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Coupes des galeries aux différents étages.
a Af-cosolia ou tombes arquées.
b Luminaire aboutissant au 2" étage.
c Entrées de galeries et de chambres sépulcrales.
d Escalier conduisant au premier plan.
f — — — — — au 2° plan.
/ — — — — — du 2" au 3' plan.
g — — — — — du 3" au 4° plan.
h — — — — — du 4" au 5° plan.
V Voie Appienne.
T Ruines d'un tombeau païen sur la voie Appienne.
lithoide ou friable, ils rétrécissaient aussitôt les galeries; celles-ci ne reprennent leurs dimensions habituelles, qu'après avoir traversé ces gisements de pierre ou de sable. Ils n émoussaient jamais les angles résultant de Tintersection des galeries, comme cela se pratiquait dans les sablonnières pour faciliter l'exploitation ; et afin de ne pas nuire à la solidité des voûtes, ils se contentaient de creuser, en cet endroit, de petites niches destinées à recevoir des tombes d'enfants.
Lorsque, dans des cas exceptionnels, les chrétiens ont utilisé d'anciennes
sablonnières, ils y ont établi, au moyen de constructions en briques, des parois verticales pour y placer des tombeaux. On pourra se convaincre de la vérité de cette assertion par deux gravures (figg. 5 7 et 58) qui représentent en coupe une allée de sablonnière transformée en galerie sépulcrale par les chrétiens, dans la catacombe de Saint-Hermès.
Fig. 57- Fig 58.
Coupe transversale d'une galerie Coupe, selon Taxe, de la même galerie,
à la catacombe de Saint- Hermès.
Les formes architectoniques des cimetières chrétiens et celles des sablonnières sont tellement caractéristiques qu'il est impossible de les confondre. Pour bien saisir cette différence, il suffira de jeter les yeux sur les deux plans des pages 48 et 49. Le premier (fig. 59) est celui d'une ancienne sablonnière transformée en cimetière; le second (fig. 60) celui d'une partie de catacombe creusée par les chrétiens. Sur le plan de la sablonnière l'œil le moins exercé distingue parfaitement entre les anciennes allées creusées dans un but mercantile et les nouvelles excavations pratiquées par les fidèles pour y trouver des lieux de sépulture. Le contraste est plus frappant encore lorsqu'on compare entre elles les ichnographies des deux souterrains.
Avant d'aller plus loin, il nous reste à répondre aux difficultés qu'on nous oppose.
On nous demande en vertu de quel droit ou de quelle tolérance les chrétiens des trois premiers siècles ont pu posséder des sépultures communes. Les chrétiens étaient persécutés par les païens; ils constituaient une communauté défendue et proscrite par les lois de l'empire. Comment s'est-il fait qu'ils aient pu se créer des lieux d'inhumation qui leur appartinssent en propre?
Observons avant tout que les lois de l'empire romain considéraient les sépultures comme des choses sacrées et inviolables, et en assuraient la pos-
Fis- 59-
Plan d'une sablonnière convertie en cimetière chrétien, à la catacombe de Sainte-Priscille.
A Galeiies de la sablonnière.
B Galeries creusées par les chrétiens dans le tuf granulaire.
C Constructions en briques faites par les chrétiens.
D Puits pour l'extraction de la pouzzolane, transformé en luminaire.
session perpétuelle aux familles ou aux communautés. Les tombeaux et les monuments funéraires avec toutes leurs dépendances étaient inaliénables et retirés du commerce.
Dans la difficulté qu'on nous fait, il n'est question que de l'existence de
Fig 60.
Plan d'une partie du deuxième étage de la catacombe de Saint-Calliste. A Tombeaux des Papes. g Galeries.
B Tombeau de Sainte-Cécile. c Chambres sépulcrales et oratoires.
E Entrée principale. e Escaliers.
cimetières à l'usage exclusif de la communauté chrétienne; car, en vertu des lois romaines, tout particulier, soit chrétien soit païen, avait la faculté de se faire ériger, dans sa propriété, un tombeau ou un monument, et d'y faire creuser un hypogée.
Après cette observation, il sera facile de comprendre comment les cimetières chrétiens ont existé légalement avant la conversion de Constantin. Il y avait, à cette époque, deux classes de cimetières communs. Les uns étaient de simples tombeaux de famille ou des tombeaux possédés par des particuliers, dans lesquels le propriétaire légal admettait les restes mortels des chrétiens. Ce IF ÉD. 4
mode d'existence fut le plus en usage pendant le premier siècle et au commencement du deuxième. Aussi les plus anciens cimetières portent-ils presque tous le nom des personnes pieuses qui en ont cédé l'usage à la communauté chrétienne. L'autre classe comprenait les cimetières appartenant à des associations formées par les chrétiens ; en effet, il existait une loi romaine autorisant les associations dans le but de se procurer en commun une sépulture convenable, au moyen d'une contribution mensuelle de chacun des membres. Les premiers chrétiens usèrent largement de la faculté que cette loi leur accordait pour établir des cimetières possédés en commun par l'Église, ou par les différentes paroisses de la ville de Rome (i).
2° Comment, nous dit-on encore, les chj'étiens proscrits et persécutés pouvaient-ils creuser les catacombes sous les fonds de propriétaires païens?
Le réseau des catacombes qui enveloppe en tout sens la ville éternelle ne permet pas de révoquer en doute qu'une très grande partie de la nécropole chrétienne souterraine de la campagne romaine se trouve sous des terrains qui, jusqu'à la conversion de Constantin, appartenaient à des propriétaires païens.
Pour résoudre la difficulté qui paraît résulter de ce fait, il suffira de faire connaître en quoi consistaient les monuments funéraires des Romains et d'ajouter quelques mots sur l'époque à laquelle furent creusées les différentes parties des catacombes romaines.
Les monuments funéraires importants étaient situés le long des voies pubhques et se composaient, non seulement du lieu de sépulture proprement dit, mais aussi de l'habitation d'un gardien, de bâtiments de service, d'une cour, d'un jardin et même quelquefois d'un espace de terrain vague. Selon la formule juridique consacrée, toutes ces dépendances cedebant monumento, c'est-à-dire faisaient partie intégrante du monument. La cour, le jardin et le terrain vague s'appelaient area adjecta. L'ensemble du monument portait tantôt le nom d'aedes à cause des édifices, tantôt celui de praedium à cause du jardin et des champs adjacents (2).
(1) Voyez, au sujet de l'existence légale des cimetières chrétiens dans Tempire romain, 1° DE Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1865. p. 89; et 2° de Rossi. Roma sottcr. ranea, I, p. 101, et III, pp. 507-51/1.
(2) Dans les leçons du bréviaire romain qui relatent le martyre des chrétiens de Rome aux premiers siècles, on rencontre souvent les expressions : Quorum corpora pia matrona sepelivit in suis aedibus, in suo praedio, ou bien aussi via aurelia, ardeatina, nomentana etc. Ces expressions signifient que la pieuse personne nommée a enseveli le corps du saint martyr dans son propre cimetière, dans son propre monument funéraire, situé le long des grandes voies sortant de la ville éternelle. Voyez le bréviaire au 12 mai, 30 juillet et 9 novembre.
Pendant les trois premiers siècles, les monuments funéraires possédés soit par des chrétiens riches et fervents, soit par l'Église elle-même comme association funéraire, suffirent amplement aux inhumations des fidèles ; car, à cette époque, il ne leur fallait pas encore un grand nombre d'hypogées, puisqu'un lieu de sépulture avec les terrains environnants pouvait renfermer une multitude de tombes (i). Il est donc vraisemblable que, pendant bien longtemps, les chrétiens ont eu des cimetières d'une étendue médiocre, ne dépassant guère les limites de leurs propriétés. Au IV^ siècle, lorsque Constantin, par l'édit de Milan et d'autres lois postérieures, eut confirmé solennellement les chrétiens dans la possession de leurs cimetières et accordé des privilèges bien grands à leurs lieux de sépulture, un développement extraordinaire se manifesta ; les galeries furent prolongées indéfiniment, et, en se rencontrant en plusieurs endroits, finirent par ne plus former qu'un seul hypogée ayant des entrées et des niveaux différents. Cette assertion est basée sur des observations faites en différents cimetières. Nous nous contenterons d'en citer une seule. Lorsqu'on examine avec attention le plan de la catacombe de Saint-Calliste, on reconnaît immédiatement plusieurs noyaux d'excavations primitives, reliés entre eux par des escaliers et des galeries à forte pente (2). Ces différents noyaux ne sont que de petits cimetières antérieurs à la conversion de Constantin, reliés entre eux par de nouvelles parties creusées au IV<^ siècle.
3^ Enfin on nous pose encore la question : Quels moyens les chrétiens employaient-ils pour que la terre provenant de 1 excavation des souterrains ne trahit pas Vexistence des cimetières chrétiens'!
La difficulté que soulève cette question est déjà résolue par ce que nous avons dit ci-dessus, pp. 4g et 5o, de l'existence légale des cimetières chrétiens chez les Romains. Les lois romaines accordaient à tout citoyen la faculté de se faire enterrer dans ses propriétés et de partager ce lieu d'inhumation avec ceux qu'il voulait y admettre; elles autorisaient, en outre, les associations funéraires qui avaient pour but de se créer des cimetières communs. Les
(0 Gruter rapporte Tinscriplion suivante placée sur un monument funéraire : Huic monumento cedunt agri puri jugera decem, c'est à-dire ; Ce monument a une superficie de dix arpents. Dix arpents romains valent un peu plus de huit hectares et demi. On peut juger, par cette citation, de l'importance et de l'étendue qu'avaient certains mausolées. M. de Ross' a calculé que, sous un espace carré qui aurait -^8 mètres à chaque côté, on peut creuser de 250 à 300 mètres de galeries ; ce nombre sera doublé ou triplé, si Ton superpose différents étages.
(2) Sur le plan d'une partie du cimetière de Saint-Calliste que nous avons reproduit à la page 49, on distingue très bien, aux lettres A et B, un monument primitif avec une vaste area de forme rectangulaire, qui remonte jusqu'au milieu de la gravure.
chrétiens pouvaient donc, sous la tutelle même des lois, au vu et au su de tout le monde, se creuser des hypogées, ayant une certaine grandeur et vendre, après l'avoir broyé, le tuf granulaire provenant des excavations, ou le répandre à la surface du sol du monument funéraire lui-même.
Qiielquefois, lorsque toutes les parois d'une galerie ou d'une chambre sépulcrale ne renfermant pas de tombeaux de martyrs illustres étaient remplies de sépultures, on y transportait la terre provenant des nouvelles excavations. Boldetti atteste avoir constaté ce fait, en 171 6, au cimetière de Sainte- Agnès. Il découvrit des galeries comblées de terre depuis le bas jusqu'au haut, ayant, dans chacune de leurs parois, douze rangs de niches fermées par des tablettes de marbre et des briques avec des épitaphes.
Voyez sur les sépultures juives et sur celles où les païens déposaient quelquefois les cadavres non réduits en cendres : 1° Aringhi, Roma subterranea, liv. II, ch. 23 ; 2° de Rossi, BuUettino di archeologia cristîana, III, p. 2, col. b; 30 Spencer Northcote, Roma sotterranea, p. 58 et svv ; 4° Rich, Dictiotmaire des antiquités romaines, Conditorium.