OBJETS TROUVÉS DANS LES CATACOMBES
On a découvert, dans les catacombes, une multitude d'objets, grands et petits, dont l'origine remonte aux premiers siècles de l'Église. Les uns concernent spécialement la célébration du culte, les autres la sépulture ; quelques-uns même, par exemple les lampes, ont rapport à l'une et à l'autre.
Il est parfois assez difficile de déterminer d'une manière certaine l'âge de ces objets ; car il en est qui datent de la période d'excavation, c'est-à-dire des quatre premiers siècles, tandis que d'autres ne remontent qu'à la période des visites pieuses, qui s'étend du IV^ au IX^ siècle.
I. (Slllteb. Pendant les premiers siècles de l'Église, l'autel n'était probablement qu'une table de bois, comme le prouvent les autels en bois conservés encore aujourd'hui à Rome, dans les églises de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Pudentienne. Ces tables de bois, si l'on peut en croire la tradition, auraient servi au prince des apôtres pour la célébration des divins mystères.
Les catacombes fournirent plus tard le type des autels en forme de tombeau. Les tombes arquées avaient une table horizontale, recouvrant les restes du saint martyr; sur cette table on offrait la sainte messe (i).
Dans les basiliques souterraines ou grands oratoires l'autel se dressait au milieu ou sur un des côtés du presbytère, et consistait soit dans un coffre en bois, soit dans un massif de tuf ou de maçonnerie, soit dans une table de bois ou une plaque de marbre soutenue par des colonnes. Quelque-
(i) C'est dans la pratique de célébrer la sainte messe sur les tombeaux des martyrs que nous trouvons l'origine de l'usage, encore existant de nos jours, de déposer dans les autels des reliques plus ou moins considérables de martyrs.
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fois cependant on se servait, même dans ces endroits, d'une tombe arquée placée au fond de l'abside ; et alors la chaire pontificale se trouvait près de l'autel, du côté de l'Évangile.
Plusieurs autels en bois étaient portatifs et munis d'anneaux aux quatre angles pour rendre leur transport facile. On les déposait au milieu du chœur immédiatement avant la réunion des fidèles, et on les enlevait dès que l'office était terminé. Voici un passage d'un auteur très ancien cité par le commandeur de Rossi [Roma, II, p. 297, note), où il est question de l'autel portatif dont se sont servis les souverains pontifes des trois premiers siècles : « Ab episcopatu apostolorum principis usque ad sancti Silvestri felicissima tempora, saeviente persecutorum rabie, certa non erat episcopalis statio ; sed ubicumque nécessitas impulerat, sive in cryptis, sive in cimeteriis, sive in domibus... missam celebrabant super altare ligneum, in modum arcae concavum, habens in quatuor angulis circulos, in quibus vectes immittebantur, quibus a sacerdotibus portabatur ubicumque romanus episcopus latitabat vel ubi collectam disposuerat celebrare. »
Les autels construits sur les tombeaux des martyrs, et les tombeaux euxmêmes sont désignés, dans les écrits des premiers siècles, par les noms de confessio, martyrium, memoria et mensa. Ainsi la confession de Saint- Pierre, à Rome, n'est autre chose que le tombeau du prince des apôtres avec l'autel qui le recouvre.
De grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et percées de trous plus ou moins rapprochés entre eux, entouraient les tombeaux les plus
Fig. 105.
fréquentés, afin de les protéger contre les profanations et l'empressement parfois indiscret de certains fidèles animés d'un zèle outré. Ces cloisons
ajourées portaient le nom de tran- 2 ^ Nous donnons ci-contre (fig.
p^^n r^^^—i p^^^ r-7 io5) un fragment d'une transenna de \21\L^ik21AL^é: ^^Hr^ ce genre, découverte au cimetière de
Saint- Calhste, dans la chambre sé- Transenna à la crypte de Saint-Corneille, p^l^rale OÙ ont été enterrés plusieurs au cimetière de Saint-Calliste. . t , 1 .tt-.
souverams pontifes du 11^ et du III^
siècle. C'est à travers les ouvertures de ces grilles qu'on passait des linges et des étoffes pour les mettre en contact avec les tombeaux. Ces linges sanctifiés portaient le nom de brandea. Voyez ci-dessus p. 55, note 2.
Fig. 106
2. Cljaires >e powiip. Dans les basiliques souterraines des catacombes, un grand siège taillé dans le tuf se trouve ordinairement adossé à la paroi du fond de l'abside. Voyez la gravure de la page 40. Ce siège, qui a presque toujours la forme que donne notre figure 106, était destiné au pontife ou à l'évéque qui présidait l'assemblée des fidèles.
d'une date plus récente que le siège proprement
La chaire en bois de chêne dont s'est servi le prince des apôtres se conserve encore de nos jours à l'église de Saint-Pierre à Rome. A la chaire primitive on a ajouté plusieurs parties de bois ainsi que de petits bas-reliefs d'ivoire sculpté, qui sont
Chaire de pontife
au cimetière d'Ostrien. dit.
3. (I3rauî>0 lUt6e0 places prh î»Cî? tambeauv. Pendant la période des visites pieuses, c'est-à-dire après la conversion de Constantin, on plaça, à côté des tombeaux des martyrs les plus illustres, dans des niches creusées dans le tuf ou sur des fragments de fût de colonne, de grands vases ayant la forme d'un bassin large mais peu profond. On voit encore ça et là, dans les catacombes, les supports ayant servi de base à ces réservoirs.
Ces vases étaient destinés à recevoir le baume, les aromates et les huiles que les fidèles offraient en l'honneur du saint dont la dépouille mortelle reposait en ces lieux. Les offrandes se faisaient surtout au jour anniversaire du martyre, lorsqu'on venait célébrer auprès du tombeau du saint la solennité appelée station. Voyez ci-dessus p. 3y, note i.
4. (Ciinipes. Les lampes que l'on retrouve dans les catacombes ont la forme des lucernae des anciens. Elles ressemblent à une petite barque, un des symboles les plus usités dans la primitive Église ; quelques-unes même représentent un navire à voiles déployées, dans lequel saint Pierre tient le gouvernail tandis qu'on voit saint Paul debout à la proue dans l'attitude de la prédication. Dans les catacombes leur usage fut multiple : les unes servirent à éclairer les galeries et les chambres sépulcrales ; d'autres furent allumées, pendant la période des visites pieuses, en l'honneur des saints martyrs dans les chapelles qui renfermaient leurs restes mortels; on les plaça aussi à l'intérieur des niches sépulcrales comme symboles de la lumière céleste dont jouissent les élus; enfin, on les fixa très souvent à l'exté-
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rieur des niches comme moyen pour marquer la sépulture d'un parent ou d'un ami. Les lampes de cette dernière catégorie , qu'on rencontre dans beaucoup de musées , se reconnaissent aisément au ciment durci dont elles sont encore en partie couvertes.
Le nombre des lampes découvertes dans les catacombes est prodigieux. La plupart sont en terre cuite ; cependant on en rencontre aussi quelques-unes de bronze. Ces dernières, appartenant à une époque moins ancienne que celles d'argile, sont communément munies de Lr.mpe en bronze. chaînettes , ayant servi à les
suspendre aux voûtes des chapelles (fig. 107).
Parmi les lampes en terre cuite les unes sont garnies d'une espèce d'anse (fig. 108, 1 10 et m); les autres, et c'est le plus grand nombre, en sont dépourvues (fig. 109).
Fig. 108.
Lampe en terre cuite, au musée archéologique. de l'Université catholique de Louvain.
Lampe en terre cuite.
On rencontre quelquefois, sur les lampes, des ornements symboliques, tels que le poisson, la colombe, la palme, le cerf, le chandelier à sept branches (fig. 109), le bon Pasteur (fig. iii) et le monogramme du nom du Christ (fig. 110).
Lampes en terre cuite.
5. /int>e ï>e cmtpe en uerre tfOté. On a trouvé, dans les catacombes, une grande quantité de fragments de verre ornés de figures en or. Ce sont Fig. 112. des fonds provenant de
coupes ou de vases, qui, avant d'être brisés, affectaient quelquefois la forme d'une patère ou d'une soucoupe (fig. 1 12).
Vase en verre avec fond doré.
La plupart étaient fixés, comme signe ou moyen de reconnaissance, à l'extérieur du tombeau, dans la couche de ciment servant à sceller les briques ou les plaques de marbre fermant les niches sépulcrales. Quelques-uns ont été découverts gisant à l'intérieur de la tombe, ou bien aussi dans les chambres et les galeries funéraires. Ces derniers proviennent peut-être de vases ayant servi aux agapes ou à d'autres repas que les chrétiens des premiers siècles tenaient parfois dans les catacombes.
Les fonds de coupe portent presque tous des inscriptions faisant allusion à des festins. Voici les inscriptions qui se rencontrent le plus souvent : lo PIE ZESES, c'est-à-dire ttU 'CcTnç ou 'Çr.To^f.:, bois, tu vivras ou que tu vives; 20 SPES HILARIS ZESES CUM TUIS ; 3^ DIGNITAS AMICORUM VIVAS CUM TUIS FELICITER; 40 DIGNITAS AMICORUM PIE ZESES CUM TUIS OMNI- BUS BIBE ET PROPINA: 5» IN DEO ANIMA DULCIS PIE ZESES.
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Le procédé qu'employaient les artistes chrétiens pour dorer le verre et y tracer les figures était le suivant : Sur une lame de verre arrondie ayant la grandeur exacte du fond de la coupe, l'ouvrier fixait une feuille d'or battu sur laquelle il dessinait à la pointe sèche les figures, l'inscription et les autres détails qu'il voulait reproduire ; après quoi il ajustait cette lame ainsi préparée sur le fond ou sous le pied du vase, et soumettait le tout à l'action du feu jusqu'à ce que l'adhérence complète des deux parties fût obtenue.
Ces verres datent tous du Ilie et du IV^ siècle, et les sujets qu'on y voit figurés sont, en grande partie, les mêmes que ceux des peintures et des sculptures contemporaines. Voici cependant quelques particularités qu'ils présentent assez fréquemment :
1° On rencontre quelquefois, réunis sur un même verre, plusieurs symboles de l'ancienne loi. Ce sont presque toujours, comme dans l'exemple ci-dessous (fig. 1 13) : a) une armoire ouverte et remplie de cinq, six ou neuf Fig- 113. Fig. 114.
Fond de coupe.
Fonds de coupe en verre doré.
volumes, symboles des livres de l'ancien Testament; b) deux lions, préposés à la garde de la sainte Écriture; c) le chandelier à sept branches ; d) la. palme, emblème de la Judée ; et enfin e) le vase à deux anses, une corne d'abondance, des feuilles, des fruits et des oiseaux.
2^ Notre-Seigneur est souvent représenté sur les verres, comme dans les peintures des catacombes, sous la figure du bon Pasteur ou opérant des miracles. Quelquefois aussi il
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Fig. 116
Fig. 117.
Fonds de coupe.
est placé entre saint Pierre et saint Paul ou deux autres personnages, les couronnant (fig. 114) ou les bénissant. D'autres fois il occupe le médaillon central d'une espèce de rosace formée par plusieurs figures de saints inscrites dans des encadrements circulaires (fig. 1 15), ou isolées et disposées autour du médaillon central comme les rais d'une roue autour du moyeu (fig. 1 16).
Le miracle de Gana, qu'on ne rencontre pas dans les catacombes mais sur les sarcophages, est assez souvent reproduit sur les verres dorés. L'Évangile affirme que les urnes 'contenant le vin miraculeux étaient au nombre de six; cependant on en a toujours représenté sept sur les fonds de coupe (fig. 117); sur les sarcophages, au contraire, on n'en voit que cinq, trois et même quelquefois une seule. La représentation de cette scène est donc, comme dans beaucoup de peintures bibliques des catacombes, plutôt allégorique qu'historique; elle renferme une allusion évidente à la sainte Eucharistie, où le Sauveur se cache sous l'espèce sensible du vin.
30 La sainte Vierge aussi y figure souvent sous la forme d'une orante entre deux arbres (fig. 118) ou entre deux saints (fig. iig).
40 Sur un très grand nombre de verres on voit les apôtres saint Pierre et saint Paul, en buste, en pied ou assis. D'ordinaire, dans le Fond de coupe. champ entre les deux têtes se trouve soit une
Fonds de coupe,
couronne (fig. 120), soit des fleurs, soit le monogramme symbolisant le Sauveur (fig. 121), soit enfin Notre-Seigneur lui-même tenant une couronne au-dessus de la tête de chacun des deux apôtres (fig. 114). On remarque sur quelques fonds de coupe, que les caractères iconographiques des deux apôtres sont différents de ceux que nous leur appliquons aujourd'hui; c'est ainsi, par exemple, que la calvitie est souvent attribuée à saint Paul, tandis que saint Pierre a la tête chevelue. D'autres fois les deux apôtres se ressemblent. De plus, ils sont figurés tantôt imberbes, tantôt barbus.
On trouve aussi des verres ornés des images d'autres saints : sainte Agnès, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Sixte et saint Timothée y sont souvent figurés. Quelques verres portent les images de deux époux se donnant la main ou accompagnés de leurs enfants. Il y a aussi des fonds de coupe avec des sujets profanes et mythologiques.
Tous les verres dorés chrétiens connus jusqu'ici proviennent des catacombes romaines, à l'exception de trois, dont deux furent découverts à Cologne (l'un en 1864, près de Saint-Séverin, et l'autre, en 1866, près de Sainte- Ursule), et le troisième à Trêves, vers iSyS.
6. ^arcnpl)ac)C6 cl)vcticn6. On appelle sarcophage (mot dérivé de aàp'c,, chai?', et ï'^yw, je mange) un tombeau de marbre ou de porphyre, plus ou moins orné de sculptures (i). Dans les catacombes les sarcophages se trouvaient ordinairement sous les cintres des tombeaux arqués. Quelquefois divisés à l'intérieur en deux, trois et jusqu'en quatre compartiments, ils
(1) « Sarcophagus (T'yp/.o'^aYoç), mot à mot Carnivore; nom qui fut donné à une espèce » particulière de pierre à chaux qu'on lirait d'Assos en Troade, et qui avait la propriété « remarquable de consumer, dans l'espace de quarante jours, la chair et même, à l'excep- » tion des dents, les os d'un corps que l'on y renfermait. » Rich, Dictionnaire des antiquités romaines, \° Sarcophagus.
portent alors le nom de bisomes, trisomes ou quadrisomes, selon le nombre
des corps qu'on pouvait y déposer.
y On peut les classer en simples, riches et mixtes.
a) Les sarcophages simples consistaient quelquefois dans un auge ou coffre rectangulaire, sans ornementation. Voici (fig. 122) un sarcophage d'une grande simplicité, trouvé à la catacombe de Saint-Calliste. Le couvercle porte l'inscription moitié grecque, moitié latine : IRENE ET P[AX].
Fig. 122.
Sarcophage chrétien, trouvé au cimetière de Saint-CalHste.
Le plus souvent cependant les sarcophages simples étaient décorés d'ornements sculptés que l'on nomme strigiles. Les strigiles sont des cannelures faiblement sinuées, imitant l'étrille ou racloir, strigilis, instrument dont les anciens se servaient pour enlever, en grattant, l'humidité et les corps étrangers, répandus à la surface de la peau par la chaleur du bain de vapeur ou les exercices fatigants de la palestre. Les païens firent aussi un fréquent usage des sarcophages strigilés. De nos jours on en trouve encore partout en Italie, principalement à Rome, un grand nombre affectés à des usages profanes. Le sarcophage (fig. i23), trouvé au cimetière de Saint-Calliste, a sa face antérieure couverte de strigiles.
Fiç. 12-^.
Sarcophage chrétien strigilé, trouvé au cimetière de Saint-CaUiste. b) Les sarcophages riches ont les quatre faces, ou au moins trois d'entre elles, décorées de sculptures en bas-, demi- ou haut-relief. Lorsque, comme
cela arrive le plus souvent, on reproduit sur une même face plusieurs scènes ou statues, celles-ci sont tantôt simplement juxtaposées (fig. 124),
Sarcophage chrétien du iv^ siècle, au musée du Latran, à Rome