‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 15 sur 69 · HIC FATEOR DAMASVS VOLVI MEA CONDERE MEMBRA · texte numérisé non relu

HIC FATEOR DAMASVS VOLVI MEA CONDERE MEMBRA

SED CINERES TIMVI SANCTOS VEXARE PIORVM.

Quelquefois aussi on fit des enterrements sous le pavement des cubicula.

2^ La seconde destination que les chrétiens donnaient aux catacombes était de servir de lieu de réunion pour y célébrer les cérémonies du culte toutes les fois que, par les édits des empereurs, ils étaient empêchés de le faire au dehors.

Les catacombes ne furent creusées primitivement que pour servir à l'inhumation des chrétiens. Les persécutions cruelles et sanglantes que l'Église eut à souffrir pendant les trois premiers siècles furent cause qu'elles devinrent

bientôt aussi les lieux où les fidèles se réunissaient pour la célébration des saints mystères. C'est pour tenir leurs assemblées religieuses que les premiers chrétiens ont construit, dans leurs cimetières souterrains, des oratoires, composés le plus souvent de deux ou trois cubicula contigus, et que l'on désigne sous le nom d'églises ou de basiliques des catacombes.

(( Ces églises, dit Martigny, sont d'une grande simplicité; quelquefois elles sont revêtues de stuc, décorées de peintures, de colonnes, de pilastres et d'autres ornements sculptés dans la roche elle-même. Dans les parois latérales sont disposés parallèlement des tombeaux sur quatre ou cinq rangs, et même plus, suivant l'élévation de la crypte. Uarcosoliiini, qui servait ordinairement d'autel, se présente au fond de l'abside, à moins que cette place ne soit occupée par la chaire du pontife : auquel cas, ou Varcosolium manque ou il se trouve trop élevé pour que les saints mystères aient pu y être célébrés... Ces chapelles souterraines ont une élévation bien supérieure à celle des corridors ou voies sépulcrales, et à celle des simples chambres funéraires appelées cubicula;... elles sont disposées de façon à se prêter au déploiement des cérémonies, tel qu'il pouvait être en de pareils temps, et aussi à admettre des réunions plus considérables, lesquelles néanmoins ne pouvaient guère dépasser le nombre de soixante-dix ou quatre-vingts fidèles. » Dictionnaire des antiquités chrétiennes, art. Basiliques.

On trouve de ces oratoires dans la plupart des cimetières souterrains. De Rossi en signale plusieurs dans la catacombe de Saint-Calliste [Roma sotterranea, II, p. 297). Pour donner une idée claire et précise de ces basiliques souterraines, nous reproduisons ici (fig. 54 et 55) le plan et la coupe d'une de ces chapelles, découverte en 1842 au cimetière d'Ostrien. Selon toutes les probabilités cette basilique est antérieure au III^ siècle.

Plan d'une basilique souterraine, au cimetière d'Ostrien (dit autrefois de Sainte-Agnès).

Coupe d'une partie de la même basilique.

On arrive à la chapelle par deux galeries I et G. Ces deux entrées rappellent la discipline de l'Église touchant la séparation des sexes. L'ensemble de l'oratoire se divise en quatre parties principales : le presbytère K, la salle J destinée aux hommes, la salle O destinée aux femmes, et enfin la salle H.

Le presbytère K était exclusivement réservé aux membres du clergé. Au centre s'élève, taillé dans le tuf de la paroi, le siège L, qui servait au pontife. De chaque côté du presbytère, des bancs M, également taillés dans le tuf (dans l'intérieur desquels on a pratiqué des niches b pour la sépulture d'enfants) sont adossés aux parois et destinés aux assistants du pontife. L'autel se plaçait au milieu. Le presbytère contient trois tombeaux arqués a\ il est séparé de la salle J par deux colonnes c sculptées dans le tuf et revêtues de stuc.

La salle J est divisée en deux parties égales par deux piliers supportant un arc-doubleau ; chacune de ces parties renferme deux tombeaux arqués a.

La salle O, qui contient quatre tombeaux arqués a, est de même partagée en deux parties presque égales par deux colonnes adossées aux parois et surmontées d'un arc. On y voit, en P, des vestiges d'un pavement en marbre,

La salle H a deux tombeaux arqués a. Elle est coupée par la galerie IG. C'était un vestibule destiné sans doute aux catéchumènes et aux pénitents.

Au-dessus de la galerie, au point d'intersection N de la galerie GI et des entrées des salles J et O, s'ouvre un luminaire, luminare cryptae. On appelle de ce nom l'ouverture, d'environ un mètre carré de diamètre, pratiquée dans la voûte, s'élevant verticalement et donnant sur la campagne, ou plutôt dans les jardins et les vignes possédés par des chrétiens. Cette

ouverture servait à faire pénétrer l'air et le jour jusque dans les galeries. Au point où elle aboutissait au sol, elle était entourée d'un petit mur qui empêchait l'eau de pluie d'y entraîner des alluvions. On ne peut mieux comparer ces luminaires qu'à nos cheminées. Lorsqu'ils traversent des couches de tuf granulaire ou litho'ide, ils n'ont pas de revêtement, s'ils rencontrent des couches sablonneuses, leurs parois sont retenues par un ouvrage de maçonnerie. Voyez ci-dessous, p. 46, à la lettre b, la figure 56 représentant la coupe d'une catacombe.

Les chambres sépulcrales éclairées par un luminaire s'appelaient cubicula clara. Dans les endroits qui ne recevaient pas de jour, on se servait de petites lampes destinées à guider la marche des fidèles.

30 Troisième destination des catacombes. Elles offraient aussi parfois une retraite au souverain pontife, au clergé et aux fidèles au temps de la persécution.

Saint Alexandre y trouva un asile au commencement du IF siècle. Vers l'an 220, saint Calliste séjourna quelque temps dans le cimetière qu'il avait fait restaurer, et qui aujourd'hui porte encore son nom. Saint Etienne et saint Sixte II subirent le martyre dans les catacombes : le premier en 257, le second l'année suivante. Saint Caius s'y tint caché pendant environ 8 ans.

Qu'on nous permette, en terminant ce paragraphe, de mettre sous les yeux du lecteur la description que saint Jérôme, dans son Cotrunentaire sur E^échiel, nous a laissée des catacombes ; elle est encore en tout point exacte de nos jours : « Lorsque, jeune encore, je me trouvais à Rome pour m'y instruire aux belles-lettres, j'avais coutume, le dimanche, de parcourir, avec des condisciples de mon âge, les tombeaux des apôtres et des martyrs; et souvent je descendais dans les cryptes. Ces excavations sont creusées dans le sol à une profondeur considérable. A droite et à gauche, dans les murs, se trouvent les sépultures. L'obscurité est si épaisse qu'on croirait presque à la réalisation des paroles du prophète : « Les vivants descendent dans l'enfer » (i) (Ps. LIV, 16). Quelques rares rayons de lumière tombent de l'orifice supérieur et adoucissent un peu l'horreur de ces ténèbres ; on s'imaginerait que c'est bien plutôt une simple ouverture qu'une fenêtre, qui livre passage au jour. On n'y peut d'ailleurs avancer qu'à petits pas. Une nuit profonde règne de toutes parts et fait songer au vers de Virgile :

« Horror ubique animos, simul ipsa silentia terrent {Aen.. II, 755). »

(1) Dans le langage des Livres saints le mot enfer [infernus ou inferi) signitie le plus souvent tombeau. C'est en ce sens qu'il est employé dans l'endroit cité par saint Jérôme.

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