‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 29 sur 71 · Personnification des quatre saisons. Les premiers · texte numérisé non relu

Personnification des quatre saisons. Les premiers

chrétiens reproduisaient de différentes manières ces personnifications sur les parois des catacombes et sur les sarcophages. Tantôt ils les représentaient par des personnes occupées aux travaux des champs correspondants aux différentes saisons, tantôt par les produits propres à chacune d'elles. Ces produits étaient quelquefois placés dans des cornes d'abondance, des corbeilles ou des plateaux, et portés par des figures humaines ou des génies ailés.

Les saisons symbolisaient aux yeux des chrétiens la résurrection future. "Dieu, dit Tertullien, étale de toutes parts le témoignage et le modèle de la résurrection. Chaque jour la lumière s'éteint et se rallume ; sans cesse les ténèbres lui succèdent et lui font place; les astres expirent et revivent; les saisons finissent et se renouvellent. » ApoL, ch. 48. La vicissitude des saisons offrait donc l'emblème de l'instabilité de la vie de l'homme; leur retour successif annonçait le retour de la mort à la vie.

Ce sont là les principaux types qui forment la série ou le cycle des peintures à sujets que l'on rencontre dans les catacombes de Rome. Ces types peuvent, comme on le voit, être subdivisés en trois classes principales, selon que leurs sujets sont empruntés à la Bible, à l'histoire ecclésiastique ou à la mythologie. Les premiers (n°' 1-20) pourraient être appelés bibliques, les suivants (n°* 21-23) ecclésiastiques y et les derniers (n°* 24 et 25) mythologiques.

Nous terminons ces réflexions sur les peintures à sujets par deux remarques :

1° Dans les catacombes, qui aux temps de la persécution servaient de lieu de sépulture aux martyrs, la plupart des peintures reproduisent des scènes touchantes et gracieuses; quelques-unes seulement contiennent une allusion aux tourments des martyrs. A cette dernière classe appartiennent entre autres les scènes représentant les Hébreux dans la fournaise et Daniel dans la fosse aux lions; elles avaient pour but de relever le courage et faire naître la confiance dans la protection divine; car elles rappelaient aux chrétiens d'abord la délivrance miraculeuse de ces jeunes héros, et ensuite, d'une manière indirecte, le dogme de la résurrection.

2" Il résulte de ce que nous venons de dire que le décret du concile d'Elvire, célébré en 305 (i), qui parait, à la première lecture, prohiber aux chrétiens l'usage des peintures dans les églises, n'est qu'une mesure prise exceptionnellement et provoquée par les circonstances. C'est donc à tort que les protestants et les iconoclastes se sont prévalus de cette défense pour proscrire le culte des images. L'unique motif qui fit porter ce décret fut le désir de soustraire les peintures sacrées au danger de la profanation au moment où l'Eglise se trouvait sous la menace de la persécution de Dioclétien.

c) Symholes.

Aux premiers siècles de l'Eglise , les principaux dogmes de la foi chrétienne étaient tenus cachés à tous ceux qui n'avaient pas reçu le baptême. Cette coutume ou cette règle, qui défendait de manifester la doctrine de l'Eglise à ceux qui n'étaient point initiés, s'appelait la discipline dit secret, disciplina arcani. Elle avait principalement pour objet les mystères les plus augustes du christianisme, tels que les dogmes de la très sainte Trinité et de l'Incarnation. Les sacrements aussi tombaient, sans exception, sous la loi du secret. Voici

(1) Voici le texte du décret : Plactiit piciuras in tccleiia esse non debere, ne quod colituT et adoratur in patietibus depitigatur. Conc. Illib., can. 57.

un passage remarquable de saint Cyrille de Jérusalem relatif à la discipline du secret : » Jamais, dit-il, il ne fut parlé à un gentil quelconque du mystère caché du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous n'en parlons pas même ouvertement devant les catéchumènes; mais nous en parlons souvent d'une manière occulte , de telle sorte que les fidèles, qui savent la chose, comprennent, et que ceux qui l'ignorent ne soient point scandalisés d'une révélation prématurée. « Catech. VI (i). Ceux qui sont plus ou moins familiarisés avec la lecture des saints Pères connaissent les formules : Norunt fidèles , les initiés et les fidèles savent, je m adresse aux fidèles, qu'on employait en parlant des dogmes devant une assemblée composée de baptisés et de catéchumènes. C'est dans cette loi de l'Eglise primitive que nous trouvons l'origine des signes symboliques dont nous allons parler. Les premiers chrétiens se servaient des symboles, d'abord pour soustraire à la dérision des gentils les plus augustes vérités de la religion , ensuite comme tessères, ou signes de ralliement auxquels ils se reconnaissaient entre eux.

Les plus anciens de ces symboles, les plus respectables et les plus faciles à interpréter avec une entière certitude, sont

ceux que Clément d'Alexandrie mentionnait déjà au ii^ siècle et qu'il recommandait aux fidèles de son temps comme types des anneaux à cachets : la colombe , le poisson , la barque, la lyre et l'ancre. La pierre gravée Pierre gravée du ne siècle. ci-contre qui remonte au

(1) Saint Cyrille de Jérusalem a écrit plusieurs instructions qui ont reçu le nom de catéchèses. Elles sont divisées en deux sections : les unes, destinées aux catéchumènes, gardent le silence sur les principaux dogmes de la religion et Surtout sur le saint Sacrement de l'Eucharistie; les autres, faites pour les fidèles baptisés, exposent ouvertement les mystères. En parlant des catéchèses des fidèles, saint Cyrille s'exprime dans les termes suivants : » Lorsque lacatéchèsa est récitée, si un catéchumène vient vous demander: Que disaient les docteurs? ïie dites rien à cet homme du dehors, « Prffuce des catéchèses.

11^ siècle, donne plusieurs des symboles les plus anciens : l'ancre entre deux poissons, le poisson isolé, le mot ixerc inscrit dans le champ, la croix en tau surmontée d'une colombe portant un rameau d'olivier, un agneau, une barque avec un mât en forme de tau, et enfin le bon Pasteur.

Nous examinerons ceux d'entre les symboles qui présentent le plus d'intérêt.

1° Le poisson. Pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, le poisson était un des symboles les plus répandus parmi les chrétiens pour signifier le Sauveur. Il était employé de deux manières, d'abord comme nom, ensuite comme figure. Le mot grec ixerc, icidus, qui ûgm^e. poisson , fournit les initiales des mots u^vj-, XpiT-oçesou rw; Cojtvîû, c'està-dire Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Comme on le voit, ce mot se prêtait admirablement pour exprimer le nom de Jésus-Christ, ses deux natures et sa qualité de Sauveur. Le poisson représenté sur les monuments peints ou sculptés avait la même signification ; il était un signe hiéroglyphique rappelant aux chrétiens le mot ixerc et toutes les vérités qu'il symbolisait. Dans la suite, les saints Pères ont rattaché beaucoup de souvenirs à ce signe mystérieux. En effet, le poisson rappelait les faits évangéliques les plus populaires : les apôtres étaient des pêcheurs ; Jésus-Christ avait multiplié les pains et les poissons et procuré aux disciples une pêche miraculeuse. Ensuite, comme le poisson naît dans l'eau et ne peut vivre hors de l'eau, de même le chrétien puise la véritable vie dans les eaux du baptême. Les fidèles voyaient donc en quelque sorte leur propre image dans le symbole du poisson ; aussi se donnaient-ils le nom de pisciculi , petits poissons.

L'acrostiche ixerc et le poisson symbolique se rencontrent dans les peintures et les épitaphes des catacombes; mais c'est surtout sur les pierres gravées et les objets portatifs à l'usage de la piété des premiers chrétiens, qu'ils étaient fréquents. Sur les parois d'une des chambres sépulcrales du cimetière de Saint-Calliste on voit retracé jusqu'à deux fois l'image d'un poisson nageant dans l'eau et portant sur le I. 8

dos une corbeille couverte de pains à sa partie supérieure, dans laquelle on remarque à l'intérieur, à travers un treillis,

un objet rouge ressemblant à un petit vase de verre rempli de vin.

L'ouverture du treillis est marquée dans notre gravure par une teinte Fresque de Saint- Calliste. pl"s foncée. "Lorsquej'aperçus pour la première fois cette peinture, dit le chevalier de Rossi, je me rappelai immédiatement les paroles de saint Jérôme : NiJiil illo ditius qui corpus Domini in cariistro vimineo, et sanguinem jjortat in vitro, c'est-à-dire : Il n'y a pas déplus riche que celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d'osier, et son sang dans un vase de verre. Cette représentation est un des plus beaux symboles de la sainte Eucharistie. En effet, dans d'autresjpeintures, que tous cependant regardent comme renfermant une allusion évidente à la sainte Eucharistie, on trouve des pains isolés, ou des pains et des poissons frits; dans cette peinture, au contraire, le poisson est représenté vivant, et nous fait penser aux paroles de saint Paulin, nommant le Sauveur le pain véritable et le poisson de Veau vive; panis ipse verus et aquae vivae piscis. Il

2. L'ancre et la croix. La croix ne paraît dans les monuments chrétiens des quatre premiers siècles que sous une forme dissimulée. L'ancre, qui était en même temps un symbole de l'espérance, servait, dès le premier siècle, à rappeler aux fidèles le signe de la rédemption. Tertullien atteste que le tau des Grecs et le T des Latins étaient aussi , quoique rarement, eniployés comme symboles de la croix. Voyez les gravures des pages 40 et lOS. Une autre forme dissimulée de la croix en usage au troisième siècle, non-seulement en Italie mais aussi en Grèce et en Asie, est la suivante iflJ.

3. L'agneau a été employé dès les premiers siècles pour représenter Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dans les plus anciennes peintures, il est quelquefois accompagné du vase à lait, qu'il porte soit sur le dos, soit suspendu au bâton

pastoral, comme dans l'exemple ci-dessous. Cette représentation, évidemment destinée à rappeler la sainte Eucharistie,

offre une grande analogie avec celle où le poisson porte sur le dos une corbeille de pain (p. 110).

Dans la partie la plus ancienne du cimetière de Saint-Calliste on trouve le vase à lait posé sur un tertre entre deux agneaux. Ces agneaux, comme ceux que l'on voit dans la scène du bon Pasteur, symbolisent probablement les apôtres ou les chrétiens en général.

A partir du iv'^ siècle les agneaux ont été souvent employés comme

Fresque du cimetière symboles des apÔtreS,

de Domitille.

4. Les orailtes. Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues et élevées vers le ciel. La plupart des monuments chrétiens primitifs offrent des fidèles des deux sexes, et surtout des femmes, représentés dans cette attitude. Ces figures, qui ont reçu le nom d'ora?ites (du mot latin orare, prier), se distinguent par l'élégance et la richesse de leurs vêtements; elles portent souvent des dalmatiques à larges manches et garnies de bandes de pourpre, clavi (voyez la gravure de la page 78, n° 4). Quelquefois même elles sont parées de colliers, de bracelets et d'autres bijoux. Nous donnons à la page 112 une figure d'orante que l'on voit au cimetière de Saint-Calliste; elle ne porte pas les clavi. Cette peinture, qui semble remonter à la fin du I" ou au commencement du ii'' siècle, se rapproche, par les caractères qu'elle présente, des bonnes fresques de l'antiquité,

L'orante est le symbole de l'âme chrétienne, devenue l'épouse de Jésus-Christ. Les deux arbres qui, dans quelques monuments, se trouvent à ses côtés, désignent le paradis ou la félicité éternelle. Quelquefois aussi l'orante symbolise

^ = au cinieticie de baint-Calliste.

l'Eglise. Enfin plusieurs savants, comme nous l'avons déjà fait remarquer à la pnge 97, voient dans \ç.^ orautes la représentation de la j\[ère de Dieu, surtout lorsque la figure de Forante se trouve en rapport avec celle du bon Pasteur.

5. La colombe se rencontre très fréquemment sur les monuments chrétiens primitifs de tout genre, et surtout dans les épitaphes des six premiers siècles de notre ère. Dans les catacombes elle symbolise ordinairement l'âme pure et innocente des fidèles défunts dont la dépouille mortelle repose en ces lieux. Le rameau d'olivier qu'elle porte est le symbole de la paix dont jouit l'àme fidèle, et équivaut à la formule i\ pace, si souvent employée dans les épitaphes. La colombe avec la branche d'olivier n'est donc qu'une espèce de signe hiéroglyphique, équivalant à l'acclamation si fréquente sur les marbres chrétiens : Spiritus in PAGE ou Spiritus tuus in page. Voyez les gravures des pages 40, 77, 78 etlOS. Quelquefois aussi la colombe symbolisait le Saint-Esprit.

6. Le paon était le symbole de la résurrection parce que, de même que cet oiseau en muant se revêt de plumes éclatantes au printemps, notre âme à la résurrection se revêtira d'un corps glorieux. — Peut-être cet oiseau était-il aussi un symbole de l'immortalité; les anciens croyaient, en efiet, que la chair du paon était incorruptible. Voyez la gravure de la page 77.

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