compartiments verticaux ou travées. Dans les lancettes triples ou ternées, la baie du milieu est généralement plus élevée que ses voisines.

On trouve des lancettes géminées au beffroi de Tournai (figg. 1 et 2), et des lancettes triples dans plusieurs églises

Lancettes géminées au beffroi de Tournai.

Lancette triple à La Madeleine, à Tournai.

de la même ville (fig. 3), à l'église de Paraele à Audenarde (fifyg. 4 et 5) et dans la plupart des monuments du couniienment du xiii^ siècle.

Fig. 4. fig- 5.

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Lancettes triples à l'église de Pamele, à Audeuanle.

Dans la suite, c'est-à-dire en France au commencement du XIII® siècle et, dans les autres pays, quelques années plus tard, au lieu d'accoupler les baies des fenêtres, on les élargit et l'on y établit des claires-voies en pierre composées de meneaux très simples et très légers(fig. 6); -- les fenêtres de ce genre se rencontrent - dans quelques édifices anglais de la prer- mière moitié du xiii*^ siècle, et l'on en Z trouve aussi un exemple au transept Z de l'église de Notre-Dame, à Dinant.

1 Le plus souvent néanmoins les meneaux

2 de ces fenêtres primitives sont surmontes d'un œil indépendant (fig. 7). Dans les

' ' constructions riches et soignées les me-

Fenétre à l'église de ^ - i-^ • . u-

Warmington<Angleterre) "^aux Sont régulièrement munis, a Im- (Vers 1230). térieur et à l'extérieur, ou du moins à

l'un de ces côtés, d'une colonnette engagée, munie d'une base et d'un chapiteau, et le tympan de la fenêtre est orné d'ogives redentées et d'un ou plusieurs œils à trois, quatre, six et quelquefois huit lobes (figg. 8 et 9).

Tu

Fi-. 8.

Fig. 9.

Fenêtre à l'église Fenêtre à Sainte-Walburge, Fenêtre au chevet du d'Hastière. à Fumes. chœur, à N.-D.-aux-

Dominicains, à Louvain.

Dans les grandes églises du xni® et la plupart des édifices du XIV® siècle, on trouve des fenêtres très larges, divisées par des meneaux en un grand nombre de travées ou compartiments. L'ossature de ces fenêtres se compose souvent d'une rose a (fig. 10) d'un très fort diamètre, qui occupe la partie supérieure du tympan, et d'un meneau central d, très massif, qui partage la baie en deux parties égales ] dans chacune de ces baies secondaires est posée une clairevoie également composée d'un meneau central d, quelquefois plus léger que le premier, et d'un œil circulaire c, découpé en trèfle ou en quatre-feuilles. Si, après ces subdivisions, (comme cela arrive parfois dans des fenêtres d'une largeur exceptionnelle) les meneaux ne sont pas assez rapprochés

lés uns des autres pour maintenir solidement les panneaux vitrés, on établit encore entre eux de nouveaux meneaux surmontés de roses de moindre importance. Voici deux fenêtres qui feront comprendre ce que nous venons d'expliquer : la première (fig. 10), qui date du xiii" siècle, est une fenêtre haute de la nef de la cathédrale d'Amiens ; l'autre (fig. 11), du xiv" siècle, se trouve à l'église métropolitaine de Malines.

Fij;. 10.

Fi-. 11,

Fenêtre de la cathédrale d'Amiens.

(xiii« siècle).

Fenêtre de l'église métropolitaine de Malines. (xive siècle).

Au premier coup d'œil les dessins formés par les meneaux de ces deux fenêtres présentent une parfaite ressemblance ; cependant, lorsqu'on les examine avec attention, on aperçoit bientôt une différence assez notable dans la manière dont est disposée l'ornementation des tympans. Dans la fenêtre de Malines (tig. 11) la naissance de l'archivolte et celle de

la courbure des meneaux se trouvent au même niveau, au point B, tandis que, dans la fenêtre d'Amiens (fig. 10), le dessin tracé par les meneaux du tympan descend bien plus bas que le point A, où commence l'archivolte. Cette dernière disposition, qui se rencontre dans la plupart des monuments français du xiii^ et du xiv*^ siècle, est rare dans les autres pays. En Belgique, on l'observe, entre autres, à Sainte- Walburge à Furnes (fig. 8), au chevet de chœur de Notre-Dame-aux-Dominicains à Louvain (fig. 9), et à quelques fenêtres de l'église de Saint-Pierre de la même ville. Les fenêtres dans lesquelles la naissance de la courbure des meneaux se trouve placée plus bas que celle de l'archivolte présentent une grande ampleur et un caractère de force, qui manquent aux autres.

En Belgique, en Allemagne et en Angleterre, on trouve, dès le XIII*' siècle, des fenêtres divisées par deux meneaux en trois travées (chœurs de Sainte- Gudule à Bruxelles et de la cathédrale de Tournai, église de Notre-Dameaux-Dominicains à Louvain (fig. 12), By loque à Gand). Souvent, comme à Sainte-Gudule et à la cathédrale de Tournai, la travée du milieu est plus étroite que les deux latérales. En France, les sous-divisions triples sont extrêmement rares au commencement de la période ogivale. "Pendant le xiii'^ siècle et même au commencement du xiv", dit VioUet-le-Duc, les meneaux des fenêtres offrent toujours une division principale, de manière à fournir deux vides si ces baies ont peu de largeur, et deux vides subdivisés par des meneaux secondaires si ces baies sont plus larges ; ainsi les fenêtres possèdent des travées en nombre pair, deux et quatre. Ces divisions se subdivisent encore, si les fenêtres atteignent une largeur extraordinaire, afin de composer huit travées, c'est-à-dire un meneau principal, deux meneaux

Fenêtre du xiiie siècle,

à N.-D.-aux-Dominicains,

à Louvain.

Fi>. 13,

secondaires et quatre meneaux tertiaires, en tout sept meneaux. On reconnaît là l'emploi de ce système de crisialli- ««//o;/, disons-nous, vers lequel rarchitecture gothique tombe par une pente fatale dès le milieu du xiii^ siècle.» Dictionnaire de V architecture, V, p. 391. C'est en Champagne, à l'église de Saint-Urbain de Troyes, que le système des travées au nombre de deux ou multiple de deux fut abandonné pour la première fois en France vers la fin du xiii^ siècle.

Pour diminuer le vide qu'offrent, dans les grandes fenêtres, les œils ou roses du tympan, surtout lorsque les courbures des meneaux descendent au-dessous de la naissance de l'archivolte, on y plaça des redents en pierre maintenus par des cercles de fer (figg. 10, 11 et 13). Souvent aussi, au au xiV' siècle, on remplaça les roses du tympan par des

trèfles, des quatre-feuilles ou d'autres combinaisons de figures géométriques (tig. 14).

Au XI v^ et au xv^ siècle, le nombre des travées des fenêtres varie beaucoup ; le plus souvent cependant il est triple ou bien impair. Nous donnons cicontre (fig. 13) la gravure d'une fenêtre à cinq travées; elle date du xiv^ siècle. On trouve fréquemment dans un même édifice, selon que les baies sont plus ou moins étroites, des fenêtres à deux, trois, quatre, cinq, six, sept ou huit com-

Fenérre du xive .iècle, partimcnts.

à l'église iiiL'lropolitaine de Malines.

Fig.

(■fl'|iMTllli.l.tll.i,i|t»llllitn;lliliiii;

/itHiniuiiiMiiiiiiiiiiirniijaaisaimiiii iMïïïïi

Dans quelques monuments belges, anglais et allemands, les grandes fenêtres des extrémités du transept ou du chevet du chœur, lorsque celui-ci se termine par un mur plat, sont divisées en deux parties égales par un meneau central qui offre une très large section et forme un véritable pilier. La fenêtre principale du chevet du chœur à l'église du béguinage de Louvain présente la particularité que nous venons de signaler; nous la reproduisons ci-contre en gravure (fig. 14).

Les meneaux des fenêtres du xiif et du xiv^ siècle sont parfois formés d'une seule pierre posée en délit; d'ordinaire cependant ils sont bâtis par assises. Dans presque tous les édifices français ils portent, à l'intérieur et à l'extérieur, ou du moins à l'un de ces côtés, une colonnette engagée, munie d'une base et d'un chapiteau, et donnent les sections suivantes (figg. 15,

Fenêtre à l'egiise du béguinage de Louvain. (Commencement du xive siècle).

Fis. 15.

Fi£ï. 16.

Fi-. 17.

Fis. 18.

Sections tics meneaux de fenêtre au xiiie et au xive siècle.

16 et 17), que nous rangeons d'après l'ordre chronologique. En Belgique, en Allemagne et en Angleterre, lescolonnettes font défaut aux meneaux des fenêtres de plusieurs monuments, principalement au xiv*' siècle. Ces meneaux ?ans colonnettes donnent la section indiquée par la fig. 18; voyez les figg. 11, 13 et 14, — Presque tous les monuments de la Flandre maritime ont les meneaux de leurs fenêtres, comme toutes les autres parties, construits en briques.

Les colonnettes des meneaux se répètent toujours sur les pied^-droits, à l'intérieur et à l'extérieur de la fenêtre ; voyez les figg. 8, 9 et 10. On trouve même souvent, en Belgique, des colonnettes engagées aux angles des pieds-droits de fenêtres dont les meneaux sont entièrement dépourvus de colonnettes; voyez les figg. 7, 11, 13, 14 et 81.

Les chapiteaux des colonnettes qui cantonnent les meneaux de fenêtres sont couronnés d'un talloir carré au commencement de la période ogivale (fig. 19) ; un peu plus tard ce talloir est circulaire (fig. 20), et, au xiv'' siècle, il devient hexagone (fig. 21, Notre-Dame à Dinant). Les corbeilles de Fig. 19. Fig. 2û. Fig. 21.

Chapiteaux de colonnettes cantonnant les meneaux de fenêtre. (xTlie et xive siècle).

ces chapiteaux sont régulièrement ornées de crochets enroulés ou de feuillages développés, rarement dépourvues de toute ornementation sculptée. Quelquefois on supprime entièrement la corbeille ou le tailloir : dans le prem-ier cas, le chapiteau se réduit à une simple bague; dans le second, il perd toute sa valeur et semble remplacé par quelques

feuilles appliquées sur le fût, au point où celui-ci se bifurque pour tracer les dessins du tympan.

La suppression de certaines parties de ces chapiteaux trahit une indécision chez les constructeurs du xiii^ et du xiv^ siècle. Habitués à raisonner leurs œuvres, ils s'apercevaient aisément que placer un chapiteau aux colonnettes des meneaux, c'était aller à l'encontre du principe fondamental de l'architecture ogivale, qui prescrivait de retrancher tout membre inutile, tout motif d'ornementation ne résultant pas d'une nécessité de la construction. En effet, la présence de ce chapiteau ne paraît pas suffisamment légitimée; le sommet de la colonnette n'est pas l'assiette d'une charge extraordinaire venant s'appuyer sur ce point, et il ne sert pas de transition entre deux parties réellement distinctes, car la moulure supérieure au chapiteau est en tout semblable au fût même de la colonnette. Le chapiteau n'était donc là que comme simple ornement, sans destination vraiment utile. Tirant du principe fondamental du style ogival toutes les conséquences logiques qui y sont renfermées, les architectes de la dernière moitié du xiv® et du commencement du xv® siècle ne s'arrêtent pas ; ils suppriment entièrement le chapiteau et même souvent la colonnette, et donnent à tous les meneaux la même épaisseur ou section. Pendant la dernière moitié du xiv^ et tout le XV'' siècle, les meneaux présentent généralement les coupes ci-contre (fig. 22). Dès la fin du xiv^ siècle, on introduisit également des modifications importantes dans les dessins tracés par les meneaux des tympans des fenêtres. Les redents qui servaient auparavant à diminuer le vide des grandes roses furent tout d'abord remplacés par des combinaisons de figures géométriques où les ogives à contre-courbe, en accolade e!; en doucine ont la plus large part. C'est de cette époque que date l'ornement connu sous le nom de f anime, qui a fait

Yls. 22.

Section des meneaux de fenêtre, au xve siècle.

Fig. 23.

Fie. 24.

donner l'épithète àe Jlamboyant au style du xv« siècle. Cet ornement, dont nous reproduisons ci-contre les deux formes principales, est prodigué, non-seulement dans les tympans des fenêtres, mais aussi dans les parapets on balustrades, sur les battants des portes, les fer- Flammes, ronneries, les meubles, en un mot

N.B. La figure 23 donne la forme la l l ^ • \ 'Li 1 i>

plasancienne, la figure 21 la formela 45f^rtOUt ou il CSt pOSSlbledC 1 Bpplus rtfcente de la flamme. nlifillpr

Les fenêtres de la première moitié du xv^ siècle offrent encore parfois quelque analogie avec celles des siècles précédents. Il n'est pas rare de rencontrer, dans leurs tympans, de grandes roses renfermant des flammes au lieu de redents proprement dits. Telles sont les deux fenêtres suivantes de l'église de Saint-Pierre, à Louvain :

Fig. 25. Fis. 26.

Fenêtres de l'église de Saint-Pierre, à Louvain, (Milieu du ive siècle). n. 5

Le plus souvent cependant, même pendant la première moitié du xv^ siècle, les roses circulaires des tympans sont remplacées par des triangles et des quadrilatères curvilignes (fig. 27), ou par d'autres figures géométriques régulières,

Fiff. 27.

Fig. 28.

Pig. 29.

Fenêtres du xve siècle, à l'église de Saint-Pierre, à Louvain.

dans lesquelles sont inscrites des flammes. Dès le milieu du xv^ siècle, les figures régulières disparaissent du tympan, et les meneaux, prenant des directions de plus en plus arbitraires, tracent les dessins flamboyants les plus variés (fig. 28). Vers la fin du xv* siècle, les archivoltes des fenêtres deviennent plus obtuses et prennent, au commencement du

XVI® siècle, la forme d'arcs surbaissés ou en anse de panier ; les dessins des tympans sont lourds et anguleux; et le plein cintre ou demi-cercle, qui commence à se mêler timidement aux figures tracées par les meneaux, annonce le retour prochain aux types de l'architecture classique (fig. 29).

Fenêtre à l'église de St-Servais, à Liège.

FiK. 30.

De ce que nous venons de dire il résulte que les dessins géométriques se rencontrent principalement, dans les tympans des fenêtres, pendant la première moitié du xv" siècle, tandis que les dessins Jlamboi/ants proprement dits appartiennent à la dernière moitié du xv^ et au commencement du XVI® siècle.

Dans les monuments anglais du xv® siècle, les meneaux, au lieu de former, dans les tympans, des dessins flamboyants, montent verticalement Q jusqu'à l'archivolte, cj^ui est toujours en arc Tudor; souvent ils sont coupés de distance en distance, à angle droit, par un ou plusieurs meneaux horizontaux. C'est à cause de la direction toute verticale ou 'perpendiculaire des meneaux que le style anglais du xv^ siècle à reçu le nom de perpendiculaire. La gravure cicontre (fig. 30), reproduisant une fenêtre de la cathédrale de Winchester,

Fenêtre perpendiculaire, h la cathédrale de Winchester /Angleterre).

donne une idée exacte de l'ornementation des grandes fenêtres anglaises du xv® siècle.

A l'extérieur des édifices de premier ordre, les archivoltes des fenêtres reçoivent parfois des ornements. La gorge la plus large et la plus profonde de l'intrados de ces archivoltes est ornée de crochets dans les grands monuments français du XTU® siècle ; au xiv' siècle, elle est remplie en France de fleurons ou de rinceaux, et en Angleterre de fleurs crucifères

Fier. 31.

OU de ball-Jloicers ; au xv® siècle, on y place la feuille de chou frisé. Les archivoltes extérieures des fenêtres sont aussi quelquefois, comme celle des portes et des porches (voyez cidessus p. 50), entourées d'un rebord sailllant ou couronnées

d'un gable. Les rebords qui encadrent les archivoltes des fenêtres présentent les mêmes caractères que ceux des portes.

Au xiii^ et au xiv.^ siècle, ils ont la forme d'un larmier et sont ordinairement taillés dans les claveaux mêmes de l'archivolte ; leurs extrémités viennent retomber, à la hauteur \Yi ^^ 1^ naissance de l'ogive, sur des modillons sculptés, ou prennent la direction horizontale sous forme de cordon reliant entre elles deux fenêtres voisines. Voici (fig. 31) une fenêtre, encadrée d'un rebord, que l'on voit à l'église du béguinage, à Louvain.

Dans les édifices plus importants les rebords sont souvent décorés, de distance en distance, de crochets ou de feuilles monumentales (fenêtres supérieures du chœur de Walcourt).

Au xv^ et au xvf siècle, les encadrements des fenêtres ont la forme d'une ogive infléchie, terminée par un fleuron (voyez fig. 9 de la page S). Les gables qui couronnent quelquefois les fenêtres des grands monuments sont semblables à ceux des portes, que nous avons décrits ci-dessus p. 49. Comme ceux-ci, ils sont en forme de pignon, et leurs rampants portent des crochets, des redents ou des feuilles de chou frisé. Leur sommet, qui se termine régulièrement en

' iffliiirii'iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii iiii"i"'wii 'iiiii ' iiiiiiTOiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinii*

Feuêlre à l'église du bt-guinage,

à Louvain.

Fig. 32.

Fenêtre couronnée d'un gable, à l'église de !Xotre-Dame, à Huy (xive siècle).

fleuron, pénètre souvent le parapet longeant la base du toit et fait corps avec lui. La gravure ci-contre, qui représente une fenêtre des bas côtés de l'église de Notre-Dame , à Ç Huy, explique parfaitement cette disposition. Dans plusieurs constructions, ces gables ne servent pas seulement d'ornement, mais ils remplissent en même temps une fonction utile en chargeant par leur masse l'archivolte de la fenêtre et l'arc formeret, reposant à l'intérieur

sur cette archivolte, et en les empêchant ainsi de dévier du ftlan vertical, que cette archivolte et cet arc tendent à abandonner par suite de la poussée latérale que les voûtes exercent sur eux.

Les architectes de la période ogivale, et même déjà ceux de la période de transition, ont presque toujours ménagé, dans les grandes églises, des galeries passant à la base des fenêtres et destinées principalement à faciliter la pose et l'entretien des verrières. Ces galeries sont établies sur toute la longueur de l'édifice et en font souvent le tour complet; ce sont de véritables couloirs de service. Au rez-de-chaussée, c'est-à-dire dans les bas côtés et au chœur, lorsque celui-ci est dépourvu de collatéraux, elles se trouvent à l'intérieur, tandis qu'à l'étage elles sont toujours extérieures et passent

à travers les contre-forts. Il résulte de cette disposition des galeries que les vitraux sont posés du dedans dans les fenêtres basses, et de l'extérieur dans les fenêtres hautes. «Il y a, dit VioUet-le-Duc, pour procéder ainsi, de bonnes raisons : c'est qu'une fenêtre basse étant vitrée du dehors, il est facile à des malfaiteurs d'enlever la nuit quelques clavettes et les tringlettes, de déposer un panneau des verrières, et de s'introduire dans l'église, tandis que cette opération ne peut être tentée si les panneaux de vitre sont posés, les clavettes et tringlettes étant à l'intérieur. Mais à la partie supérieure de l'édifice on n'avait pas à redouter ce danger, tandis qu'il fallait prendre certaines précautions pour empêcher la pluie fouettant contre les verrières de s'introduire entre les panneaux : or, les panneaux étant posés à l'intérieur, les grands vents chassant la pluie contre eux, l'eau s'arrête à chaque barre transversale (barlotière) et s'infiltre entre leurs joints ; il y a donc avantage à vitrer les fenêtres les plus exposées au vent par le dehors; on peut ainsi ménager un recouvrement en plomb d'un panneau sur l'autre, obtenir une surface unie, sans ressauts, et n'arrêtant les gouttes de pluie sur aucun point. On pensera peut-être que nous entrons dans des détails minutieux ; mais, à vrai dire, il n'y a pas de détail dans l'exécution des œuvres d'architecture qui n'ait son importance, et les véritables artistes sont ceux qui savent apporter du soin, de l'observation et de l'étude dans les moindres choses comme dans les plus importantes : aussi les architectes du moyen âge étaient-ils de véritables artistes." Bict. de V archit. V, p. 379. II. Roses. Les roses sont un des plus beaux ornements des grands monuments religieux de la période ogivale. Elles s'ouvrent soit sur la façade occidentale, soit dans les pignons des transepts. En Erance, les roses sont très communes au xiif et au xiv'' siècle; en Belgique, au contraire, et en Angleterre, on ne les trouve que très rarement, même dans les plus grandes églises. » Une magnifique décoration, dit Schayes, que l'on trouve fréquemment aux portails principaux (ou plutôt façades) des cathédrales françaises, et qui

manque toujours h nos plus belles églises, ce sont les vastes fenôtres en forme de roses. En Belgique, cet ornement semble avoir été réservé pour les portes latérales ; encore ne le rencontre-t-on qu'aux seules églises de Saint-Martin, à Ypres, de Notre-Dame du Sablon, à Bruxelles, et jadis à Saint-Lambert, à Liège (i). Il est vrai qu'à cette dernière église, le mur droit qui fermait la grande nef était aussi percé d'une rose et qu'il en existe encore une fort belle à cette même partie de l'église de Notre-Dame, à Huy ; mais dans r.un comme dans l'autre de ces temples, il n'y a jamais eu de grand portail. Ainsi les façades des églises belges au xiii® siècle ne présentent, comme à l'église de Pamele, à Audenarde, et à celle des Dominicains, à Gand, que trois fenêtres lancéolées et accouplées, ou comme à l'église de Saint-Nicolas, à Gand, une vaste fenêtre ogivale. Au xiv^, xV' et xvi^ siècles, cette dernière forme d'ouverture (la fenêtre) se montre à toutes les façades d'églises avec les modifications propres aux deux styles qui régnèrent alors." Histoire de V architecture, 2^ éd., II, p. 115.

Les roses, de même que les fenêtres, reçoivent des châssis

Fi-. 1.

Fi£

Tracé de la rose de N.-D. de Mantes.

(Fin du xne siècle)

Tracé de la rose occidentale de N.-D. de Paris. (Vers 1220).

(1) La rose de la façade occidentale de la cathédrale de Tournai est moderne ; elle a été percée il y a environ trente ans.

en pierre destinés à maintenir les panneaux vitrés. Ces châssis ou meneaux sont souvent disposés en forme de roue. Au XIII® siècle, les rais ou rayons de cette roue sont régulièrement munis, à l'intérieur et à l'extérieur des édifices, de colonnettes semblables à celles qui cantonnent les meneaux des fenêtres. Dans les plus anciennes roses, les bases des colonnettes se trouvent du côté de la circonférence de la rose, et les chapiteaux du côté de l'œil central (fig. 1) ; plus tard on retourna les colonnettes, et on plaça la base vers le centre et les chapiteaux vers la circonférence (fig. 2).

Pendant la dernière moitié du xiii" et tout le xiv" siècle, la plupart des roses sont formées, comme dans les deux exemples suivants, d'ogives géminées et disposées, sur plusieurs rangs concentriques, autour d'un oeil central, dans lequel sont inscrits des trèfles ou des quatre-feuilles. C'est la brillante ornementation de ces roses et des tympans des fenêtres qui a fait donner au style ogival du xiv® siècle la dénomination de rayonnant.

Ym

Tiff. 4.

Rose du xive siècle. Rose à N.-D., ri IIiij (xive siècle).

Les meneaux des roses du xv® siècle décrivent presque toujours des dessins flamboyants, semblables à ceux qu'on voit dans les tympans des fenêtres de la même époque.

On trouve parfois, mais rarement : 1° dans les monuments du xiii^ siècle, des roses offrant quelque analogie avec celle de l'église de Herent, que nous avons reproduite, I,.p. 327;

2° dans les édifices du xiv" et da xV' siècle, des roses composées de trèfles, de quatre-feuilles (fig. 5) ou de figures géométriques curvilignes (fig. 6).

Fig. 5. Fig. 6.

Eose à l'abbaye de Villers. Rose à l'église de Saint-Pierre,

(xive siècle). à Ypres. (xve siècle).

Au xv*^ siècle, et même déjà souvent en Belgique au xiv®, les meneaux des roses ne portent plus, comme auparavant, des colonnettes engagées ; ils présentent alors les mêmes coupes ou sections que les meneaux de fenêtre de ces époques.

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