Instruments et emblèmes de profession. Sur les épi
taphes des païens on voit souvent figurer comme symboles les instruments de la profession du défunt. Les chrétiens des premiers siècles adoptèrent également cet usage. Ainsi, par exemple, un marteau, un ciseau et un coin indiquent la
(1) Cet opuscule, sorti de la plume d'un savaut bollandiste, a été iiupriméà Brus^elles en 1855. L'auteur ne nie pas que le vase de sang soit un indice certain du martyre, mais il s'attache à prouver qu'on trouve daus ks catacombes un grand nombre de vases ayant servi à d'autres usages, et qu'il est difficile de ne pas les confondre avec les fioles ensanglantées.
sépulture d'un sculpteur; une pioche ou une lampe, celle d'un fossoyeur; des tablettes de cire, un style et un faisceau de roseaux (fig. 1), celle d'im écrivain public; une trousse, celle d'un chirurgien. Quelquefois aussi le personnage luimême est représenté dans Texercice de sa profession, comme dans l'exemple suivant (fig. 2), emprunté à une épitaphe du Fig. 1. Fig. 2.
Emblèmes de profession.
cimetière de Saint-Calliste, où Ton voit un forgeron chauffant le fer qu'il va battre sur rcnclume.
Oh rencontre fréquemment dans les catacombes des peintures représentant des fossoyeurs (i). Tout le monde connaît la fresque de Diogéne le fossoyeur, qui a été reproduite dans
un grand nombre d'ouvrages traitant des catacombes,entre autres dans Fâfbiola , roman historique du ' cardinal Wiseman.Nousdonnons ci -contre
Fossoyeur au cimetière de Saint-Calliste. ^^ exemple de
fossoyeur qu'on voit au cimetière de Saint-Calliste.
12. Les monstres marins et les dauphins n'étaient pas rares dans la peinture décorative des anciens ; on les ren-
(1) Voyez ce que nous avons dit des fossoyeurs ci-dessus, p. 53, note.
— liscontre également dans lefe plus anciennes fresques chrétiennes. /'Jusqu'aujourd'hui, dit le chevalier de Rossi,'je n'ai trouvé les mdnstres marins isolés et n'ayant aucun rapport avec l'histoire de Jonas que dans les peintures des plus anciens cubicula, inédites jusqu'aujourd'hui. Ces hippocampes et ces taureaux marins, servant à l'ornementation, furent souvent employés dans les fresques païennes des meilleurs temps de l'Empire... Les peintres chrétiens continuèrent, dès Je principe, de s'en servir comme d'un motif de décoration; mais, lorsque plus tard ils eurent commencé à les reproduire dans les scènes de Jonas, ils ne les répétèrent plus dans les parties ornementales.// Roina sott,, II, p. 247. " On me demandera, dit encore le même auteur, si l'on ne doit pas voir une intention symbolique dans l'emploi de ces peintures décoratives. Je réponds que j'ai toujours été très éloigné d'exagérer la pensée symbolique, et de vouloir en chercher et trouver les traces dans toutes les figures accessoires. Mais il est également vrai qu'il est difficile de croire que le souvenir des symboles n'ait eu aucune part dans le choix de certains motifs de décoration. // Ibid., II, p. 358. Après les paroles que
nous venons de citer, le chevalier de Rossi ajoute qu'on peut voir dans la reproduction des monstres marins une allusion plus ou moins cachée au poisson symbolique.
On trouve au cimetière de Saint-Calliste une peinture représentant un dauphin enlacé autour d'un trident. C'est pro*
Dauphin enlacé autour d'un trident, b^^'^"^^."' ^"^^'"^ ^^ ^"® ^f^ ^^^-
mes dissimulées de la croix.
13. Le monogramme du Christ. Ce signe mystérieux, qui servait à rappeler aux chrétiens leur Sauveur et leur Maître, consiste dans la combinaison du X et du P, les deux premières lettres du mot grec XPICT0(4. Les diverses formes de ce chrisme peuvent se réduire à deux principales. Dans l'une.
les deux lettres grecques sont liées de la manière suivante ^; dans l'autre, la lettre X prend la forme d'une cfoix f, et la boucle ou courbe du P s'attache à la ligne perpendiculaire supérieure dé cette croix : i^ . Les deux formes ont été employées en Occident ; la dernière, qu'on appelle monogramme cruciforme ou bien aussi croix monogrammatique, parait avoir prévalu en Orient. Jusqu'ici le «^ seul a été découvert sur les monuments égyptiens ; c'est aussi là le seul monogramme qui se voie dans les bibles écrites à Alexandrie aux premiers siècles de notre ère.
Le monogramme du Christ est souvent flanqué des deux lettres a et û, qui contiennent une allusion incontestable aux passages de l'Apocalypse où Dieu s'appelle l'Alpha et l'Oméga, le principe et la fin (Apoc. I, 8; XXI, G et XXII, 13). Ces lettres sont jointes indifféremment à l'un et à l'autre monogramme (fig. 1 et 2); dans celui de la seconde forme, elles paraissent suspendues aux bras de la traverse horizontale. Dans quelques monogrammes le X admet une traverse horizontale (fig. 3). D'autres fois la boucle du P est tournée du côté opposé ; voyez la gravure de la page 98.
Dans les Gaules le monogramme est souvent entouré d'une couronne (fig. 4) ou de palmes (fig. 5) pour marquer la victoire remportée par Jésus-Christ sur ses ennemis. ,Une signification analogue s'attache au monogramme cruciforme, quand il se trouve fixé au milieu de la lettre N (fig. 6.); ce qu'on ne saurait interpréter que par Xpictoc NIKA, c'est-à-dire : Le Christ est vainqueur.
Voici les principales formes du monogramme :
Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3. Fig. 4. Fig. 5. Fig. 6.
Monogrammes du nom du Christ.
A quelle époque le monogramme commença-t-il à être en usage? — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la réponse adonner à cette question. Presque tous cçux qui ont écrit
sur le monogramme avant le chevalier de Rossi eu font remonter l'origine à Tépoque môme où les fidèles d'Antioche prirent pour la première fois le nom de chrétiens ; c'est même pour cette raison, disent-ils, que ce signe est fornoé de lettres grecques et non de lettres latines. — Les recherches sur les antiquités et surtout l'étude des inscriptions de Rome chrétienne souterraine ont conduit le chevalier de Rossi à réjeter cette opinion comme dénuée de fondement, et à considérer comme problématique l'existence du monogramme en tant que symbole, avant le règne de Constantin. // Quoiqu'en disent plusieurs auteurs, même très savants, écrivait-il en 1855 [Spicileffivm Solesmeme y III, p. 552), je dois avouer que, jusqu'aujourd'hui, je n'ai encore rencontré aucun monument chrétien plus ou moins authentique, prouvant d'une manière certaine que le monogramme ait été sculpté ou peint avant la conversion de Constantin, w Depuis que M. de Rossi a écrit ces paroles (en 1855), il n'a cessé de rechercher avec le plus grand soin les monogrammes antérieurs à Constantin ; mais il n'est pas encore parvenu à en découvrir un seul dont l'authenticité soit incontestable. Dans le second volume de sa Roma sotterranea^ publié en 1868, il fait d'abord observer très judicieusement qu'il ne faut pas confondre le monogramme avec le sigle ^. Ce dernier, formé par la combinaison des lettres I et X, signifiait iiî<rov;Xpti7To;, /é«M5-C//m/, et était certainement en usage au m'* siècle. Ensuite , il distingue entre le monogramme employé comme abréviation du mot Xpirro;,et le même monogramme employé comme symbole (i) ; et admet que le monogramme, comme abrégé du nom, se rencontre dans les épitaphes du jii® siècle; mais il n'oserait en dire autant du monogramme employé comme symbole. // Ces faits, drt-il après avoir énuméré les exemples du monogramme trouvés au cimetière de Saint-Calliste, pourraient suffire pour prou-
(1) Le monogramme est employé comme abréviation dans des phrases semblables à celle-ci : In Domino et ^ vivat , et Pax Domini et ij^t c'est-à-dire .* In Domino et Chriêto vivas, et Pax Domini et CAristi, Il est employé comme symbole lorsqu'il se trouve isolé, comme daus le dessin de la page 9S.
ver que le inonograrame,peîidantloTigtemp8 très rare et à peine sculpté sur Tune ou l'autre pierre plutôt comme abréviation que comme symbole, devint plus tard (c'est-à-dire au iv* siècle) commun sur les monuments d'art chrétien de toute espèce. « Roma sotterranea, II, p. 322. Il ajoute enfin qu'avant de donner une solution définitive à la question, il faut attendre que les autres cimetières chrétiens de la Ville Eternelle aient été explorés.
A partir de la conversion de Constantin, l'usage du monogramme se répandit rapidement dans toute la chrétienté , parce que l'empereur, en mémoire de la vision céleste dont il fut favorisé avant la défaite de Maxence son compétiteur, avait fait confectionner le labarum^ au haut duquel était placé le monogramme. Voici la description qu'Eusèbe nous a laissée de ce signe militaire : « C'était une haste allongée, dit-il, revêtue d'or, et munie d'une antenne transversale à l'instar de la croix. Au-dessus, à la sommité de cette même haste , était fixée une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne était le signe du nom salutaire (de Jésus- Christ) : à savoir «n monogramme désignant ce nom sacré par les deux premières lettres groupées, le P au milieu du X.... Or, à l'antenne du labarum, qui est obliquement traversée par la haste , était suspendu un voile ou tissu de pourpre enrichi de pierres précieuses, artistement combinées entre elles et dont l'éclat éblouissant était rehaussé par des broderies d'or d'une beauté indescriptible. Ce voile, fixé à l'antenne et aussi large que long, portait à sa partie supérieure le buste de l'empereur et celui de ses enfants, « Vie de Constantin, liv. I, ch. 31.