Clôtures (le portes et pentures. Dans les monuments
les plus importants les vantaux des portes étaient ordinairement en bronze ou en tout autre métal.
Les portes en bronze que Charlemagne fit exécuter, au commencement du ix^ siècle, pour l'église d'Aix-la-('hapelle existent encore aujourd'hui ; nous en donnons cicontre la gravure. Dans V Histoire de Vahhaye de Saint-Denis, près de Paris, il est fait mention de portes en bro nze doré qui y furent établies dès le ix^ siècle et que l'abbé Suger fit restaurer trois cents ans plus tard. Cet abbé en fit faire deux nouvelles au xii^ siècle :
une pour l'entrée principale, et une a\itre pour l'un des collatéraux de l'église; elles étaient en bronze doré comme celles du ix^ siècle.
Sur celle de la façade était représentée en moyen relief l'histoire T, . , ,. de la passion, de la résurrection
rortes en bronze, au clome i '
d'Ak-la-Chapelle (ixe siècle), et de l'ascension du Sauveur. On
Pentures du xiie siècle à l'église d'Ebreuil (France).
trouve aussi des portes en bronze de la période romane dans les cathédrales de Mayence, Hildesheim, Augsbourg, Gnesen, Vérone, etc.
Cependant la plupart des vantaux étaient en bois. Ils étaient composés de planches solides clouées sur des châssis qui restaient apparents du côté intérieur de l'édifice. A l'extérieur ces planches, soit nues soit marouflées au moyen de
peaux peintes en couleur, recevaient des pentures en fer afin de prévenir la disjonction des joints. On ixi^peWe pe/dures des bandes de fer clouées ou boulonnées aux vantaux et terminées par un œil dans lequel entre un gond de la porte, — eX fausses pentures des bandes semblables, mais dépourvues d'œil et indépendantes des pentures proprement dites.
Les pentures, qui dans le principe ne servaient qu'à rendre solidaires les unes des autres toutes les frises d'un vantail, fournirent dès le xi'' siècle au style roman un des plus beaux motifs d'ornementation.
Dans les monuments les plus anciens les pentures présentent assez souvent la forme d'un C, droit ou renversé, dont les branches sont clouées sur un nombre plus ou moins considérable de frises, tandis que les fausses pentures consistent dans des bandes appliquées horizontalement sur Pentures du xiie xiiie siècle, toute la largeur du vantail et
à l'église de Chablis (Prance).
ayant leurs extrémités recourbées de manière à former des fleurons ou des feuillages. La première gravure delà page précédente explique cette disposition. L'œil de la penture n'est pas visible sur la gravure parce qu'il passe à travers la dernière frise. La deuxième gravure présente un exemple de pentures richement travaillées.
On trouve au^si, dans les édifices romans, des portes avec des vantaux en bois ornés de sculptures en bas relief. Il existe une porte de ce genre à l'église de Sainte-Marie-du- Capitole, à Cologne, et de Caumont donne la gravure d'une autre qui se trouve en France, à l'église de La Voulte- Cliilhac [Abécédaire, 5^ éd., p. 356).
Pour faciliter le tirage des vantaux des portes, on y attachait souvent des anneaux passant dans la bouche d'une tête d'homme ou à travers les mufles de têtes de lion ou d'autres animaux réels ou fantastiques. Voici une tête d'homme avec anneau qui se trouve à l'église de Saint- Julien, à Brioude, en France. L'inscription doit se lire :
t Illecebris gris captos eallax tra(h)it orbis. Voyez aussi ci-dessus p. 323 la gravure d'un des battants
en bronze de l'église d'Aix-la-Chapelle.
9. Fenêtres et roses. Les fenêtres des plus anciens édifices romans sont petites et presque entièrement dépourvues d'ornements. Souvent elles présentent un ébrasement s'élargissant de l'extérieur à l'intérieur, sans doute afin de faciliter l'entrée et la diff'usion de la lumière du jour. Leur hauteur égale environ le double de leur largeur, qui, dans l'Europe occidentale, ne dépasse guère deux pieds. Toute leur ornementation consiste dans l'arc appareillé fort simplement qui les ferme à leur partie supérieure. La rareté et la cherté du verre à vitre semble avoir été la raison principale pour laquelle les fenêtres, même dans les grands monuments de la première moitié du xr siècle, sont étroites et peu élevées.
Tête d'iiomnie avec anneau, à l'église de Saint-Julien, à Brioude (France).
Vers le milieu du xi^ siècle, les baies de fenêtres s'agrandissent, au fur et à mesure que l'usage du verre se généralise. Les fenêtres romanes de la cathédrale de Tournai, par exemple, qui datent de l'année 1070 environ, ont 1 1/4 mètre de largeur sur 2 1/2 de hauteur dans le bas côté inférieur, 1 1/4 mètre de largeur sur 3 de hauteur dans les galeries, et 1 "''/4 mètre de largeur sur 4 de hauteur dans la nef principale (1).
Vers la fin du xi'' et pendant tout le xii*^ siècle, les archivoltes extérieures des fenêtres des grands monuments sont appareillées avec un plus grand soin et encadrées d'un ou plusieurs rangs des claveaux symétriques, souvent taillés en tores, dont les extrémités retombent soit sur des colonnettes engagées, soit sur des pieds-droits couronnés d'une imposte sculptée. Ces tores sont quelquefois couverts de sculptures.
Fenêtre du xie siècle, à la cathédrale de Tournai.
Fenêtre du,xiie siècle.
Au xii^ siècle apparaissent aussi les fenêtres j^é??nnées ou à deux baies séparées par un meneau en forme de colonnette et encadrées par un arc de décharge commun. On voit même des fenêtres triples ou ternées,cest-k-d\Te à trois baies réunies sous un seul grand arc. Dans ces dernières, ou bien la baie du milieu estplushaute que ses voisines, oubien le tympan
(1) On remarque que, dans un même édifice, les fenêtres desétages[sont'généralement plus hautes que celles du rez-dè-chaussée.
Fenêtre triple , a l'abbaye d*Orval
formé par le grand arc est percé d'un œil-debœuf, oculuSy entièrement ouvert, ou découpé en forme de trèfle, de quatre-feuilles, de roue, ou de figure à six ou plusieurs lobes. Une des plus belles fenêtres de cette dernière espèce existe encore aujourd'hui dans les ruines de l'abbaye d'Orval (Luxembourg) .
Rose au chevet du chœur, à l'égliee de Herent,
Fenêtre à l'église de Kobern.
On rencontre également, dans les édifices romans du xii^ siècle, des œils-de-bœuf qui ne servent pas de couronnement à des baies de fenêtre. Ils portent le nom de roses et sont découpés de différentes manières. Voici le plan d'une rose qui se trouve dans le mur oriental du chœur rectangulaire de l'église de Herent lez Louvain.
Il existe aussi une rose de ce genre, mais bouchée, à la façade occidentale de l'église de Saint- Jacques, à Louvain. Dans plusieurs églises romanes des bords du Rhin, par exemple à Neuss et à Kobern, on voit des fenêtres en forme de trèfle. Cette forme originale a été imitée, en Belgique, à l'abbaye de Saint-Bavon, à Gand.
Dans les constructions privées du xii'' siècle les fenêtres sont basses et étroites, carrées ou cintrées et subdivisées par des colonnettes ou de simples pieds-droits. Les gravures suivantes de deux maisons qui existent encore aujourd'hui à Tournai donneront une idée des habitations privées à cette époque et feront comprendre la disposition des fenêtres.
Maison dite de Saint-Piat, située rue des Carliers. à Tournai (xiie siècle )
Maison située rue Jiaire Saiut-Brice, à Tournai Ixiie siècle).
10. Clôtures de fenêtres et vitraux. Dans les pays méridionaux on continua de fermer les baies des fenêtres avec des châssis ajourés en bois et des claires -voies en marbre ou en pierre, semblables aux clôtures que nous avons décrites ci-dessus p. 178. Seulement les dessins produits par l'évidement des tablettes présentent des formes plus variées et en harmonie avec l'ornementation romane ; ils se composent le plus souvent de figures géométriques. Les clôtures ajourées ont été employées jusqu'au xvi^ siècle en Grèce, en Italie et en Espagne, et l'on s'en sert encore de nos jours en Orient.
Les clôtures d'une forme singulière et insolite que l'on voit dans les grandes fenêtres du transept, à l'église de l'abbaye de Yillers, rappellent de loin les claires-voies en usage dans le midi de l'Europe. Voyez la gravure de ces clôtures dans Schayes, Hht. de V architecture, II, p. 44.
Dans l'Europe occidentale et septentrionale on employa de préférence, pour clore les fenêtres, des panneaux composés de morceaux de verre réunis au moyen de filets de plomb, et quelquefois diversement colorés de manière à former une mosaïque transparente. Dans ces verrières les figures et les ornements peints sur le verre font encore complètement défaut. "Il y a en effet, dit Labarte, une grande différence entre colorer le verre et peindre dessus. Les verres colorés s'obtiennent en mêlant à la pâte en fusion, pendant la fabrication, certains oxydes métalliques, qui communiquent à toute la pâte une couleur uniforme. Cette coloration n'est pas superficielle; elle existe dans toute la substance du verre, les matières colorantes s'étant intimement combinées par la fusion avec la masse vitreuse. Ce procédé produit ce qu'on appelle des verres teints, qu'il ne faut pas confondre avec les verres peints. Pour obtenir ceux-ci, on prend une table de verre translucide, incolore ou déjà teinte dans la masse, et sur l'une de ses surfaces ou sur toutes deux on rend le dessin et le coloris avec des couleurs vitrifiables. Ces couleurs, véritables émaux, sont le produit d'oxydes métalliques, donnant la coloration, qui sont mêlés ^ 1. 22
et combinés avec des composés vitreux auxquels on a donné le nom de fondants. Ces fondants deviennent les véhicules des couleurs, et c'est par leur intermédiaire, à l'aide de l'action d'une forte chaleur, que les matières colorantes sont fixées sur la table de verre et incorporées avec elle. « Histoire des arts industriels, III, p. 333.
L'usage des vitraux peints représentant des sujets et des personnages ne fut introduit qu'au xii® siècle. Nous expliquerons la manière de peindre sur le verre et de le teindre dans la masse et nous donnerons l'histoire de la peinture sur verre depuis son origine jusqu'à nos jours, lorsque nous traiterons des verrières de la période ogivale.
11. Façades. Les façades des plus anciens édifices romans de l'Europe centrale et occidentale sont souvent dépourvues de toute ornementation, ou tout au plus décorées de quelques arcatures, d'appareils en arête de poisson, ou d'incrustations en briques et en pierres de diff'érentes couleurs. A partir du milieu du xi® siècle, les façades sont ornées avec plus de soin et plus de recherche ; elles présentent des ordonnances si variées qu'il serait impossible de les classer et de les décrire, même d'une manière générale. Leur décoration architecturale consiste d'abord dans les portes, ordinairement au nombre de trois, à profondes voussures plus ou moins chargées de sculptures ; ensuite dans les galeries, vraies ou simulées , formées par un ou plusieurs rangs d'arcatures aveugles ou ajourées ; et enfin dans de grandes roses percées au-dessus de la porte principale. Rarement les façades romanes sont décorées de statues. On trouve cependant des exemples où, comme à Notre-Dame de Poitiers, toutes les arcatures servent de niches à des statues.
Les façades occidentales de quelques églises étaient flanquées de deux tours (Saint-Barthélemi de Liège, Saint- Servais et Notre-Dame de Maestricht, église de Neeryssche). Cependant, en Belgique, on se contenta le plus souvent d'une seule tour élevée au centre de la façade (Sainte-Gertrude de Nivelles, Saint-Ursmer de Lobbes, Saint- Jacques de Louvain); quelquefois même, comme à la cathédrale de Tournai, la façade était dépourvue de tours.
Les églises rhénanes à deux absides n'ont pas de façade occidentale, et leurs façades latérales sont généralement peu importantes.
Dans plusieurs églises romanes de la Belgicjiie, par exemple à la cathédrale de Tournai, les façades ont été entièrement changées |)endant la période ogivale ou à l'époque de la Renaissance. Celles qui ont conservé leur aspect primitif sont peu remarquables et assez souvent dépourvues de portes; voyez ci-dessus, p. 315, la façade de l'église de Saint-Barthélemi de Liéoe.
12. Absides. Dans beaucoup d'églises, le chœur et même quelquefois les bras du transept se terminent par une abside semi-circulaire ou polygone. En Belgique cependant, comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 299, plusieurs églises ont le chevet du chœur rectangulaire.
L'abside se rattache ordinairement à la construction principale par une voûte en cul-de-four, surmontée d'un toit presque toujours plus bas que celui du chœur.
Les murs extérieurs des absides sont le plus souvent ornés d'un ou de plusieurs rangs d'arcades formées par des contreforts d'une faible saillie, des colonnes ou des pilastres engagés, reliés entre eux par des arcs en plein cintre. Des fenêtres, ordinairement en nombre impair, sont percées dans ces arcades. Dans la plupart des églises des bords du Khin et à Saint-Servais à Maastricht, les fenêtres alternent avec des arcades aveugles, tandis que, dans plusieurs églises françaises et au transept de la cathédrale de Tournai, une fenêtre s'ouvre sous chaque arcade.
Les absides de presque toutes les églises romanes des bords du Rhin présentent immédiatement au-dessous du toit une galerie ouverte, formée d'une suite de petites arcades en plein cintre portées par des colonnettes. Très souvent les fûts de ces colonnettes sont en marbre noir et les chapiteaux en marbre blanc. Ces absides ont reçu le nom d'absides rhénanes; elle servaient autrefois et servent encore aujourd'hui en quelques endroits à l'ostension des reliques. Voyez, à la page suivante, la gravure de l'abside rhénane de l'église de Saint-Géréon, à Cologne.
Les absides des églises du prieuré de Saint-Nicolas-en- Glain, près de Liège (grav.dansScHAYEs, Histoire de Varcliitecture , 2^ éd. , I, p. 356), de Saint- Servais deMaestricht (ibid. p. 33S) et de Sainte-Croix de Liège (ibid. II, p. 30) doivent être rangées parmi les absides rhénanes. Les absides rhénanes ont été imitées récemment à l'église de Sainte- Marie, à Schaerbeek, lez Bruxelles.
Les galeries ne se
Abside rliéi>aiie cl touis de l'cglise de Saiiit-Géréon, j-ei-icontrent plus auX
à Cologne. absides des églises
ogivales, même sur les bords du Rhin. Le chœur de l'église de Léau seul fait exception à cette règle.
13. Piliers, coioiiJîes et COioiiiieîlCS. Les édifices élevés dans rEuro[)e centrale vers la fin du x*^ et au commencement du xi'^ siècle ne présentent régulièrement que des piliers très siuiples, à section circulaire, carrée ou rectangulaire. Pendant le xi"^ siècle on introduisit l'usage des piliers cantonnés de deux ou quatre colonnettes engagées, et semblables à ceux dont se sont servis les constructeurs lombards (voyez ci-dessus p. 275 et 279). Dans la plupart des monuments où l'on rencontre ce système de construction, les bas côtés ont, de même que dans les édifices lombards, deux fois autant de travées que la nef principale ; et des piliers à section plus forte et plus faible se succèdent alter-
•'•«■«Ifi:
nativemeiit (voyez ci-dessus p. 272 et 273). Cette disposition est commune à presque tontes les églises du xi'' et du xii^ siècle voûtées lors de leur construction , et a même été conservée dans quelques monuments de la période de transition.
La colonne romane, ou plutôt le pilier à section circulaire n'est jamais, comme une règle invariable l'exige dans les ordres classiques, couronné d'un entablement, et, lorsquil est hdti par assises, son fût est aussi large au sommet qu'à la base. Dans le nord de l'Europe on ne rencontre des colonnes monolithes que dans les cryptes; dans le midi, au contraire, » presque tous les chœurs des grandes églises du xii^ siècle, dit Viollet-le-Duc, possèdent des colonnes monolithes en pierre dure d'une hauteur et d'un diamètre considérables, et presque toujours ces colonnes sont diminuées, c'est-à-dire qu'elles sont taillées en cône de la base au sommet. D'ailleurs il est rare de voir ces colonnes porter, comme la colonne romaine, un filet et un congé sur la base et une astragale sous \ç. chsi^ïien\i."I)icéio?maire de l architecture, III, p. 494. Dans un autre endroit (II, p. 12ô)le même auteur explique clairement la ditférence qui existe entre la colonne des ordres classiques et le pilier-colonne du moyen âge : « La colonne romaine, dit-il, porte à son extrémité inférieure une saillie composée d'un congé et d'un listel; tandis que la colonne du moyen âge, sauf quelques rares exceptions..., ne porte aucune saillie inférieure, et vient poser à cru sur la base. Ainsi, dans la colonne antique, entre le tore supérieur de la base et le fût de la colonne, il y a une moulure dépendant de celle-ci qui sert de transition. Cette moulure est supprimée dans l'époque romane. Le congé et le filet inférieur du fût de la colonne exigeaient, pour être conservés , un évidement dans toute la hauteur de ce fût ; ces membres supprimés, les tailleurs de pierre s'épargnaient un travail considérable. Ces*; aussi pour éviter cet évidement à faire sur la longueur du fût, que l'astragale fut réunie au chapiteau au lieu de tenir à la colonne. «
A la cathédrale de Tournai, les absides du transept ont
Fis;. 1.
des colonnes cylindriques, tant au rez-de-chaussée qu'à la galerie. Les piliers de la nef sont cantonnés au rez-de-cliaus-
l^ig- 2. sée (fig. 1) de
quatre demi-colonnes a et renforcés aux angles de quatre colon nettes c de moindre dimension, libres, octogones et en pierre polie.
A la galerie de
Section des piliers au rez de -chaussée
de la nef de la cathédrale de Tournai.
Section des piliers à la galerie
l'étage les quatre colonnes libres sont supprimées (fig. 2). Voyez aussi la gravure de la page 300.
A l'église de Saint-Servais, à Maestricht, les piliers de la nef étaient primitivement à section carrée ; ils ont subi des modifications assez considérables, lors de la construction de la voûte qui a été substituée, pendant le xv'' siècle, au plafond en bois de la nef centrale.
L'église de Notre-Dame de la même ville présente dans la nef (qui est la partie la plus ancienne de l'église) des piliers carrés, et au chœur, qui date du xii^ siècle, des colonnes cylindriques.
Les églises des paroisses rurales de moindre importance ont très souvent des piliers carrés, trapus, dépourvus de base et de chapiteau, ou portant pour tout ornement une ou deux moulures peu importantes qui remplacent le chapiteau.
En France on trouve quelquefois des cannelures sur les pilastres des monuments romans. La présence de cet ornement est due uniquement à l'influence exercée, en ces endroits, par des monuments gallo-romains. Les églises de Saint-llemi, à Reims, et de Charité-sur-Loire, les cathédrales d'Autun et de Langres offrent des exemples remarquables de pilastres cannelés (i).
On donne le nom de colonnettes, non-seulement à des
(1) Voyez De Caumont, Abécédaire, 5e éd., p. 199 et sv.
colonnes de petite dimension, mais aussi aux colonnes minces et allongées qui cantonnent les piles principales d'une construction.
Pendant la période romane, et surtout au xu^ siècle, les fûts des colonnettes furent souvent couverts de sculptures variées : c'étaient des figures géométriques, des spirales, des torsades, des galons perlés, des rinceaux de feuillages, des entrelacs, des animaux et même des représentations de sujets historiques ou légendaires. Ces ornements, qui sont communs dans le midi de l'Europe et en France (surtout dans les églises élevées sous la direction de l'école de Cluny), se rencontrent rarement en Belgique; on n'en voit guère d'exemples, si ce n'est à une porte de l'ancienne abbaye de Saint-Bavon à G and et à la porte ]\Iantile de la cathédrale de Tournai. A la crypte de l'église de Rolduc les fûts des colonnes sont ornés de losanges et de spirales; voyez la gravure de la page 302.
Vers la fin de la période romane et au commencement de l'époque ogivale, les colonnettes sont annelées, c'est-à-dire munies d'une espèce de tore formant anneau autour du fût. Cet ^ku ornement a reçu le nom ai' anneau, bague ou hra- ^ cclet. /'On désigne par le mot bague, dit Viollet- "^ le-Duc, un membre de moulure qui divise horizontalement les colonnes dans leur hauteur. Lorsqu'au xii*= siècle on remplaça les grosses piles carrées ou cylindriques dans les édifices par des tZ faisceaux de colonnettes d'un faible diamètre, T^v ces colonnettes durent être tirées de morceaux t^ de pierre posés en délit, qui n'avaient pas une p longueur suffisante pour ne former qu'un seul ['>(^P- bloc de la base au chapiteau. Leur petit diamètre relativement à leur longueur obligeait les constructeurs à ménager un ou plusieurs joints ^ dans leur hauteur ; ces colonnettes étaient d'au- Colonn tte tant plus minces qu'elles se trouvaient adossées annelée. ^ ^jjg pj]g q^ ^ -^^ mur, et leurs joints devaient
(xii^xiiie siècle)
Ji'>
■su .
JûLf
être d'autant plus fréquents qu'elles étaient plus minces. Les joints étaient une cause de dislocation; force était donc d'empêcher les ruptures ou les dérangements sur ces points. La nécessité de parer à ces inconvénients devint immédiatement un motif de décoration. En intercalant entre les longs morceaux des colonnettes en délit une assise basse de pierre dure reliée au massif des piles ou des murs , les architectes du xii*' siècle les rendirent stables et les fixèrent à la construction... Ce principe une fois admis, on ne cessa de l'appliquer que lorsque les colonnettes firent partie des assises de la construction, lorsque les matériaux employés furent assez grands et assez résistants pour permettre d'éviter les joints dans leur hauteur, ou lorsqu'au milieu du xiii'' siècle, on évita systématiquement de couper les lignes verticales de l'architecture par des lignes horizontales... Au xii" siècle, les bagues étaient souvent décorées par des feuilles, des
perles, des pointes de diamant iVu
commencement du xiii'^ siècle, elles ne se composent plus que de profils minces sans ornements." Dictionnaire de r architecture, II, p. 59. Les colonnettes bâties par assises sont aussi quelquefois munies d'anneaux.
Les colonnettes annelées peuvent être considérées comme un des caractères des monuments appartenant à l'époque de transition du style roman au style ogival. On voit aussi quelquefois des anneaux aux nervures des voûtes (églises de Herent et de La Chapelle à Bruxelles). En Angleterre, où les colonnettes annelées sont très fréquentes, on en trouve qui portent jusqu'à deux et trois bagues (cathédrale de Lincoln) ou dont les anneaux sont en métal (cathédrale de Salisbury).
Au xii'^ siècle, les colonnettes sont souvent doublées ou réunies en fais-
Galerie du cloitre roman de ïongres.
ceaii. Les galeries des cloîtres romans de Tongres et de Nivelles, qui existent encore aujourd'hui, offrent des exemples de ce mode de construction. Dans l'un et l'autre de ces monuments les archivoltes retombent sur des colonnettes cylindriques isolées alternant avec des colonnettes doublées. A l'église de Notre-Dame, à Maestricht, on voit, au centre de l'abside du chœur, des colonnettes dont les fûts, réunis en faisceau au nombre de quatre, reposent sur une même plinthe et sont couronnés par un tailloir commun.
" Dans les combinaisons C|ue les colonnes présentent deux
Pig. 1
à deux, disent les Instructions du comité historique, elles peuvent être doublées (l'une derrière l'autre) fig. 1, accouplées (placées de front) fig. 2, ou en retraite (diagonalement l'une par rapport à l'autre) fig. 3. »
14. Bases. Les bases des colonnes sont très variées. Dansles édifices les plus anciens elles ressemblent souvent aux bases lombardes , mais sont dépourvues de griffes
ri-. 1.
rig. 2.
Fis. 3.
rig. 4.
(fig. 1); voyez ci-dessus p. :27G et sv. Quelquefois elles consistent dans un bisenu décoré de baguettes (fig. 2), ou
même sans ornements (fig. 3), de zigzags, de frettes crénelées (fig. 4) ou de fleurons.
Voici une base que l'on trouve dans la partie romane de la cathédrale de Tournai ; elle est ornée de billettes et de torsades.
Les bases décorées de sculptures, qui sont très communes dans le
à la
ijiibu ruuiaiie, cathédrale de Tournai.
midi de l'Europe, se rencontrent assez rarement dans les pays du nord.
A partir du milieu du xi^ siècle, on rencontre, en deçà des Alpes, l'ornement appelé ^yv^e ou patte, dont les Lombards s'étaient déjà servis bien longtemps auparavant; voyez ci-dessus p. 277. La griffe romane a presque toujours la forme d'une feuille appliquée sur le tore inférieur et
Bases romanes avec grifies, à la cathedra le deTournai. aux ruines de Saiut-Bavon, à Gand.
l'angle de la plinthe, rarement celle d'une tête grimaçante ou d'un animal fantastique.
Les bases sont quelquefois remplacées par des animaux réels ou fantastiques. A la cathédrale de Tournai, on voit une base composée d'une tête d'homme et d'une tête d'animal juxtaposées. On trouve à la crypte de Rolduc plusieurs bases formées d'animaux accroupis; voyez la gravure de la page 302.
Dès le commencement du xii^ siècle, les constructeurs romans aplatissent le tore inférieur lorsqu'ils employent des bases (jui se rapprochent de la forme attique. Un peu plus tard on voit apparaître, entre les deux tores des bases, ces
Bases du xiie siècle.
fi
'p.tnffl
scoties profondes qui forment un des caractères distinctifs des monuments de la fin du xii^ et de la première moitié du xiii® siècle.
15. (Jiapiteail\. Dans les ordres classiques le chapiteau était plutôt un ornement, un point de repos pour les yeux, qu'une partie nécessaire à la solidité de l'édifice. L'entablement ne dépassait pas le fût de la colonne ; l'évasement du
chapiteau était donc complètement inutile au point de vue de la construction. Si, dans l'exemple ci-contre, on enlevait la partie A du chapiteau, l'architrave B porterait tout aussi bien sur le fût C de la colonne qu'avant la suppression. Les Grecs reuuT,rquèrent parfois ce défaut dans l'emploi du chapiteau. Aussi dans quelquesuns de leurs monuments, entre autres dans le Parthénon, firent-ils avancer l'architrave de manière qu'elle dépasse l'aplomb du diamètre de la colonne.
Les Latins, les Byzantins et souvent aussi les Lombards firent de leurs chapiteaux de véritables encorbellements. L'église des Quatre-Saints-Couronnés, à Rome, et toutes les anciennes églises de Ravenne et de la Lombardie fournissent la preuve de cette assertion.
Dans les édifices romans, les chapiteaux quelquefois portent en encorbellement, d'autres fois reçoivent les retombées des archivoltes d'aplomb avec le fût de la colonne. Le premier mode de construction est le ])lus répandu en Allemagne et dans les pays où le style lombard a exercé une influence prépondérante, tandis que le second a surtout dominé dans l'Europe occidentale, c'est-à-dire en Belgique et en France.
Les chapiteaux romans présentent des formes très variées. Il en est de très simj)le5 qui ne se composent que de deux ou trois moulures courbes ou biseautées, à l'imitation du chapiteau toscan ou dorique. Tels sont ceux de l'église de Soignies (x*''-xi*' siècle) et de la crypte d'Andcrlecht (xii'' siècle).