Sept apOtres assis à table et ayant devant eux des
poissons et des pains. Ce sujet se rencontre plusieurs fois, au cimetière de Saint-Calliste, dans une série de chambres sépulcrales dont les peintures font allusion aux sacrements
Sept apôtres devant une fable. — Fresque du cimetière de Saint -CaUiste.
du baptême et de TEucharistie. On le voit aussi dans d'autres catacombes, par exemple, dans celle de Sainte- Agnès.
Il rappelle l'apparition de Notre-Seigneur ressuscité s sept apôtres sur les bords du lac de Tibériade. Saint Jean (XXI, 1-14) raconte comment le Sauveur nourrit miraculeusement ces apôtres en leur servant du pain et des poissons. Les sept personnages sont assis, ou plutôt étendus
sur des lits selon l'usage des anciens, devant une table en en forme d'hémicycle. Sur la table sont posés un ou deux plats avec des poissons ; sept, huit ou douze corbeilles remplies de pain se trouvent à terre devant la table.
Cette scène fait évidemment allusion à la sainte Eucharistie. En effet, comme nous l'avons déjà fait remarquer, le poisson était, pendant les trois premiers siècles , le symbole le plus répandu de Notre-Seigneur Jésus-Christ; le pain rappelait les espèces sacramentelles.
On peut encore rapporter à cette scène la peinture du cimetière de Saint-Calliste où Ton voit une table, en forme
Fresque da cimetière de Saint-Calliste.
de trépied , couverte de trois pains et d'un poisson, placée entre sept corbeilles remplies de pain.
19. Jésus-Christ entouré de ses disciples. Deux traits principaux de la vie du Sauveur, reproduits sur les parois des catacombes, nous montrent Jésus-Christ avec ses disciples : ce sont l'enseignement donné aux apôtres et la célébration de la dernière Cène. — Notre-Seigneur entre les apôtres saint Pierre et saint Paul se rencontre très rarement dans les peintures souterraines ; c'est surtout sur les verres dorés que cette représentation est commune.
20. Notre-Seigneur et ies deux Testaments. Entre les diverses manières de figurer l'ancien et le nouveau Testament, celle qui représente le Sauveur assis entre deux scrinia, cistae ou cofirets remplis de volumina, volumes ou rou-
leaux, est une des principales. Nous donnons ci-contre un
exemple de cette représentation , emprunté au cimetière de Sainte- Agnès. Le geste du Sauveur, presque semblable à celui de la bénédiction à la manière latine, est le geste oratoire en usage chez les anciens. Les volumes ou rouleaux sont au nombre de sept, sans doute dans une intention symbolique.
Les peintures bibliques qui se rencontrent plus rarement dans les catacombes, sont les suivantes : 1° David armé de la fronde ; 2'' TAnnonciation ; 3° Jésus-Christ au milieu des docteurs; 4*" le baptême du Sauveur; 5° l'aveugle guéri; 6° les vierges prudentes; et 7° saint Pierre et le coq (i).
2L Scènes empruntées à Thistoire ecclésiastique. Ces
scènes sont d'une rareté excessive dans les peintures des trois premiers siècles. Aussi, M. deRossi ne craint-il pas d'aflSrmer que la seule peinture de cette espèce, connue jusqu'aujourd'hui, se trouve au cimetière de Saint-Calliste. Elle représente un martyr comparaissant devant le juge.
22. Administration du sacrement de baptême.. Au cimetière de Saint-Calliste on rencontre .plusieurs fois cette représentation. Un homme d'un âge mûr pose la main droite
Notre- Seigneur entre les deux Testaments. Fresque du cimetière de Sainte-Agnès.
(1) On ne connaît jusqu'ici qu'un seul exemple de peinture où les vierges foUes soient représentées avec les vierges prudentes. Saint Pierre avec le coq n'a aussi été trouvé qu'une seule fois dans les fresques. Cette dernière scène se rencontre assez souvent sur les sarcophages.
sur la tête d'un enfant placé dans Teau jusqu'aux genoux. L'administration du sacrement, dans une de ces peintures, a lieu dans le torrent même formé par l'eau jaillissant du rocher battu par Moïse. Cette circonstance n'est pas fortuite,
mais elle a une signification symbolique intimement liée à celle de la scène même où le libérateur du peuple hébreu est représenté frappant le rocher.
En effet, comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 85, la source qui s'échappe du rocher symbolise les eaux vivifiantes du baptême.
L'administration du Baptême.
Fresque du cimetière de Saint- Calliste.
La faible immersion de l'enfant et l'infusion de l'eau sur la tête de celui-ci par le ministre du sacrement prouvent à l'évidence qu'au moins depuis le commencement du m® siècle, le baptême par infusion était en usage dans l'Eglise d'Occident.
23. Images de saints. Les images des saints ne se rencontrent que dans les cryptes historiques ou les chambres sépulcrales fréquentées pendant la période des visites pieuses. On peut poser en règle générale que toutes sont postérieures à la conversion de Constantin. Cette règle n'est pas seulemeift établie par les témoignages historiques, elle l'est aussi par les caractères iconographiques mêmes d'un grand nombre de ces images. Plusieurs sont ornées du nimbe, qui n'a été attribué aux saints qu'à la fin du v« ou au commencement du VI*' siècle ; elles présentent en outre tous les caractères des peintures byzantines des vi®, vn« et viii® siècles.
24. Orphée jouant du luth. Cette scène, empruntée à la mythologie, se rencontre ça et là dans les peintures des catacombes et sur les monuments chrétiens des premiers siècles. Quelquefois Orphée, coiffé du bonnet phrygien et portant Yanaayria (espèce de caleçons brodés qui se prolongent jusqu'aux pieds), est assis entre deux ar* bres , sur lesquels sont perchés un paon et d'autres oiseaux , captivés par les sons harmonieux qu'il tire de son instrument.
Des lions, des ours, des panthères et des serpents , représen- Orphée jouant du luth. tant les animaux
Presque du cimetière de Saint -Calliste. saUVa^es se trou-
vent d'un côté du chantre de la Thrace; de l'autre, on voit des animaux domestiques. D'autres fois, comme dans l'exemple que nous donnons, Orphée se trouve simplement entre deux animaux.
Chez les premiers chrétiens, Orphée adoucissant les bêtes féroces aux sons de la lyre était un symbole du Sauveur domptant les passions des hommes et les attirant par le charme de sa doctrine. Dans le traité intitulé : Cohortatio ad gentea, Clément d'Alexandrie , après avoir raconté la légende d'Orphée et le pouvoir qu'on attribuait à ses chants, fait voir que la parole du Christ a bien plus de force et de vertu. // La puissance de mon chantre (le Christ), dit-il, ne se borne pas à de si vulgaires prodiges; il est venu, comme un libérateur, rompre la dure servitude, briser la tyrannie que le démon faisait peser sur les hommes ; et, nous attirant doucement sous le joug suave et bienfaisant de la religion et de la piété envers Dieu, il rappelle vers le ciel, notre véritablt patrie, nos cœurs inclinés vers la terre. Lui seul, oui, seul
de tous les Orphées, il a su dompter les animaux les plus difficiles à vaincre, c'est-à-dire les hommes. Les oiseaux, qui représentent les hommes légers ; les serpents, qui sont les traîtres; les lions, les rapaces. Les pierres, les rochers, les arbres, ce sont les insensés; mais plus insensible que les rochers est l'homme entravé par Tignorance. Eh bien I toutes ces bêtes si cruelles, ces pierres dures, les chants célestes de notre Sauveur les ont transformées en hommes pleins de mansuétude. Voyez quelle est la puissance des accents du nouvel Orphée, qui des pierres a fait des hommes, et des bêtes féroces a fait des hommes doux et débonnaires. -
25. Personnification des quatre saisons. Les premiers chrétiens reproduisaient de diflférerites manières ces personnifications sur les parois des catacombes et sur les sarcophages. Tantôt ils les représentaient par des personnes occupées aux travaux des champs correspondants aux diSerentes saisons, tantôt par les produits propres à chacune d'elles. Ces produits étaient quelquefois placés dans des cornes d'abondance, des corbeilles ou des plateaux, et portés par des figures humaines ou des génies ailés.
Les saisons symbolisaient aux yeux des chrétiens la résurrection future. //Dieu, dit Tertullien, étale de toutes parts le témoignage et le modèle de la résurrection. Chaque jour la lumière s'éteint et se rallume ; sans cesse les ténèbres lui succèdent et lui font place; les astres expirent et revivent; les saisons finissent et se renouvellent. // ApoL^ ch. 48. La vicissitude des saisons offrait donc l'emblème de l'instabilité de la vie de l'homme; leur retour successif annonçait le retour de la mort à la vie.
Ce sont là les principaux types qui forment la série ou le cycle des peintures à sujets que l'on rencontre dans les catacombes de Rome. Ces types peuvent, comme on le voit, être subdivisés en trois classes principales, selon que leurs sujets sont empruntés à la Bible, à l'histoire ecclésiastique ou à la mythologie. Les premiers (n<» 1-20) pourraient être appelés bibliques y les suivants (n"*» 21-23) ecclésiastiques ^ et les derniers (n"** 24 et 25) mythologiques.
Nous terminons ces réflexions sur les peintures à sujets par deux remarques :
1® Dans les catacombes, qui aux temps de la persécution servaient de lieu de sépulture aux martyrs, la plupart des peintures reproduisent des scènes touchantes et gracieuses; quelques-unes seulement contiennent une allusion aux tourments des martyrs. A cette dernière classe appartiennent entre autres les scènes représentant les Hébreux dans la fournaise et Daniel dans* la fosse aux lions; elles avaient pour but de relever le courage et faire naître la confiance dans la protection divine; car elles rappelaient aux chrétiens d'abord la délivrance miraculeuse de ces jeunes héros, et ensuite, d'une manière indirecte, le dogme de la résurrection.
2** Il résulte de ce que nous venons de dire que le décret du concile d'Elvire, célébré en 305 (i), qui paraît, à la première lecture, prohiber aux chrétiens Tusage des peintures dans les églises, n'est qu'une mesure prise exceptionnellement et provoquée par les circonstances. C'est donc à tort que les protestants et les iconoclastes se sont prévalus de cette défense pour proscrire le culte des images. L'unique motif qui fit porter ce décret fut le désir de soustraire les peintures sacrées au danger de la profanation au moment où l'Eglise se trouvait sous la menace de la persécution de Dioclétien.
c) Symboles.
Aux premiers siècles de l'Eglise , les principaux dogmes de la foi chrétienne étaient tenus cachés à tous ceux qui n'avaient pas reçu le baptême. Cette coutume ou cette règle, qui défendait de manifester la doctrine de l'Eglise à ceux qui n'étaient point initiés, s'appelait la discipline du secret , disciplina arcani. Elle avait principalement pour objet les mystères les plus augustes du christianisme, tels que les dogmes delà très sainte Trinité et de Tlncamation. Les sacrements aussi tombaient, sans exception, sous la loi du secret. Voici
(1) Voici le texte du décret : Placnit pieturas in eccleèia esse non debere, ne çwd colihnr et adoratvr inpafieiibus depingatwr, Codc. lllib., can. 57.
un passage remarquable de saint Cyrille de Jérusalem relatif à la discipline du secret : >» Jamais, dit -il, il ne fut parlé à un gentil quelconque du mystère caché du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nous n'en parlons pas môme ouvertement devant les catéchumènes; mais nous en parlons souvent d'une manière occulte , de telle sorte que les fidèles, qui savent la chose, comprennent, et que ceux qui Tignorent ne soient point scandalisés d'une révélation prématurée. « Catech, VI (i). Ceux qui sont plus ou moins familiarisés avec la lecture des saints Pères connaissent les formules : Norunt fidèles , les initiés et les fidèles savent, je m adresse aux fidèles, qu'on employait en parlant des dogmes devant une assemblée composée de baptisés et de catéchumènes. C'est dans cette loi de l'Eglise primitive que nous trouvons l'origine des signes symboliques dont nous allons parler. Les premiers chrétiens se servaient des symboles, d'abord pour soustraire à la dérision des gentils les plus augustes vérités de la religion , ensuite comme tessères, ou signes de ralliement auxquels ils se reconnaissaient entre eux.
Les plus anciens de ces symboles, les plus respectables et les plus faciles à interpréter avec une entière certitude, sont
ceux que Clément d'Alexandrie mentionnait déjà au ii' siècle et qu'il recommandait aux fidèles de son temps comme types des anneaux à cachets : la colombe, le poisson, la barque, la lyre et l'ancre. La pierre gravée Pierre gravée du ii^ siècle. ci-contre qui remonte au
(1) Saint Cyrille de Jérusalem a écrit plusieurs instructions qui ont reçu le nom de catéchèses. Elles sont divisées en deux sections : les unes, destinées aux catéchumènes, gardent le silence sur les principaux dogmes de la religion et surtout sur le saint Sacrement de TEucharistie ; les autres, faites pour les fidèles baptisés, exposent ouvertement les mystères. En parlant des catéchèses des fidèles, saint Cyrille s'exprime dans les termes suivants : • Lorsque la catécbèss est récitée, si un catéchumène vient vous demander : Que disaient les docteur»? ne dites rien à cet homme du dehors. • Préface des caiéchèice.
II* siècle, donne plusieurs des symboles les plus anciens ; rancre entre deux poissons, le poisson isolé, le mot ixerc inscrit dans le champ, la croix en tau surmontée d'une colombe portant un rameau d'olivier, un agneau, une barque avec un mât en forme de tau, et enfin le bon Pasteur.
Nous examinerons ceux d'entre les symboles qui présentent le plus d'intérêt.
Y le poisson. Pendant, les trois premiers siècles de l'Eglise, le poisson était un des symboles les plus répandus parmi les chrétiens pour signifier le Sauveur. Il était employé de deux manières, d'abord comme nom, ensuite comme figure. Le mot grec ixerc, iclitua, qui signifie ;?omo;«, fournit les initiales des mots i>3îroyç Xpt<rroç0£ou Tto? c^>T>;p, c'està-dire Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, Comme on le voit, ce mot se prêtait admirablement pour exprimer le nom de Jésus-Christ, ses deux natures et sa qualité de Sauveur. Le poisson représenté sur les monuments peints ou sculptés avait la même signification ; il était un signe hiéroglyphique rappelant aux chrétiens le mot ixerc et toutes les vérités quHl symbolisait. Dans la suite, les saints Pères ont rattaché beaucoup de souvenirs à ce signe mystérieux. En effet, le poisson rappelait les faits évangéliques les plus popujaires : les apôtres étaient des pêcheurs ; Jésus-Christ avait multiplié les pains et les poissons et procuré aux disciples une pêche miraculeuse. Ensuite, comme le poisson naît dans l'eau et ne peut vivre hors de l'eau, de même le chrétien puise la véritable vie dans les eaux du baptême. Les fidèles voyaient donc eu quelque sorte leur propre image dans le symbole du poisson ; aussi se donnaient-ils le nom de pisciculi, petits poissons.
L'acrostiche ixerc et le poisson symbolique se rencontrent dans les peintures et les épitaphes des catacombes ; mais c'est surtout sur les pierres gravées et les objets portatifs à l'usage de la piété des premiers chrétiens, qu'ils étaient fréquents.
Sur les parois d'une des chambres sépulcrales du cimetière de Satnt-Calliste on voit retracée jusqu'à deux fois l'image d'un poisson nageant dans l'eau et portant sur le 1. '8
dos une corbeille couverte de pains à sa partie supérieure, dans laquelle on remarque à l'intérieur, à travers un treillis,
un objet rouge ressemblant à un petit vase de verre rempli de vin.
L'ouverture du treillis est marquée dans notre gravure par une teinte Freàque de Saint- Calliste. plus foncée. « Lorsque j 'aperçus pour la première fois cette peinture, dit le chevalier de Rossi, je me rappelai immédiatement les paroles de saint Jérôme : Nihil illo ditius qui corpus Domini in canistro vimineo, et mngtiinem portât in vitro, c'est-à-dire : llny a pas de plus * riche que celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d'osief, et son sang dans un vase de verre. Cette représentation est un des plus beaux symboles de la sainte Eucharistie. En effet, dans d'autresjpeintures, que tous cependant regardent comme renfermant une allusion évidente à la sainte Eucharistie, on trouve des pains isolés, ou des pains et des poissons frits; dans cette peinture, au contraire, le poisson est représenté vivant, et nous fait penser aux paroles de saint Paulin, nommant le Sauveur le pain véritable et le poisson de Veau vive; panis ipse veru's et aquae vivae piscis. Il
2. L'aoCPe et la croix. La croix ne paraît dans les monuments chrétiens des quatre premiers siècles que sous une forme dissimulée. L'ancre, qui était en même temps un symbole de l'espérance, servait, dès le premier siècle, à rappeler aux fidèles le signe de la rédemption. TertuUien atteste que le tau des Grecs et le T des Latins étaient aussi , quoique rarement, employés comme symboles de- la croix. Voyez les gravures des pages 40 et 108. Une autre forme dissimulée de la croix en usage au troisième siècle, non-seulement en Italie mais aussi en Grèce et en Asie, est la suivante : Aj .
3. L'agneau ^ été employé dès les premiers siècles pour représenter Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dans les plus anciennes peintures, il est quelquefois accompagné du vase à lait, qu'il porte soit sur le dos, soit suspendu au bâton
pastoral, comme dans l'exemple ci-dessous. Cette représentation, évidemment destinée k rappeler la sainte Eucharistie, ofire une grande analogie avec celle où le poisson porte sur le dos une corbeille de pain (p. 110).
Dans la partie la plus ancienne du cimetière de Saint-Calliste on trouve le vase à lait posé sur un tertre entre deux agneaux. Ces agneaux, comme ceux que Ton voit dans la scène du bon Pasteur, symbolisent probablement les apôtres ou les chrétiens en général.
A partir du iv® siècle les agneaux ont été souvent employés comme
Fresque du cimetière symboles des apÔtrcS.
de Domitille .
4. Les crantes. Les premiers chrétiens avaient coutume de prier debout, les mains étendues et élevées vers le ciel. La plupart des monuments chrétiens primitifs offrent des fidèles des deux sexes, et surtout des femmes, représentés dans cette attitude. Ces figures, qui ont reçu le nom à' orantes (du mot latin or are, prier), se distinguent par l'élégance et la richesse de leurs vêtements; elles portent souvent des dalmatiques à larges manches et garnies de bandes de pourpre, clavi (voyez la gravure de k page 78, n** 4). Quelquefois mêrae elles sont parées de colliers, de bracelets et d'autres bijoux. Nous donnons à la page 112 une figure d'orante que Ton voit au cimetière de Saint-Calliste; elle ne porte pas les clavi. Cette peinture, qui semble remonter à la fin du I" ou au commencement du !!• siècle, se rapproche, par les caractères qu'elle présente, des bonnes fresques de l'antiquité.
L'orante est le symbole de l'âme chrétienne, devenue l'épouse de Jésus-Christ. Les deux arbres qui, dans quelques monuments, se trouvent à ses côtés, désignent le paradis ou la félicité éternelle. Quelquefois aussi l'orante symbolise
Figure d'orante de la fin du premier ou du commencement du ne siècle, au cimetière de Saint-Calliste.
TEglise. Enfin plusieurs savants, comme nous l'avons déjà faitremarquer à la page 97, voient dans lesorantes la représentation de la Mère de Dieu, surtout lorsque la figure de Forante se trouve en rapport avec celle du bon Pasteur.
5. La colombe se rencontre très fréquemment sur les monuments chrétiens primitifs de tout genre, et surtout dans les épitaphes des six premiers siècles de notre ère. Dans les catacombes elle symbolise ordinairement Tâme pure et innocente des fidèles défunts dont la dépouille mortelle repose en ces lieux. Le rameau d'olivier qu'elle porte est le symbole de la paix dont jouit Tâme fidèle, et équivaut à la formule in pace, si souvent employée dans les épitaphes. La colombe avec la branche d'olivier n'est donc qu'une espèce de signe hiéroglyphique, équivalant à l'acclamation si fréquente sur les marbres chrétiens : Spiritus in PAGE ou Spiritus tu us in page. Voyez les gravures des pages 40, 77, 78 et 108. Quelquefois aussi la colombe symbolisait le Saint-Esprit.
6. Le paon était le symbole de la résurrection parce que, de même que cet oiseau en muant se revêt de plumes éclatantes au printemps, notre âmé à la résurrection se revêtira d'un corps glorieux. — Peut-être cet oiseau était-il aussi un symbole de rimmortalité; les anciens croyaient, en efiet, que la chair du paon était incorruptible. Voyez la gravure de la page 77.
7. Le phénix. Dans sa première épître aux Corinthiens, ch. 25, saint Clément de Rome nous enseigne que le phénix est le symbole de la résurrection, et explique la signification mystique de cet oiseau fabuleux. Le phénix porte quelquefois le nimbe radié, d'autres fois il est sans nimbe. Dans ce dernier cas on le reconnaît à la palme qu'il tient dans son bec. Ce symbole se rencontre aussi dans les épitaphes des catacombes.
Phare.
8. Le navire et le phare. Les premiers chrétiens comparaient souvent la vie humaine à une périlleuse navigation qui doit nous mener au port du salut étemeK Le navire
symbolisait cette pensée et rappelait aux fidèles les dangers auxquels l'homme est exposé sur la mer dumonde. Le port est parfois indiqué par un phare. Très souvent aussi le navire était le symbole de l'Eglise du Christ, ballotée par les tempêtes. Les mâts du navire, par l'antenne qui y était attachée transversalement, fournissaient des représentations dissimulées de la croix. Quelquefois même on arborait, sans dissimulation aucune, une croix sur la poupe du navire figurant l'Eglise. Le navire de la scène de Jonas jeté à la mer, reproduit ci-dessus page 88, porte une croix qui n'est cachée par aucun accessoire.
L'usage d'employer le navire comme symbole, très fréquent dans les épitaphes jusqu'au milieu du iii*^ siècle, se perd insensiblement à partit de cette époque.
9. La palme. Chez les anciens comme chez les modernes, la palme a toujours été regardée comme le symbole du triomphe; aussi les premiers chrétiens l'ont-ils souvent
placée sur leurs tombeaux pour rappeler la victoire du défunt sur les ennemis de la foi.
Dans les catacombes la palme se rencontre sur les tombeaux de tous les fidèles Palmes, au cimetière de Saint-Calliste. indistinctement. Quelques
savants cependant, surtout
au XVII® siècle, ont vu dans ce signe un emblème du martyre.
Mais il est prouvé maintenant que la palme seule ne fournil
pas un indice certain du martyre.
10. Le vase de sang. Parmi les signes certains du martyre le principal est sans contredit le vase de verre ou d'argile ayant servi -à recueillir le sang du martyr et placé à rintérieur du tombeau ou scellé à Textérieur dans la paroi voisine. Ces vases ont différentes formes. En voici deux exemples :
Fioles ayant servi à conserver le sang des martyrs.
Les premiers chrétiens recueillaient soigneusement le sang des martyrs soit avec des linges, soit avec des éponges, qu'on exprimait ensuite dans des vases 'destinés à être conservés dans l'endroit même où le' corps était enseveli. Quelquefois les éponges et les linges imprégnés de sang ont été, après plusieurs siècles , retrouvés intacts dans les vases fixés aux tombeaux.
La présence de la fiole de sang est une preuve certaine qne le chrétien, enseveli dans le tombeau auquel elle est fixée, a subi le martyre. C'est sur cette preuve qu'on se fonde dans la reconnaissance des corps des martyrs extraits des catacombes.
Par un décret du 10 avril 1668, la sacrée Congrégation des Indulgences et des Reliques déclara que la palme et la fiole teinte de sang sont des indices certains du martyre. La palme seule, comme nous l'avons dit , n'est pas un indice suffisant. Mais en est-il de même de la fiole? — Les savants ne sont pas d'accord sur la réponse à donner à cette question. Quelques-uns évoquent presque entièrement
— lieen doute la valeur de ce signe; d'autres, comme Mabillon, pensent que, dans le cas où il est bien constaté que les vases ont servi à renfermer, non pas des essences, de l'eau bénite ou autres choses semblables , mais du véritable sang, ils fournissent une preuve certaine du martyre; enfin, il en est qui disent que la présence du vase indique toujours la sépulture d'un martyr. Benoît XIV affirme « que de // son temps ceux qui présidaient aux fouilles des cimetières " se basaient , dans U récognition des corps des martyrs, " non sur la présence de la palme, mais uniquement sur celle // du vase teint de sang. « Après Benoît XIV 1^ même pratique a été constamment observée par les personnes chaînées successivement par le Saint-Siège de présider aux exhumations des corps dans les catacombes.
La publication d'un traité intitulé : De phialis rubricalis (i) donna occasion, en 1855, à une controverse assez animée sur la valeur des ampoules scellées dans les parois des tombeaux chrétiens des catacombes. Vivement ému par ces discussions, Sa Sainteté Pie IX chargea une commission spéciale de lexamen de cette controverse, qui est d'une si haute importance pour la reconnaissance des reliques des martyrs. Sur l'avis de cette commission, composée d'hommes versés dans les antiquités chrétiennes, la sacrée Congrégation des Rites publia, le 10 décembre 1863 , un décret approuvé par le Souverain Pontife, où elle déclare que les fioles de verre ou les vases en terre y teints de sang^ que Fan trouve dans les nic/ies sépulcrales des catacombes, doi* vent être regardées comme un signe de martyre,