I. — DÉFINITION ET DESCRIPTION DES CATACOMBES
Les catacombes de Rome sont des souterrains creusés par les chrétiens ces premiers siècles pour y ensevelir leurs morts, pour y exercer les cérémonies du culte et pour y trouver une retraite dans les temps de persécution.
On n'est pas d'accord sur l'étymologie du mot catacombe. Les uns le font dériver des mots varà, sous, et -/vj/Co?, excavation; d'autres de TÛyXor,
tombeau^ ou de ■vju.ftn^ vide d'une barque. Nous pensons qu'il a pour racine la préposition grecque -/.arà, sous, et le verbe latin cumbo, qui, dans ses composés accumbo, decumbo, signifie être couché.
La dénomination de catacombes, pour désigner l'ensemble des cimetières pratiqués sous le sol de la campagne romaine, n'était pas en usage pendant les premiers siècles. On appelait alors ad catacumbas la partie du cimetière souterrain de Saint-Calliste , près de l'église de Saint-Sébastien, à Rome, où, selon une pieuse tradition, les Romains avaient déposé momentanément les corps des apôtres saints Pierre et Paul, dans le but de les soustraire aux recherches des chrétiens d'Orient qui étaient venus à Rome pour les enlever. C'est seulement au moyen âge que le nom de catacombes fut donné à tous les cimetières souterrains de Rome indistinctement, et même à ceux qui ont été trouvés dans d'autres contrées.
Les catacombes, d'après la définition que nous en avons donnée, avaient trois destinations :
1° La première et la principale était de servir de cimetières aux chrétiens. C'est pour cette raison qu'elles forment avant tout un vaste réseau de galeries destinées, non pas à servir de passage ou de communication d'un lieu à un autre, mais à recevoir, dans leurs parois, des tombeaux disposés les uns au-dessus des autres, par rangs plus ou moins multipliés, depuis trois jusqu'à douze, selon le plus ou moins d'élévation de la galerie, et le plus ou moins de solidité de la roche. Les corps étaient placés dans des niches oblongues, appelées loculi et fermées par des tablettes de marbre (fig. 5i), ou par des briques, ordinairement au nombre de trois (fig. 52), cimentées exactement avec de la chaux, afin que l'odeur des corps en putréfaction ne pût s'en échapper. Les figures suivantes donneront une idée exacte de la manière dont les tombeaux étaient scellés.
Lo;ulus fermé par une plaque de marbre avec symboles et inscription, au cimetière de Saint-Calliste.
Fig. 52.
Loculus fermé par trois briques et une plaque de marbre avec inscription, au cimetière de Saint-Calliste.
La plupart des lociili ne renfermaient qu'un seul corps. Il y en avait cependant aussi qui en contenaient deux, trois et quatre, nommés pour cette raison bisomus, trisomus et quadrisomus (des mots latins bis^ ter, quater, et du mot grec (j^Z^a, corps). Quadrisomus est le terme collectif le plus étendu que fournissent les inscriptions appliquées aux tombeaux, pour caractériser un tombeau à plusieurs cadavres. On a cependant découvert, dans un même loculus, huit et même quinze corps, en certains lieux où la nature de la roche offrait assez de consistance pour permettre, sans danger d'éboulement, l'excavation d'une gaine si profonde. Le mot polyandre (du grec ttoaOç, beaucoup, et avv;p, au génitif avc^pô:, homme) a été adopté pour désigner une sépulture collective dépassant le nombre de quatre.
Ce qui nous frappe le plus, lorsque nous examinons attentivement le plan des catacombes, c'est la régularité que présentent les galeries. Quelques-unes Courent en ligne droite sur une longueur assez considérable et sont coupées, à des distances irrégulières, par d'autres allées qui le sont à leur tour par de nouveaux embranchements. Elles sont si étroites que d'ordinaire deux personnes ne pourraient y marcher de front. C'est un véritable labyrinthe, où il serait téméraire et dangereux de se risquer sans guide. Voyez ci-dessous (fig. 60, p. 49) le plan d'une partie du cimetière de Saint-Calliste.
A ces galeries viennent aboutir, en plusieurs endroits, des chambres sépulcrales que l'on appelle cubicula. Ce sont des espèces de caveaux funéraires, au fond desquels se trouve assez souvent, sous une arcade cintrée nommée arcosolium (1), un tombeau renfermant les restes mortels de quelque illustre martyr. Ces tombes arquées étaient construites aux frais de toute la communauté chrétienne, et servaient d'autel lorsqu'au jour anniversaire du martyre les chrétiens venaient près de cette tombe tenir leurs assemblées
(1) Voyez, p. 40, des arcosoUa sur la coupe de la basilique du cimetière d'Ostrien.
appelées Stations {i). On rencontre aussi un assez grand nombre à'arcosolia dans les galeries elles-mêmes comme tombeaux de simples fidèles et élevés aux frais des personnes survivantes de la famille, Varcosolium fait défaut dans les parties les plus anciennes de quelques cimetières souterrains, ou, s'il y paraît, il y a été introduit à une époque beaucoup plus récente. C'est ainsi, par exemple, qu'on remarque l'absence complète de Varcosolium dans les galeries et les cubicula qui constituent le premier noyau du cimetière de Saint-Galliste (fig. 53). Quelques tombeaux, au lieu d'être surmontés par un arcosolium, le sont par une niche quadrangulaire (2).
La forme des cubicula est très variée ; il en est de circulaires, de semicirculaires, d'octogones, d'hexagones, de pentagones ; cependant la plupart
Cubiculum ou chambre sépulcrale du iii*^ siècle, au cimetière de Saint-Calliste.
(1) On appelle station la célébration des saints mystères qui avait lieu autrefois sur les tombeaux des martyrs dans les catacombes. Ce nom doit probablement son origine à l'usage qu'avaient les fidèles de se rendre processionnellement dans ces lieux vénérés et de s'y arrêter^ stare, pour offrir le sacrifice de la messe. Quelques auteurs pensent que ces assemblées ont reçu le nom de stations, parce qu'elles se tenaient chaque année à un jour fixe, stato die.
(2) Voyez DE Rossi, T^om^î sotterranea, II, tavole LI-LII,
sont carrés. La tig. 53 donne la vue perspective d'un cubiculum carré, sans arcosolium et décoré de peintures. c
Certaines chambres sépulcrales contiennent jusqu'à soixante-dix niches, rangées en dix étages. Les premiers chrétiens tenaient beaucoup à ce que leur sépulture fût placée le plus près possible de celle des saints. C'est ce qu'ils appelaient être enseveli ad martyres, ad, ante, supra ou r<?/ro sanctos. La pieuse dévotion de reposer dans le voisinage du tombeau d'un martyr était telle que, quand la chambre sépulcrale n'était pas assez spacieuse pour recevoir tous les membres d'une seule famille, on creusait des niches dans les galeries, et l'on y plaçait une inscription pour dire que ces tombes appartenaient à la sépulture collective du cubiculum contigu. D'autres fois, quand toutes les parois étaient garnies de tombeaux, on ne se faisait aucun scrupule d'entamer, pour se creuser de nouvelles niches, les décorations dont les chambres étaient ornées. C'est là une des causes qui nous ont fait perdre un grand nombre de fresques des plus remarquables appartenant pour le moins au IF et au III^ siècle.
Saint Damase, qui gouverna l'Église de 366 à 384, fait allusion à cet usage dans les deux derniers vers de la célèbre inscription qu'il composa pour la chambre sépulcrale du cimetière de Saint-Calliste renfermant les restes mortels d'un grand nombre de ses prédécesseurs. Voici comment il s'exprime :
HIC CONGESTA lACET QVAERIS SI TVRBA PIORVM
CORPORA SANCTORVM RETIXENT VENERANDA SEPVLCRA
SVBLIMES ANIMAS RAPVIT SIBI REGIA CAELI