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Chapiteaux de la crypte d'Anderlecht. Chapiteau à l'abbaye de Villers,
La corbeille des chapiteaux est tantôt haute et couronnée d'un tailloir saillant, tantôt peu élevée et munie d'un tailloir ne dépassant presque pas le fût de la colonne. La nature des matériaux influa puissamment sur la hauteur du chapiteau roman. Celui-ci est toujours peu élevé dans les endroits où les carrières ne fournissent que des matériaux de petite dimension ; car pendant la période romane il n'est jamais composé que d'une seule assise.
On trouve, dans beaucoup de monuments romans, des chapiteaux appelés cubiques, parce qu'ils ont la forme d'un cube. Ces chapiteaux sont quelquefois échancrés aux angles
rig. 1.
rig..2.
Eio-
Pig. 4.
Chapiteau cubique Chapiteau cubique Chapiteau cubique Chapiteau
échancré, rhénan, double. godronné.
à la crypte de Saint-Hermès, à Renaix.
inférieurs (fig. 1), et le plus souvent arrondis par dessous (fig. 2). Comme ces derniers se rencontrent dans presque tous les édifices romans des bords du Rhin, depuis Bâle\ jusqu'en Hollande, on leur a donné le nom de chapiteaux rhénans; ils sont cependant aussi très communs dans le reste de l'Allemagne, en Hollande, en Angleterre, et dans le
nord de l'Italie (i), et l'on en voit aussi à Aix-la-Chapelle, à Maestricht et dans toute la Belgique orientale, entre autres à Liège et à Herent. Dans les Flandres et le Hainaut ils sont très rares ; il en existe dans la crypte de Renaix et à l'église de Saint-Pierre d'Ypres. La présence du chapiteau cubique dans un édifice belge est un des signes les plus certains que ce monument a été élevé sous l'influence rhénane. Voyez ci-dessus p. 293.
Au xii*^ siècle, on divisa souvent la partie inférieure du chapiteau cubique rhénan en quatre portions de sphère de manière à former comme un groupe de quatre chapiteaux réunis sous un même tailloir (fig. 3). Plus tard on augmenta encore le nombre des subdivisions, et l'on produisit ainsi les chapiteaux cubiques cannelés ou godronnés, qui se rencontrent principalement en Angleterre et dans le nordouest de la Prance.
Lorsque les chapiteaux cubiques se trouvent dans les cryptes, ou lorsqu'ils couronnent des colonnettes de petite dimension, ils sont rarement ornés de sculptur-es ou de peintures (2) ; dans les églises, au contraire, et lorsqu'ils surmontent de grandes colonnes ou de grands piliers, leurs faces plates sont souvent décorées de peintures ou de sculptures ordinairement peu fouillées. Les chapiteaux des colonnes du chœur de l'église de Notre-Dame à Maestricht peuvent être rangés parmi les plus beaux spécimens des chapiteaux sculptés.
L'ornementation des chapiteaux romans est très riche et très variée.
Au moment de la formation du style roman, l'art de la sculpture était pour ainsi dire entièrement perdu en Europe. Les premier? qui essayèrent de manier le ciseau s'efforcèrent de reproduire tant bien que mal les ornements antiques qu'ils avaient sous les yeux. Les productions de ces iirtistes improvisés furent très imparfaites -et très grossières,
(1) En Italie, on s'est même quelquefois servi du chapiteau rhénan dans des édifices construits en style ogival. Ou le trouve, par exemple, à Pavie, dans l'église de Santa-Maria-del-Carmine, élevée vers l'année 1323.
(2) 11 y a cependant des exceptions à cette règle. Ainsi, par exemple, les chapiteaux cubiques de la crypte de Rolduc sont couverts de riches sculptures.
principalement dans les pays où, comme dans le nord de l'Europe, les fragments de sculpture ancienne faisaient presque complètement défaut. Il existe dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bavon, à Gand, quelques chapiteaux qui, bien que ne remontant pas au delà du xi" siècle, peuvent donner une idée très juste de l'enfance de la sculpture en
Belgique. Voici deux chapiteaux des tourelles latérales de l'éolise de Saint-Jacques , à Gand, qui, par leur forme grossière et toute primitive, se rapprochent sensiblement de ceux des ruines de Saint-Bavon.
Dans beaucoup de monuments belges du xii*' siècle, ou
trouve des chapiteaux dont l'ornementation, simple et rudimen taire, consiste uniquement dans des feuilles appliquées sur la corbeille et quelquefois contournées en volute sous les
Chapiteaux romans, du xiie siècle, à Tournai. f^I^gl^S du tailloir, ('es
Chapiteaux du xiie siècle, à Saint-Jacques, à Gand.
Chapiteau roman, à Tournai.
Chapiteau roman, à Gand.
chapiteaux, qui sont également très communs dans le nordouest de la France, se rencontrent surtout dans les édifices romans du Hainaut et des deux Flandres. Nous en donnons quelques exemples à la page précédente.
Les chapiteaux de presque tous les grands monuments des XI® et XII® siècles sont décorés de sculptures ou de peintures d'une grande richesse. Les ornements consistent dans des galons perlés, des feuillages enroulés, des rinceaux artistement travaillés (fig. 1), des animaux symboliques (fig. 2), des enla-
Fie. 1.
Fig. 2.
Chapiteaux romans, à la cathédrale de Tournai (xie siècle), et au cloître c'a Tongres (xiie siècle).
Yis. 3.
Chapiteaux romans, à Maestricht (xiie siècle;.
céments d'animaux fantastiques isolés ou afirontés (fig. 3 et 4), des scènes empruntées à la légende ou à l'histoire (fig. 5), surtout de l'ancien et du nouveau Testament. Ces derniers.
Fig. 5.
connus sous le nom de chapiteaux légendaires et historiés {y oyei ci-dessus p. 279), sont très rares en Belgique ; on n'en voit guère que deux ou trois à la cathédrale de Tournai et quelquesuns à Maestricht. Les chapiteaux ornés de figures humaines, ou d'animaux symboliques et fantastiques, se rencontrent plus souvent dans nos mo- Chapiteau historié, du xie j-,^j^^ej^|g belges; la cathédrale de Toursiècle, à la cathédrale . . , ,
„ . nai en possède quelques-uns.
de Tournai. ' .
Le chapiteau à crochets a été en usage en Belgique et dans quelques parties de l'Alemagne dès la fin de a période romane. On lonne le noai de croihets, et quelquefois aussi celui de crosses i-'égétales, à des feuilles, plus ou moins longues, recourbées en volutes à leur extrémité. En France, on ne voit cet ornement que dans les édifices le la fin de la T3ériode de transition ou de la
Chapiteau à crochets, à l'hôpital de Saint-Pierre, période Ogivale pri-
à Louvain (vers 1220). maire, tandis qu'on
l'observe, dans la Belgique orientale et sur les bords du Rhin, dans plusieurs monuments qui, comme la porte de l'hôpital de Louvain (voyez la gravure de la page 319) et l'avant-porche de l'église de Winxele, appartiennent au style roman par tous leurs autres détails.
On remplace quelquefois le chapiteau ou l'imposte par
i'iiiiiii;ii:jfTrnuiumiit
iiiiiillM
Chapiteau à la cathédrale de Tournai.
une figure d'homme ou d'animal, sur laquelle repose alors le tailloir. Il existe un curieux chapiteau de ce genre à la cathédrale de Tournai. Les impostes de la porte de l'hôpital de Saint-Pierre à Louvain sont formées l'une d'un buste d'homme et l'autre d'un personnage accroupi tenant un livre (voyez la gravure de la page 319).
16. Triforiums ou galeries. On donne le nom de triforium aux galeries qui pourtournent intérieurement les églises au-dessus dea collatéraux. Le trifo rium embrasse quelquefois toute la largeur du collatéral, d'autres fois il ne se compose que d'une étroite galerie de service pratiquée, en quelque sorte, dans l'épaisseur de la muraille, entre les arcades et les appuis des fenêtres hautes de la grande nef. Les triforiums occupant toute la largeur des bas côtés se rencontrent dans les églises les plus anciennes. Les galeries qui existent au-dessus des collatéraux de la cathédrale de Tournai et de l'église de Soignies appartiennent à cette espèce. Les triforiums étroits ne sont pas antérieurs au xii^ siècle, et leur usage ne se généralisa que pendant la période ogivale. On voit à l'église de Notre-Dame, à Bruges, un triforium étroit qui date de 1185 environ ; il est séparé de la nef par des arcades ajourées, dont les archivoltes à cintre surbaissé retombent sur de petits piliers carrés.
17. Arcades et ai'Calures. On appelle arcade toute ouverture, réelle ou simulée, couronnée par une archivolte, et arcature une arcade de petite dimension.
Jusqu'au xi^ siècle on s'est généralement servi de l'arc plein cintre ou formé par un demi-cercle (fig. 1) pour relier deux colonnes ou réunir les deux points extrêmes d'une arcade. Au xi^ et au xii^ siècle, on voit apparaître ça et là de nouvelles formes d'arc : Y Vdixc surhaussé (fig. 2), dont les 1. 2:i
deux retombées sont prolongées verticalement au-dessous du centre générateur (transept de la cathédrale de Tournai); 2° l'arc outre-passé ou en fer à cheval (fig. 3), produit par une portion de la circonférence dépassant le demi-cercle
Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig. 4. Fig. 5.
Fie. 6.
(nefs de la cathédrale de Tournai); 5° l'arc surbaissé ou en anse de panier (tig. 4), formé par une demi-ellipse coupée suivant son grand axe ; 4° l'arc trilobé (fig. 5) et polylobé (fig. 6), dont l'intrados est découpé en trois ou en un plus grand nombre de -lobes. Ces deux dernières formes n'ont été en usage que depuis le milieu ,du xii^ siècle ; elles
se rencontrent souvent dans les édifices de la période de transition.
Dans quelques édifices romans de l'ouest de la France et de la Belgique (église de Saint-Vincent à Soignies), l'intrados des archivoltes est orné d'un gros boudin. La figure ci-contre explique cette disposition.
Les arcatures sont parfois composées
d'une suite de petits arcs plein cintre
qui s'entrecroisent et dont les extrémités
viennent retomber soit sur de simples
modillons (tour de l'église de
Saint- Ambroise à Milan), soit sur un rang de colonnettes engagées (tour de l'église de Herent), soit sur des colonnettes et des corbeaux qui alternent. Ces arcatures entrecroisées restèrent en usage au xiii^' siècle ; on les trouve,
- *= a- *-*» I- Ë^^W-jârMrLJSîMr
Arcatures à ir'aint- Ambroise.de Milan.
par exemple, sur la façade de la cathédrale d'Amiens.
Les arcatures aveugles ont une double destination : elles servent d'abord, comme ornement, à décorer les parties lisses des murs tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des édifices, et ensuite, secondairemeiU, comme arcs de décharc^e, à rendre les murs moins lourds et moins massifs.
A l'intérieur des monuments on les trouve sous les appuis des fenêtres basses. « Les grandes salles, dit Yiollet-le- Duc, les bas côtés des églises, les chapelles, sont presque toujours tapissés dans leurs soubassements par une suite
d'arcatures peu saillantes, portées par des pilastres ou des colonnettes détachés reposant sur un banc ou socle de pierre continu. '< Dictionnaire de V architecture, I, p. 89.
Voici les arcatures qui décorent l'intérieur de la tour de l'église de
Arcatures à la tour de Saint- Nicolas, à Gand.^
Saint-Nicolas, àGand;
le banc ou socle continu, que l'on voit surtout dans les salles capitulaires, les porches et les bas côtés des églises, y fait défaut.
A l'extérieur des édifices, les arcatures sont souvent emrloyées, comme nous l'avons dit ci-dessus p. 330, pour la décoration des façades. Dans quelques contrées même, par exemple en Angleterre, les architectes romans ont abusé de ce genre d'ornementation en le prodiguant par la superposition immédiate d'arcaturesj aveugles, depuis la base jusqu'au faîte de la façade. On trouve aussi des arcatures sur les autres parties des : monuments. Ces arcatures n'ont qu'une très faible saillie sur les murs ; leurs extrémités viennent retomber sur des modillons souvent taillés en simple biseau, rarement décorés de sculptures, comme dans l'exemple suivant emprunté à la façade du transept nord de l'église de Herent. Quelquefois on a remplacé les modil-
Ions par des colonne ttes engagées. Ces arcatures servent principalement à décorer les parties lisses des murs sous les
Arcatures au transept nord de l'église de Herent (xiie siècle).
corniches, les appuis des fenêtres et les plates-bandes dont on se sert pour relier les contre-forts. L'église de Herent offre un bel exemple de ce système de décoration :
Cliœur et, transept sud de l'église de Herent (xiie siècle).
Ces arcatures d'ornement ont été empruntées au stylelombard (voyez ci-dessus p. 282). On les trouve surtout dans les édifices romans de l'iVUemagne (voyez la gravure de la page 332), de l'Angleterre et de quelques parties de la France. En Belgique, on ne les voit qu'aux monuments élevés sous l'influence rhénane dans la partie orientale du pays; elles manquent pour ainsi dire complètement dans la partie occidentale. A Tournai, par exemple, on n'en trouve à aucun édifice de la période romane.
18. Corniches et inodilloilS. L'entablement, qui forme le membre supérieur des ordres gréco-romains, est de rigueur dans toutes les constructions faites d'après les règles du style classique. En aucun cas il n'est permis de le supprimer ; toute colonne doit être couronnée d'une architrave, d'une frise et d'une corniche. Dès le iii*^ siècle, on abandonna insensiblement les traditions antiques, et l'on éleva des monuments dans lesquels des colonnes supportent des arcs sans l'intennédiaire d'architraves.
Pendant lapériodelatine, l'entablement disparaît peu à peu à rintérieur des édifices, et, dans toutes les constructions delà fin de cette époque, les arceaux des voûtes reposent immédiatement sur les chapiteaux. A l'extérieur, la corniche seule est conservée. Les réflexions que fait Viollet-le-Duc à l'occasion de la suppression complète des frises et des architraves, et de la conservation de la corniche à l'extérieur des édifices des styles roman et ogival sont trop justes pour que nous ne les transcrivions pas : " Dans l'architecture romaine, dit-il, la corniche appartient à l'entablement, qui lui-même appartient à l'ordre , de sorte que si les Romains superposent plusieurs ordres dans la hauteur d'un monument, ils ont autant de corniches que d'ordres. Ainsi un édifice composé de plusieurs ordres superposés n'est qu'un échafaudage d'édifices placés les uns sur les autres. Bien mieux, si le Romain place un ordre à l'intérieur d'une salle, il lui laisse sa corniche, c'est-à-dire son couronnement destiné à recevoir le comble. Cela peut produire un grand etîet, mais ne saurait satisfaire la raison. D'ailleurs, dans les ordres romains, qui sont dérivés des ordres grecs, la corniche, par la forme de ses moulures, sa saillie et les appendices dont elle est accompagnée, indique clairement la présence d'un chéneau, c'est-à-dire la base d'un comble et le canal longitudinal recevant les eaux de pluie coulant sur la surface de ce comble. Or, à quoi bon un chéneau à mihauteur d'un mur et surtout à l'intérieur d'une salle voûtée ou lambrissée? Donc, pourquoi une corniche?... Le Romain était peu disposé à raisonner l'enveloppe, la décoration de
ses édifices. Nous ne leur en faisons pas un reproche, seulement nous constatons ce fait : que, dès l'époque romane, les architectes, si grossiers qu'ils fussent, partaient de principes très opposés à ceux des Romains, ne se servant des divers membres de l'architecture qu'en raison de leur fonction réelle, dépendante de la structure D'abord, en examinant les édifices les plus anciens de l'ère romane,. nous voyons que les architectes ont une tendance prononcée à les élever d'une seule ordonnance de la base au- faite; à peine s'ils marquent les étages par une faible retraite ou un bandeau. Cette tendance est si marquée, qu'ils en viennent bientôt à allonger indéfiniment les colonnes engagées, sans tenir aucun compte des proportions des ordres romains, et à leur faire toujours porter la corniche supérieure (la véritable corniche), si élevée qu'elle soit au-dessus du sol. Abandonnant l'architrave et la frise de l'entablement romain, la colonne porte directement la corniche, le membre utile, saillant, destiné à protéger le mur contre les eaux pluviales. Cela dérange les dispositions et proportions des ordres romains; mais cela, par compensation, satisfait la raison. Les Romains percent des arcades entre les colonnes d'un ordre engagé, c'est-àdire qu'ils posent une première plate-bande (la frise) et la corniche au-dessus d'un arc, ce que nous n'empêchons personne de trouver fort beau, mais ce qui est absolument contraire au bon sens. Les architectes romans adoptent les arcs pour toutes les ouvertures ou pour décharger les murs; ils posent souvent, à l'extérieur, des colonnes engagées, mais ils ne font plus la faute de les surmonter d'un entablement complet, nécessaire seulement lorsque les colonnes sont isolées. La colonne engagée prend le rôle d'un contrefort (c'est son véritable rôle) et son chapiteau vient porter la tablette saillante de couronnement de l'édifice, autrement dit la corniche. « Dictiomiaire de l'architecture, IV, p. 319. Dans les édifices romans la corniche se compose d'une tablette plus ou moins saillante sur le nu des murs selon le plus ou moins de grandeur, le plus ou moins de dureté des matériaux dont on disposait. En Belgique, où les pierres
dures de grande dimension sont rares, les corniclies présentent le plus souvent une très faible saillie.
La corniche est portée sur des consoles ou modillons, souvent placés au-dessous des joints formés par les tablettes juxtaposées de la corniche. Les modillons ont la forme d'un corbeau ou d'un cul-de-lampe. On appelle corbeau une console faisant saillie sur le parement d'un mur ou d'un pilier et ayant sesjdeux faces latérales parallèles et perpendiculaires au mur, et cul-de-lampe une console qui n'a pas ses faces parallèles et perpendiculaires au mur. Le modillon de la corniche d'Eyck, que nous donnons ci-dessous, est un corbeau; les consoles des arcatures de Herent (fig. 1 delà page 84S) sont des culs-de-lampe. La tablette de la corniche repose quelquefois directement sur les modillons (cathédrale de Tournai et éolise d'Eyck^); d'autres fois, surtout
dans les édifices rhénans, elle est portée par des arcatures dont les extrémités retombent sur des consoles (église de Herent).
Les corbeaux et les culsde-lampe des corniches sont quelquefois décorés de sculptures; on leur donne la forme.de têtes humaines, de figures grotesques et grimaçantes, de monstres, de volutes, etc. Les modillons sculptés sont extrêmement rares en Belgique; on en trouve aux églises de Herent lez Louvain et de Sluse près de Tongres, ainsi qu'aux chœurs de Sainte-Gertrude à Nivelles et de La Chapelle à Bruxelles. Encore ce dernier édifice appartient-il à la période de transition.
19. \outes. La plupart des édifices de la période romane n'avaient des voûtes qu'à l'abside du chœur, à l'étage inférieur des clochers et quelquefois au-dessus des bas côtés. La nef du milieu était ordinairement couverte d'un lambris en bois. Les voûtes qu'on voit aujourd'hui dans la plupart des églises romanes ont été construites à une époque assez récente. Ainsi, par exemple, la nef principale de la cathé-
Corniche à l'église d'Eyck (Limbourg).
drale de Tournai avait un plafond en bois qui n'a été remplacé par une voûte qu'au siècle dernier ; l'église de Saint- Servais, à Maestricht, a été voûtée pour la première fois au xv^ siècle.
Dans les édifices qui avaient leur nef principale couverte de voûtes, celles-ci étaient d'arête et à nervures (voyez cidessus, p. 270); et, de même que dans les églises lombardes (voyez ci-dessus, p. 272), à chaque travée de la nef du milieu correspondaient, dans chaque bas côté, deux petites travées ou voûtes latérales. Pour contre-butter la poussée oblique, exercée sur les piliers et les murailles hautes de la nef par la voûte de la nef du milieu (voyez ci-dessus pp. 271 et sv.), les architectes romans suivirent deux systèmes. Les uns, imitant les constructeurs lombards (voyez ci-dessus, p. 273), élevaient les bas côtés presque jusqu'à la hauteur de la nef, et en disposaient les voûtes de manière à ce qu'elles contre-buttent le berceau central (fig. 1). Les autres couvraient les bas côtés de voûtes en demi-berceau ou quart de cercle, dont la partie inférieure reposait sur les murs d'enceinte de l'édifice et la partie supérieure venait s'appuyer contre le mur haut de la nef centrale au droit de la nais-
Fig. 1.
Fig- 2.
sauce de la voûte principale (tig. 2). Dans l'un et dans l'autre système, les murs d'enceinte étaient épais et renforcés par des contre-forts afin de pouvoir résister aux poussées
combinées des grandes et des petites voûtes. Le premier mode de construction, comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 273, présentait l'inconvénient de n'admettre le jour que par les fenêtres des bas côtés ; et il en était de même du second dans les églises dont les voûtes hautes étaient en berceau. Lorsque, dans le dernier système, la voûte était d'arête à nervures appareillées, on ménageait parfois de petites ouvertures sous les arcs formerets de ces voûtes.
Les bas côtés étaient couverts en berceau ou, plus souvent encore, par des voûtes d'arête avec ou sans nervures. L'abside semi-circulaire du chœur était voûtée en cul-de-four.
Jusque vers le commencement du xii« siècle les arcs doubleaux se composent d'un ou de deux rangs de claveaux, ordinairement sans moulures ni ornements, et présentant une section carrée ou rectangulaire (fig. 1, 2 et 3). Les arcs dou-
îig. 1.
Fig. 2.
Fig. 2.
bleaux à section se rapprochant du demi-cercle (fig. 4) se rencontrent rarement à cette époque.
A la fin de la période romane, et plus tard encore, les an-
Fig. 5.
Fi?. 6,
gles à l'intrados de l'arc doubleau sont régulièrement taillés en tores (fig. 5 et 6; églises de La Chapelle, à Bruxelles, et de l'abbaye de Villers).
Dans les voûtes d'arête à nervures, celles-ci consistent
Fk
Fiî
Fis. 10.
ordinairement dans un simple boudin (fig. 7), quelquefois
accompagné de deux ou quatre tores de moindre épaisseur (fig. 8 et 9). Vers la fin de l'époque romane et pendant la période de transition, le tore principal fut, en certaines contrées, plus ou moins aplati et muni d'une arête vive à l'intrados (fig. 10). Les nervures des voûtes romanes sont beaucoup plus massives que celles des voûtes ogivales.
On trouve, dans quelques églises romanes de Cologne, des arcs doubleaux ornés à l'intrados de baguettes transversales ou d'autres appendices.
Les architectes des xn% xiu^ et xiv^ siècles ont quelquefois décoré la naissance des nervures des voûtes au-dessus du chapiteau par des moulures géométriques semblables à celles que présente notre fig. 1 (chœur de Saint-Martin à Ypres et église de Sainte- Croix, à Liège), par des feuilles sculptées (fig. 2, tour de l'église de Saint-Jacques, à Louvain, et chœur de Saint-
Fi?. 1.
Tn
Nervures à l'église de Sainte-Croix, à Liège.
Nervures à l'église de Saint -Jacques, à Louvain.
Martin, à Ypres), ou même par des statues (tour de l'église
de Saint-Germain, à Tirlemont).
Les clefs de voûte sculptées sont assez rares dans Jes monuments romans.
Vers la fin de la période romane, les architectes firent quelques progrès dans la construction des voûtes. Ainsi, par exemple, ils parvinrent d'abord à établir des voûtes sur des
espaces rectangulaires et reposant sur des points d'appui notablement éloignés les uns des autres. Peu après ils résolurent une difficulté plus grande encore, celle de couvrir de voûtes les chapelles rayonnantes de l'abside et les bas côtés qui entourent le chevet du chœur des grands monuments. A force d'essais et de tâtonnements, ils réussirent à voûter ces parties des édifices dont le plan polygone s'éloigne sensiblement du carré, du rectangle ou du cercle, les seules surfaces sur lesquelles les constructeurs des époques précédentes étaient parvenus à élever des voûtes.
Dans quelques endroits on rencontre des voûtes en coupole. En France, c'est surtout dans le Périgord que cette espèce de voûte se répandit grâce à l'influence exercée par l'église byzantine de Périgueux. En Belgique, il existe une coupole sous la tour de Sainte-Gertrude, à Nivelles. Le porche sous la tour de l'église de Saint-Servais, à Maestricht, est également couvert d'une belle voûte en coupole.
20. Coiltre-foils. On appelle contre-forts les pilastres ou piliers adossés aux murs extérieurs des édifices, et destmes à amortir la poussée des voûtes ou supporter la charge des
charpentes du comble. Ces appuis en maçonnerie correspondent toujours exactement, dans les monuments dépourvus de voûtes, aux points ou reposent les fermes de la charpente, et, dans les édifices voûtés, aux endroits où vient aboutir la poussée combinée des arcs doubleaux et des nervures des voûtes.
Dans les constructions romanes les plus anciennes les contre-forts se présentent souvent sous l'apparence d'un demi-cylindre, comme à l'église de Saint- Kemi à Reims (i), ou bien sous celle d'un Contre- fort pilastre en faible saillie. Cette dernière
à Saint-Remi de Reims, forme est la plus commune. Dans les
0 On voit deux contre-forts semi-cylindriques à la petite chapelle adossée
édifices rhénans les contre-forts sont ordinairenaent reliés, comme dans les monuments lombards, par des arcatures placées sous la corniche et même sur le plat des murs (voyez la gravure de l'église de Herent, p. 349). Les contre-forts semi-cylindriques ont été en usage, dans l'ouest de la France, jusque vers le milieu du xii*^ siècle.
Au XI'' et surtout au xii^ siècle, les contre-forts présentent des formes très variées. Les uns sont très larges à la base, et décroissent sensiblement sur chacun de leurs trois côtés libres; les autres, plus étroits, ont partout la même largeur entre leurs deux faces latérales et parallèles, et ne diminuent que du coté extérieur, se retraitant en deux ou plusieurs endroits de leur hauteur. Il en est même beaucoup qui conservent la même dimension jdans tous les sens, et s'élancent, sans ressaut ni retraite, de la base de l'édifice jusqu'à la corniche.
Les contre-forts n'ont ordinairement aucune espèce d'ornementation. Quelquefois cependant ils sont décorés, à leur partie supérieure, d'arcades aveugles ou de colonnes engagées. ■rr=^-£^:^ En Erance, on trouve des exemples ^^^ de contre-forts percés d'une fenêtre, ^1^ ou remplacés par une colonne plus ou moins engagée. Il est clair que, dans ce cas, le contre-fort ne répond plus à sa destination première, puisqu'il sert plutôt à orner le nu des murs qu'à confre-butter la poussée des voûtes.
Aussi ne trouve-t-on des contre-forts construits de cette manière que dans les édifices non voiités et couverts par des lambris en charpente.
En Belgique, les contre-forts romans sont d'une très grande simpli-