‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 54 sur 71 · Sculpture monumentale. A partir du xi« siècle, la · texte numérisé non relu

Sculpture monumentale. A partir du xi« siècle, la

sculpture monumentale prend soudainement des développements extraordinaires sous l'influence combinée du style lombard, des monuments gallo-romains et des tissus et autres objets d'art rapportés de l'orient par les croisés.

La sculpture décorative du xi^ et du xii^ siècle se distingue par une grande richesse et une variété remarquable. Les ornements, généralement mieux conçus et mieux traités que pendant l'époque précédente, prennent aussi pkis d'ampleur et plus de relief.

Dans chaque contrée, presque dans chaque province, la décoration romane présente des caractères particuliers, dus au génie propre des habitants, à la nature variée des matériaux et à d'autres influences locales.

Dans le midi de la France, et en général dans tous les pays où l'on rencontrait des monuments romains richement décorés, l'influence lombarde s'allie et se combine avec celle de ces monuments. Les édifices romans de la Provence, par exemple, portent souvent des ornements lombards à côté de motifs évidemment copiés sur des fragments gallo-romains (fig. 1 et 2, p. 309). A Toulouse et dans le Languedoc, les sculpteurs s'inspirent presque exclusivement de l'art de la Lombardie, auquel ils empruntent les entrelacs (fig. 3 et 4) et les animaux afirontés; ils y ajoutent, comme appoint local,

une préférence marquée pour les moulures perlées (fig. 3). Au centre delà France, oùl'école clunisienne dirigeait le mouvement artistique, les ornements consistent dans des végétaux au feuillage vigoureux (fig. 5, 6, 9 et 10), auxquels on mêle souvent des animaux chimériques et même quelquefois la figure humaine. Les figures géométrùiues (fig. 7 et 8) sont assez rares dans cette région, si ce n'est en Auvergne où les incrustations en pierre de diverses couleurs, figurant des losanges, des damiers ou des cercles enlacés, remplacent souvent les ornements sculptés. Dans le nord-ouest de la France, surtout en Normandie, et aussi en Angleterre, la décoration consiste principalement en étoiles et autres figures géométriques (fig. lia 20).

Dans les basiliques élevées à Rome, pendant le xi^ et le xii^ siècle, d'après les principes de construction du style latin, la décoration monumentale présente souvent la plus grande analogie avec celle des monuments lombards. Pour se convaincre de la vérité de cette assertion il suffira de comparer les figures 21 et 22, qui reproduisent des fragments d'ornements empruntés à l'église de Sainte-Marie-in- Trastevere (xii^ siècle), avec les chapiteaux lombards que nous avons donnés ci-dessus, p. 278.

L'ornementation romane de l'Allemagne se compose principalement de galons enlacés dont les extrémités finissent en feuilles à trois ou cinq lobes (fig. 23 à 29). Ces galons, qui sont quelquefois perlés, semblent ordinairement noués par des rubans ou réunis par des anneaux.

En Belgique, où l'architecture subit principalement l'influence de l'école de Cîteaux. les monuments de la période romane n'offrent pas les décorations si riches et si variées que l'on rencontre dans les autres pays. Dans nos plus beaux et nos plus vastes monuments romans, on ne voit guère d'ornements sculptés, si ce n!est aux chapiteaux et aux irapostes. Les sculptures de la chapelle de Hubinne, près de Ciney (fig. 30 à 33), du porche de Sainte-Gertrude, à Nivelles (fig. 37) et des portes Mantile et du Capitole, au transept de la cathédrale de Tournai, sont les plus inq)ortantes qui nous restent en Belgique. Les premières, qui recouvrent

des pilastres, sont en partie géométriques (fig. 33), en partie composées de rinceaux (fig. 30 à 32); il y en a même deux auxquelles se înêlent des symboles chrétiens, tels que la croix, l'alpha et l'oméga, le mot Aleluia et le serpent enroulé autour de l'arbre. A Nivelles, ce sont des enroulements symétriques d'une vigne chargée de raisins dans lesquels se tiennent un centaure, un oiseau, un vendangeur et une chèvre (fig. 37 et la gravure de la page 322). Des deux portes de la cathédrale de Tournai, celle du Capitole se trouve dans un tel état de délabrement qu'il est difiicile d'en distinguer encore les sculptures ; elles semblent cependant avoir été dans le genre de celle de la porte Mantile qui, mieux conservée, est couverte de sujets légendaires, d'animaux fantastiques et de figures symbolisant les vertus et les vices.

On trouve des billettes à Saint-Barthélemi de Liège (fig. 3ô), à Sainte-Gertrude de Nivelles et à l'église de l'abbaye de Postel,.en Campine, — des bandes étoilées et des tores couverts de feuilles imbriquées à la porte de l'hôpital Saint-Pierre, à Louvain (fig. 34, 35 et la gravure delà page 319) et à l'avant-porche de l'église de Winxele lez Louvain.

Sous la tour de l'église de Saint-Germain de Tirlemont, il existe deux petites frises romanes très intéressantes, portées l'une et l'autre par des figures accroupies, comme le montre la fig. 39. Elles représentent des branches de vigne chargées de fruits ; dans la première (fig. 38), la branche sort de la bouche d'une tête couronnée, dans la seconde (fig. 39), de celle d'un renard. Des animaux fantastiques à tête de canard et une tête d'homme sont mêlés aux rinceaux.

Nous avons réuni, dans les pages suivantes, les principaux ornements romans en les classant d'après les contrées où ils se rencontrent habituellement. En les comparant entre eux, on pourra se former une idée des caractères de la sculpture monumentale dans les différents pays. Cependant, cette classification ne doit pas être appli(iuée dans un sens ni trop absolu ni trop exclusif. De plus, pour éviter les descriptions arides et souvent incomprises, nous avons, autant que possible, placé auprès de chaque ornement le nom sous lequel il est connu.

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