‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 40 sur 71 · iVarthex, façades et portes des basiliques. Le narthex · texte numérisé non relu

iVarthex, façades et portes des basiliques. Le narthex

intérieur, appelé aussi porche, occupait le fond de l'atrium et était formé par le portique adossé à la façade principale de la basilique. Il se reliait, par les extrémités, aux galeries qui entouraient l'atrium.

Du côté de la cour il était porté par des colonnes richement travaillées, ordinairement en marbre ou en granit. Des entablements, également en marbre ou en granit, et imitant plus ou moins fidèlement ceux de l'architecture classique, reliaient ces colonnes entre elles. L'architrave et la frise étaient ornées de sculptures, de mosaïques et d'inscriptions.

Du côté dé la basilique, la toiture du porche, faiblement inclinée, s'appuyait contre le mur de la façade dans toute la largeur de l'édifice, de manière à masquer entièrement les nefs latérales ou bas côtés. Le corps principal de la façade, qui correspondait à la hauteur et à la largeur de la nef du milieu, s'élevait derrière le porche et se terminait par un pignon ou fronton indiquant l'inclinaison du toit supérieur. Ce pignon était souvent couvert de mosaïques et de pein-

tures, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la basilique. Quelquefois, comme à la basilique de Saint-Laurent-horsles-raurs, le pignon était remplacé par une pente tuyaute du toit faisant croupe.

Façade de la basilique de Saiut-Laurent-hors-les-mars, à Rome.

Dans la partie de la façade comprise entre le fronton triangulaire du couronnement et le toit du porche on pratiqua une ou deux rangées de fenêtres pour éclairer la nef.

Les porches n'avaient généralement pas d'étage. On en trouve cependant quelques-uns qui étaient surmontés d'une galerie, par exemple celui de Saint-Sabas, à Rome.

Le narthex extérieur qui, dans (juelques basiliques, se trouvait devant l'entrée de l'atrium consistait, comme le narthex intérieur, dans un appentis appuyé par derrière sur le mur de l'atrium et par devant sur une colonnade. H y a des basiliques où, au lieu d'établir un appentis s'étendant sur toute la largeur de l'atrium, on s'est contenté d'abriter la porte d'entrée de l'atrium en la faisant précéder d'un petit toit porté par quatre colonnes, ou par deux colonnes et deux pieds-droits. On trouve encore, à Rome, plusieurs de ces petits porches, par exemple, à Saint-Clément et à Sainte-

Praxède.Nousdonnons ci- contre la gravure du porche extérieur de Saint- Clément.

Dans les basiliques où les accidents de terrain ne permettaient pas d'établir l'atrium et le narthex, on remplaçait quelquefois ceux-ci par des galeries surmontées d'un étage, placées à l'intérieur de l'édifice le long de la façade. On rencontre des exemples de ces galeries intérieures dans deux des plus anciennes basiliquesdeRome:

dans celle de Sainte- Agnès et dans la partie primitive de celle de Saint-Laurenthors-les-murs.

Les portes des basiliques étaient construites sur le modèle des portes riches du style classique. Quelquefois même on se servit de belles portes antiques qu'on transporta à l'entrée des basiliques chrétiennes. La plupart des portes étaient encadrées de trois pièces de marbre : deux formaient les pieds-droits du chambranle et supportaient la troisième placée en linteau. Le chambranle était orné de sculptures ou d'incrustations en marbres précieux de différentes couleurs.

En avant de la porte principale se trouvaient fréquemment deux lions en marbre, entre lesquels les juges rendaient

Porche extérieur de la basilique de Saint-Clément, à Rome.

parfois justice; de là l'expression sedere inter leoncs, qui signifie faire office de juge. L'usage de figurer deux lions aux porches des églises a été conservé bien longtemps, surtout en Italie. La plupart des grandes églises élevées dans ce pays pendant le moyen âge conservent encore aujourd'hui ces lions, qui sont souvent placés entre la base et le fût de deux colonnes du porche, de telle sorte que les colonnes semblent appuyées sur le dos des animaux. Les lions sont presque toujours taillés dans le même bloc de marbre que le fût de la colonne. Dans l'Europe centrale on voit encore les deux lions symboliques au porche de l'église de Saint-Géréon, à Cologne, et à celui de la cathédrale de Coire (Suisse).

Les clôtures ou battants des portes des basiliques étaient en bronze ou en bois. Quelques-unes des portes en bronze des premières basiliques provenaient de monuments païens ; d'autres furent l'œuvre d'artistes chrétiens. En 781, le pape Adrien I fit placer à l'église des Saints-Cosme-et-Damien, les deux portes en bronze antique qu'on y admire encore aujourd'hui; ces portes avaient été trouvées à Pérouse. Souvent on couvrit les portes de lames d'argent : tlonorius I affecta une masse d'argent, du poids de neuf cent soixantequinze livres, à l'ornementation de la porte principale de la basilique du Vatican, et Anastase le Bibliothécaire nous apprend que, du temps de Grégoire IV, au ix<^ siècle, l'église de Sainte-Marie-Majeure possédait des portes ea argent. Ces portes, destinées à fermer l'église pendant la nuit, étaient ouvertes pendant le jour, et alors l'entrée de l'église était voilée par des rideaux et des tentures en étoffes plus ou moins précieuses. De nos jours encore l'usage des tentures aux portes des églises est général en Italie et dans les pays méridionaux.

4. Feuètres et clôtures de fenêtres. Les baies des fenêtres des basiliques consistaient dans des ouvertures allon-

gées et fermées à leur partie supérieure par un cintre. Dans le pignon et immédiatement sous les combles on trouve aussi des fenêtres entièrement circulaires, qui ont reçu le nom d'œils-de-bœuf, oculi. Le nombre des fenêtres était ordinairement considérable : la basilique de Saint-Paul-hors-lesmurs, à Rome, reconstruite récemment sur le plan primitif, en a cent vingt; la première basilique de Saint-Pierre-au- Vatican en comptait quatre-vingts. Saint-Grégoire de Tours affirme que l'église de Saint-Martin de sa ville épiscopale en avait cinquante-deux.

Les fenêtres étaient closes par de grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et percées de trous pour introduire la lumière du jour dans l'intérieur des édifices. On trouve des exemples de ces clôtures, appelées transennae, dans la plupart des monuments profanes des Romains ; on en voit notamment dans les raines du cirque de Maxime et aux thermes de Caracalla. La basilique de Saint-Laurenthors-les-murs, à Rome, conserve aujourd'hui encore des clôtures primitives de ce genre, qui se distinguent par une grande simplicité. En voici deux exemples :

renêtres avec clôtures en marbre, à la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome.

Plus tard les tablettes furent évidées de manière à présenter des dessins plus compliqués, tels que des entrelacs (fig. 1), des imbrications (fig. 2), des cercles inscrits dans des carrés, etc.

Fig. 1.

rig. 2.

Clôtures de fenêtre, à Saint-Martin-des-Monts, à Rome.

Dans l'Europe occidentale et septentrionale, où les tablettes en pierre et en marbre de grande dimension faisaient défaut, on plaça des châssis en bois dans les baies des fenêtres, ou bien on réunit les morceaux de verre au moyen de filets de plomb.

Les ouvertures des claires -voies étaient tantôt vides (surtout dans les pays méridionaux), tantôt remplies de pierres translucides ou spéculaires, de plaques d'albâtre, de minces tablettes de marbre, de fragments de verre, ou d'autres matières transparentes.

Nous donnons ici un très curieux exemple de clôture de fenêtre

Volet en marbre à la basilique de Torcello.

que l'on voit à la basilique de Torcello, près de Venïse. Cette clôture n'est autre chose qu'un volet en pierre muni de pivots taillés dans le même bloc et roulant sur des gonds en marbre scellés dans le mur.

L'usage de remplir de morceaux de verre les vides des cloisons des fenêtres est très ancien. Saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, Lactance, saint Grégoire de Tours, Fortunat et d'autres auteurs ecclésiastiques du iv'^ et du v*^ siècle parlent fréquemment de fenêtres fermées avec des lames de verre. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, mort en 488, nous apprend, dans un poème qu'il composa à l'occasion de l'aclièvement d'une église bâtie à Lyon par l'évêque Patiens , que les fenêtres de cet édifice étaient closes par des tablettes en marbre garnies de verre de couleur verdâtre. Voici comment il s'exprime :

Distiiictuin vario nitore marmor Percurrit camcrara, soluin , fenestra? ; x\c sub verticoloribus figuris Vernans heibida crnsta saphiratos Flectit per prasinum vitrum lapillos.

Dès le vii° siècle, il y avait des verrières composées nonseulement de verres blancs ou verdâtres, mais aussi de verres colorés. "Dans ces verrières éclatantes de diverses couleurs, dit Labarte, il n'y avait encore aucune figure, aucun ornement peint sur le verre; elles se composaient d'un grand nombre de pièces diversement colorées, teintes chacune uniformément dans la masse, coupées sur différents patrons et assemblées de manière à rendre des motifs. On ne doit les regarder que comme des mosaïques transparentes». Histoire des arts industriels, III, p. 333.

5. Charpentes de comble. Ces charpentes étaient d'une constuction fort simple mais solide. Elles sont formées d'une suite de fermes portant les 2:)annes, sur lesquelles reposent les chrevrons. La figure suivante explique la disposition la plus commune des fermes de comble dans les anciennes basiliques, et elle fait connaître, en même temps, le nom des différentes parties qui composent les charpentes de comble de l'antiquité.

— ISl —

Charpente de comble, à l'église de Sainte-Sabine, à Rome.

ABCD est une ferme. Les poutrelles E, réunissant les fermes, sont àe^^panves; elles reposent sur des chcmtignoUes, ou petites pièces de bois taillées en biseau. PG et GN sont les chevrons. La poutre placée entre les lettres G et B et destinée à réunir le sommet des fermes voisines porte le nom de faîtage. La ferme se compose de deux arbalétriers AB, BC, d'un entrait ADC et d'un poinçon BD, lié aux arbalétriers par les liens ou jambettes a.

Beaucoup de fermes, par exemple celles de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, ont un double entrait; l'entrait supérieur porte le nom à' entrait retrousse.

Charpente de comble, à l'église de Saint-Paul-hors-les-mars, à Rome.

Bans ces fermes les jambettes, au lieu d'être assemblées dans l'extrémité inférieure du poinçon, le sont dans l'entrait, parallèment au poinçon.

La plupart des charpentes restaient apparentes à l'intérieur de l'édifice; et encore aujourd'hui en Italie plusieurs basiliques sont couvertes de toits dont toutes les parties sont visibles. Quelquefois on couvrait les nefs de plafonds suspendus à la charpente de la couverture et simulant des caissons richement décorés de peintures et de dorures.

6. Tours. Peu de basiliques du style latin ont possédé des tours depuis l'époque de leur fondation ; les clochers

r.'ilfir'

que l'on voit aujourd'hui près des anciennes églises de Rome sont presque

, -^^^.^.^^^^^^ tous postérieurs au

-i^^^r"' .^i ix« siècle.

^^^^^^ï^^^^ Les tours de la .7Jgi^^giv"'^^ période latine sont ^^= bâties le plus sou- P^ vent sur plan circu- ^ laire ou octogone.

On trouve encore de nos jours à Ravenne plusieurs p tours cylindriques.

^ Nous donnons ci- ^B contre, en gravure,

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ïg^S^^ïrss^

i^^^^^ç: celle de Saint-Apol-

^ linaire-in-Classe de

? cette ville; elle date

du milieu du vi*'

siècle.

^^ Il serait difficile

^1 de dire si ces tours

g|l primitives furent

yMM construites pourra-

^^É cevoir des cloches,

^ ou bien si elles eu-

cM. trujwpêr rf,.2Si^^^S£^l^=r~'^^::-i^f>f."cl'//.ig/i/.--. rent une autre des-

Tour de l'église de Saint- Apollinaire- tinatiou. En effet,

in-Classe, à Raveune (vie siècle). Jgg savants ne SOnt

pas d'accord sur l'époque où l'usage des cloches a été introduit. 11 paraît cependant certain que, déjà au vii^ siècle, on se servait de cloches pour annoncer les offices divins.

7. Peintures en mosaïque. Dans les grandes basiliques, l'arc triomphal, les parois de l'abside au-dessus du siège de

l'evêque et des bancs des prêtres, ainsi que les parties comprises entre les fenêtres hautes de la nef et les arcades reliant les colonnes étaient couverts de riches mosaïques.

La peinture en mosaïque n'est qu'une variété de \opus vermicidatum des anciens (voyez ci-dessus p. 34). Primitivement le peintre mosaïste se servait de morceaux de pierre ou de marbre, plus tard il employa également des cubes de verre coloré. Les Grecs furent les inventeurs de ce dernier procédé , et , pendant tout le moyen âge , ils restèrent les .plus habiles dans l'art de la mosaïque. Ils introduisirent aussi l'usage des cubes de verre doré et argenté, au moyen desquels ils donnèrent aux mosaïques un ton et un éclat des plus vigoureux. Dans son Essai sur les arts, le moine Théophile (i) parle dans les termes suivants de la fabrication de ces cubes de verre doré : » Les Grecs, dit-il, font de la même manière que le verre à vitre des feuilles de verre blanc translucide, de l'épaisseur d'un doigt. Ils les coupent avec un fer chaud en petits morceaux carrés, les couvrent d'un côté avec une feuille d'or qu'ils enduisent d'une couche de verre translucide broyé; ils les réunissent sur une plaque de fer couverte de chaux ou de cendres et les cuisent dans le fourneau du verre à vitre (2). » Les cubes de verre doré devinrent très communs et formèrent le fond de la plupart des mosaïques chrétiennes, surtout en Orient. Les Grecs se sont encore servis de cubes de verre revêtus d'argent, qui produisaient un très bel effet dans les bordures d'ornement. Ils les ont aussi employés dans les lumières des vêtements. En Occident, on n'a guère fait usage de ces cubes de verre argentés.

En France, en Allemagne et dans tous les pays de l'Europe occidentale, les mosaïques ont été très rares. Les chro-

(1) Le moine Théophile, qui vivait au xii""- sièclt;, a c'crit un traité intitulé : Diversarum art'mm schedula, dans lequel il a consigné des instructions très détaillées sur la pratique de tous les arts industriels connus de son temps. Ce curieux traité a été publié, en 1843, par le comte del'Escalopier, et reproduit dans le tome II du Dictminaire d'archéologie de Bourassé, publié par l'abbé Migne.

(2) Diversantm arlium schedula, \ïv. Il, ch:ip. 15.

niqueurs ecclésiastiques en signalent quelques-unes en France. Saint Grégoire de Tours rapporte entre autres qu'Agricola, évêque de Chàlons-sur-Saône « construisit une églis'e soutenue par des colonnes et ornée de marbres de diverses couleurs ainsi que de ijeintures en mosaïque. Hist. eccl. des Francs, liv. V, cli. 46. Le dôme d'Aix-la-Chapelle, construit par Charlemagne, fat entièrement couvert de peintures en mosaïque par des ouvriers venus de l'Italie et de l'Orient. La description suivante de ces peintures, que nous empruntons à V Architecture mo?iastique de Lenoir, peut aider à nous donner une idée de la magnificence qu'offrait l'intérieur des monuments dont les parois étaient couvertes de mosaïques : « L'empereur, dit-il, eut l'intention de reproduire autant que possible (dans le dôme) le temple d'or consacré à la Mère de Dieu, dans la ville d'Antioclie par Constantin le Grand. Les historiens disent d'abord que la frise située entre les deux étages des arcades intérieures, par conséquent au-dessus de celles du rez-de-chaussée, contenait une inscription en mosaïque rouge, epigramma sinopide scriptum, rappelant le nom et les titres du fondateur; elle était en vers et se terminait par ces mots : KAROLUS PRINCEPS. La voûte centrale ou coupole, qui couvrait la plus haute construction du temple était en mosaïque, et représentait, dans la zone principale , un ciel d'or parsemé d'étoiles rouges; au milieu, et vis-à-vis l'entrée de l'édifice, était figuré le Christ assis ; un nimbe crucifère ornait sa tête ; de la main gauche il tenait un livre, de la droite levée il donnait la bénédiction. Une longue tunique, talaris, couvrait la totalité du corps ; un paludamentum^î) rouge fixé par une fibule en pierreries, était placé par dessus. Sur une zone lumineuse, partant du sommet de la voûte et répandant des rayons autour de la tête du Christ, étaient figurés deux anges tenant des livres ouverts et se groupant auprès des épaules de leur roi. Une sphère était tracée autour du trône; elle contenait plusieurs cercles colorés : le plus près du Christ était blanc, le second bleu turquois ; le troisième vert

(1) Espèce de» petit iiiaateau.

de mer, le quatrième violet, etc. Dans la région située audessous du Christ, étaient figurés vingt-quatre vieillards vêtus de blanc, portant à la main des couronnes d'or, qu'ils lui présentaient, après s'être levés de leurs sièges... Au-dessous des vieillards, dans la frise inférieure, était tracé le monogramme du Christ. Cette voûte curieuse et unique dans le nord existait encore au xvii^ siècle, Ciampini l'a fait graver dans son ouvrage Vetera monimenta (II, p. 134 planche 41). Du sommet de la voûte pendait une vaste couronne d'or, qui fut remplacée par celle qui s'y voit aujourd'hui ; ouvrage remarquable d'orfèvrerie, en cuivre doré, orné d'émail. " Architecture tnonastique, II, pp. 129 et suiv. Des recherches faites récemment dans la coupole du dôme d'Aixla-Chapelle pour retrouver les traces des anciennes mosaïques que la main dévastatrice des modernisateurs du xviii^ siècle a fait disparaître ont été couronnées d'un plein succès. On a découvert entre autres un fragment considérable représentant le corps d'un des vingt-quatre vieillards. Un projet de restauration, dressé d'après la gravure de Ciampini et les parties retrouvées, est soumis en ce moment à l'approbation de l'autorité supérieure.

Dans plusieurs basiliques de Rome, l'abside voûtée en cul-de-four, renferme au centre l'image du Christ debout ou assis, bénissant de la main droite ou l'étendant, et tenant un rouleau ou un livre dans la gauche. Aux côtés du Sauveur se trouvent les apôtres ou d'autres saints. Le sol qu'ils foulent aux pieds est celui de la Judée, comme le prouvent la représentation du Jourdain, dont le nom est souvent inscrit sous les pieds du Christ, et la présence des palmiers, qui furent, depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, le symbole de la terre promise. A la partie inférieure delà partie cupuliforme de l'abside s'étend sur toute la largeur une zone étroite, au centre de laquelle on voit l'Agneau divin nimbé, avec ou sans croix, placé sur un tertre d'où jaillissent les quatre fleuves du paradis : Gehon, Phison, Tif/ris et Euphrates, symboles des évangélistes. Douze brebis, six de chaque côté, se dirigent veas l'agneau et semblent sortir des villes saintes Hieriisalem et Bethléem qui occupent les

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extrémités de la zone, et sont représentées par des portes et des murailles crénelées. Ces agneaux sont les symboles des apôtres ou des fidèles.

Voici, en gravure, la mosaïque de l'abside de l'église des Saints-Cosme-et-Damien, dans laquelle sont reproduits les sujets que nous venons d'indiquer. Elle date de l'année 527.

Mosaïque absidale de l'iglisc des Saints-Cosme-et-Damien, à Kome.

A la droite du Sauveur on voit saint Pierre, saint Cosme et saint Félix, et à sa gauche saint Paul, saint Damien et saint Théodore. Saint Cosnie est présenté à Notre-Seigneur par saint Pierre, et saint Damien par saint Paul. Saint Cosme, saint Damien et saint Théodore portent une couronne dans le pan de leur vêtement. Pendant la période latine, on a souvent donné cet attribut aux apôtres et aux saints. Le pape saint Félix tient dans ses mains un petit modèle d'église pour signifier qu'il est le fondateur de la basilique. Un phénix, à nimbe radié, est perché sur le palmier qui se trouve derrière saint Félix.

L'inscription qui occupe la zone inférieure doit se lire de la manière suivante :

AVLA DI (DeI) CLARIS KADlAT SPECIOSA METALLIS

In qva pli;s fidei lvx pketiosa micat.

MaRTYKIBVS MEDICIS POPVLO SPES CERTA SALVTIS VeXIT et ex SACBO CREVIT HONORE LOCUS. OpTVLIT hoc DXO FELIX ANTISTITE BIGNVM MVNVS VT AETIIERIA VIVAT IN ARCE POLI.

Les noms des quatre fleuves du paradis sont orthographiés de la manière suivante : G£on,Fyson,Tigris, Evfrata.

Quelques mosaïques représentent la vision que saint Jean raconte au chapitre IV de l'Apocalypse, c'est-à-dire les quatre animaux, symboles des évangélistes, et les vingt-quatre vieillards revêtus de manteaux blancs et offrant leurs couronnes à l'Agneau. Ce sont ces mêmes vieillards qui étaient figurés dans la mosaïque d'Aix-la-Chapelle.

8. Puvemenls. Pour couvrir l'aire de leurs basiliques , les premiers chrétiens se servirent des différentes espèces de pavements en usage chez les Romains, que nous avons décrites p. 34 et suiv. Dans le commencement, ces pavements n'offraient aucune recherche : ils reproduisaient le plus souvent des figures géométriques très simples. Ainsi, par exemple, une des plus anciennes mosaïques de Rome, celle de Saint-Martin-des-Monts, que l'on attribue à l'empereur Constantin le Grand, est composée de petits cubes en marbre blanc, ayant un centimètre sur chaque côte, et formant des

carrés de 32 centimètres environ. Ces carrés sont séparés les uns des autres par de larges bandes noires composées de cubes de la même dimension.

Plus tard les différents modes de pavement empruntés aux anciens Romains furent remplacés par un travail d'un nouveau genre, appelé opus Alexanclmuim, parce qu'il fut d'abord employé à Alexandrie, en Egypte, et importé de là en Occident. Quelques auteurs cependant prétendent qu'il a été ainsi nommé parce que son invention date du règne d'Alexandre Sévère. La première hypothèse parait la mieux fondée; car tous les matériaux employés dans Xopus Alexandrinum sont d'origine africaine. JJopus Alexandrinum consiste dans un assemblage de marbres de différentes couleurs où les porphyres rouge et vert dominent généralement. 11 représente des enroulements, des entrelacs, des cordons tressés et des figures géométriques. On dirait voir un riche tapis étendu sur le sol. Ce mode de pavement, qui n'est qu'une variété de Vopus sectile des anciens, est resté en usage jusqu'au XII® siècle. Plusieurs anciennes églises de l'Italie possèdent encore de nos jours des pavements en opus Alexandrinum.

Voici la gravure d'un fragment du pavement en opus Alexandrinum que l'on voit à l'église de Saint-Clément, à Pome :

ravement enopvs Alexandrinum, à l'église de Saint-Clément, à llonie.

Uo'pus Alexandrinum a été très rarement employé dans l'Europe occidentale et septentrionale. 11 paraît cependant

avoir été en usage à Cologne; car on y voit encore maintenant, dans le pavement de la sacristie de la cathédrale, quelques rares fragments de marbre provenant d'un ancien opus Alexajidrinum.

11 y eut parfois des pavements où l'argent et les métaux précieux étaient prodigués. Le pape Adrien 1 fit couvrir de lames d'argent une partie du sol du sanctuaire dans la basilique du Vatican. Item, dit Anastase, in eadem basilica (S. Fetri) ab introitude rugasiisque ad co7ifessionem pavhnen" tum. vestivit de argento purissimo, quod pensabat libras centum quinquafjinta. Le même historien , en parlant du pape Léon III, dit : Pavimentum ipsius confessionis (S. Pétri) investivit ex auro fidvo nimis.

^ YI. — Autels.

L'usage de célébrer les saints Mystères sur les tombeaux des martyrs a pris naissance dans les catacombes. Dès le iii^ siècle, cet usage fut sanctionné par l'Eglise. Anastase nous apprend que le pape saint Félix, mort en 274, ordonna d'offrir le saint Sacrifice sur les tombeaux des martyrs : i/e'c co7istitiiit , dit -il, supra sepulchra martyrum missas celebrari. Plusieurs lois ecclésiastiques ont renouvelé dans la suite la prescription de saint Félix. C'est dans cette prescription que nous trouvons la raison pour laquelle, en Occident, l'autel était presque toujours dressé au-dessus du tombeau d'un martyr. Les restes mortels du saint se plaçaient immédiatement sous l'autel dans un sarcophage , ou plus souvent encore reposaient dans une crypte située audessous du sanctuaire. Si, par exception, il ne se trouvait pas de tombeau dans le lieu choisi pour bâtir une église, on allait chercher des reliques dans les cimetières sacrés pour les placer sous l'autel. En Grèce et en Orient, l'autel n'a jamais été, et n'est pas encore de nos jours une tombe, mais une table, «yta TpaTrïjîi/a, qui rappelle celle sur laquelle le Sauveur institua la sainte Eucharistie. L'autel des Grecs et des Orientaux se compose ordinairement d'une tablette de I. -13

marbre ou d'une table de bois portée sur une colonne ou ci'p'pe (colonne sans base ni chapiteau), ou même sur quatre pieds comme une table ordinaire; il ne renferme pas de reliques.

Déjà du temps de Constantin la plupart des autels de l'Eglise d'Occident étaient en pierre ; quelques auteurs même attribuent au pape saint Silvestre, contemporain de cet empereur, un décret par lequel il ordonne que la pierre seule soit dorénavant employée dans la construction des autels. Toutefois l'authenticité de ce décret est à bon droit révoquée en doute par un grand nombre de savants, parce que, dans les écrits des saints Pères du iv^ et du v^ siècle, il est encore quelquefois fait mention d'autels en bois. Au commencement du vi^ siècle (517), le concile d'Épone prescrivit que tous les autels seraient en pierre : Altaria, dit-il dans son 26® canon, nisi lapidea non sacrentur. Les autels en pierre furent employés pour des raisons symboliques. Le Sauveur est appelé \2i pierre angulaire, et l'Apôtre dit de lui qu'// était la pierre : Petra autem erat Christus. . Nous ne possédons plus d'autels en bois datant de la période latine. Les autels en pierre de cette époque sont toujours composés d'une tablette, carrée ou rectangulaire, formant la table d'autel , mensa altaris. Cette tablette sert quelquefois de couvercle à un sarcophage ou à un tombeau en maçonnerie ; d'autres fois elle est portée sur un pédicule central unique, en forme de cippe, appelé calamus ou colmnella, ou sur quatre, cinq et même six colonnettes. Un autel ancien, découvert à Auriol près de Marseille, et remontant probablement au v*^ siècle, n'a pour tout support qu'une colonnette. Nous en donnons la gravure à la page suivante. La face principale est ornée de douze colombes, six à droite et six à gauche, symétriquement disposées et affrontées, séparées par le monogramme du Christ inscrit dans un cercle et flanqué des lettres a et o. Les deux faces latérales sont décorées de ceps de vigne chargés de raisins que becquettent des colombes. La face postérieure, probablement destinée à être encastrée dans le mur, ne porte aucun

Autel du ve siècle trouvé à Auriol, près de Marseille.

ornement. On conserve, au musée de Marseille, une table d'autel en marbre, portée autrefois par quatre colonnes (une à chaque angle), dont la face antérieure et les faces latérales offrent les mêmes sculptures que l'autel d'Auriol. La face postérieure est ornée d'agneaux disposés de la même manière que dans les zones inférieures des mosaïques absidales dont nous avons parlé ci-dessus p. 185, c'est-à-dire qu'au centre se trouve l'Agneau divin, placé sur un monticule d'où s'écoulent quatre ruisseaux; des deux côtés six brebis, ayant la tête tournée vers l'Agneau central, semblent s'avancer vers celui-ci.

Il y avait aussi des autels composés de trois tablettes, dont deux, posées verticalement, servaient de supports à la

Autel du ive siècle^ à l'église de Saint-Étienne, à Bolo

rne.

troisième, placée horizontalement et formant la table d'autel. Enfin, on trouve des autels qui ont cinq plaques offrant, par leur assemblage, la forme d'un coffre en pierre. Nous donnons à la page précédente la face antérieure de l'autel de Saint-Vital que l'on voit à l'église de Saint-Étienne à Bologne. Cet autel est de l'année 382, comme l'indique la date qui y est inscrite.

A l'église desSaints-Nazaire-et-Celse, monument que Galla Placidia a fait construire, à Ravenne, versrannée440, poury être ensevelie, il existe encore aujourd'hui un autel formé de cinq tablettes et remontant à l'époque de la fondation

Tace antérieure de l'autel de l'église des Saints-Nazaire-et-Celse, à Ravenue.

de l'édifice. La face antérieure et les deux faces latérales, qui sont en albâtre oriental transparent, sont décorées de bas-reliefs encadrés dans une riche bordure sculptée. Sur la face principale se trouve une croix pattée entre deux agneaux. Au-dessus de ceux-ci sont suspendues des couronnes. Les faces latérales portent une simple croix pattée, au-dessus de laquelle pend une couronne. Les croix symbolisent le Sauveur, et les agneaux les apôtres ou les fidèles. Voici la face antérieure d'un autel du commencement du viii"^ siècle, que l'on voit à l'église de Cividale-en-Frioul. Dans une auréole formée de feuilles et portée par quatre anges, on voit Notre-Seigneur Jésus-Christ entre deux ché-

rubins; on reconnaît facilement ces derniers aux yeux dont leurs ailes sont semées. La main placée au sommet de l'au-

.rK.DEI. t. CUILLOM

Autel de Cividale-en-Frioul (première moitié du viiie siècle).

réole symbolise la présence de Uieu le Père, L'artiste a voulu figurer la glorification du Sauveur et son entrée triomphale dans le ciel. Les étoiles et les fleurons dont le champ est parsemé indiquent que la scène se passe dans les régions célestes. — Ces sculptures montrent que l'art était tombé bien bas au viii*' siècle. « Les fissures avec leurs attitudes roides et forcées, leurs visages tout de face, et leurs membres disproportionnés, dit de Dartein, sont d'une barbarie si complète qu'il est difficile d'imaginer rien de plus grossier et de plus laid. L'inscription, fort mal écrite dans un langage presque inintelligible, ne vaut pas mieux que les sculptures." Architecture lombarde, IP partie, p. 15.

Lorsque les faces des autels des basiliques et des grandes églises ne recevaient pas de isculptures, elles étaient souvent revêtues de lames d'or ou d'argent enrichies de pierres précieuses , ou couvertes d'étoffes brodées reproduisant des sujets sacrés. Anastase le Bibliothécaire rapporte, dans ses Vies des Souverains Pontifes , plusieurs dons de parements d'autel en or, en argent ou en broderies, faits par

les papes à diverses basiliques de la Ville Eternelle, L'empereur Constantin fit exécuter sept autels d'argent, chacun du poids de 260 livres, dans la basilique qui portait son nom, et appelée aujourd'hui église de Saint-Jean-de-Latran. Sozomène rapporte que l'impératrice Pulchérie, sœur de Théodose le jeune, fit présent à une église d'une table d'autel tout entière d'or pur et garnie de pierreries. Le pape Sixte III fit faire, pour l'église de Sainte-Marie-Majeure, un autel, en argent très pur, pesant 300 livres.

Depuis le iv^ siècle jusque vers le milieu du xii^, les tables d'autels sont fréquemment creusées en forme de plateau dans toute l'étendue du plan supérieur, et présentent un rebord de quelques centimètres de hauteur, quelquefois décoré de sculptures; voyez la gravure de la page 191. Souvent aussi elles étaient percées, aux angles, d'un ou de plusieurs trous, dont la destination n'est pas connue d'une manière certaine. Quelques auteurs pensent que ces ouvertures étaient destinées à offrir un passage à l'eau lorsqu'on lavait l'autel; d'autres croient qu'on y fixait les supports auxquels étaient suspendus les voiles de l'autel.

Chez les Grecs comme chez les Latins, l'autel était surmonté d'un cihorium , en grec -/.têwpiov, espèce de dais ou baldaquin porté par quatre colonnes de bois, de marbre ou de métal (i).

Anastase, qui donne souvent au ciborium le nom de tiffurium, raconte que saint Grégoire le Grand (590-604) fit élever, à Saint-Pierre, un ciborium dont les colonnes étaient en argent massif : Hic fecit, dit-il, beato Petro apostolo ciborium cum colmnnis suis quatuor ex argento puro. Entre ces colonnes on suspendait, sur des tringles, des rideaux mobiles ou courtines pour dérober à la vue des assistants l'officiant et l'autel pendant la durée de la consé-

(1) On n'est pas d'accord sur l'étymologie du mot cihorium. Les uns le fout dériver du grec x'.Sroof.oy, coupe, vase à boire; les autres du X-i-ïiw cibus , aliment. Ces derniers basent leur opinion sur l'usage qui existait aux premiers siècles de suspendre sous le cihorium, au moyen d'une chaîne fixée au centre de la voûte, les espèces sacramentelles, sacer cihus, renfermées dans une colombe ou dans une tour en métal.

crationet inspirer ainsi une plus grande vénération pour les saints Mystères. La gravure ci-contre représente le ciborium de l'église de Saint-Clément à ]{ome, avec ses courtines.

Les ciùoria sont restés en usage dans plusieurs pays pendant tout le moyen âge, et, en Italie, jusqu'à nos jours. Les courtines des anciens ciboria étaient ordinairement en étoffe très précieuse, telle que — soie tissue d'or ou re- U haussée de riches bro* deries semées de perles, de pierreries et même de plaques d'or et d'argent. On les appelait tetravela (mot dérivé de Tc7(7aoîç, quatre, et vélum, voile), parce qu'un parement complet se composait de quatre voiles, un pour chaque côté du ciborium. Anastase mentionne un grand nombre de dons de ce genre faits par les Souverains Pontifes aux églises de Rome. En voici quelques-uns des plus remarquables dus à la générosité du pape Léon III, contemporain de Charlemagne : Praeclarus jjontifeœ fecit in circuitu altaris beati Pet7'i opostoli. . . tetravela rubea holoserica alithyna ( rouges véritables) , habentia tabulas seu orbiculos de chrysoclavo (orfroi) diversis depictos historiis, cum stellis de chrysoclavo, necnon et in medio cruces de chrysoclavo ex maryaritis ornatas, mirae maynitudinis et pulchritudinis décor atas ; quae in diebus festis ibidem ad decorem mittuntur. Pari modo, ut

Ciborium de la basilique de Saint-Clémeat, à Borne.

%upra, et alia tetravela alha holoserica rosata (parsemés de YO^Q^), paschatiles haberdes tabulas atque orbiculos de chrysoclavo, necnon et cruces cuni chrysoclavo ex margaritis, cam periclysi (bordure) de chrysoclavo ; imo etiain et alia vêla modica quatuor in singulis columnis de ciborio fecit , habentia tigres de chrysoclavo, et in circuitu ornata de blatthi (pourpre). Primitivement chaque église n'avait qu'un seul autel. Cependant il y eut quelquefois en Occident des églises qui en possédaient plusieurs. On voit encore maintenant à l'église de Saint- Apollinaire-in-Classe, à Ravenne, deux autels latéraux très anciens, recouverts de leurs ciboires primitifs. Les Grecs et les Orientaux n'ont toujours eu et n'ont encore aujourd'hui qu'un seul autel dans chaque église.

Autels portatifs. Les Q,\xtQ\^ portatifs, ainsi nommés pour les distinguer des autels fixes ordinaires, ont été en usage dès les premiers siècles du christianisme. De tout temps l'Eglise a voulu que, pour offrir le saint sacrifice de la Messe, on employât un autel soit fixe soit portatif.

Aux temps des persécutions, les évoques et les prêtres portaient ordinairement avec eux des autels, formés d'une petite plaque rectangulaire en bois, en pierre ou en métal. Quelquefois cette plaque était enchâssée dans une bordure d'or ou d'argent et munie d'une poignée. Ces autels étaient appelés altaria gestatoria, portatilia, viatica, itineraria.

On ne connaît guère d'autels portatifs datant de la période latine, bien qu'à cette époque ils paraissent avoir été très communs. Anastase mentionne, en plusieurs endroits de ses Vies, des autels portatifs, donnés aux églises par les Souverains Pontifes. Ces autels se distinguaient par la richesse de la matière, et souvent leur éclat était rehaussé par des pierreries précieuses.

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