X. Cour du logement de l'abbé
au xvm* siècle.
Y. Cour de la cuisine et des
offices.
Z. Chapelle de Saint-Bernard.
a. Porche de l'église.
b. Petit cloitre présumé.
c. Chapelle.
d. Cimetière.
en H le parloir, en 1 un passage, et en J la grande place où se tenaient les religieux prêtres; l'étage de cette aile renfermait le dortoir de ces mêmes religieux. Le réfectoire d'été
C, le cliaufFoir R et la cuisine D longent la galerie méridionale du cloître. Les salles F servaient primitivement aux frères convers : le rez-de-chaussée pour les réunions du jour, et l'étage pour la nuit; c'était, comme on disait au moyen âge, la domus conversorum. La brasserie et les ateliers sont situés dans la direction de la flèche W. Le ruisseau S, passant sous les deux réfectoires, une partie du cloître et le logement des frères convers, entraine les déchets et les ordures de toute espèce. Devant le logement des frères convers, il existait une grande cour clôturée par des murs, dans laquelle se trouvait, dans la direction du sud-ouest, la porte d'entrée principale de l'abbaye.
Les autres grands ordres religieux ont souvent adopté, pour leurs monastères, des dispositions analogues à celles des Cisterciens. Les Prémontrés, par exemple, ont construit bon nombre d'abbayes dont le plan offre de fortes ressemblances avec le plan cistercien. Les Bénédictins se sont moins attachés à l'uniformité; ainsi remarque-t-on qu'ils plaçaient, pour la moindre raison, leurs bâtiments claustraux au nord de l'église.
Les ordres de Saint-Dominique et de Saint-François, fondés l'un et l'autre au commencement du xiii^ siècle, s'établirent régulièrement dans de grands centres de population, où ils ne trouvèrent pas toujours d'assez vastes terrains pour leur permettre de s'y développer à l'aise et de disposer les différentes parties de leurs monastères suivant des données uniformes. C'est pour cette raison que, dans bien des cas, le plan de leurs couvents diffère sensiblement de l'ordonnance traditionnelle observée si scrupuleusement par les Cisterciens et même, mais avec plus de liberté, par les Prémontrés et les Bénédictins.
Nous allons maintenant examiner successivement les principales parties des grandes abbayes du moyen âge et signaler en peu de mots les particularités qui les distinguent.
2. Eglises. Le plan des églises monastiques présente régulièrement, comme celui des cathédrales et des collégiales.
la forme d'une croix latine. Souvent le chœur n'est pas très long; et, dans ce cas, on établissait les stalles des religieux non-seulement dans le chœur proprement dit, mais aussi dans le transept, et même dans une partie de la nef. A l'église de l'abbaye de Villers les stalles des religieux prêtres et la clôture du chœur s'arrêtaient au point A'. Celles des frères convers occupaient tout le reste de la nef principale jusque près de l'entrée occidentale de l'église.
Comme le nombre des religieux prêtres et surtout celui des frères convers était presque toujours très considérable dans les abbayes du xii^ et du xiu*' siècle (à Clairvaux, par exemple, il y avait, en 1135, 117 prêtres et 351 convers, et à Villers, en 1273, environ 100 moines et 300 frères convers), il ne faut pas s'étonner de voir que les églises abbatiales élevées à cette époque sont si vastes. L'église de Villers mesure, dans œuvre et sans le porche, 91™ 80; la largeur intérieur des trois nefs est de 20° 25, et celle du transept de 4r"65.
Les églises cisterciennes sont toujours dédiées à Notre- Dame ; la règle de l'ordre le prescrit ainsi (i). Elles se distinguent par la présence d'un certain nombre de chapelles occupant le bas côté oriental du transept et ayant leur entrée sur la même ligne que le chœur proprement dit. Ces chapelles entièrement séparées les unes des autres par des murs, sont ordinairement au nombre de quatre ou de six, deux ou trois dans chaque bras du transept selon que ces bras se composent de deux ou trois travées, car à chaque travée correspond une chapelle. A l'église de Villers il y en a six ; nous les avons marquées de la lettre c sur le plan que nous donnons ci-dessus.
Les tours en pierre manquent dans les anciennes églises cisterciennes ; la règle de Tordre les prohibait ; seules , les tours en bois et peu élevées étaient tolérées (2).
(1) «Omnes ecclesiae ordinis nostri, dit le Riluale Cislerciense, in honorem
• beatae Mariae dedicatae suât, et fere in modum crucis constructae, instar t ecclesiae Cisterciensis, omnium matris. »
(2) » Turres lapideae ad campanas non fiant, nec ligneae altitudinis immode-
• ratae, quae ordinis dedeceant simplicitatem. *
Comme nous l'avons déjà dit ci-dessus, les porches des Clunisiens étaient très vastes et très ornés, ceux des Cisterciens, au contraire, offraient peu d'étendue et une grande sobriété de décoration.
Les églises des Dominicains et des Franciscains n'avaient ordinairement ni transept ni tour. Au xiii^ siècle, les Jacobins ou Dominicains français ont construit à Paris, à Agen et à Toulouse, des églises présentant cette disposition toutà-fait exceptionnelle qu'elles sont partagées en deux nefs par une seule rangée de colonnes.
3. Cloîtres. Les Cisterciens, fidèles aux principes sévères qui dominent toute leur architecture au xii*" et au xiif siècle, construisirent, dans les commencements, des cloîtres d'une très grande simplicité. Les plus anciens, qui datent de la fin de la période romane, sont presque tous voûtés et fermés, du côté du préau, par une suite de gros piliers carrés, entre lesquels se trouve une claire-voie en plein cintre, basse, trapue et présentant l'aspect plutôt d'une série de baies pratiquées dans un mur épais que d'un portique. Comme primitivement à l'abbaye de Villers, ces baies sont subdivisées en deux ou trois ouvertures également en plein cintre et séparées par des colonnettes. Dans les abbayes clunisiennes, où l'on était loin de professer la même rigueur dans la décoration architecturale, les baies des cloîtres étaient plus larges, et l'ornementation, tant picturale que sculpturale, des plus luxueuses.
Pendant la période ogivale, les cloîtres ont généralement des voûte d'arête à nervures croisées, et communiquent avec le préau au moyen de grandes arcades ogivales, ajourées et séparées les unes des autres par des contre-forts. Dans ces arcades on plaça aux xni®,xiv* et xv® siècles, des claires-voies en pierre semblables aux meneaux qu'on voit dans les fenêtres contemporaines. Parfois ces claires-voies ne recevaient pas de vitres ; le plus souvent néanmoins, principalement dans le nord et l'ouest de l'Europe, on remplissait leur tympan de vitraux blancs ou peints, afin de mettre à l'abri des
intempéries de l'air les personnes qui se promenaient dans les galeries du cloître.
Les cloîtres du xv^ siècle ne diffèrent ordinairement de ceux du xiii" et du xiv" que par la décoration des contreforts, les dessins formés par les meneaux, le système de construction des voûtes et les détails de l'architecture. Les clefs de voûte, par exemple, sont parfois, comme dans les églises et les autres monuments de la même époque, ornées d'écussons armoriés et de pendentifs, et les piliers portent, en saillie, des culs-de-lampe sculptés, destinés à recevoir des statues couronnées de dais et de pinacles.
Dès le XIV® siècle quelquefois, et assez souvent au xv®, on remplaça, dans les cloîtres, les arcades ogivales en forme de fenêtre par des claires-voies continues, remplies de meneaux dont les tracés ressemblent à ceux des arcatures décoratives que l'on voit, sous les appuis des fenêtres basses, dans les églises de la dernière partie de la période ogivale. A cette catégorie de cloîtres appartiennent : 1° celui de
Fig. 2.
Cloître de la fin du xve siècle, à l'ancien couvent des Récollets, à Malines.
Saint-Martin, à Ypres, dont on trouve la gravure dans ScHAYES, Ilist de Varchit., II, p. 189; et 2° celui de l'ancien couvent des Récollets, à Malines, que nous reproduisons à la page précédente (fig. 2).
Comme le montre cette gravure, un arc de décharge en anse de panier annulle la poussée que l'arc formeret de la voûte du cloître aurait pu exercer sur les arcatures ajourées.
Les cloîtres des églises cathédrales présentent la plus grande analogie avec ceux des établissements monastiques. On remarque cependant qu'ils sont, plus souvent que ces derniers, surmontés d'un étage peu élevé.
Voici (fig. 3), vue du côté du préau, une travée du xiii"
rig. 3.
Travée extérieure du cloître du xiii* siècle, à la cathédrale de Salisbury, en Angleterre.
siècle empruntée au cloître adossé à la cathédrale de Salisbury, en Angleterre. On trouve, en France, des cloîtres semblables et plus ou moins riches, à Noyon, à Soissons, à Laon, à Langres et à Rouen.
La Belgique possédait autrefois un nombre considérable de cloîtres très remarquables, élevés pendant la période ogivale. A cette époque, on démolit, dans plusieurs anciennes abbayes, les cloîtres romans pour les rebâtir en style ogival ; c'est ce qui eut lieu, par exemple, au xiv^ et au xv" siècle, dans les abbayes de Villers et de Saint-Bavon, à Gand. Il est à regretter que la plupart de ces monuments sont aujourd'hui détruits. Un des plus beaux cloîtres du xv® siècle conservé jusqu'à nos jours est celui de Saint-Servais à Maestricht. "Ses larges galeries, dit Schayes, sont percées dans tout leur pourtour de grandes fenêtres flamboyantes du dessin le plus riche, et qui sont répétées en fenêtres simulées contre les murs qui leur font face. » Hiaf. de Varchit. en Belgique^ II, p. 235.
A l'époque de la Renaissance, les cloîtres furent construits d'après les données du style classique; ce n'étaient quelquefois que l'imitation des portiques romains. La Renaissance a cependant produit des cloîtres magnifiques, par exemple, ceux de la chartreuse de Pavie qui sont d'une richesse et d'une élégance extraordinaires.
Outre le cloître des religieux, les grandes abbayes possédaient souvent un second cloître, moins grand et situé plus à l'orient, près du chevet du chœur de l'église. Il était spécialement réservé à l'abbé, aux dignitaires et aux copistes, et se trouvait dans le voisinage de la bibliothèque. Auprès de ce cloître, où régnait la plus grande tranquillité, s'élevaient aussi l'infirmerie et le refuge des vieillards. Un cloître de ce genre existait dans la première abbaye cistercienne des Dunes, située sur le bord de la mer, près de Furnes, et transportée plus tard à Bruges. Sur le plan de Villers donné cici-dessus, p. 441, nous avons marqué l'emplacement que le petit cloître occupe d'ordinaire : C est le préau, T la salle des copistes, U l'infirmerie, et V le refuge des vieillards.
Presque tous les cloîtres, grands et petits, élevés pendant le moyen âge, possédaient un lavabo Javoir , muni d'un puits ou d'une fontaine. La fontaine occupait, dans le principe, le centre du préau. Plus tard on la rapprocha de la galerie voisine du réfectoire. Elle fut alors placée vis-à-vis de l'entrée du réfectoire, ou dans un des angles de la galerie qui le longeait. Les religieux, en revenant des travaux des champs, s'y lavaient les mains avant de se mettre à table ou se rendre à l'office. Le lavabo, qui se composait d'une grande vasque ordinairement circulaire, était alimenté par les eaux d'une fontaine dans les lieux où les accidents du terrain offraient cette ressource. On le recouvrait d'un édicule carré ou polygone. Sur le plan de l'abbaye de Villers (ci-dessus, p. 441), on voit en 0 la place du lavabo.
Pendant la période de la Renaissance, le lavabo prit les formes les plus mesquines. Il consiste ordinairement alors en une niche peu profonde mais assez large, quelquefois encadrée et munie d'un bassin à un ou plusieurs robinets. On trouve un lavabo de cette espèce dans le cloître de l'abbaye de Parc, près de Louvain. Il est placé à côté de la porte d'entrée du réfectoire.
4. Béfectoire. Le réfectoire était régulièrement situé le long de la galerie méridionale du cloître, et consistait en une vaste salle bâtie sur plan rectangulaire, voûtée par travées, soit d'une seule volée soit appuyées sur une épine de colonnes. Au-dessus des voûtes, il existait assez souvent un étage peu élevé, servant de grenier pour la conservation des provisions d'hiver, telles qu'aliments et fruits secs.
Au réfectoire se trouvait une chaire du haut de laquelle on faisait la lecture pendant les repas ; elle était ordinairement en pierre et adossée à un des grands côtés de la salle. Une des plus belles chaires de lecteur est celle que l'on voit encore aujourd'hui à l'ancien réfectoire du prieuré de Saint- Martin-des-Champs (actuellement la bibliothèque du Conservatoire des arts et métiers) à Paris; elle a été reproduite par Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire de V architecture , II, p. 420, et par Albert Lenoir, dans \ Architecture monaa-
tique, TT, p. 343. Sur le plan de l'abbaye rie Villers la tribune du lecteur est marquée de la lettre E.
Chez les Cisterciens, le réfectoire est toujours partage en deux nefs par une rangée de colonnes, placée sur son axe longitudinal ; de plus, cet axe est perpendiculaire à la galerie voisine du cloître, comme on peut le voir sur le plan de Villers, où le réfectoire est indi(pié par la lettre C, Chez les Bénédictins, les Prémontrés et, en général, dans toutes les autres, abbayes, le grand axe du réfectoire est parallèle à la galerie du cloître, et l'épine de colonnes fait souvent défaut. Le réfectoire de l'abbaye de Villers, comme on peut en juger par les ruines qui restent, doit avoir été un des monuments les plus remarquables de son espèce. Il avait 32"'90 de long
surl4""46 de large. Cinq colonnes formant épine, dont les bases existent encore, le divi- C -~ Uiï paient en deux nefs et suppor- ^■^— taient la retombée des nervures des voûtes. Il était éclairé par dix fenêtres composées de lancettes géminées surmontées d'un ociilns et encadrées par un arc plein cintre. Un magasin où le jour pénétrait par de petites baies se trouvait audessus des voûtes. Nous donnons ci-contre une gravure des
Pignon sud du réfectoire de l'abbaye ruines de Cet intéressant mode Villers (xiiie siècle), nument, dont la construction
remonte aux premières années du xiif siècle.
Tous les ordres religieux, les Cisterciens seuls exceptés, ornaient leurs réfectoires, ccmme les galeries de leurs cloîtres, de peintures murales décoratives et historiées. Un sujet que l'on rencontre fréquemment sur les parois des réfectoires italiens du xi\'* et du xv« siècle, est la dernière Cène. La règle de Cîteaux défendait sévèrement les peintures murales dans les églises, les cloîtres, les réfectoires ou autres
«)q II. - '
lieux réguliers; seule l'image du Sauveur (sans doute en croix) était tolérée (i). Cette défense tomba en désuétude au xiy" et au xv^ siècle, car on voit encore aujourd'hui, sur un des murs du réfectoire de Villers,une peinture ancienne représentant la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus.
Dans beaucoup d'abbayes il y avait, outre le grand réfectoire, un second réfectoire plus petit dont on se servait en hiver. A Villers, la place R, du plan de la page 441 était peut-être ce réfectoire. Cependant, la présence d'une grande cheminée, qui y fut établie peu d'années après sa construction, semblerait indiquer que c'était plutôt le chauffoir, calefactorium. En effet, la plupart des anciennes abbayes possédaient, dans le voisinage de la salle commune des religieux, une pièce munie d'un foyer où ils pouvaient venir se chauffer pendant l'hiver au moment des grands froids.
A côté du réfectoire, le plus souvent à l'ouest de celle-ci, se trouvait la cuisine. Les cuisines avaient régulièrement, outre la cheminée ordinaire, une grande cheminée d'aérage par où s'échappaient les vapeurs provenant de la cuisson des mets. Dans les ruines de l'abbaye de Villers, la cuisine et les parties basses de la cheminée sont encore facilement reconnaissables; voyez le plan en D.
5. Salle capitulaire. Le rez-de-chaussée longeant la galerie orientale du cloître renfermait la salle du chapitre, le parloir et la salle des religieux prêtres. Le dortoir se trouvait à l'étage de cette aile, et un escalier, conduisant directement de l'étage dans le transept sud, permettait aux religieux de descendre dans l'église pour les offices de nuit sans passer par l'air extérieur.
{\) Voici le texte du décret porté, en 1213, par le chapitre général de l'ordre au sujet des peintures et des sculptures : «Superfiuitates et curiositatesnotabiles « in sculpturis, aedifîciis, pavimentis, et aliis similibus quae déformant antiquam « ordinis honestatem et paupertati nostrae non congruunt, in abbatiis, grangiis " vel cellariis nostris ne fiant interdicimus; nec picturae praeter imaginem Sal- « vatoris. «
La salle du chapitre, c'est-à-dire le lieu où les religieux s'assemblaient sous la présidence de l'abbé pour traiter les affaires spirituelles et temporelles du monastère, était bâtie sur plan carré ou rectangulaire. Un ou plusieurs rangs de piliers recevant la retombée des nervures des voûtes la divisaient en deux ou plusieurs nefs. Des bancs en pierre régnaient tout autour des murs. Dans les commencements, cette salle communiquait avec la galerie voisine du cloître au moyen de trois baies cintrées, entièrement ouvertes. Celle du milieu, plus grande que les autres, servait de porte d'entrée; les deux autres, subdivisées par une colonnette, présentaient l'aspect de fenêtres géminées. Cette triple ouverture ajourée entre le cloître et la salle capitulaire a été retrouvée, il n'y a pas longtemps, dans les ruines de Villers, et elle existe encore intacte à l'ancienne abbaye de Saint-Bavon, à Gand, où on la désigne abusivement sous le nom de porte d'entrée de la crypte de la Vierge. Cette prétendue crypte n'est autre chose que la salle capitulaire de l'abbaye, et les tombeaux qu'on y a découverts sous l'ancien pavement sont ceux des abbés du monastère; car la salle du chapitre servait primitivement de lieu de sépulture aux abbés. Les simples religrieux étaient enterrés dans les oraleries du cloître ; dans l'église on n'admettait que les corps des rois, des princes et des évéques.
En Angleterre, on donna fréquemment au plan des salles du chapitre la forme circulaire ou polygone, et, dans ce cas, une colonne centrale unique recevait les retombées des nervures des voûtes.
Entre la salle capitulaire et le transept sud de l'église, ou voit, sur le plan de Villers, deux pièces K et L. La plus grande, K, était le trésor ou la sacristie, dans laquelle on conservait les vases sacrés et les ornements sacerdotaux. Dans la petite pièce L, qui, primitivement, ne communiquait pas par une porte avec la sacristie, on enfermait, selon quelquesuns, les moines trouvés coupables de quelque faute grave et condamnés à la réclusion par l'assemblée capitulaire ; selon
d'autres, et cela pins vraisemblablement à notre avis, cette petite place servait de dépôt, jusqu'au moment de l'enterrement, pour les corps des moines décédés soit au dortoir, soit à l'infirmerie.
6. Parloir. Le parloir, collocuiorium .[woyti le plan en H) était une petite place comprise entre la salle capitulaire et l'escalier menant au dortoir. Là les religieux avaient la permission de se parler à voix basse lorsque les relations indispensables de la vie commune l'exigeaient. Dans toutes les autres parties du monastère on devait garder le silence le plus strict.
A côté de l'escalier voisin du parloir, il y avait un corridor I par lequel on pouvait passer du grand cloître dans les annexes de l'abbaye près du chœur de l'église.
7. Salle et dortoir des religieux. La salle où les religieux se tenaient pendant le jour, et que les Anglais désignent si bien sous le nom de fratry , c'est-à-dire lieu où vivent les frères, consistait en une vaste place voûtée et occupait toujours le rez-de-chaussée, à l'extrémité sud de l'aile orientale du monastère.
Dans les abbayes cisterciennes, elle présentait ordinairement, sur les constructions voisines, une saillie à peu près aussi forte que le réfectoire et le logement des frères convers, édifices auxquels elle était d'ailleurs parallèle. A Villers, cependant, le plan généralement suivi a été modifié; la salle des frères, J, y était carrée et ses voûtes reposaient sur quatre piliers, qui la divisaient en trois nefs de peu de longueur.
A l'étage de la salle dont nous venons de parler se trouvait le dortoir commun des religieux, car la règle de saint Benoît prescrit que les moines couchent dans une seule et même pièce, mais sur des lits séparés. MonacJii nnguli, y lit-on, per shigula lecta dormiant; si potesi Jieri, omnes in uno loco dormiant. Du côté nord, le dortoir s'étendait jusqu'à la salle capitulaire exclusivement. Au dessus de celle-ci, on établit parfois la bibliothèque, en ménageant toutefois un corridor plus ou moins large pour passer du dortoir à l'église.
Après le xv® siècle, il n'est pas rare de trouver tout l'étage (le l'aile orientale converti en dortoir ou en cellules.
L'usage des cellules, qui existait en quelques rares momastères dès le xii* siècle, ne devint commun qu'à l'époque de la renaissance.
8. Logement des frères COllVCrs. Dans toutes les grandes abbayes bénédictines, cisterciennes et norbertines, il y avait, au xn® et au xiii^ siècle, un nombre considérable (il s'élevait parfois à 300 ou 400) de frères convers, mentionnés dans les nécrologes sous le nom de conversi onfratres ad succurrendum. Ces frères, qui n'entraient pas dans les ordres sacrés mais émettaient les vœux de religion, se consacraient, sous la direction des moines, aux travaux des champs et à l'exercice de différents métiers. Ils habitaient l'aile occidentale des bâtiments claustraux, appelée pour cette raison maison des convers, domus conversoruiu, et s'étendant souvent depuis le porche de l'église jusque bien au delà du grand réfectoire; voyez, sur le plan de Villers, les deux places marquées de la lettre F.
Chez les Cisterciens, le logement des frères convers se composait régulièrement : aj au rez-de-chaussée, d'une seule et vaste salle voûtée et partagée en deux nefs par une épine de colonnes, quelquefois mais rarement de deux, ainsi qu'on le voit sur le plan restauré de Villers, que nous donnons cidessus, si toutefois cette restauration est exacte; b) à l'étage, d'une salle de même gran-lcur que celle du rez-de-chaussée, et couverte, le plus souvent, d'un simple toit avec charpente apparente à l'intérieur.
Au centre de la façade occidentale du logement des frères convers, se trouvait, faisant saillie &ur le tout, l'appartement du maître des convers, magisier conversorum, religieux prêtre chargé de leur direction. Cette construction se composait de deux petites pièces, une au rez-de-chaussée et une au premier, et renfermait l'escalier conduisant au dortoir des convers, (jui occupait tout l'étage de la domus co?u'enorum. Dans la plupart des abbayes, les frères convers pouvaient, de même que les moines, descendre directement de leur dortoir, dans
l'église au moyen d'un escalier aboutissant dans le porche ou au fond du bas côté méridional de l'église.
Pendant le jour, en dehors des heures de travail, les frères convers se réunissaient au rez-de-chaussée, pour y prendre les repas, entendre des lectures édifiantes ou assister à d'autres exercices de communauté. Ce rez-de-chaussée communiquait ordinairement de plein pied avec l'église ou avec le porche occidental.
Lorsque, plus tard, à cause des inconvénients multiples qui résultaient de la présence de trop nombreux frères convers dans le monastère, leur institution eut été supprimée (les abbayes n'en conservant que le nombre absolument nécessaire pour le service intérieur de la communauté), l'aile occidentale des abbayes fut affectée à d'autres usages. On y établit le logement de l'abbé ou des étrangers, l'infirmerie, etc. ; quelquefois même, selon la coutume reçue au Yiii^ et au ix'' siècle, on la convertit en celliers et magasins.
9. Maison abbatiale. A l'origine le logement du père abbé consistait dans une simple cellule. Bientôt cependant le logement du chef du monastère devint une construction importante; et l'on ne voit que rarement, au moyen âge, les abbés se contenter du dortoir commun ou d'une modeste cellule. La demeure abbatiale était ordinairement située près du chœur de l'église, dans laquelle l'abbé pénétrait par une entrée particulière. A partir du xiv'^ siècle, et surtout à l'époque de la renaissance, les maisons abbatiales devinrent de véritables palais, renfermant une chapelle privée, de vastes salles, des écuries, des cours, des jardins à terrasses, etc. La plupart des abbés se conduisaient en grands seigneurs, et ne sortaient de leur abbaye qu'en équipage attelé au moins de quatre chevaux. En Belgique, les abbés jouissaient aussi d'une grande importance comme hommes politiques; presque tous étaient, en leur qualité d'abbé, membres des Etats du pays.
10. Logement des hôtes. Toutes les abbayes avaient une habitation particulière ou une partie de bâtiment pour hé-
berger les étrangers qui visitaient les religieux. Dans les commencements, cette habitation se trouvait toujours à peu de distance de la porte principale afin de ne pas devenir une cause de distraction pour les religieux de l'intérieur. Lorsqu'un étranger arrivait, le frère portier le conduisait tout d'abord dans une petite chapelle située dans le voisinage de la porte d'entrée, sacellum portae, et l'invitait à y réciter une courte prière. On se rendait ensuite au logement des hôtes, où chacun était traité selon son rang. Dans les dépendances de cette demeure, il y avait des appartements pour les serviteurs et des écuries pour les chevaux des personnages de distinction.
Les abbayes, qui furent de tout temps des maisons de charité, possédaient aussi leurs aumuneries, destinées à loger et à nourrir les pauvres et les pèlerins. Elles étaient généralement situées dans le voisinage de l'entrée du monastère.
11. GraDgCS. Aux xf et xii'' siècles, les abbayes s'appliquaient activement à défricher les terrains incultes; les travaux des champs étaient, en quelque sorte, leur occupation principale. Ce furent les ordres de Cîteaux et de Prémontré qui, en Belgique, rendirent les services les plus signalés à l'agriculture.
Les abbayes ne récoltaient pas seulement les produits de leurs propres exploitations agricoles; elles percevaient anssi la dîme en plusieurs endroits et recevaient en nature le paiement des baux. 11 leur fallait donc de vastes granges et des magasins très étendus pour abriter, au temps de la moisson, les grains qui leur revenaient à tous ces titres.
Dans les abbayes cisterciennes la grange formait, au commencement de la période ogivale, un bâtiment très vaste, bâtie sur plan rectangulaire. Elle était quelquefois voûtée et partagée en deux nefs par une épine de colonnes ; l'étage servait alors de grenier (grange de Vauclair, près de Laon, en France). D'autres fois, elle se composait de trois nefs séparées par deux rangées de piles ou de poteaux en bois supportant la charpente sans l'intermédiaire de voûtes. La
vaste grange de l'ancienne abbaye cistercienne de Ter Doest, à Lissewegbe, est construite d'après ces dernières données. Elle a 58 '/g mètres de long sur 24 environ de large. Voici (fig. 5) une vue perspective de cette grange, bâtie vers
Grange de Ter Doest, construite vers 1280.
l'année 1280. On voit que les constructeurs du xiii® siècle s'entendaient parfaitement à impriiiTer un cacbet original et à donner un aspect monumental même aux édifices dont la destination nous parait secondaire. Le pignon de l'ancienne brasserie de Villers, dont nous 'parlerons tout-à-l'heure, est aussi très remarquable au même point de vue.
12. BAllmcnts de service. Au xii"^ et au xm^ siècles, il y avait, dans chaque abbaye, quelques frères convers exerçant les métiers nécessaires pour l'entretien des édifices et pour la fabrication des draps, cuirs et instruments agricoles. On y comptait, par exemple, un certain nombre de maçons, forgerons, charpentiers, drapiers, tanneurs, etc.; leurs ateliers se trouvaient régulièrement aux deux côtés de la cour située entre la porte d'entrée principale du monastère et le logement des frères convers.
La plupart des abbayes possédaient aussi leur moulin et leur brasserie.
Les mouli)is à eau sont les plus anciens; ceux à vent ne datent que du xiu" siècle, et encore étaient-ils extrônienient rares à cette époque. A l'abbaye de Villers, quelques parties basses du moulin à eau construit au xiii^ siècle sont conservées jusqu'à nos jours. On y voit, à la façade orientale, une baie trilobée, datant de l'époque de la première construction.
La brasserie ou, dans les pays méridionaux, le pressoir à vin était, parmi les dépendances de l'abbaye, un des éditices les plus importants. Le plan de l'abbaye de Saint-Gall indiquait déjà, au ix° siècle, l'endroit où se fabriquait la cervoise, hic conficitur cervisa, et tout à côté le grenier pour conserver les grains nécessaires à cette fabrication.
A Villers on trouve, dans la grande cour située près de l'ancienne entrée de l'abbaye, à 60 mètres environ de la façade occidentale de l'église et dans la direction de la flèche W du plan de la page 441, les ruines d'un vaste bâtiment voûté, surmonté d'un éttige et partagé en deux nefs par une épine de colonnes. La première travée du côté de la cour est occupée par une cheminée d'aérage semblable à celle qui existe dans la cuisine. Il est certain que cette construction servait de brasserie au xv!*^ siècle. Mais en était-il de même dès le commencement? On pourrait en douter vu les dimensions extraordinaires de cet édifice (il mesure environ 45 mètres de long sur 15 3e large) et l'étage dont il est surmonté. Il pourrait bien avoir servi, en môme temps, de celliers pour la conservation des provisions, au moment où l'aile occidentale des bâtiments claustraux était encore entièrement occupée par le logement des frères convers.
Le développement extraordinaire que les religieux donnèrent à leurs cultures et leurs exploitations rurales nécessita la construction (Xélaôles spacieuses. On rencontrait aussi, dans toutes les abbayes, des basses-cours bien fournies. Le plan de Saint-(jall marque le poulailler et l'endroit où Ton élevait les oies.
Dans les propriétés considérables situées à quelque dis-
tance de l'abbaye, on établit souvent de ^Yanàes fermes, dont l'exploitation était confiée à quelques frères convers sous la direction d'un religieux prêtre. Elles consistaient généralement en un corps de bâtiments situés autour d'une cour carrée et auxquels on n'avait accès que du côté de celle-ci. Outre l'habitation, les étables, la grange et tous les autres édifices nécessaires au service de l'exploitation, il y avait toujours une chapelle où les frères assistaient aux offices religieux.
Les abbés, qui jouissaient d'ordinaire de tous les droits seigneuriaux, possédaient de ce chef le droit d'élever des colombiers dans l'enceinte de leurs monastères. Ils en construisirent dans les cours des abbayes et dans les fermes qui leur appartenaient. Les colombiers avaient généralement la forme d'une tour cylindrique terminée par un toit conique. Les trous pour loger les pigeons (trous qui portent le nom de boulins) étaient pratiqués, en très grand nombre, dans l'épaisseur des murs. On cite des colombiers qui en avaient jusque près de deux mille. Le plan cavalier de l'ancienne abbaye des Dunes, située autrefois près de Furnes, (voyez Sanderus, Flandria, II, p. 94) marque, dans l'angle sud-est de l'enceinte de l'abbaye, un colombier cylindrique couronné par un toit en forme de cône.
13. Celliers. On donne le nom de celliers aux caves et aux magasins dans lesquels se conservent les provisions de tout genre. Le religieux préposé à la garde des provisions porte le nom de cellerier, cellerarius, changé plus tard, par quelques ordres religieux, en celui àQ procureur, procurator. Cet office passait pour un des plus importants dans les abbayes d'autrefois. Sur le plan de Saint-Gall, les celliers sont marqués dans l'aile occidentale du monastère, à l'endroit où nous trouvons plus tard le logement des frères convers. Après la diminution de ceux-ci, l'aile occidentale fut, dans certaines abbayes, rendue à sa destination primitive.
14. Prisons. Au moyen âge, les abbayes, les universités, et quelquefois même les chapitres possédaient des prisons
pour y enfermer les membres de la communauté qui se rendaient coupables de délits ou d'insubordination envers les supérieurs. «Ces prisons, dit Lenoir, étaient de deux sortes : les unes, conformes aux anciennes règles et aux instructions données par le concile d'Aix-la-Chapelle, étaient assez éclairées pour que le coupable put y travailler, et môme être chauffé pendant l'hiver. Les autres, véritables cachots humides et obscurs, avaient été ordonnés par saint Fructueux et par. de sévères réformateurs. Les statuts de l'ordre de Cluny disent que la prison doit être une pièce sans porte ni fenêtre et dans laquelle on ne peut entrer que par une échelle; l'ouverture était située au milieu de la voûte. « Architecture 7nonastique, II, p. 430. VioUet-le-Duc, dans l'article Prison, affirme avec raison qu'on a beaucoup exagéré et le nombre et l'horreur de ces lieux de réclusion pendant le moyen âge.
En qualité de seigneurs, les abbayes, les universités et les chapitres possédaient, dans les territoires qui leur appartenaient, les droits de haute, moyenne et basse justice, et avaient des prisons pour y enfermer leurs sujets laïques délinquants. Les prisons des abbayes se trouvaient à une certaine distance des bâtiments claustraux. Dans les ruines de l'abbaye de Villers, on voit encore, sur le bord de la Thyle (dans la direction X du plan de la page 441), des prisons consistant en des cellules souterraines munies d'une très petite fenêtre,
15. CliarlPeuses. Les chartreuses, dont l'origine remonte aux dernières années du xi*" siècle, offrent des dispositions notablement différentes de celles des abbayes. Les principales différences qu'on y observe sont : a) l'immense étendue du ou des cloîtres (car il y en avait quelquefois deux) ; et b) les nombreuses habitations entièrement séparées qu'occupent les religieux et qui se composent toujours de deux ou trois pièces et d'un petit jardin, avec une porte d'entrée donnant dans la galerie du cloître. La plus belle chartreuse est sans contredit celle de Pavie; elle possède deux immenses cloîtres, ornés des plus riches sculptures.
16. Monastères de femmes. Les dispositions des différentes parties des monastères de femmes présentaient la plus grande analogie avec celles des abbayes d'hommes. Autour du cloître s'élevaient l'église, la salle du chapitre avec le dortoir à l'étage, le réfectoire et les autres appartements. Les écoles extérieures, qu'on rencontrait parfois dans les couvents d'hommes, par exemple chez les Augustins, les maisons des hôtes, des pèlerins et des voyageurs manquaient aux couvents de femmes, parce que toute relation avec le dehors leur était défendue.
Les béguinages consistent en des maisons privées et communes, situées dans une enceinte entièrement fermée, autour d'une église isolée de tous les côtés.
17. Hôpitaux. Les hôpitaux du moyen âge diffèrent notablement de nos hôpitaux modernes. Ceux du xii° et du XIII® siècle se composaient toujours d'une vaste salle où se trouvaient les lits des malades, d'une église ou chapelle, du logement des hospitalières, et de quelques bâtiments de service.
La salle des malades était tantôt à une seule nef, tantôt divisée en trois ou plusieurs nefs par des rangées de colonnes portant une charpente apparente ou, plus rarement, des voûtes. Les lits des malades étaient disposés sur plusieurs lignes au milieu de la salle. Souvent, des galeries de service, placées à une certaine hauteur le long des murs, de manière à dominer les lits, permettaient de surveiller les malades avec une grande facilité. A l'hôpital Saint-Jean, à Bruges, l'ancienne salle des malades existe encore. Elle a plusieurs nefs et n'est hors d'usage que depuis quelque temps. La façade et le pignon de la Byloke, à Gand, conservés malgré les vicissitudes que cet établissement a eu à traverser, nous donnent une idée exacte de la salle que les malades y occupaient autrefois. La salle des malades de l'ancien hôpital de Louvain n'a été démolie que depuis peu d'années ; elle touchait à l'église et communiquait directement avec elle.