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Emblèmes de profession.
On rencontre fréquemment, dans les catacombes, des peintures représentant des fossoyeurs. Tout le monde connaît la fresque de Diogène le fossoyeur, qui a été reproduite dans un grand nombre d'ouvrages traitant des catacombes, entre autres dans Fabiola, l'intéressant roman historique du cardinal Wiseman. Nous donnons (fig. 97) un exemple de fossoyeur qu'on voit au cimetière souter- Fossoyeur, au cimetière de Saint-Caliiste. rain de Saint-Galliste.
II. monstres mariuô et les î»inîpl)iU0 n'étaient pas rares dans la peinture décorative des païens; on les rencontre également dans les plus anciennes fresques chrétiennes. « Jusqu'aujourd'hui, dit le commandeur de Rossi, je n'ai trouvé les monstres marins isolés et n'ayant aucun rapport
avec l'histoire de Jonas que dans les peintures des plus anciens cubicula inédites jusqu'aujourd'hui. Ces hippocampes et ces taureaux marins, servant à l'ornementation, furent souvent employés dans les fresques païennes des meilleurs temps de l'empire... Les peintres chrétiens continuèrent, dès le principe, à s'en servir comme d'un motif de décoration; mais lorsque plus tard ils eurent commencé à les reproduire dans les scènes de Jonas, ils ne les répétèrent plus dans les parties ornementales. » Roma sott., II, p. 247. « On me demandera, dit encore le même auteur, si l'on ne doit pas voir une intention symbolique dans l'emploi des peintures décoratives. Je réponds que j'ai toujours été très éloigné d'exagérer la pensée symbolique, et de vouloir en chercher et trouver les traces dans toutes les figures accessoires. Mais f^'ig- 9^ il est également vrai qu'il est difficile de croire que
le souvenir des symboles n'ait eu aucune part dans le choix de certains motifs de décoration. » Ibid., II, p. 358. Après ces paroles le commandeur de Rossi ajoute qu'on peut voir, dans la reproduction des monstres marins, une allusion plus ou moins cachée au poisson symbolique.
On trouve, au cimetière de Saint-Calliste, une peinture représentant un dauphin enlacé autour
, . , . j d'un trident (fig. 08). C'est encore là une des
Dauphin enlace autour d un \ <^ j 1
trident. formes dissimulées de la croix.
12. §t imnutjîcammc î»U Cl)ri!5t. Ce signe mystérieux, qui servait à rappeler aux chrétiens leur Sauveur et leur Maître, consiste dans la combinaison du X et du P, les deux premières lettres du mot grec XPICTOC. Les diverses formes de ce chrisme peuvent se réduire à deux principales. Dans l'une, appelée monogramme constantinien ou simplement aussi monogramtne, les deux lettres grecques sont liées de la manière suivante ; dans l'autre, la lettre X prend la forme d'une croix f, et la boucle du P s'attache à la ligne perpendiculaire supérieure de cette croix : ^f- • Les deux formes ont été employées en Occident (i^; la dernière, qu'on appelle monogramme cruciforme ou bien aussi croix monogrammatique, paraît avoir prévalu en Orient. Jusqu'ici le monogramme cruciforme, stul a été découvert sur les monuments égyptiens; c'est aussi le seul qui se voie dans les Bibles copiées à Alexandrie aux premiers siècles de notre ère.
(1) « Dans les catacombes de Rome la croix monogrammatique devint d'un usage plus général (uso prevalente) à une date plus récente que le monogramme simple de Constantin. » Bullettino, 1875, P- 9'*
A partir du milieu du IV^ siècle, le monogramme est souvent accosté des deux lettres grecques A et ^ (i), qui contiennent une allusion incontestable aux passages de l'Apocalypse où Dieu s'appelle l'alpha et l'oméga, le principe et la fin (Apoc. I, 8; XXI, 6 et XXII, i3). Ces lettres sont jointes indifféremment à l'un et à l'autre monogramme (fig. 99 et 100); dans celui de la seconde forme, elles paraissent suspendues aux bras de la traverse. Dans quelques monogrammes le X admet une barre horizontale (fig. loi). D'autres fois la boucle du P est tournée du côté opposé; voyez p. 82, fig. 78, et p. 106, fig. 1 10.
Dans les Gaules le monogramme est fréquemment entouré d'une couronne (fig. 102) ou de palmes (fig. io3), symbolisant la victoire remportée par Jésus-Christ sur ses ennemis. Une signification analogue s'attache au monogramme cruciforme lorsqu'il est placé sous un arc de triomphe ou qu'il se trouve fixé au milieu de la lettre N (fig. 104); il peut alors s'interpréter : Xoi(7'6; vt/4, c'est-à-dire : Le Christ triomphe.
Voici les principales formes du monogramme :
Fig. 99. Fig. 100. Fig. 101. Fig. \o7. Fig. 103. Fig. 104.
Différentes formes du me nogramme du Christ.
A quelle époque le monogramme commença-t-il à être en usage ? — Presque tous ceux qui ont écrit sur le monogramme avant le commandeur de Rossi en font remonter l'origine à l'époque même où les fidèles d'Antioche prirent, pour la première fois, le nom de chrétiens; c'est même pour cette raison, disent-ils, que ce signe est formé de lettres grecques et non pas de lettres latines. Les recherches sur les antiquités et surtout l'étude des inscriptions chrétiennes ont conduit le commandeur de Rossi à rejeter cette opinion et à considérer comme problématique l'existence du monogramme en tant que symbole avant le règne de Constantin. « Quoi qu'en disent plusieurs auteurs, même très savants, écrivait-il en i855 [Spicilegium solesmense, III, p. 552), je dois avouer que, jusqu'aujourd'hui, je n'ai encore rencontré aucun monument chrétien plus ou moins authentique, prouvant d'une manière certaine que le monogramme ait été sculpté ou peint avant la conversion de Constantin. « Depuis que M. de Rossi a écrit
(1) L'oméga prend ordinairement la forme de la lettre minuscule f'>.
ces paroles (en i855), il n'a cessé de rechercher avec le plus grand soin les monogrammes antérieurs à Constantin; et il n'est pas encore parvenu à en découvrir un seul dont l'authenticité soit incontestable. Dans le second volume de sd. Roma sotterranea, publié en 1868, il fait d'abord observer très judicieusement qu'il ne faut pas confondre le monogramme avec le sigle ^ . Ce dernier, formé par la combinaison des lettres I €t X , signifie 'lyjo-où; X/5f.(TT6:, Jésus-Chrtst, et était certainement en usage au IIF siècle. Ensuite, il distingue entre le monogramme employé comme abréviation du mot XptcTTÔ; et le même monogramme employé comme symbole (i), et admet que le monogramme, comme abrégé du nom, se rencontre dans les épitaphes du IIF siècle; mais il n'oserait en dire autant du monogramme employé comme symbole. « Ces faits, dit-il après avoir énuméré les exemples du monogramme trouvés au cimetière de Saint-Calliste, pourraient suffire pour prouver que le monogramme, pendant longtemps très rare et à peine sculpté sur Tune ou l'autre pierre plutôt comme abréviation que comme symbole, devint plus tard (c'est-à-dire au IV^ siècle) commun sur les monuments d'art chrétien de toute espèce. » Roma soit., II, p. 322. Et il ajoute qu'avant de trancher définitivement la question, il faut attendre que les autres cimetières chrétiens de la ville éternelle aient été explorés.
A partir de la conversion de Constantin, l'usage du monogramme se répandit rapidement dans toute la chrétienté, parce que l'empereur, en mémoire de la vision céleste dont il fut favorisé avant la défaite de Maxence, son compétiteur, avait fait confectionner le labarum, au haut duquel était placé le monogramme. Voici la description qu'Eusèbe nous a laissée de ce signe militaire : « C'était une haste allongée, dit-il, revêtue d'or, et munie d'une antenne transversale à l'instar de la croix. Au-dessus, à la sommité de cette même haste, était fixée une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne était le signe du nom salutaire (de Jésus-Christ) : à savoir un monogramme désignant ce nom sacré par les deux premières lettres groupées, le P au milieu du X... Or, à l'antenne du labarum, qui est obliquement traversée par la haste, était suspendu un voile ou tissu de pourpre enrichi de pierres précieuses, artistement combinées entre elles et dont l'éclat éblouissant était rehaussé par des broderies d'or d'une beauté indescriptible.
(1) Le monogramme est employé comme abréviation dans des phrases semblables à celle-ci : In Domino et ^ vivas, et Pax Domini et c'est-à-dire : In Domino et Christo vîvas, et Pax Domini et Christi. Il est employé comme symbole lorsqu'il se trouve isolé, comme dan§ la fresque que reproduit la fig. 78 de la page 82.
Ce voile, fixé à l'antenne et aussi large que long, portait à sa partie supérieure le buste de l'empereur et celui de ses enfants. » Vie de Constantin, liv. I, ch. 3i.
Le souvenir du monogramme constantinien s'est perpétué, pendant tout le moyen âge, dans les sigles XPG et xps, dont on se servait, au lieu du mot Ch)istus, dans les manuscrits et les inscriptions lapidaires.
Outre les symboles que nous venons de faire connaître, il en est encore de moins importants que nous passons sous silence. Tels sont le cerf, le coq, le tonneau ou dolium, la balance, les arbres et les plantes de pied. On peut trouver des détails relatifs à ces symboles dans Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes.