Les trois jeunes licbreu\ dans ia fournaise, Sidrach
Misach et Abdenago sont ordinairement représentés debout dans la fournaise et étendant les bras comme les personnes en prière. Ils sont souvent coiffés du bonnet phrygien; plus rarement ils ont la tète découverte. Presque toujours vêtus, ils portentune tunique tantôt unie, tantôt ornée de deux bandes de pourpre, que les anciens nommaient clavi. Cette scène était très propre à encourager les chrétiens persécutés en leur rappelant la délivrance miraculeuse des jeunes Hébreux. Elle était encore, d'après S. Irénée (liv.V,cli. 5) et Tertullien {De resurr.), un des nombreux symboles de la résurrection en usage chez les premiers chrétiens.
(1) "Voyez; dans Macarius, Hacjioglyipta, p. 211 et suiv., une dissertation très intéressante sur le monstre marin et \ arbrisseau de l'histoire de Jonas.
Les jeunes Hébreux dans la fournaise.
Fresque du cimetière de Saint-Hermès.
On représente aussi les jeunes Hébreux conduits devant la statue du roi Nabucliodonosor et sommés de l'adorer (Dan., III). Ils sont vêtus d'une tunique liée au-dessus des hanches, et coities du bonnet phrygien. L'un d'eux a ordinairement les mains liées par devant; les autres ont les mains libres. Nabuchodonosor, en costume d'empereur romain, se trouve à côté d'eux montrant du doigt son propre buste placé au sommet d'une colonne; il semble ])ar ce geste intimer aux Israélites Tordre de se prosterner. Un personnage, vêtu en soldat romain , mais portant le bonnet phrygien, se tient debout près du roi.
11. Daniel dans la fosse aux lions. Cesujet est encore un de ceux qui se rencontrent très fréquemment dans les fresques des catacombes. L'histoire du prophète nous est racontée dans les livres saints (Dan., ch. XIV). Daniel avait empoisonné le dragon adoré par les Babyloniens; il fut, à cause de la mort du faux dieu, précipité dans la fosse aux lions. Il y resta
Daniel dans la fosse aux lions.
Fresque du cimetière de Sainte-Priscille.
six jours sain et sauf. Le prophète, ordinairement dépouillé
de ses habits , lève les mains au ciel dans l'attitude de la prière. Deux lions sont à ses côtés , bien que le texte sacré en mentionne sept.
Les chrétiens, en retraçant cette scène, se proposaient le même bat que dans la reproduction des jeunes Hébreux au milieu des flammes. Daniel, comme ces jeunes Israélites, avait échappé miraculeusement à la rage de ses persécuteurs ; et, pour cette raison, était aussi un symbole de la résurrection glorieuse qui attend les chrétiens persévérants.
12. Notre-SeigneUP Jésus Christ. La première question qui se présente ici est celle de l'existence des portraits authentiques du Sauveur. Existait-il, aux premiers siècles, des images contemporaines retraçant les traits de l'Homme-Dieu? — Il serait difficile, croyons-nous, de prouver que, même au temps des apôtres, les lidèles aient possédé des peintures ou des sculptures reproduisant, d'une manière plus ou moins fidèle, l'image de Notre- Seigneur. En effet, les monuments historiques des premiers siècles gardent un silence complet sur l'existence de ces objets. Ce n'est que dans des écrits d'une date beaucoup plus récente, et dont l'autorité est nulle, ou pour le moins fort suspecte, que sont mentionnés les portraits de Jésus-Christ appelés acheiropoiètes, c'est-àdire /V/zY-s sans le concours de la main de V homme, (tels que le voile de Sainte-Véronique ou Sainte-Eace, le portrait que Notre-Seigneur lui-même aurait envoyé au roi Abgare) et les portraits attribués à saint Luc, à Nicodème ou à Pilate.
Depuis le deuxième jusqu'à la fin du quatrième siècle les Pères de l'Eglise affirment généralement que Jésus- Christ, fidèle en tout point au rôle d'humiliation qu'il avait embrassé pour la rédemption du genre humain, s'était revêtu d'une forme corporelle abjecte et dénuée de beauté. Ils s'appuyaient principalement sur deux textes du prophète Isaïe, qui dit du Sauveur : » Il paraîtra sans gloire devant les hommes, et dans une forme méprisable. » (LU, 14) ; et : " 11 est sans forme et sans beauté » (LUI, 2). Celse aussi reprochait aux chrétiens d'adorer un homme aux formes laides. Vers la fin du quatrième siècle, et surtout pendant les siècles suivants, cette opinion fut combattue par un grand nombre de Pères soutenant que, sous le rapport du corps comme de l'àme, Notre-Seigneur fut le plus beau des enfants des hommes, comme il est dit dans le psaume XLIV:» Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes. " Au huitième siècle, saint Jean Damascène se prononça énergiquement en faveur de la beauté du Christ, et nous le décrit dans les termes suivants : » Taille élevée , sourcils abondants, œil gracieux, nez bien proportionné, chevelure bouclée, attitude légèrement courbée, couleur élégante, barbe noire, visage ayant la couleur du froment comme celui de sa mère, doigts longs, voix sonore, parole suave." ('ette description s'accorde assez bien avec celle que, selon une tradition reçue du cinquième au huitième siècle, Lentulus, proconsul de la Judée avant Hérode, aurait envoyée au sénat romain . Ce portrait, bien qu'apocryphe, n'en est pas moins intéressant, parce qu'il correspond au type traditionnel adopté plus tard par les peintres chrétiens. » Dans ce temps, dit Lentulus, apparut un homme, qui vit encore et qui est doué d'une grande puissance : son nom est Jésus-Christ. Ses disciples l'appellent Fils de Dieu; les autres le regardent comme un prophète puissant. Il rappelle les morts à -la vie; il guérit les malades de toute espèce d'infirmités et de langueurs. Cet homme est d'une taille haute et bien proportionnée ; sa physionomie est sévère et pleine de vertu , de façon qu'à le voir on puisse l'aimer et le craindre aussi. Les cheveux de sa tête ont la
couleur du vin , et, jusqu'à la naissance des oreilles, sont droits et sans éclat. Mais des oreilles aux épaules, ils brillent et se bouclent. A partir des épaules, ils descendent sur le dos , distribués en deux parties à la façon des Nazaréens. Front pur et uni, figure sans tache et tempérée d'une certaine rougeur, physionomie noble et gracieuse. Le nez et la bouche sont irréprochables. La barbe est abondante, de la couleur des cheveux, et fourchue. Les yeux sont bleus et très brillants. A reprendre et à blâmer, il est redoutable; à instruire et à exhorter, il a la parole aimable et caressante. La figure est d'une gravité et d'une grâce merveilleuses. Personne ne l'a vu rire une seule fois ; mais on l'a vu plutôt pleurer. Elancé de corps, il a les mains droites et longues, les bras charmants. Grave et mesuré dans ses discours, il est sobre de paroles. De figure, il est le plus beau des enfants des hommes. »
Dans les catacombes on représentait ordinairement le Sauveur sous la forme symbolique du bon Pasteur, ou bien opérant des miracles, tels que la multiplication des pains et la résurrection de Lazare. Rarement les images du Rédempteur se trouvent isolées; celles qu'on rencontre datent de la période des visites pieuses, et présentent tous les caractères des peintures postérieures d'un ou de plusieurs siècles à la conversion de Constantin.
13. Le bon Pasteur. Notre-Seigneur lui-même s'était comparé au bon pasteur. "Je suis le bon pasteur, dit-il, et je connais mes brebis." (S. Jean, X, 14). Et dans une autre occasion énumérant les qualités du bon berger : " Qui est celui d'entre vous, demande-t-il aux juifs, qui, possédant cent brebis, et en ayant perdu une, ne laisse les quatre-vingtdix-neuf autres dans le désert, pour s'en aller après celle qui s'est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve. Et lorsqu'il l'a trouvée, il la place sur ses épaules pour la ramener au bercail." (S. Luc, XV, 4 et 5). C'était sous le charme de cette riante parabole que l'Eglise, dès son berceau, aimait à rappeler aux fidèles la grandeur et les effets de la miséricorde divine. Aussi l'on peut dire, sans exagération aucune, que
de toutes les figures symboliques, c'est celle du bon Pasteur qui est le plus souvent reproduite dans les ditFérents cimetières de la Ville Eternelle. On la retrouve dans tous les pays et sur tous les genres de monuments chrétiens, tels que lampes, sarcophages, pierres sépulcrales, verres dorés, etc. Le bon Pasteur est représenté communément sous la figure d'un jeune homme imberbe et ayant les cheveux courts. Il porte une tuuique descendant à peine jusqu'aux genoux, relevée par une ceinture à la hauteur des reins. Quelquefois la tunique, comme chez les esclaves, n'a qu'une manche ; parfois aussi elle est recouverte de la pèlerine en cuir ou scortea. Les jambes sont enveloppées d'une espèce de réseau, fasciae crurales. Le plus souvent le bon Pasteur, ramenant la brebis égarée sur ses épaules, est placé entre deux arbres sur lesquels sont perchés des oiseaux. Une ou plusieurs brebis l'accompagnent parfois et se pressent autour de lui. Ses principaux attributs sont \e pedum ou bâton pastoral, le s?/rinx ou flûte à sept tuyaux, et le mulclra ou vase à lait. Tantôt ces objets sont tenus à la main ou portés au bras, tantôt ils sont déposés aux côtés du bon Pasteur. Voyez les gravures des pages 77 et 78.
14. La sainte Vierge Marie. Il en est des images de la sainte Vierge comme de celles du Sauveur; nous n'en possédons aucune qui soit authentique ou contemporaine : /- Nous ne connaissons pas les traits de la Vierge Marie, « dit saint Augustin. Les artistes chrétiens se sont efforcés, dans la mesure de leurs forces, de réaliser dans les images de Marie ce caractère que saint Ambroise appelle la forme même de l'honnêteté, j'?!7«râ!/»ro(^e7â/«>. Ils ont presque toujours représente la Mère de Dieu sous les traits d'une jeune personne dont la tête est couverte d'un voile encadrant le visage et retombant sur les épaules. Lorsque Marie est sans voile, ses cheveux sont relevés au-dessus du front, où ils se divisent en deux boucles opposées. Son vêtement ordinaire est une tunique en forme de dalmatique, ornée de deux bandes de couleur, et quelquefois aussi de disques en métal ou de rondelles en étoffe vivement coloriée, appelés caîîicuîae.
La sainte Vierge est figurée de deux manières dans les peintures des catacombes, sur les verres dorés et les sarcophages chrétiens des premiers siècles. Le plus souvent elle est assise et tient son Divin Fils sur les genoux; on la voit aussi, mais plus rarement, debout dans l'attitude de la prière.
Lorsqu'elle est représentée de la première manière , elle est régulièrement assise sur un siège semblable aux chaires épiscopales que l'on trouve dans les chapelles souterraines des catacombes , et presque toujours entourée des mages qui, debout, offrent leurs dons à l'Enfant. Ceux-ci, ordinairement au nombre de trois, sont vêtus d'une tunique courte et ceinte, au-dessus de laquelle ils portent souvent une espèce de chlamyde ou petit manteau ; leur tête est coiffée du bonnet phrygien. Rarement les mages sont au nombre de deux, ou
L'adoration des mages. — Fresque du cimetière de DomitilJe.
de quatre, comme dans la fresque ci-dessus qui a été découverte au cimetière de Domitille, et que nous reproduisons d'après l'ouvrage publié par le chevalier de Rossi sur les
images de la sainte Vierge trouvées dans les catacombes (i). M. de Kossi estime que cette peinture est du iii« siècle
Nous donnons aussi l'image de la même Vierge sur une échelle un peu plus grande. Cette gravure donnera une idée
La Vierge avec l'Eufant. Fresque du cimetière de DomitiUe.
aussi exacte que possible du système de peinture suivi par les
premiers artistes chrétiens dans les fresques des catacombes.
L'adoration des mages rappelait aux fidèles trois doL^mes
(1) Voyez sur le nombre des mages dans les peintures et les sculptures chrétiennes des premiers siècles, de Rossi, I ma ges^ choisies ^ic. p. 11 et suiv — La sainte Vierge arec l'Enfant est aussi très souvent figurée sur les sarcophagesi les mages n'y sont jamais qu'au nombre de trois.
importants : la vocation des gentils, la divinité de Notre- Seigneur, et la maternité divine de Marie.
Lorsque les mages ne figurent pas autour de la Vierge assise, d'autres signes indiquent qu'il ne faut pas voir dans ce groupe une mère et un enfant quelconque, mais bien la sainte Vierge avec son Divin Enfant. Il y a d'abord le siège ou cathedra qui caractérise quelquefois la représentation de la sainte Vierge tenant l'Enfant; d'autres fois c'est une étoile ou un prophète qui accompagne la Mère de Dieu. On trouve même ces deux derniers signes réunis, comme dans l'exemple suivant, emprunté au cimetière de Sainte-Priscille. Cette
La sainte Vierge arec l'Enfant. — Fresque du cimetière de Sainte- Priscille.
peinture, que M. de Rossi croit de la fin du i" ou du commencement du 11*^ siècle de notre ère, est la plus ancienne image de la sainte Vierge que nous connaissions.
Les premiers chrétiens représentaient aussi la sainte Vierge, avec ou sans l'Enfant, sous la forme d'une oranle, c'est-à-dire debout et levant les bras comme une personne dans l'attitude de la prière. Il est même des auteurs qui ont cru voir la Mère du Sauveur dans le plus grand nombre des figures d'orantes qu'on rencontre en très grand nombre dans les catacombes. Voici comment s'exprime à ce sujet le chevalier de Rossi : " On ne saurait vraiment nier qu'en peignant leur orante les premiers chrétiens aient souvent voulu représenter la Vierge Marie. Pour ne pas multiplier les preuves, il me suffira de citer les coupes de verre (i) ainsi que le célèbre marbre de Saint-Maximin en Provence (2) : ces monuments portent le nom même de la sainte Vierge gravé sur la tête de l'orante. Mais on ne saurait nier non plus que souvent l'orante représente soit une martyre soit une fidèle morte, et que plus d'une fois encore elle personnifie l'Eglise. Lors donc qu'il n'y a point de nom inscrit autour de la tête et que nous ne découvrons aucun signe capable de nous faire reconnaître la femme en prière, la question reste indécise. Pour un grand nombre d'images de ce genre qui, selon l'intention des premiers fidèles, représentaient la sainte Vierge, nous pouvons soupçonner cette intention, mais nous ne pouvons point la démontrer. «Images choisies, p. 5. — Voici la gravure d'une Vierge, dans l'attitude d'une orante et accompagnée de l'Enfant Jésus, découverte, en 1840, dans le tympan d'un arcosoliitin, -àii cimetière de Sainte-Agnès. Cette fresque date très probablement du iv'' siècle. La Vierge porte un voile : son cou est orné d'un riche collier; elle a, par dessus sa tunique, un pallium ou stola de matrone, qui, retombant symétriquement sur ses bras, parait former deux
(1) Nous donnerons ci-dessous, en parlant des venes dorés, deux exemples de cette représentatiou.
(2) Voyez le dessin que donne de ce marbre l'éditeur des llarjioglyiita de Macakivs, p. 36.
larges manches, et elle lève les mains comme une orante. Son Fils est assis sur ses genoux ; mais on n'en voit que le buste, aujourd'hui à demi effacé. A chaque côté de la Vierge, à la
La sainte Vierge eu oraute. — Fresque du cimetière de Sainte-Aguès.
hauteur de ses mains, se trouve le monogramme du nom du Christ. Toute la fresque est maculée de taches noires.
Il résulte des observations précédentes, que plusieurs images de la sainte Vierge sont antérieures au quatrième siècle. Ce seul fait, dûment constaté de nos jours, suffit à lui seul pour réfuter l'assertion calomnieuse de Basnage et des protestants, qui prétendent qu'on n'a commencé à peindre la Vierge qu'après le concile d'Ephèse, célébré en 431. Il réfute aussi l'opinion de quelques auteurs catholiques qui attribuent à un canon du concile d'Ephèse l'origine des images de Marie tenant l'Enfant Jésus sur les genoux ou dans les bras.