Appareils et système (le construction. Les basiliques
et les monuments de la période latine sont construits avec des moellons réguliers de moyen ou de petit appareil, ou bien avec des briques plates, séparées par une épaisse couche de ciment. Souvent aussi les murs sont formés de cordons d'une, de deux ou de plusieurs assises de moellons alternant avec des cordons composés d'une ou de plusieurs assises de
briques. Ce dernier mode de maçonnerie se rencontre dans plusieurs des plus anciennes basiliques romaines, par exemple à Sainte-Agnès, à Saint - Laurenthors-les-murs et à Sainte-Balbine (fig.
2) et aussi dans les l'ragments de la basilique chrétienne
Appareil de la basilique profane de Trêves ^-.^j existent cncore (ive biècle).
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Fig. 2.
Fig. 3.
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Appareil des basiliques
de Sainte- Agnès, Sainte -Balbine
et Saint-Laurent, à Rome.
Appareil de la basilique chrétienne de Trêves.
à la cathédrale actuelle de Trêves (tig. 3). La basilique profane de cette dernière ville (fig. 1) et la plupart des monuments de Ravenne sont construits en briques.
Une modification importante fut introduite, pendant la période latine , dans la construction des basiliques chrétiennes : ce fut la substitution des arcs aux architraves. Cette disposition nouvelle tenait à. plusieurs causes. D'abord, l'arc avait déjà été employé du temps de Dioclétien pour réunir les colonnes; ensuite, des entablements de formes et de hauteurs diverses, empruntés aux monuments antiques, produisaient une irrégularité tellement choquante que les architectes n'osèrent pas, dans leur emploi, user de la même liberté que dans celui des colonnes. Ce fut, sans doute pour ces raisons qu'on remplaça les architraves par des arcs en maçonnerie appuyés directement sur les tailloirs des chapiteaux des colonnes.
Beaucoup de basiliques chrétiennes, et surtout celles de la ville de Rome, furent construites aux dépens des monuments antiques. On enlevait à ces monuments les colonnes, les architraves, les frises et toutes les parties susceptibles d'être employées dans la construction des basiliques. Mais comme celles-ci étaient beaucoup plus vastes que les temples, il fallait souvent, pour en élever une seule, dépouiller plusieurs monuments païens. L'art architectural était si profondément déchu que l'on ne craignit pas d'associer des débris diff'érents de style et de dimension, en les rajustant le mieux qu'il fût possible. L'entablement de la partie pri-
mitive de Saint-Laurent-liors-les-murs, à Rome, offre un exemple intéressant de ce mode de construction; nous donnons ici, en gravure, une partie de cet entablement. On y voit réunis tant bien que mal des fragments divers d'architraves et de frises.
Entablement à la partie primitive de l'tglise de Saint-Laurent-hors-lesniurs, ù Kome.
Lorsqu'on employait des colonnes provenant de divers monuments , elles n'appartenaient souvent pas au même ordre d'architecture , ou bien les fûts et les chapiteaux n'avaient pas la même hauteur. Dans ce cas on plaçait les tailloirs de toutes ces colonnes dans un môme plan horizontal; on enterrait, en partie, les colonnes trop longues, et on élevait celles qui étaient trop courtes sur des socles ou des piédestaux de différentes hauteurs. Les églises de Santa- Maria-in-Trastevere et de YAra-Coeli, à Rome, se distinguent par ces irrégularités dans la forme et la hauteur des colonnes. L'espacement et la distance relative des colonnes varièrent aussi entre des limites excessives.
Dans le midi de la France, les églises chrétiennes furent égfilement construites avec les débris arrachés aux édifices païens. « Les monuments antiques de l'époque romaine, dit
Viollet-le-Duc, laissaient sur le sol des Gaules une quantité innombrable de colonnes; car aucune architecture ne prodigua autant ce genre de support que l'architecture des Romains. Nos premiers constructeurs romans employèrent ces fragments comme ils purent ; ils trouvaient très simple, lorsqu'ils élevaient un édifice, d'aller chercher, parmi les débris des monuments antiques, des fûts de colonnes et de les dresser dans leurs nouvelles constructions, sans tenir compte de leur grosseur ou de leurs proportions, plutôt que de tailler à grand'peine, dans les carrières, des pierres de grande dimension et de les amener à pied-d'œuvre. Il résulta de cette réunion de colonnes ou même de fragments de colonnes de toutes dimensions et proportions, dans un même édifice souvent, un oubli complet des méthodes qui avaient été suivies par les Romains dans la composition des ordres de l'architecture. Les yeux s'habituèrent à ne plus établir ces rapports entre les diamètres et les hauteurs des colonnes, à ne plus éprouver le besoin de l'observation des règles suivies par les anciens. Cet oubli barbare, résultat de la perte des traditions et de moyens de construction très incomplets, du défaut d'ouvriers capables, fit faire aux architectes des premiers temps du moyen âge les plus singulières bévues. Pour eux, les colonnes antiques, souvent taillées dans des matières précieuses, furent un objet de luxe, une sorte de dépouille dont ils cherchèrent à parer leurs grossiers édifices, sans se préoccuper souvent de la fonction véritable de la colonne. D'ailleurs, s'ils étaient hors d'état de tailler un cylindre dans un bloc de pierre, à plus forte raison ne pouvaient-ils sculpter des chapiteaux et des bases ; il arriva qu'ils placèrent tantôt une colonne sur le sol sans base, tantôt un chapiteau antique sur une colonne dont le diamètre ne correspondait pas avec celui du fût. Trop inexpérimentés pour oser combiner un système de construction sur des points d'appui grêles, ils placèrent les colonnes qu'ils arrachaient aux débris des monuments antiques dans des angles rentrants, ou les accolèrent à des piliers massifs, comme une décoration plutôt que comme un support." Dictionnaire raiaonnè de V architecture, III, p. 49.2.
Le baptistère ou église de Saint-Jean-Baptiste de Poitiers, qui date du vi« ou du vii« siècle, offre un exemple bien remarquable de ce mode de construction. Voici la vue intérieure de ce curieux monument :
Vue intérieure du baptistère de Poitiers (vie ou vue biècle").
On est frappé avant tout de la différence notable qui existe entre les diamètres et les hauteurs des colonnes. Aux fûts, qui sont en marbre, s'adaptent tant bien que mal des chapiteaux, aussi en marbre, d'inégale grandeur. L'arcade centrale extérieure retombe sur deux colonnes ofîrant les plus grandes irrégularités. Celle de droite paraît surmontée d'un entablement presque complet, composé d'une architrave, d'une frise et d'une corniche; celle de gauche n'a pas de couronnement; l'arc, descendant plus bas que du côté opposé, va reposer pour ainsi dire directement sur le cha-
piteau. Les chapiteaux des colonnes recevant les retombées de la petite arcade sont aussi entièrement dissemblables.
Dans l'Europe centrale les édifices élevés pendant la période latine sont extrêmement rares. Un des plus remarquables de l'Allemagne est l'abbaye fondée, en 776, à Lorsch, près de Heidelberg.
La Belgique et la Hollande ne possèdent pas un seul monionument chrétien, datant de la période latine, et il est très probable qu'elles n'en ont jamais possédé d'importants.
2. Décoration mOiïUlueillale. La période latine ne fut pas une époque brillante pour la sculpture d'ornement. Lorsqu'on ne se servit pas de fragments arrachés aux édifices anciens, on se contenta, dans le principe, d'imiter autant que possible les modèles de la décoration classique. Le^ chapiteaux des plus anciennes basiliques chrétiennes de Rome, par exemple de Saint-Laurent-hors-les-murs , fournissent la preuve évidente de cette assertion. » Mais, dit très bien Lenoir, les premiers chrétiens ne restèrent pas serviles imitateurs, bien qu'ils s'écartassent peu des principes de l'architecture païenne. En suivant avec soin, dans les basiliques latines de l'Italie, la marche successive des innovations chrétiennes, on les voit d'abord timides et ne s'attachant qu'à modifier le fleuron du chapiteau corinthien ou quelques-unes des moulures ornées de l'ionique ; puis, dès le \^ et le vi*^ siècle, se présentent des compositions complètes, dans lesquelles l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque ; on voit aussi des chapiteaux dont le bas off"re l'aspect d'un panier tressé
Piédestal à la basilique de Saint-Laurentliors-les murs, à Rome.
en remplacement des nombreuses feuilles épanouies. Le travail du ciseau et de petites croix grecques mêlées aux ornements ne peuvent laisser aucun doute sur l'authenticité de ces sculptures. A la basilique primitive de Saint-Laurent, les piédestaux des colonnes sont ornés tant au gynéconitis (c'est-à-dire à la galerie supérieure réservée aux femmes, r-''-'^'-^-'^') qu'au rez-de-chaussée , de croix grecques accompagnées de rosaces et de l'alpha et de l'oméga. » Architecture mo?iastique, I, p. 216 et suiv.
Le tailloir des chapiteaux reçut, pendant la période latine, des dimensions et un évasement si considérables que bien souvent il paraît former un chapiteau supérieur superposé,
sans intermédiaire , au chapiteau inférieur. La face du tailloir était ornée , du côté de la nef principale, d'un symbole, du monogramme du fondateur, ou plus souvent encore d'une croix pùttée,^o\t isolée, soit inscrite dans un cercle. On appelle croix paitée celle dont les bras sont plus larges aux extrémités qu'au point d'intersection des branches. Cette croix a été un des ornements chrétiens les plus usités pendant la période latine. On la voit non-
SaintLaureut-hors-les-murs, à Komc. seulement SUT les faces dcS
tailloirs, mais aussi sur les sarcophages (à Ravenne), les anibons (à Saint- Marc de Venise), dans les mosaïques (à Saint- ApoUinaire-in-Classe , à Ravenne), et les peintures murales (à Saint-Martin-des-Monts, à Rome).
On décora de mosaïques sur" fond d'or l'abside et l'arc triomphal des basiliques , et de marbres précieux les autres parties présentant des surfaces nues de quelque étendue. Les pavements furent exécutés en marbre de couleur. Cet engouement pour l'ornementation éclatante avait passé
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Chapiteau à la basilique de
d'Orient en Occident. Dès le iv^ siècle, les Romains prirent l'habitude de décorer leurs vêtements par des figures capricieuses imitées de celles qui ornaient les étoffes persanes ou indiennes. La robe d'un riche Romain portait quelquefois à cette époque jusqu'à cinq ou six cents de ces images.
Au vil* et au viii^ siècle, la sculpture décorative est en pleine décadence ; elle se distingue par une grande incorrection dans le dessin, et une extrême barbarie des formes. Il est cependant à remarquer que les ornements reproduisant des végétaux ou des figures géométriques sont mieux traités que les animaux, et que ceux-ci sont souvent d'une exécution supérieure à celle des hommes.
En deçà des Alpes on a souvent employé comme motifs de décoration les frontons triangulaires appliqués sur les murs extérieurs des édifices. On trouve des exemples de cette ornementation à l'abbaye de Lorsch, au baptistère' de Poitiers, et au monastère de Saint-Généroux (France).