‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 55 sur 71 · DÉCORATION MONUMENTALE DE LA PÉRIODE ROMANI · texte numérisé non relu

DÉCORATION MONUMENTALE DE LA PÉRIODE ROMANI

Midi de la France.

Fig. 2.

Fig. 1,

Torsade et feuillage. Palmettes.

(Eglise de Sainte-Croix, à Monlmajour.) (Egliss de Saint-Sauveur à Aii.)

Languedoc.

Fig. 3. Fig. 4.

<^rC^^^^^^ Ç^^^^^^?^-^

^^^T^^^^^^^^^HW^T^

Galons perlés. (Musée de Toulouse.)

Centbe de la Fkance.

Fig. 5. Fig. 6.

Entrelacs.

Palmettes perlées et fruits.

(Poitou.)

Palmettes perlées, fruits et oves.

(Bourgogne.)

Fig. 7.

Fig. 8.

Tig. 9.

rig. 10.

Rosettes. Besants. Rinceaux. Rinceaux.

(Puy-en-Vélay.) Cbarité-sur-Loire.) (SaintUrsin, à Bourges.)

Nord. Ouest de la FeanceTet Angleterre.

Kg. 11.

Fig. 12.

Fig. 13.

Zigzags, bâtons Zigzags opposés

rompus ou chevrons ou losanges,

brisés.

Frette crénelée.

Fig. 14.

Cable ou torsade.

Fig. 15.

Fig. 16.

Méandres.

Têtes plates.

Fig. 17.

Fi". IS.

Têtes-de-clou.

FiiT. li).

Dents-de-scie.

Fig. 20.

Billettes.

imbiicatioiis.

Fig. 21.

Italie centrale.

Fig. 22.

TnnimiiirîTinilliiiliiiiiii'iriw'iMi MM,,n,i,iiiiiiiiiimiiiir^'^^^' ^""'[K < ' " '" — ' ' • --^ —

Ornements à l'église de Sainte Mariciii-Tiasltverc, à Eon.e (xiie siècle.)

Allemagne.

Fig. 28.

Église d'Aipirsbach (Forêt Noire.)

Église d'Elhvangcnt^xie siècle).

lu. 25.

Frise de la chapelle Walthéric, au couvent de Murhard.

Pi-. 26

Frises de la chapelle Walthéric au couvent de Murhard.

Fi-, 28.

Fi-. 29.

Église rie Saint-Jean, à Gmundea.

Musée de Saalfeld.

ri?. 30.

Belgique.

Fig. 31.

Fig. 32 et 33.

Ornements sculptés à la chapelle de Hubinne, près de Cinej .

Fjg 34. Fig. 35.

Fig. 36.

Fig. 37.

Hôpital de Saint-Pierre, Église de Sainta I,ouvain. Barthélemi, à Liège.

Église de Sainte- Gertrude, à Kivelles.

Fig. 38,

Fig. 39,

Frises sculptées à l'é^^lise de Saint-Germain, à Tirlemont.

6. Porches, Avant le xi^ siècle, les porclies, qui avaient succédé aux narthex des basiliques, se présentaient généralement sous la forme d'un portique , ordinairement peu profond et tenant toute la largeur de l'église; il y en avait aussi, mais en petit nombre, qui étaient pratiqués sous la tour de la façade occidentale.

Les porches romans du xi^ et du xii*^ siècle se divisent en porches fermés et porches ouverts. Les premiers prirent, en certaines contrées, des développements si considérables, qu'ils formaient en quelque sorte une nouvelle église bâtie en avant des nefs proprement dites. Les Clunisiens firent précéder la plupart de leurs églises de vastes porches fermés et décorés avec le plus grand luxe. Quelques-uns se composaient d'un rez-de-chaussée et d'un étage; ce dernier formait alors une chapelle habituellement placée sous le vocable de l'archange saint Michel. Le porche de l'abbatiale de Cluny avait six travées et était long de 35 mètres et large de 27 ; celui de Vézelay a 25 mètres de long sur 21 de large, et compte trois travées. Les Cisterciens établirent aussi, devant leurs églises, des porches fermés ; mais ils étaient peu étendus et d'une grande simplicité. Souvent adossés à la façade occidentale et couverts en appentis.

ils coniinuiiiquaient avec la nef centrale par une seule porte et présentaient, du côté antérieur, une galerie ajourée non vitrée, portée sur un bahut ou soubassement assez élevé.

Les. églises cathédrales, collégiales et paroissiales étaient aussi quelquefois précédées de porches fermés très considérables. A régli?e de Notre-Dame de Munster, à Ruremonde, il existe un porche de ce genre mesurant 13 mètres de long sur 15 de large, et précédé lui-même d'un petit avantporche. Nous n'avons pas, en Belgique, de porches fermés aussi étendus. Les plus grands, par exemple ceux de Saint- Barthélemi, à Liège, et de Saint-Germain, à Tirlemont,

occupent toute la largeur de l'édifice, mais n'ont qu'une travée de profondeur. La façade occidentale de ces porches était parfois dépourvue de porte ; on entrait dans l'église par deux portes pratiquées dans le mur extérieur des collatéraux sud et nord. Le porche de Saint-Barthélemi, à Liège , dont nous donnons ici la gravure, se compose d'un rezde-chaussée surmonté de deux étages mar-

,/-^£'Jlr£i. ^eK

Porche de l'église de Saint-Barthélemi, à Liège ;qu es, à l'extérieur de

*^^' '^^'^^«)- l'édifice, par trois

rangs superposés d'arcatures.

En i'rance, on construisit,^, devant la façade occidentale de quelques églises, des porches ouverts sur trois côtés au rez-de-chaussée etTsurmontés d'un étaoje formant salle. Cette salle, qui, dans certains cas, communiquait avec la nef au moyen d'embrasures, servait peut-être, de même que la galerie placée au-dessus des porches fermés, de chapelle

pour les pénitents publics; car ce ne fut qu'au xii^ siècle que la pénitence canonique tomba en désuétude dans l'Église occidentale.

Lorsque la façade occidentale des églises se terminait par une tour centrale, on pratiquait souvent un porche au rezde-chaussée de cette tour. Au midi et au centre de la France, ces porches sont complètement ouverts de trois côtés , tandis que dans la Normandie, l'Ile-de-France (Paris et ses environs), la Bourgogne, la Champagne et la Belgique, ils sont presque toujours fermés latéralement. Un porche de ce genre, dont la décoration est encore en partie visible, existe sous la tour de l'église de Saint-Jacques, à Louvain. Ces porches, dont l'arcade occidentale ne recevait ordinairement ni porte ni clôture, étaient des abris toujours ouverts pour ceux qui arrivaient à l'église avant l'ouverture des portes; et ils remplaçaient avantageusement ces tambours ou avantcorps que l'on construit de nos jours en hors-d'œuvre aux entrées des églises, et qui ne nuisent que trop souvent aux proportions primitives des monuments en les raccourcissant de toute une travée.

La plupart de nos églises romanes sont encore précédées de leurs anciens porches, ou du moins elles en conservent des vestiges. Le porche de la cathédrale de Tournai est très bien marqué sur le plan de ce monument que nous avons donné ci-dessus, p. 297. La façade occidentale de l'église de Nivelles, dont le milieu était flanqué autrefois d'une abside, avait deux porches latéraux, donnant l'un dans le bas côté nord, l'autre dans le bas côté sud. Ils étaient divisés en deux compartiments et surmontés d'une chapelle au premier étage. Pour entrer dans l'église de Lobbes, il faut traverser trois porches, qui se succèdent l'un à l'autre; cette particularité paraît avoir sa raison dans la différence de niveau qui existe entre la nef et l'entrée de l'église. Le premier qu'on traverse est une espèce d'avant-porche de peu d'élévation adossé à la façade ; le second se trouve sous la tour centrale de la façade; le troisième est placé entre la tour et la nef de l'église et a le même niveau que celle-ci.

On voit ça et là, en Belgique, des avant-porches bâtis, comme celui de l'église de Lobbes, en hors-d'œuvre au pied de la tour centrale de la façade. Un des plus remarquables, tant par sa disposition que par sa décoration, est celui de l'église de Winxele, petit village situé à une lieue de Louvain.

7. Portes. Dans les grands monuments du xi^ et surtout du xii® siècle, les portes principales, et même parfois les portes secondaires sont décorées, avec profusion, de sculptures d'ornement de tout genre. Comme ces portes sont percées dans des murs très épais et que la charge de leurs archivoltes est ordinairement très lourde à cause de l'élévation des tours ou des murs dans lesquelles elles sont pratiquées, on augmenta le nombre des rangs de claveaux dont se compose l'arc de décharge, et on les posa en encorbellement les uns au-dessus des autres, de manière que l'ébrasesement de la porte s'élargit de l'intérieur à l'extérieur. Chaque rang de claveaux retombe sur des colonnettes faisant retraite les unes sur les autres. Cette méthode de construction contribue à la fois à la solidité de l'édifice en établissant un puissant arc de décharge, et à la beauté en ouvrant un large champ à la décoration. Dans les monuments clunisiens, les colonnettes ou les pieds-droits qui les remplacent sont travaillés avec soin, et les claveaux de rarchivolte se couvrent d'ornements de tout genre, tels qu'étoiles, méandres, bâtons rompus, palmettes et figures réelles ou fantastiques. Les Cisterciens se contentèrent, le plus souvent, d'émousser les angles saillants des différentes voussures concentriques de l'archivolte, en les taillant en forme de tores ou de boudins; rarement ils y mêlaient des ornements. En Belgique aussi, les sculptures sont rares aux archivoltes des portes romanes; quelquefois cependant, comme aux portes de l'église de Winxele et de l'hôpital Saint- Pierre à Louvain, on trouve des bandes étoilées et des tores couverts de feuilles. Voyez la gravure de la page 319.

Lorsque les archivoltes des portes sont couvertes de riches sculptures, le tympan est presque toujours orné d'un basrelief,représentant le Christ assis dans une gloire ou auréole.

Il impose quelquefois les mains à deux saints personnages inclinés et agenouillés à ses côtés l'un à droite et l'autre à gauche. D'autres fois il bénit de la main droite et tient un livre dans la main gauche; et dans ce cas l'auréole est souvent entourée des animaux symboliques représentant les évangélistes, comme dans l'exemple suivant emprunté à l'église de Saint-Servais, à Maestricht :

flflliiWIMIIINIWllWIMWffliil(\1!Will(MIIf(i)lffi

Tympan de porte à Saint-Servais de Maestricht (xiie siècle).

Le Christ, assis sur l'arc-en-ciel au milieu d'une auréole, bénit de la main droite à la manière latine. Ses pieds reposent sur une espèce d'escabeau, scabellum, que les sculpteurs du xii*' siècle n'oublient jamais dans cette sorte de représentation, à moins qu'ils ne le remplacent par un second arc-en-ciel. Il tient un livre ouvert où sont inscrites les paroles : Ego suM VIA, VERITAS ET viTA. Lcs auimaux, symboles des évangélistes, se trouvent autour de l'auréole; ils sont nimbés, et portent chacun un livre. Autour de l'archivolte on lit l'inscription suivante, dont chaque ligne, selon l'usage reçu jusqu'au xvi® siècle, commence et finit par une croix :

f HAEC DOMUS GRANDI DOMUS EST PECCATA LAVANDI -j*

t HOC SUBEAS LIMEN PURGARE VOLENS HOMO CRIMEN f

f INTUS PECCATIS LAVACRUM DAT FONS PIETATIS f

Dans quelques parties de la France on a souvent sculpté Daniel entre deux lions sur le tympan des portes des églises romanes.

La porte Mantile, par laquelle on entre, du côté nord, dans le transept de la cathédrale de Tournai, est sans aucun doute la porte romane la plus remarquable que nous possé-

dions en Belgique. Elle date de la dernière moitié du xii^ siècle et se distingue par de belles sculptures et un luxe extraordinaire d'ornementation. Ses archivoltes en plein cintre sont encadrées dans une ogive trilobée; ce qui fait qu'on peut presque la considérer comme un monument de ia période de transition au style ogival, bien que, par toutes ses autres parties, elle appartienne encore franchement à l'époque romane. Les sculptnres des archivoltes et des pieds-droits représentent des sujets historiques, des animaux fantastiques et des symboles de vertus et de vices; les fûts des colonnettes sont contournés en spirale ou couverts de losanges.

Ce n'est pas seulement aux églises, mais aussi aux autres monuments de la période romane qu'on trouve des portes semblables à celles que nous venons de décrire. L'ancienne porte d'entrée de l'hôpital de Saint-Pierre (autrefois de

J.HEJVIELEER ^

Porte romane à l'hôpital de Saint-Pierre, à Louvain (vers 1220).

Sainte-Elisabeth), à Louvain, dont nous donnons ci-dessus la gravure, a son archivolte composée de plusieurs tores retombant sur des colonnettes engagéeset en retraite les unes sur les autres. Un de ces tores est couvert de feuilles imbriquées et relié au tore voisin par une bande étoilée ; les autres n'ont aucune espèce d'ornement. Les chapiteaux sont à crochets. Deux figures, dont l'une représente un buste d'homme, l'autre un personnage accroupi tenant des deux mains un livre ouvert, forment les impostes des pieds-droits. Les fûts des colonnettes sont lisses, et les bases munies de griffes. On voit des figures humaines grimaçantes, des deux côtés de la porte, un peu au-dessus des chapiteaux. L'archivolte est encadrée par un rebord saillant orné d'une bande étoilée. Cette porte, dont le tympan est vide, date de l'année 1220 environ.

On trouve aussi, dans les édifices romans, des portes plus

simples que celles que nous venons de décrire. Leurs archivoltes se composent d'un petit nombre de moulures, ordinairement taillées en boudins, dont les extrémités viennent retomber soit sur des colonnettes, soit sur des pieds-droits, comme dans la porte murée de l'église de La Chapelle, à Bruxelles, dont nous donnons ci-contre une gravure, et qui, par son tympan trilobé et ses chapiteaux à crochets, apporte romane, à l'église partient déjà plus ou moins à la

de La Chapelle, à Bruxelles. période de transition.

Dans les provinces de Brabant, de Liège et de Namur, on rencontre, en plusieurs endroits, des portes et des fenêtres romanes d'une forme toute particulière; ce sont des baies rectangulaires fermées, à leur partie supérieure, par un linteau qui s'amortit en fronton triangulaire. Il existe de ces portes aux églises de Grimde lez Tirlemont, de Sainte-

Gertrude à Nivelles, de Wierde, d'Andenelle, à la chapelle de Hubinne, au moulin de l'abbaye de Floreffe et à la tour de Poulseur sur l'Ourthe. On en voyait également à l'hospice, aujourd'hui démoli, des Grands - Malades près de Namur.

"'i-.^,, 1111)11. ,T^ii\ iU— Ti'iiiiiilt llJliin- M\\ ..

Porte démolie, à l'hospice des Fenêtre à la première enceinte Grands-Malades, près de Namur. fortifiée de Louvain.

Les linteaux des portes de Hubinne et de Nivelles sont ornés de sculptures. La porte de Nivelles est surtout remarquable à cause de sa décoration. Elle est formée de trois blocs monolithes : deux montants et un linteau. Les montants consistent en de simples pieds-droits ayant 50 centimètres de largeur; le linteau a la forme d'un fronton triangulaire surbaissé, couronné par une corniche; il a GO centimètres sous l'angle du sommet et 40 aux extrémités. Les sculptures occupent tout le linteau et la partie supérieure des montants. Sur le linteau, on voit trois scènes de l'histoire de Samson : Dalila coupant les cheveux à Samson, Samson terrassant le lion, et les Philistins crevant les yeux à Samson. Dans les angles du porche les plus rapprochés de la porte, il y a deux colonnettes engagées , occupant la moitié supérieure des pieds-droits, et recevant la retombée des nervures de la voûte. 'A leur fût se trouvent adossées deux statues, dont l'une représente Samson enlevant les portes de Gaza, et l'autre, Samson ébranlant la colonne du temple de Dagon. Des animaux fantastiques remplacent les

bases des colonnettes, et servent en même temps de piédestal aux statues. Les montants de la porte sont couverts, sur les; deux tiers supérieurs de leur hauteur, de rinceaux que nous avons décrits ci-dessus p. 308. Samson a été regardé par les Pères de l'Eglise comme le symbole du Christ, et son

Porte romane à l'église de Sainte-Gertrude, à Nivelles.

histoire comme préfigurant les principaux mystères de la passion et de la résurrection du Sauveur. Samson livré à ses ennemis par la trahison de Dalila symbolise le Christ trahi et méconnu par le peuple juif; Samson perdant sa chevelure rappelle le Christ dépouillé de ses vêtements;

Samson privé de la vue est l'image de ceux qui, aveuglés par leur incrédulité, n'ont pas reconnu la divinité du Sauveur ; Samson attaché à la colonne figure le Christ attaché à la croix ; Samson terrassant le lion est le symbole du Christ ressuscité et vainqueur du monde ; Samson enlevant les portes de Gaza est le type du Christ détruisant les portes, c'est-à-dire l'empire de l'enfer. L'histoire de Samson a été représentée assez souvent aux portes des églises romanes, entre autres à la porte Mantile de la cathédrale de Tournai. Dans beaucoup de monimients du xi^ et du xii^ siècle, les portes primitives ont été remplacées par des portes ogivales ou en style de la renaissance.

Page 1