‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 11 sur 71 · N*-/*VV · texte numérisé non relu

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Appareil irrégulier.

fournit souvent à l'archéologue, sur l'âge auquel appartient un monument, des données qu'il cliercherait vainement ailleurs.

Les appareils dont se servaient les Romains étaient beaucoup plus variés que les nôtres. Voici les principaux : 1° \] appareil irrégidier , appelé aussi blocage, consiste

dans une construction faite avec des pierres de grosseurs et de configurations diverses, telles qu'on les extrait de la carrière , et posées en remplissage les unes à côté des autres, sans ordre ni rang d'assises. Ce mode de bâtir est le plus souvent employé pour les fondements et les parties inférieures des murs. Les Romains donnaient à cet appareil le nom à^opus incertum ou aniiquum, et aussi celui de caemenlicia antiqua ou inceria.

2° U appareil réticulé ou losange, opus reticidatum, est

celui dont les pierres, taillées en carrés, losanges ou polygones, sont disposées de manière à ce que les lignes de jointure imitent par leurs enlacements les mailles d'un réseau ou filet.

^6^ V appareil en épi, opus spicatmn, qu'on appelle aussi appareil e7i arête de poisson ou en feuille de fougère, se compose de pierres plates de dimensions égales, posées en biais les unes sur les autres, et laissant entre elles un angle plus ou moins ouvert. Ces pierres formant parement par leur

Appareil réticulé.

Appareil en épi, en arête de poisson ou en feuille de fougère.

épaisseur simulent un épi, une arête de poisson ou une

feuille de fougère.

4° \! appareil en remplissage, emplecton ou diamicton, est

une maçonnerie dont les parements sont formés d'assises régulières , et l'espace central qui les sépare rempli de béton , c'est-àdire de pierres brutes ou moellons noyés dans un bain de chaux. Uemplecton diffère

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Diamicton.

Emplecton. ~ ce que ses pa-

rements étaient reliés, à intervalles réguliers, par de très grandes pierres, traversant le mur dans toute son épaisseur. Ces pierres «, appelées j/?f<fr/^«n;^5, en latin ^/z«/o;?2, étaient employées pour consolider la construction et en lier les parties.

5° \! appareil cT égale structure, isodomos (du grec t<7oj,

égal, et (?£j^£iv, construi-

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re), est une maçonnerie dont toutes les pierres, bien taillées et équarries, forment des assises régulières et d'égale hauteur.

Isodomos.

60 \] appareil d'inégale structure, pseudisodomos , est composé de pierres formant des assises régulières et parallèles,

mais de différentes hauteurs. La différence de hauteur de ces assises réguliè-

res produisait une inégalité dans l'égalité, ou, en d'au- ^ très termes , une ^^^^^è fausse éo;alité. C'est

Pseudisodomos, — Ancienne construction àMycènes. ce qui a fait donner

à ce genre de construction le nom de pseudisodomos.

Ces deux derniers modes de construction, Visodomos et le pseudisodomos, se divisent, d'après la plus ou moins grande dimension des pierres employées, en grand appareil, appareil moyen Qi petit appareil,

a) Le grand appareil, structura quadrata, est formé de pierres ayant deux, trois, et quelquefois cinq pieds de longueur et de largeur, sur un, deux ou trois pieds d'épaisseur , posées sans ciment, par assises régulières, et liées les unes aux autres , soit

„ , ., par des crampons

Grand appareu. ^ •'•

de fer ou de bronze, soit par des queues (T aronde ou d'hironde {espèces de doubles coins) en bois, en métal et quelquefois même en os. Ce mode de construction s'observe dans un grand nombre d'éditices publics des Romains, entre autres à la Porta nigra de Trêves et au colisée de Kome. La plupart de ces monuments présentent une infinité de petits trous que l'on croit avoir été pratiqués au moyen âge pour extraire les crampons en métal servant à relier les pierres entre elles. — La précision avec laquelle ces blocs énormes de pierre sont ajustés est remarquable. " Il paraît, dit M.DeCaumont, que pour arriver à cette précision dans l'assemblage, les pierres que l'on plaçait sur les assises déjà établies étaient promenées avec un léger frottement sur le lit inférieur, de manière à broyer et user toutes les petites aspérités que la taille la plus soignée pouvait avoir laissées. . . Les petites particules enlevées à la pierre, délayées avec l'eau que l'on avait soin de verser pour faciliter l'opération., formaient un léger ciment qui garnissait les vides qui pouvaient encore exister. » Abécédaire, Ere gallo-romaine, p. 46.

h) Le moyen appareil, comme le nom l'indique, tient le milieu entre le grand et le petit appareil. Il est formé de pierres de dimension moyenne (ayant un pied et demi de largeur sur un demi-pied de hauteur), réunies par une couche épaise de ciment, ou parfois aussi liées, comme celles du grand appareil, par de simples crampons ou des queues d'aronde.

c) Le petit appareil se compose de pierres symétriques, à peu près carrées, de petite dimension (ayant au parement 8 ou 10 centimètres de hauteur sur autant de largeur), posées par assises régulières et séparées le plus souvent par une couche épaisse de ciment. Le centre du mur est ordinairement en béton ou biocaille. On dit d'un mur de ce genre qu'il a un revêtement en petit appareil. Il n'est pas rare de rencontrer, dans les constructions romaines en petit appareil, des zones horizontales et continues de grandes briques formant un cordon sur toute la surface du mur. Ces zones, composées de deux ou trois, et parfoi.s de cinq, six ou sept

rangs de briques séparés par des couches de ciment, dont l'épaisseur est à peu près égale à celle des briques, étaient évidemment destinées à maintenir de niveau les petites pierres du revêtement, et à régulariser le tassement du mur. On trouvait en outre un motif d'ornementation dans cette manière d'alterner les zones de pierres et de briques, surtout lorsque celles-ci étaient disposées en forme d'épi ou d'arête de poisson.

3. Couvertures des toits. Les toits des Grecs et des Romains étaient couverts de tuiles, de plaques de marbre ou de bronze. » Les couvertures en ardoises, dit Scliayes, paraissent, d'après un passage de Pline l'ancien {Nat. Rist.^ liv. 36, ch. 22), avoir été de son temps, au ii^ siècle, inconnues dans toute autre partie de l'empire romain que la Belgique ; elles semblent même avoir été employées assez rarement dans ce dernier pays ; car à notre connaissance on n'a pas encore trouvé jusqu'ici des ardoisses dans les ruines de construction romaine. » Hid. de Varchit., I, p. 55.

Le marbre et le bronze ne s'employaient que pour la couverture des édifices somptueux.

Les tuiles dont se servaient les Romains étaient en terre cuite, ou quelquefois aussi en marbre. Il y en avait de deux espèces : les tuiles plates, tegulae, et les tuiles faîtières, imbrices. Les tuiles plates étaient quadrangulaires, et avaient de 40 à 50 centimètres de longueur sur 30 à 35 de largeur,

Fig. 1. Fig. 2.

Tuile plate rectangulaire, provenant des fouilles d'Anthée (Namur), au musée archéologique de l'Université catholique de Louvain.

Tuile plate en forme de trapèze.

et 4 ou 5 centimètres d'épaisseur. Les unes présentaient la forme d'un rectangle (fig. 1), les antres celle d'un trapèze (fig, 2). Elles étaient posées à plat sur les chevrons, de manière que la partie inférieure de celle qui se trouvait plus élevée recouvrait la partie supérieure de celle qui était placée plus bas. Leurs bords étaient relevés sur les longs côtés, afin d'empêcher l'eau de pénétrer dans les joints formés par les

Fig. 3.

Fig. 4.

Imbrex ou tuile faîtière. Antéfixe.

lignes parallèles des tuiles superposées. Ces joints étaient recouverts par des tuiles faîtières courbes, imbrices, ayant la forme d'un demi-cône tronqué et creux à l'intérieur (fig. 3). Les imbrices ou tuiles faîtières, plus étroites au sommet qu'à la base, se recouvraient aussi les unes les autres, et formaient de cette manière une espèce d'arête continue. Dans les édi-

fices construits avec luxe les arêtes formées par les imhrices étaient terminées à leur extrémité intérieure, c'est-à-dire au point où elles rencontraient la corniche, par des ornements en terre cuite, en marbre ou en pierre, dont la destinat^ion était de masquer la cavité que présentait cette extrémité. Ces ornements portaient le nom ai mitéjixes (^^^. 4).

La figure 5 de la page précédente peut fournir une idée des toitures des anciens. En Italie on se sert encore aujourd'hui de tuiles de même genre.

4. Pavements. Les pavements des grands édifices romains sont très soignés. Presque tous reposent sur deux ou trois couches de mortier ou de béton. La couche inférieure se compose ordinairement de briques ou de biocaille, et la couche supérieure de ciment auquel on mélangeait de la brique pilée.

Les Romains reconnaissaient trois espèces de pavement en mosaïque :

1° \jQ pavimentiim ou opus fessellatmn, composé de petits morceaux de pierre dure ou de marbre, taillés sous des

formes géométriques régulières, et assemblés de manière à dessiner des fio;ures. Ces petites pierres, appelées cubes, en latin tesserae,iprésentaient le plus souvent une surface carrée.

2" Le pavhnenttim ou opus vermiculatuni était aussi formé de petits cubes de pierre ou de marbre, ajustés de manière à dessiner des ornements, des fleurs, et même des scènes historiques ou mythologiques. Dans ce mode de pavement les petites tablettes n'étaient pas placées en rangées parallèles, et n'étaient pas parfaitement carrées, comme dans le pavimentum tessellatum ; mais elles suivaient les mouve-

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Pavimentum tcssellatuni

ments des contours et des couleurs de l'objet représenté, ce qui, vu de quelque distance, offrait un coup d'œil ressemblant fort à celui que produit l'enlacement d'un grand

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Pavimenlum vermiculatura.

nombre de vers roulés les uns autour des autres (venues), d'où le nom d'opns vermiculatum. Les cubes de Vopus vermicidatum présentaient, à la surface du pavement, des figures dont le côté le plus long n'excédait pas deux centimètres. Le beau pavement en mosaïque, découvert récemment à Anthée (Namur) dans les ruines d'un établissement romain, est formé de cubes dont les côtés ont environ un centimètre de longueur et autant de largeur.

3'' Le pavimentum sectile était composé de petites tablettes de marbre sciées en feuilles minces, de différentes formes et de différentes couleurs. En s'adaptant les unes aux autres, elles traçaient des figures géométriques ou même dessinaient quelquefois des ornements, des feuillages et des figures Pavimentum sectUe. d'hommes OU d'animaux.

Sous les pavements on établissait souvent un hypocauste (du grecuTTo, sous, et xat«, brûler), calorifère formé de conduits souterrains destinés à répandre la chaleur dans l'édifice. La gravure suivante donne une idée de la disposition des

liypocaustes chez les Romains. " Pour avoir une idée juste d'un hypocauste, dit De Caumont, il faut se figurer un pavement élevé d'environ deux pieds au-dessus du sol et suspendu sur de petits piliers d'égale hauteur, distants les uns des autres d'un pied, entre lesquels la chaleur pouvait circuler et échauffer d'une manière uniforme le pavé qui surmontait cette espèce de cave. Les piliers des hypocaustes étaient ordinairement carrés, composés de briques de sept, huit ou dix pouces de diamètre, placées les unes sur les autres, ayant une couche de mortier entre chacune d'elles. Dans quelques hypocaustes les piliers étaient ronds au lieu d'être carrés... Les piliers de l'hypocauste supportaient de grandes briques de 18 à 22 pouces en carré qui formaient la base du pavé des appartements... Le calorique ne demeu-

rait pas concentré dans la cave de l'hypocauste ; il pouvait circuler dans des régions plus élevées et se répandre également dans toutes les parties de l'atmosphère des salles au moyen de tuyaux carrés en terre cuite incrustés dans les murs, dont les uns, verticaux, plongeaient dans l'hypocauste, tandis que les autres, placés horizontalement, faisaient le tour des appartements, n Abécédaire , Ère gallo-romaine, p. 32. Ces tuyaux, de forme oblongue, communiquaient les uns avec les autres, non-seulement par leurs ouvertures inférieures et supérieures, mais aussi par des trous pratiqués dans les côtés. Le feu de l'hypocauste était allumé dans un fourneau qui se trouvait dans une des dépendances de l'édifice chauffé.

On conserve au musée archéologique de Namur des tuyaux en terre cuite, à section carrée, provenant d'hypocaustes découverts dans des établissements gallo-romains de la province de Namur.

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