V .. VII TUS EST * viviT IN EO. L'abscuce de l'année
du décès est un indice de la haute ancienneté de ces pierres tombales.
Il ne nous reste en Belgique qu'un très petit nombre de pierres tombales de l'époque romane. En voici une que l'on voit dans la crypte d'Anderleclit, et qui, d'après la tradition, a recouvert pendant plusieurs siècles les restes mortels
Pierre tombale de saint Guidon, à Anderlccht.
de saint Guidon. Elle a la forme d'un trapèze et est placée à deux pieds environ au-dessus du pavement. Les pèlerins passaient autrefois au-dessous de cette pierre en rampant, et témoignaient ainsi leur vénération pour cette relique (voyez ci-dessus p. 388).
Voici encore une autre pierre du xii" siècle, trouvée dans la crypte de l'abbaye de Saint -Michel, à Anvers :
Pierre tombale du xiie siècle, à Anvers.
Il existe dans l'église de Sainte-Marie-du-Capitole, cà Cologne, un nombre assez considérable de pierres tombales du xii^ siècle, ornées, pour la plupart, de figures géométriques.
Quelques-unes se trouvent dans la cour ou cloître qui précède l'entrée de l'église, d'autres à l'intérieur même de l'église, levées de terre et scellées dans les parois de l'édifice. Les pierres tombales portant en relief l'effigie du défunt n'apparaissent que vers la fin de la période romane. Il en existe une, qui date probablement du xii*' siècle, à l'église de Namêche, près de Namur (i).
Fonts baptismaux.
Les cuves baptismales , appelées communément fonts baptismaux, avaient de grandes dimensions pendant toute la période romane , parce qu'on continua d'administrer le baptême par immersion jusqu'au xiii^ siècle.
La plupart des fonts étaient en pierre. On en trouve cependant, en Belgique et en Allemagne, qui sont en bronze ou en cuivre. En France, et surtout en Angleterre, on en voit aussi en plomb.
Les fonts romans présentent des formes très variées. Les uns, ressemblant à une cuvelle, sont circulaires ou ovales (fonts en bronze de Saint-Germain de Tirlemont, au musée delà porte de Hal, à Bruxelles; fonts en bronze de Saint- Barthélemi de Liège, fig. 4 à la page 404 ; fonts de Fenal, dans la province de Namur) ; les autres sont portés sur un
Fig. 1.
Fi"- 2.
Fonts du xiexiie siècle, àGallaix. Fonts du xiie siècle, à Russon (Limb.).
(1) Voyez une gravure de cette pierre dans les Annales de la société archéologique de Namur, IV, p. 32.
fût cylindrique ou sur un pilier carré, tantôt unique (fonts de Lixhe et de Gallaix, fig. 1), tantôt cantonné de quatre colonnettes soutenant les angles du réservoir (fig. 2 et 3). Cette dernière forme a été la plus répandue «n Belgique, et l'on y voit encore de nos jours un grand nombre de fonts de ce genre. La fig. 2 donne ceux de Russon (Lirabourg), et voici ceux de Hour (Namur). On en trouve également à Steenoc-
T\sr. 3.
Fonts du xiie siècle, à Hour (Natnur).
kerzeel, Tessenderloo, Limmel, Eysden, Termonde, Zedelghem, Liclitervelde, Deux-Acren , Pondrome, Achenne, Bastogne, etc. La cuve baptismale, généralement carrée à l'extérieur, plus rarement de forme barlongue ou cylindrique, avait un réservoir circulaire ou ovale. L'extérieur de la cuve est presque toujours orné de sculptures plus ou moins riches, telles que rinceaux, feuillages, arcatures, animaux fantastiques, mascarons; on y voit même quelquefois des
sujets légendaires ou historiques. C'est ainsi, par exemple, que la dernière Cène est représentée sur une des faces des fonts de Termonde.
Les fonts les plus remarquables que nous possédons en Belgique sont, sans contredit, ceux de Saint-Barthélemi à Liège. Ils sont en bronze et datent du xii® siècle : le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse nous apprend que « Lambert Fatras, le batteur de DinaM, les fist en l'an 1112 », à la demande d'Héhn, chanoine de Saint-Laurent et abbé de Notre-Dame. La cuve baptismale, construite sans doute pour rappeler la mer d'airain qu'on voyait au temple de Salomon, était portée autrefois par douze bœufs; il n'en reste plus que dix aujourd'hui. Elle a 1™,03 mètre de diamètre et 0"\ 6.25 mètre de hauteur, de manière que l'on pouvait aisément y administrer le baptême par immersion. Les scènes représentées en relief autour de la cuve sont au nombre de cinq : P la prédication de saint Jean-Baptiste;
Fi^. 4. ■
Fonts de l'rglise de Sdint-Barthélemi, à Liège.
2° le baptême qu'on appelle baptême de j)énitence,?i.àm\m's,iïé par saint Jean ; 3° le baptême de Notre-Seigneur; 4° le baptême du centurion Corneille par saint Pierre; 5*^ le baptême du philosophe Craton par l'apôtre saint Jean. Le couvercle, qui n'existe plus, représentait les apôtres et les prophètes. Voici comment l'évêque Otbert décrit les fonts qui nous occupent :
Fontes fecit opère fusili Hic baptizat Johannes Dominum;
Tusos arte vix comparabili. Hic gentilem Petrus Cornelium ;
Duodecim, qui fi)ntes sustinent Baptizatur Craton pbilosophus ;
Boves, typum gratiae coutinent: Ad Jobaunem confluit populus ;
Materia est de mysterio Hoc quod fontes desuper operit
Quae tractatur in baptisterio. Apostolos, prophetas exerit.
La face reproduite dans notre gravure représente le baptême de Jésus-Christ. Au milieu se trouve le Sauveur, couronné du nimbe crucifère; les eaux lui montent jusqu'à micorps. Le saint Esprit, figuré par une colombe à nimbe simple, plane sur la tête du Sauveur; le Père éternel, sous la figure humaine, portant également le nimbe simple, fait entendre du haut du ciel les paroles : Hic est filivs mers dilectvs in quo michi complacvi. Le ciel est représenté par un demi-cercle entourant la tête du Père éternel. A la droite du Christ se trouve saint Jean Baptiste, à sa gauche on voit deux anges pour le servir : Anrjeli ministrantes.
Pendant toute la période romane, on a représenté le baptême de Notre-Seigneur de cette manière. Sur les fonts de Pont-à-Mousson et même sur ceux de Ilildesheim, qui datent de la dernière moitié du xiir siècle, le nombre et la position des personnages sont identiquement les mêmes. Sur les fonts de Pénal (Namur) on voit également le Christ plongé dans l'eau, la colombe, les anges et saint Jean Baptiste; mais la figure du Père fait défaut. A Bruges, dans la chapelle basse du Saint-Sang, le même sujet a été représenté sur le tympan d'une porte : le Sauveur, ayant a sa gauche le Précurseur, se trouve au milieu des eaux qui lui montent jusque près des épaules; le saint Esprit, sous la forme d'une colombe, plane au-dessus de l'épaule droite du Christ.
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§8. — Grilles.
Les Romains faisaient souvent des grilles coulées en bronze. Jusqu'au XI® siècle, les grilles en bronze furent encore quelquefois employées en Italie et dans la partie sud de l'Allemagne.
Charlemagne même s'en servit au dôme d'Aix-la- Chapelle; mais ces grilles en bronze étaient,comme l'édifice lui-même où elles sont placées, une importation méridionale. Nous donnons cicontre une gravure représentant une partie de ïïnrHiiPWBMiniiriiffi ^es intéressantes clô-
Grille en bronze, à Aix-la-Chapelle. tures.
" L'art du forgeron, dit Viollet-le-Duc, se perfectionna singulièrement pendant les xi'' et xii® siècles. Il faut savoir qu'alors on n'avait pas les moyens de fabrication introduits par l'industrie moderne ; le fer était étendu en plaques ou corroyé en forme de barres, à la main, sans le secours de ces cylindres puissants qui, aujourd'hui, réduisent instantanément un bloc de fer rouge en fil de fer. Obtenir une barre de fer longue, d'une égale épaisseur, bien équarrie et dressée, c'était là une première difficulté, dont nous ne pouvons avoir une idée, puisque tous les fers nous sont livrés, par les usines, réduits en barres de toutes grosseurs et de sections très variées, sans que la main du forgeron ait en rien participé à ce premier travail... On comprendra sans peine que, lorsqu'il fallait réduire à la main un morceau de fer
rougi en une barre, on évitait autant que possible de donner à ces barres une grande longueur. Le forgeron, obligé de retourner le bloc sur l'enclume et de l'amener peu à peu aux dimensions d'une tringle équarrie, ne pouvait dépasser certaines dimensions assez peu étendues, et devait chercher, par des combinaisons d'assemblage, à éviter les pièces très longues, par conséquent très lourdes. Cela seul explique pourquoi les plus anciennes grilles sont composées, autant que possible, de petites pièces de forge. » Dictioimaire de V architecture , VI, p. 55.
Pendant le xi*^ et le xii*' siècle, les grilles se composent toujours de montants verticaux compris dans un châssis et renfermant des ornements formés de brindilles en fer à section carrée ou rectans-ulaire. Ces ornements consistent le le plus souvent dans des enroulements du genre de ceux que nous donnons ici.
Grille à l'abbaye de Cluny (France). Grille de Cravan (France).
^9. — Mobilier ECCLÉsiASTiQrE.
1. Éiuaux et nielles. Avant d'aborder l'étude du mobilier ecclésiastique, il est nécessaire de posséder des notions
exactes sur les émaux et les nielles qui, pendant tout le moyen âge, ont fourni un des plus puissants moyens d'ornementation aux objets d'orfèvrerie.
On donne le nom à' émail à des masses vitreuses diversement colorées par des oxydes métalliques mêlés à leur substance dans de très faibles proportions. L'émail est donc le produit de deux substances différentes : la pâte vitreuse incolore, servant de base à la composition, et l'oxyde métallique qui donne la coloration. L'oxyde de cobalt produit le bleu; le rouge est dû à l'or; le violet, au manganèse, etle vert, au cuivre. Les émaux sont opaques ou transparents; l'opacité s'obtient principalement au moyen de l'oxyde d'étain, qui produit aussi l'émail blanc.
On peut peindre, au moyen de l'émail, sur le métal, sur le verre et sur les poteries. Nous ne nous occupons ici que de la peinture en émail faite sur des métaux.
L'application de l'émail sur un excipient métallique se fait de trois manières différentes; de là trois espèces distinctes d'émaux sur métal : 1° les émaux incrustés; 2°. les émaux translucides ou de basse taille; et 3° les émaux j!?ez^^5. Dans les premiers, le métal, exprimant les contours et les principales lignes du dessin, et quelquefois les figures enentières, reçoit, dans des cavités ou interstices artistement ménagés, les masses vitreuses opaques et diversement colorées. Dans les seconds, le dessin est rendu sur le métal par la gravure ou par une ciselure légèrement en relief; la plaque métallique est ensuite couverte d'une couche très fine d'émail coloré et transparent, à travers laquelle on voit les figures et les ornements. Dans les derniers, l'émail n'est autre chose qu'une couleur vitrifiable et opaque au moyen de laquelle on peint sur un fond métallique; le métal n'a d'autre valeur que celle de la toile ou du panneau de bois dans la peinture à l'huile ; des couleurs vitrifiables sont étendues au pinceau soit directement sur la surface du métal, soit sur une couche d'émail dont il est préalablement enduit, et rendent le dessin et le coloris.
■ Ces trois manières d'émailler correspondent à trois époques
distinctes. Les émaux incrustés ont été en usage dans l'antiquité et surtout pendant le moyen âge jusqu'à la fin du xiii^ siècle; les émaux translucides ont été inventés en Italie et atteignirent leur plus haute perfection au xiv^ siècle; les émaux peints furent introduits vers 1475, et on continua d'en fabriquer jusqu'au commencement du xviii^ siècle.
Il y a deux sortes d'émaux incrustés : 1° les émaux cloisonnés, appelés aussi dans les inventaires du xiv^ au xvi^ siècle émaux de plique ou de plite, et 2° les émaux champleiés, connus autrefois sous le nom d'émaux e7i taille d'épargne.
Les émaux cloisonnés, qui ont été les premiers en usage, sont généralement sur fond d'or. La plaque de métal destinée à servir de réceptacle, préalablement disposée dans la forme qu'on voulait lui donner, était munie d'un petit rebord pour retenir l'émail. L'émailleur prenait ensuite des bandelettes de métal très minces et dont la largeur égalait la hauteur du rebord, les recourbait et les attachait de champ au fond du réceptacle, de manière à leur faire tracer les principales lignes du dessin ; il remplissait ensuite de poudre d'émail de diverses couleurs les interstices formés par le rebord et les petites cloisons, et plaçait la plaque ainsi préparée dans un fourneau chauffé à un degré suffisant pour fondre la matière vitreuse sans altérer la forme du métal. Lorsque la fusion de l'émail était complète, la plaque était retirée du fourneau. Après qu'elle s'était refroidie graduellement, on polissait la surface de l'émail. C'est surtout à Constantinople et en Italie qu'on a fabriqué des émaux cloisonnés; beaucoup de ceux que l'on voit en Occident sont d'origine byzantine. Ils ont été d'un usage général jusqu'au xii^ siècle; ils devinrent rares au xiii^, et très rares au xiv^; ce n'est que par exception qu'on en fabriqua encore au commencement du xv^.
Pour faire des émaux champlevés, l'émailleur prenait une plaque de métal, ordinairement en cuivre rouge, de quelques millimètres d'épaisseur; puis , avec des burins et des échoppes, il fouillait toutes les parties destinées à être émaillées. Dans les creux ainsi champlevés, il plaçait la poudre 1. 27
d'émail. La fusion et le polissage s'opéraient de la même manière que pour les émaux cloisonnés. Dans les émaux champlevés les plus soignés , des filets de métal viennent comme dans les émaux cloisonnés , former à la surface de l'émail les principales lignes du dessin ; mais ces fi.lets, au lieu d'être rapportés par la soudure sur le fond de la plaque, sont pris aux dépens mêmes de cette plaque et font corps avec elle ; en d'autres termes, ils sont épargnés par l'émailleur qui a tailléXQ métal. Après avoir poli la plaque émaillée, on dorait les parties du métal qui affleuraient la surface de l'émail. Les meilleurs émaux champlevés furent fabriqués au xii^ et au xiii^ siècle. Dans ceux du xii^ siècle, les carnations (c'est-à-dire les parties apparentes des chairs, telles que les têtes, les mains et les pieds) sont, comme dans les émaux cloisonnés, en émail de couleur rosée. Dans ceux du xiii® et du XIV*' siècle, au contraire, les carnations et souvent même les figures entières sont gravées ou ciselées, et l'émail ne sert qu'à colorer les fonds et encadrer les figures ; il ne remplit alors qu'un rôle secondaire. Les émailleurs occidentaux du xii® siècle imitèrent plus ou moins servilement les émaux cloisonnés, tandis que ceux du xiii^, abandonnant les traditions anciennes, exprimèrent les carnations et même les figures entières d'abord par des traits entaillés sur le métal et niellés d'émail, et plus tard aussi par des ciselures en ronde bosse. Au XI® et au xif siècle, il existait en Ocddent deux grandes écoles d'émailleurs, dont les productions présentent des caractères propres qu'il est intéressant de connaître. On avait en France l'école limousine, établie à Limoges, et en Allemagne l'école rhénane, dont le centre était à Cologne. Une fabrique de cette dernière école se trouvait aussi dans le diocèse de Liège, probablement à Maestricht. Les émaux liégeois ou maestrichtois ne constituent qu'une variété des émaux rhénans. Voici les principales différences qui existent entre les émaux champlevés limousins et rhénans. Dans les émaux limousins le bleu lapis et le vert tendre dominent, tandis que dans les émaux rhénans le vert nuancé, le gris bleu et le bleu pâle forment les couleurs principales. Les émailleurs rhénans se servent de quelques couleurs qui leur sont pro-
près : le beau bleu turquoise, le blanc très pur, le rouge purpurin très vif et le noir. Les tons sont plus harmonieux en Allemagne, plus criards en France. » Les émaux champlevés rhénans, dit Labarte, ne diffèrent pas essentiellement des émaux de Limoges ; nous allons cependant chercher à déterminer le caractère qui leur est propre, en reconnaissant toutefois que l'examen attentif d'un grand nombre de monuments est la seule manière d'apprendre à les reconnaître. Dans les figures de grande proportion entièrement exprimées en émail, les traits du dessin sont découpés sur le cuivre avec plus de soin que dans les émaux du même genre sortis de l'école de Limoges, et avec l'intention évidente d'imiter autant que possible le cloisonnage des Grecs; aussi les traits épargnés sur le métal sont-ils tranchés très nettement sans bavure ni guillochis. Dans les anciens émaux, les émailleurs rhénans affectionnent les sujets où se trouvent un assez grand nombre de personnages. Sauf les carnations, qui sont rendues sur le plat du cuivre par une fine gravure dont les intailles sont toujours niellées d'émail, le surplus des figures et les accessoires sont exprimés le plus souvent en couleurs d'émail. Au contraire, lorsque les Limousins veulent rendre des scènes un peu plus compliquées, ce qui est fort rare, les sujets sont toujours gravés sur le plat du cuivre ; le fond seul, en ce cas, est émaillé. Des inscriptions gravées en creux et remplies d'émail accompagnent presque toujours le sujet dans les émaux rhénans. Elles sont ordinairement composées de vers latins. Dans l'école de Limoges, les inscriptions sont très rares et se bornent à quelques mots. Chez les émailleurs rhénans, le dessin des fleurons, entrelacs et ornements, épargnés sur le cuivre, est remarquable par le bon goût et la grande variété des motifs ; ils sont, sous ce rapport, bien supérieurs aux limousins. Histoire des arts industriels, III, p. 471 et suiv.
On donne le nom de nielle à l'ornementation obtenue par une gravure fine faite sur métal et remplie d'un émail noirâtre, formé d'argent, de plomb et de soufre. Les nielles sont donc un véritable émail. On s'en servait principalement pour remplir les intailles des gravures au moyen desquelles
les émailleurs du xiif siècle rendaient les carnations et souvent aussi les figures entières. Le trésor des Sœurs-de- Notre-Dame, à Namur, renferme plusieurs objets d'orfèvrerie avec des nielles du plus beau travail. Ces objets ont été fabriqués par le célèbre frère Hugo, moine de l'abbaye d'Oignies, qui vivait au commencement du xiii® siècle.
\iÇ^ filigrane est un ouvrage d'orfèvrerie formé de minces fils métalliques contournés les uns sur les autres, et soudés avec tant d'adresse qu'ils présentent la forme non pas d'une corde mais de petits ^^r^z'^^s de métal juxtaposés et adhérents les uns aux autres. Les artistes du moyen âge se servaient de filigranes pour décorer de rinceaux des plaques métalliques pleines; les orfèvres modernes, surtout ceux de Gènes, produisent par le simple enlacement de filigranes des pièces d'orfèvrerie travaillées à jour d'une très grande beauté.
2. Calices et patènes. On conserva, pendant la période romane, l'usage des calices ordinaires et ministériels. Voyez ci- dessus pp. 216 et sv.
1° Les calices ordinaires du viii^ et du ix® siècle ont
rig. 1.
Tiff. 2.
Calice de Tas?ilo, duc de Bavière, (viiie siècle)
Calice dit de Saint-Remi, à Reims, (xne siècle)
souvent, comme ceux de la période latine, la coupe profonde et étroite, le pied petit et relié à la coupe par un simple nœud sans tige. Tel est le calice de Tassilo, duc de Bavière, qui date de l'année 780 environ (fig. 1). Il est en cuivre doré et décoré d'ornements gravés ; les médaillons de la coupe et du pied sont niellés sur argent ; le tout est d'un travail rude et barbare. Dès le ix^ siècle on rencontre des calices à coupe évasée et peu profonde ; ils sont parfois munis d'anses comme les. calices ministériels. La fresque du ix* siècle dont nous avons donné une gravure p. 375 nous montre saint Clément célébrant les saints Mystères avec un calice anse de cette forme. Les calices du xi^ et du xii^ siècle ont généralement la coupe et le pied très larges, le nœud épais et la tige courte; quelquefois même celle-ci manque totalement. Le calice du xii^ siècle, dit de Saint-Remi et conservé dans le trésor de la cathédrale de Reims (fig. 2), nous offre un des plus riches modèles de ce genre. Il est en or pur, orné d'émaux, de filigranes et de pierres précieuses. Sur le pied on a gravé l'inscription suivante : y qvicvmque . hvnc .
CALICEM . INVADIAVERIT . VEL . AB . HAC . ECCLESIA . REMENSI . ALIQVO . MODO . ALIENAVERIT . ANATHEMA . SIT . FIAT. AMEN.
On trouve, principalement en Allemagne, des calices du XII® siècle qui ont l'extérieur de la coupe entièrement couvert de médaillons, d'émaux, de pierreries et de filigranes; ces ornements ne sont interrompus que sur un petit espace semi-circulaire, nécessaire au prêtre pour appliquer au calice la lèvre inférieure pendant la communion.
Les mystères de la vie et de la passion du Sauveur, et surtout le crucifiement, sont les sujets que les artistes du XII® et du XIII® siècle aiment à reproduire sur les médaillons dont ils décorent la coupe et le pied de leurs calices.
Les inscriptions que l'on rencontre sur quelques calices romans rappellent le nom du donateur, demandent une prière pour son àme, ou renferment un anathème contre celui qui détournerait le calice de sa destination.
Dans les tombes des évêques et des abbés on trouve souvent des CdiX\CQ^ funéraires en plomb ou en tout autre métal
de vil prix ; ils ont la forme des calices ordinaires, mais ne portent régulièrement aucune espèce d'ornement.
2° Les calices ministériels conservèrent pendant la période romane la forme qu'ils avaient précédemment. Leur décoration était la même que celle des calices ordinaires. Les anses dont ils sont munis ont la forme de feuillages, de dragons ou d'animaux fantastiques. Voici un calice ministériel du xii^ siècle appartenant à l'abbaye de Wilten
Calice ministériel du xiie siècle, à l'abbaye de Wilten, dans le Tyrol.
dans le Tyrol. Sur les médaillons de la coupe on a représenté des scènes de la vie du Sauveur, dans ceux du pied les quatre vertus cardinales et des sujets tirés de l'histoire de l'ancien Testament; sur le nœud on voit les personnifications des quatre fleuves du paradis.
Anciennement les fidèles communiaient en buvant du calice même les uns après les autres; plus tard on introduisit l'usage du chalumeau pour la distribution de la sainte Eucharistie sous l'espèce du vin. « Vers le x^ siècle, dit Texier, les fidèles qui vinrent recevoir la communion burent le vin, non plus à même le calice, mais en humant, au moyen d'un chalumeau ou tuyau, le liquide consacré. Ces changements ne semblent avoir eu pour but que d'éviter les profanations,
même involontaires, de la sainte Eucharistie. Ces tuyaux sont appelés différemment par les auteurs ecclésiastiques Jistulae, tuelli et tutelli, cannae, canolae, arundines, pipae, calami, siphones, et même puffillares ; ce dernier nom leur fut donné parce qu'on les tenait à la main. Jusqu'assez avant dans le xip siècle ils restèrent en usa^-e. L enlise de Saint-Denis les maintint par privilège, et le pape, à sa messe solennelle, s'en sert encore. Ces tuyaux étaient en or ou en argent, tout droits, et quelquefois accompagnés d'une poignée ou au moins d'un renflement ou bouton que le moine Théophile décrit; les églises pauvres en avaient en cuivre et en verre.» Dictionnaire d'orfèvrerie, col. 1418. 3° Les patènes étaient ordinairement très simples. Elles
Patèae du trésor de Hildesheim (xiie siècle).
avaient la forme d'un petit plateau présentant au milieu un enfoncement circulaire. Le fond intérieur était libre ou couvert de nielles; le bord, parfois travaillé en relief ou gravé au burin, avait peu de largeur. On trouve cependant aussi des patènes de l'époque romane sur lesquelles les ornements et les ciselures abondent. Telle est celle d'un calice conservé à Hildesheim , dont nous donnons , à la page précédente, la face supérieure et une coupe.