HISTORIQUE DES CATACOMBES
L'histoire des catacombes peut se diviser en trois époques ou périodes principales : la période de formation, la période de restaurations et de visites pieuses, et la période d'explorations scientifiques.
I. La période de formation embrasse les quatre premiers siècles.
Plusieurs cimetières de la ville éternelle datent du temps des apôtres. D'après les auteurs les plus recommandables, on doit faire remonter au premier siècle les cimetières de Saint-Pierre du Vatican, de Domitille, de Priscille, de Lucine (i) sur la voie Aurélia, et enfin celui qu'on appelait anciennement ad catacumbas (voyez ci-dessus p. 35). Ces hypogées primitifs se distinguent des souterrains creusés plus tard par des tombeaux moins nombreux et par une décoration artistique et un genre d'épigraphie tout à fait propres. « Les peintures, et surtout l'ornementation, dit le commandeur de Rossi, en parlant d'une chambre sépulcrale du cimetière de Domitille, diffèrent tellement des produits des anciens pinceaux chrétiens; elles ont une si grande ressemblance avec les décors des tombeaux païens, qu'on ne se croirait pas dans le cubiciilum d'un cimetière sacré, moins encore dans une crypte histo-
(1) Il y eut, aux premiers siècles du christianisme, plusieurs pieuses femmes du nom de Lucine, entre autres une qui vivait aux temps apostoliques, et une autre qui fut contemporaine du pape saint Corneille, mort en 256. Voyez de Rossi, Roma sotterranea, I, p. 314.
rique d'illustres martyrs, si la scène du bon Pasteur n'occupait la place principale et n'était accompagnée de quelques autres indices trahissant l'origine chrétienne de ce lieu. » Roma sotterranea, I, p. 187.
Un des plus anciens cimetières chrétiens est celui d'Ostrien, situé sur la voie nomentane et connu abusivement, jusqu'à ces derniers temps, sous le nom de catacombe de Sainte- Agnès. Si l'on peut s'en rapporter à une pieuse tradition, tradition que le commandeur de Rossi croit fondée, ce serait là même que saint Pierre administra le baptême à un grand nombre de fidèles.
Au IF et au IIF siècle, les cimetières existants furent agrandis successivement, et plusieurs nouveaux vinrent s'ajouter aux anciens. De Rossi porte à vingt-six le nombre de cimetières d'une étendue considérable établis avant la conversion de Constantin.
Pendant le règne de Constantin et des empereurs qui lui succédèrent, on continua d'ensevelir les corps des fidèles dans les catacombes, et l'on en creusa même de nouvelles. M. de Rossi cite cinq catacombes postérieures à la conversion de Constantin. Cependant les tombeaux à ciel ouvert commencèrent aussi à être en usage. Dans le cours du IV^ siècle, on vit les sépultures souterraines diminuer à mesure que les tombeaux augmentaient à la surface du sol. Après l'année 410, on ne rencontre guère de nouvelles sépultures dans les catacombes. La dernière inscription, avec date certaine, qu'on y a découverte, remonte à l'année 454; elle se trouve sur un tombeau pratiqué furtivement par des étrangers dans un arcosolium dont la construction est beaucoup plus ancienne que celle de la niche funéraire.
De ce que nous venons de dire on peut conclure que les catacombes cessèrent de servir de lieu de sépulture dès le commencement du siècle.
II. La période des i^estaurations et des visites pieuses s'étend des premières années du siècle au commencement du IX^.
A peine la paix eut-elle été accordée à l'Église par l'empereur Constantin, que l'on se mit à rendre l'accès des catacombes plus facile en y pratiquant des entrées larges et des escaliers commodes aboutissant directement aux cryptes historiques (i); on multiplia les luminaires pour faire pénétrer l'air et le jour dans les souterrains ; enfin, on construisit des murailles et des voûtes destinées à prévenir les éboulements et à servir de soutien aux édifices élevés à la surface du sol. Plusieurs oratoires furent décorés de peintures, de
(1) On appelle cryptes historiques les chambres sépulcrales où reposaient les restes d'illustres martyrs. Du iv^ au ix^ siècle ces tombeaux furent les sanctuaires visités par la pieuse foule des tidèles.
mosaïques et de revêtements en marbre et en stuc ; on restaura les anciennes inscriptions et l'on en plaça aussi de nouvelles. Les travaux épigraphiques du pape saint Damase (366-384) se recommandent surtout à l'attention de l'archéologue.
Fig. 61.
Cubiculum de Saint-Eusèbe, pape et martyr, avec inscription damasienne, au cimetière de Saint-Calliste (iv^ siècle).
Ces chapelles étaient généralement petites ; quelquefois cependant, mais exceptionnellement, elles recevaient des dimensions plus vastes. A ces dernières appartenait la crypte historique, dite basilique de Sainte-Pétronille, qui fut construite entre les années 890 et 89 5, et dont M. le commandeur de Rossi a découvert, en 1874, les ruines au cimetière de Domitille. Elle mesurait 3o mètres de long sur environ 19 de large (i).
La gravure de la page précédente (fig. 61) reproduit la vue d'une crypte historique du IV<^ siècle ornée d'une inscription damasienne.
Pendant les siècles suivants, les cimetières continuèrent d'être des centres de dévotion, où affluaient les pèlerins de tous les pays, avides de vénérer les restes des martyrs et d'assister au divin sacrifice qui se célébrait sur la pierre de leur tombeau au jour anniversaire de leur déposition. Les souverains pontifes mirent un soin particulier à orner les lieux les plus fréquentés et à restaurer les parties délabrées par les injures du temps ou dévastées par les peuples barbares. Symmaque, Vigile, Jean III, Sergius I, Adrien I et Léon III se distinguèrent par leur zèle pour l'embellissement des cimetières.
En l'année j56, les Longobards, sous la conduite du roi Aistulphe, ravagèrent les catacombes. C'est ce qui engagea le pape Paul I à faire ouvrir les tombes des martyrs les plus vénérés et les plus célèbres, pour en retirer les corps saints, et les distribuer aux différentes églises de la ville de Rome. Malgré les efforts généreux tentés par quelques-uns des successeurs de ce pontife pour remettre en honneur les cimetières abandonnés et tombant en ruine, le pape Pascal I fut obligé de suivre l'exemple de Paul I. Le 20 juillet 817, on transporta à l'église de Sainte-Praxède les corps de 2 3 00 martyrs. (( Après ces translations solennelles, dit le commandeur de Rossi, les catacombes de Rome furent considérées à Rome même comme ne renfermant plus de reliques de grands saints. Cependant Sergius II et Léon IV (f 855) en firent retirer encore les corps de martyrs très illustres, gisant dans les cimetières en ruine. Après ces deux pontifes, il n'est plus question que très rarement de recherches de reliques faites dans les catacombes. C'est certainement à cette époque qu'il faut rapporter la translation au Panthéon de plusieurs charriots d'ossements de martyrs , translation qu'il ne faut pas confondre avec l'envoi de reliques (2), fait à cette église par Boniface IV longtemps
(1) Voyez sur la basilique souterraine de Sainte-Pétronille : de Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1874, pp. 5-34, el 68-74; et 2° Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2^ édition, pp. 637-640.
(2) Aux premiers siècles de l'Eglise, on distinguait entre le corps et les reliques d'un saint. Par reliques on entendait surtout les brandea, les huiles prises dans les lampes
avant qu'on eût touché aux tombeaux des catacombes.» Roma sott., I, p. 221.
A partir du milieu du ix^ siècle, la nécropole souterraine des chrétiens tombe dans un oubli si complet, qu'à peine en est-il encore fait mention dans les écrits des auteurs ecclésiastiques et les descriptions de Rome.
III. Le commencement de la période d'explorations scientifiques doit se placer en l'année iSyS. Ce fut alors qu'un cimetière souterrain, découvert par le plus grand des hasards, attira l'attention de toute la ville de Rome à cause des peintures dont il était orné et des sarcophages qui s'y trouvaient déposés.
Nous n'ignorons pas que, dans le cours du XV^ et au commencement du XVI^ siècle, les catacombes ont été visitées par quelques personnes. Des inscriptions trouvées en plusieurs endroits sur les murailles attestent ce fait. Mais, un sentiment de dévotion, ou peut-être même la seule curiosité, et non le goût de l'étude ou des antiquités chrétiennes, donna lieu à ces visites.
Le 3i mai iSyS, des ouvriers occupés à extraire de la pouzzolane dans une vigne située sur la droite de la voie Salaria, à deux milles environ de la ville de Rome, mirent à découvert une ouverture qui aboutissait à un cimetière chrétien décoré de peintures, de sarcophages et d'inscriptions. La nouvelle de cette découverte imprévue se répandit aussitôt par toute la ville, et des personnes de tout rang accoururent pour admirer cette merveille, cette cité souterraine. « Ce fut ce jour-là, dit M. de Rossi, que naquit la science et le nom de Rome souterraine. »
Dès ce moment, il y eut des savants et des artistes qui se mirent à copier et à réunir les peintures des catacombes. Le premier qui se livra à ce genre de travail fut Ciacconius, de l'ordre de Saint-Dominique ; il forma un musée de fossiles, de marbres et de bronzes antiques, et réunit, dans un album, les
brûlant devant les corps des saints, les vêtements et autres objets ayant été à leur usage. Les brandea étaient des morceaux d'étoffe qu'on avait appliqués sur les tombeaux des saints, ou suspendus dans les lieux où reposaient leurs restes. Le pape saint Grégoire le Grand établit clairement la signification du mot reliques à son époque dans une lettre adressée à l'impératrice Constantine : « Cognoscat autem tranquillissima domina, dit-il, » quia Romanis consuetudo non est, quando sanctorum reliquias danl, ut quidquam tan- » gère praesumant de corpore ; sed tantummodo in pixide brandeum mittitur, atque ad » sacratissima corpora sanctorum ponitur. Quod levatum, in ecclesia, quae est dedicanda, » débita cum veneratione reconditur. Et tantae per hoc ibidem virtutes fiunt, ac si illuc » specialiter eorum corpora deferantur. » Operum tom. II, p. 709. Voyez Muratori, Anecdota ex Ambrosianae bibliothecae codicibus, II, pp. 195 et 599. Nous ferons remarquer que M. de Rossi, dans le passage cité, s'éloigne de l'opinion commune, qui attribue à Boniface IV la translation au Panthéon d'une grande quantité d'ossements de martyrs extraits des catacombes.
dessins d'un grand nombre de monuments chrétiens et de peintures des catacombes.
Vers la même époque vint à Rome un gentilhomme de Louvain, nommé Philippe van Winghe, neveu de l'antiquaire Antoine Morillon. Mis en rapport avec Ciacconius, il se lia bientôt d'amitié avec lui. Après avoir vu les dessins faits sous la direction du religieux dominicain, il se mit à parcourir les catacombes. Il reconnut aussitôt que les dessins de Ciacconius manquaient de fidélité, et se décida à faire lui-même des copies plus exactes des sarcophages et des peintures murales. Il s'appliquait à rechercher la signification symbolique des scènes représentées communément sur les parois des cimetières chrétiens, lorsqu'il fut enlevé subitement à la fleur de l'âge, en 1592, à Florence, où il se trouvait pour y faire des recherches (i).
En même temps que van Winghe se trouvait à Rome un autre Belge appelé Jean L'Heureux, et plus connu sous le nom de Macarius. Né à Gravelines, en Artois, qui, à cette époque, faisait partie de la Belgique, il acheva ses études à l'Université de Louvain et devint plus tard chanoine d'Aire, en France. Pendant un séjour de vingt ans qu'il fit à Rome, il s'adonna avec une véritable passion à l'étude des antiquités des premiers siècles chrétiens, et composa, sur cette matière, l'ouvrage intitulé : Hagioglypta[2) sive picturae et sculpturae sacrae antiquiores, praesertim qiiae Romae reperiuntur, explicatae a Joanne L'Heureux (Macario) (3).
(1) Les manuscrits de van Winghe ont été vus et consultés à Rome par L'Heureux et par Bosio. En 1622. ils se trouvaient à Tournai entre les mains des frères Antoine et Jérôme van Winghe. Rosweydus les mit à profit pour les notes dont il enrichit l'édition des œuvres de saint Paulin de Noie. Depuis lors on a perdu les traces de la collection principale formée par le jeune Louvaniste. 11 ne nous est parvenu de ses écrits qu'un recueil d'inscriptions, conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles, section des manuscrits, n» 17872, et portant le titre suivant : Inscn'ptiones sacrae et prophanae collectae Romae et in aliîs Italiae urbibiis a Pliilippo de Winghe, Lovaniensi, Antonii Morillonii viri doctissimi e sorore nepotis, qui, dum totam lustrât Italiam, in ipso juventutis flore Florentiae occubuit anno 1592.
(2) Le mot Hagioglypta, dérivé du grec aytoc, saint, et yA-j-rô;. sculpté, signifie par conséquent sculptures sacrées.
(3) Ce savant travail, prêt à être mis sous presse, ne vit cependant pas le jour du vivant de son auteur. A sa mort, arrivée en 1015, L'Heureux Itgua ses manuscrits au collège des Trois- Langues, à Louvain. Miraeus, dans son Codex regularum et constitutionum clericalium (part. H, p. 97) nous apprend qu'en 1638, l'imprimerie plantinienne se proposait de publier les Hagioglypta ; mais rien ne fut fait. Le manuscrit passa de la bibliothèque du collège des Trois-Langues dans celle des BoUandistes, où il se trouvait encore en 1825, au moment de la vente publique de ce riche dépôt littéraire. Il fut acquis par M. Lammens; celui-ci le céda plus tard à M. Le Glay, le savant archiviste de Lille, qui, en 1852, en publia la préface dans ses Nouveaux Analectes. En 1855, comte de l'Escalopier, pressé
A L'Heureux revient la gloire d'avoir le premier tenté et consigné dans ses écrits l'explication des monuments figurés de l'antiquité chrétienne. Son ouvrage est des plus remarquables et renferme une foule d'explications et de renseignements dont nous pouvons, même après les immenses progrès qu'a faits la science archéologique, tirer un grand profit pour nos études.
Bosio, surnommé à juste titre le Christophe Colomb de Rome souterraine, vivait en même temps que L'Heureux; ils étaient liés par une étroite amitié, fondée sur la conformité des goûts et la poursuite du même but. Bosio consacra trente-cinq ans de sa vie et des sommes considérables à fouiller les catacombes dans tous les sens. Au moment où il commença ses explorations, à peme quatre ou cinq cimetières étaient connus en partie ; il en découvrit environ trente, parmi lesquels il s'en trouvait de très vastes. Il les parcourut et se mit à les étudier, passant parfois des jours et même des nuits entières sous terre. Aussi fit-il une abondante moisson de documents, parmi lesquels les copies des peintures et des inscriptions tiennent, sans contredit, le premier rang. Mais ce ne sont pas là les seuls mérites de Bosio. Les recherches qu'il fit dans les ouvrages des anciens sur les antiquités chrétiennes sont tout aussi remarquables que ses découvertes dans les catacombes.
Ce fut avec ces matériaux qu'il entreprit le grand travail renfermant la description de tous les hypogées connus de son temps sous le sol de la campagne romaine. Ce monument incomparable, qui sera toujours une des mines les plus riches pour l'étude des antiquités chrétiennes, ne vit le jour que cinq ans après la mort de Bosio (f 1629), sous le titre de Roma sotterranea (i). Les exemplaires de ce livre furent recherchés avec tant d'avidité qu'on songea bientôt à en donner une traduction latine. Severano, qui avait surveillé l'édition de l'ouvrage posthume de Bosio, en fit une version très fidèle, qui cependant ne fut jamais imprimée. En i65i, parut à Rome, en 2 volumes in-folio, une traduction due à Paul Aringhi et intitulée : Roma subterranea novissima post Anto7iium Bosium et Joannem Severanum.
par les instances du commandeur de Rossi, acheta à M. Le Glay le précieux manuscrit. Le P. Garrucci, ayant appris que l'ouvrage de L'Heureux se trouvait à Paris, s'adressa au comte et lui exprima le désir de pouvoir publier l'intéressant mémoire. L'autorisation demandée fut accordée ; et les Hagioglypta, approuvés pour l'impression depuis plus de 250 ans, furent confiés aux presses de Firmin Didot et virent le jour en 1856, enrichis d'une préface et de notes dues aux PP. Garrucci, Cahier et Martin.
(1) Le frontispice de la Roma sotterranea de Bosio porte la date 1632. Cependant un bref du souverain pontife en date du 6 octobre 1634, placé à la fin de la table des chapitres, prouve que l'impression ne fut pas terminée avant cette époque.
Bien que ce titre promette une édition revue et augmentée, la publication d'Aringhi n'est, en aucune façon, préférable à l'œuvre originale de Bosio.
Voici, rangés par ordre chronologique, les principaux ouvrages publiés sur les catacombes depuis l'apparition de la Roma sotterranea d'Aringhi jusqu'à nos jours. Nous nous contentons d'en transcrire les titres et d'indiquer, en peu de mots, le jugement qu'il faut porter sur leur valeur :
1° BOLDETTI, Osservaponi sopt^a i cimiteri de' SS. rnartirî ed antichî cristiani. Roma, 1720, 3 tomes ordinairement reliés en un volume in-folio.
Fruit de plus de trente années d'études dans les cimetières chrétiens, le livre de Boldetti contient la description de plusieurs souterrains découverts depuis la publication de l'ouvrage de Bosio. 11 est à regretter que l'auteur n'y ait pas mis un peu plus d'ordre et de soins.
20 BOTTARI, Sculture e pittiire sagre estratte dai cimiteri di Roma, pubblicate già dagli autori délia Roma sotterranea ed ora nuovamente date in Itice colle spiega:{ioni. Roma, 1 787- 1754, 3 vol. in-fol.
Ce savant commentaire sur les planches de Bosio, connu aussi sous le nom de Roma sotterranea^ ne s'occupe que de l'interprétation des monuments figurés tirés des catacombes de Rome. Les plans des dilTérents cimetières sont accompagnés d'une explication générale ; l'origine, la dénomination, la situation et l'histoire des différents hypogées sont entièrement passées sous silence. Enfin, de toutes les découvertes faites depuis le temps de Bosio il n'en est pour ainsi dire aucune qui soit mentionnée dans l'ouvrage de Bottari.
30 Marchi, Soc. Jesu, Momimenti délie arti cristiane primitive nella metropoli del cristianesimo disegnati ed illustrati. I. Architettura délia Roma sotterranea cfistiana. Roma, 1844 et suiv., in-40.
Le savant religieux établit, d'une manière péremptoire, l'origine exclusivement chré tienne des catacombes. A lui revient l'honneur d'avoir résolu cette grave question si vivement débattue pendant plus de deux siècles. C'est le cimetière d'Ostrien, connu pendant longtemps sous le nom de catacombe de Sainte-Agnès, qu'explora le P. Marchi. Les 2® et 36 parties de l'ouvrage, que l'auteur avait promises, n'ont jamais vu le jour
40 Perret, Catacombes de Rome. Architecture, peintures murales^ lampes, vases, pierres précieuses gravées, instruments, objets divers, fragments de vases en verre doré, inscriptions, figures et symboles gravés^ sur pierre. Paris, 1 852- 1 856, 6 vol. grand in-folio.
La publication de Perret fut faite avec le concours du gouvernement français. Ce qui manque à ce magnifique ouvrage, c'est la fidélité. M. Perret, en voulant trop souvent embellir les peintures qu'il reproduit, s'écarte de la réalité; il fait une œuvre où l'imagination de l'artiste obtient une part beaucoup trop large Ensuite, plusieurs indications erronées se sont glissées dans le texte explicatif qui accompagne les planches. Nous ne nions pas cependant que la publication de M. Perret ait rendu de grands services à la science, en réveillant chez plusieurs personnes le goût des antiquités chrétiennes.
5^ G.-B. DE ROSSI, Roma sotterranea cristiana descritta ed illustrata. Tomi I-III, Roma, 1864-1877; 3 vol. in-folio.
Dans le premier volume l'auteur développe quelques considérations sur les cimetières chrétiens en général, et en particulier sur les catacombes de la campagne romaine, et nous fait connaître les cryptes de Lucine au cimetière de Saint-Calliste ; dans le second il décrit les différents noyaux de la même catacombe et donne l'explication des symboles et des peintures dont les premiers chrétiens ornaient leurs hypogées. Le troisième volume traite des parties incorporées à la catacombe de Saint-Calliste, ainsi que du cimetière qui y fut établi plus tard à fleur de terre; enfin, il donne la description de la petite catacombe dite de Generosa super Philippin située près delà yo'iq portiiensis .Les volumes suivants contiendront successivement l'histoire et la description des autres parties des catacombes. Les talents du commandeur de Rossi, son zèle intelligent dans la direction des fouilles, ses connaissances épigraphiques, ses publications précédentes, enfin une expérience de plus de trente ans : tout nous fait augurer que l'ouvrage commencé sera un jour le travail le plus complet et le plus savant sur la nécropole chrétienne de la ville éternelle. Pour procéder avec une grande précision dans tout ce qui concerne les catacombes, M. de Rossi, avant d'aborder la publication de la Roma sotterranea, s'est occupé, pendant de longues années, de reconstruire la topographie ancienne des cimetières chrétiens, c'est-à-dire de déterminer d'une manière exacte la situation respective des dilTérents hypogées au moyen de documents retrouvés dans les écrits des auteurs ecclésiastiques du moyen âge. Les renseignements fournis par ces documents ont contribué largement aux belles découvertes qu'il a faites dans plusieurs catacombes. Les tombeaux de sainte Cécile, de saint Corneille, la chapelle où étaient ensevelis plusieurs papes martyrs du iii^ et du iv® siècle, et la basilique de Sainte-Pétronille au cimetière de Domitille, ont été retrouvés grâce à ces données. M. le commandeur Jean Baptiste de Rossi est puissamment secondé dans ses travaux par son frère Michel-Étienne, qui a levé, avec une exactitude inconnue jusqu'ici, les plans qui sont annexés à la Roma sotterranea, et composé les savants mémoires intitulés : Analisi geologica ed architettonica et Appendice architettonica e fîsica, publiés comme appendice de chacun des volumes de la Roma sotterranea.
Nous devons aussi au commandeur de Rossi deux autres publications importantes pour l'histoire des catacombes. Ce sont ; 1° les Inscriptiones christianae urbis Romae septimo saeculo antîquiores, dont le tome I a paru en 1861 ; et 2^ le Bullettino di archeologia cristiana, recueil périodi(]ue paraissant par fascicules et formant un volume par an. La publication du Bullettino a commencé en 1863.
Les découvertes du commandeur de Rossi et d'autres archéologues modernes ont été présentés méthodiquement dans des traités spéciaux sur les catacombes- romaines. Les plus remarquables travaux de ce genre sont:
Spencer Northcote and Brownlow, Roma sotterranea, or some account of the roman catacombs, especially oj the cemetery of san Callisto. London, 1869; in-S^, avec un plan et 20 chromolithographies.
2» L'ouvrage anglais de Spencer Northcote et de Brownlbw^ a été traduit en français par M. Paul Allard sous le titre de : Rome souterraine. Résumé des découvertes de M. de Rossi dans les catacombes romaines et le cimetière de Caliste. Paris, in-S»; i réédition en 1872; et 2^ en 1874.
30 Comte Desbassayans de Richemont. Les nouvelles études sur les catacombes de Rome. Paris, 1870; in-S^.
40 Le docteur F. X. Kraus a également publié un mémoire sur les catacombes d'après le travail des deux auteurs anglais, sous le titre de : Roma sotterranea. Die rômischen Katacomben. Eine Darstellung- der àlteren und neueren Forschungen, besonders derjenigen de Rossfs, mit Zugrundelegimg des Werkes von J. Spencer Northcote, D. D., und W. R. Brownlow, M. A. Fribourg en Brisgau, in-S^ ; i^^ édition en 1873 ; et 2^ en 1879.
50 De L'Épinois, Les catacombes de Rome, Paris, 1875; in-12.
6° Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, Paris, grand in-8o; i^^ édition en i865 ; et 2^ en 1877.
L'histoire littéraire des catacombes que nous venons d'esquisser à grands traits nous fait connaître les principaux explorateurs des hypogées chrétiens et les découvertes qu'ils ont faites depuis la fin du XVie siècle jusqu'à nos jours.
Observons, en terminant, que, pendant la période d'explorations scientifiques, les catacombes ont subi des altérations très regrettables. Les translations de corps saints, abandonnées au IX^ siècle mais reprises au XVII^, les fouilles conduites parfois avec un zèle précipité et peu intelligent, les tentatives faites pour détacher les peintures avec l'intention de les transporter dans les musées, les extractions de matériaux utiles pour les bâtisses, et plusieurs autres circonstances ont si profondément dénaturé l'œuvre des premiers chrétiens, qu'en plusieurs endroits elles l'ont rendue méconnaissable. Cependant, malgré ces dévastations, ces tombeaux vides, ces marbres brisés et ces peintures arrachées et réduites en poussière, les catacombes de Rome sont encore aujourd'hui les monuments les plus intéressants des premiers siècles de l'ère chrétienne.