SUJETS REPRÉSENTÉS
Ordre supérieur : Le sacrifice d'Abraham. — Saint Pierre conduit en prison. — Notre-Seigneur entre saint Pierre et saint Paul. — Notre-Seigneur emmené captif. — Notre-Seigneur au tribunal de Pilate.
Ordre inférieur : Le saint homme Job. — Adam et Ève. — L'entrée triomphante à Jérusalem. — Daniel dans la fosse aux lions. — Saint Paul conduit en prison.
sonne, les parents avaient fait choix d'un sarcophage, le sculpteur achevait le buste et y reproduisait les traits du défunt. Il arriva cependant qu'on ne laissait pas à l'artiste le temps de terminer son travail. C'est ce qui explique pourquoi l'on trouve des sarcophages avec des bustes simplement dégrossis.
cj Les sarcophages mixtes sont ornés en partie de strigiles en partie de figures gravées au trait ou sculptées en relief. Le centre de la face antérieure porte une coquille avec un ou deux bustes, ou un symbole, tel que le monogramme, ou bien aussi des personnages en pied. Voici (fig. 126) la face anté-
Fig. 126.
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rieure d'un sarcophage très ancien, où Ton observe, sur la partie centrale, outre l'inscription, les figures symboliques du bon Pasteur, le poisson et l'ancre.
D'ordinaire, les deux extrémités de cette face ont également des sujets sculptés, et l'espace compris entre les extrémités et le médaillon central est couvert de strigiles, comme dans l'exemple suivant (fig. 127).
Fig. 127.
Sarcophage chrétien, trouvé au cimetière du Vatican. Les sarcophages des trois premiers siècles de l'ère chrétienne ne sont qu'exceptionnellement (i) des productions de l'art chrétien. Choisis avec circonspection dans les ateliers païens, ou sculptés par des artistes chrétiens d'après des modèles profanes, ils ne portent d'ordinaire aucune scène, aucun symbole dont la signification soit exclusivement chrétienne. Les premiers fidèles donnaient la préférence aux sarcophages païens sur lesquels figuraient des repas, des scènes maritimes, pastorales ou champêtres, à cause de l'analogie que ces sujets présentent avec certains types du cycle symbolique de la primitive Eglise. Ils choisissaient aussi des sarcophages avec des chasses, des courses, des jeux du cirque, des signes du zodiaque ou des scènes empruntées à la légende des temps héroïques, quelquefois même à la mythologie, et attribuaient à ces représentations une signification morale. Mais ils répudiaient toutes les représentations des rites idolâtres, les figures des faux dieux et tout ce qui appartenait trop manifestement à la théogonie païenne. Et lorsque, comme cela arrivait parfois, ils se servaient de sarcophages où se trouvaient ces dernières représentations, dans ce cas ils avaient soin de cacher les sculptures, soit en les recouvrant d'une épaisse couche de chaux, soit en les mutilant à coups de marteau, soit enfin en retournant la face principale du sarcophage du côté du mur ou vers l'intérieur du
(1) Le sarcophage du ii^-iii® siècle que produit notre figure 126 constitue une de ces exceptions. Il faut remarquer d'ailleurs que les symboles dont il est orné sont, non pas sculptés en relief, mais simplement gravés au trait.
tombeau. Les beaux sarcophages, en porphyre rouge, de sainte Hélène, mère, et de sainte Constance, fille de l'empereur Constantin, qui font partie du musée du Vatican à Rome, sont ornés de sujets n'offrant aucun symboHsme chrétien. Sur le premier on voit, avec les portraits de Constantin et de sa mère, des sculptures en haut-relief représentant une bataille ; les bas-reliefs du second figurent des génies ailés occupés aux travaux des vendanges. On trouve des gravures de ces sarcophages dans ARINGHI, Roma, éd. de Paris 1659, II, pp. 22 et 69.
Les symboles chrétiens ainsi que les scènes empruntées à l'histoire de la Bible apparaissent plus tard sur les sarcophages que dans les peintures des catacombes. « A Rome, dit le commandeur de Rossi, dans cette ville où l'art chrétien, protégé par les ténèbres souterraines, prit un si grand développement pendant les trois premiers siècles, la condition de la peinture diffère beaucoup de celle de la sculpture. La première nous met sous les yeux non seulement les paraboles et les allégories des Évangiles, mais aussi les scènes historiques des deux Testaments, représentées avec des intentions symboliques variées et plus ou moins manifestes, — les images du Christ, des apôtres, des saints et des fidèles dans l'attitude de la prière, — quelquefois enfin le baptême et l'Eucharistie. La sculpture, au contraire, est loin de jouir d'une telle liberté. La parabole et l'allégorie dominent dans les marbres antérieurs à Constantin. Si une exception à cette règle était constatée, les observations faites sur la plupart des monuments n'en resteraient pourtant pas moins vraies. D'où peut provenir cette différence, sinon de ce que le pinceau était libre dans les cavernes ténébreuses des cimetières, tandis que le ciseau était, en quelque sorte, enchaîné, circonspect et prudent dans les ateliers ouverts à la lumière du jour? Et, que l'on ne dise pas que l'horreur des premiers fidèles pour l'idolâtrie leur a inspiré une certaine répugnance pour les sculptures. En effet, sans parler des sculptures paraboliques et allégoriques, employées, comme je l'ai dit, et même recherchées avec prédilection dès le commencement, nous remarquons qu'à peine la paix est elle donnée à l'Église, partout les sarcophages et les autres sépultures se multiplient et se couvrent des sujets dont les types primitifs se rencontrent presque tous dans les fresques des catacombes. La crainte des persécuteurs seule empêcha donc le libre développement de la sculpture ; et, une fois cette crainte apaisée, nous voyons les sculpteurs chrétiens reproduire, à l'époque de Constantin, les sujets que les peintres avaient eu l'habitude de représenter pendant les trois premiers siècles. » Roma sotterranea, I, p. 99.
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Les scènes pastorales et champêtres, l'histoire d'Ulysse, le bon Pasteur et les orantes sont les sujets qu'on rencontre le plus souvent sur les sarcophages du IIF siècle. Très rarement on y voit l'histoire de Jonas ou d'autres y représentations appartenant au cycle des types que nous avons rencontrés
dans les peintures des catacombes. Ulysse, bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons et se faisant attacher lui-même au mât de son vaisseau pour échapper à la séduction que les sirènes exerçaient par leurs chants sur les navigateurs, était considéré par les premiers chrétiens comme la figure du Sauveur. Depuis que le Christ a été attaché à la croix nous traversons, l'oreille fermée, les séduisants écueils du monde.
Les sarcophages chrétiens sont rares pendant les trois premiers siècles ; la plupart sont postérieurs à la conversion de Constantin. En général, les sujets représentés sur ces derniers sont les mêmes que ceux des peintures des catacombes et contiennent une allusion plus ou moins directe au dogme de la résurrection. Les sujets que l'on rencontre sur les sarcophages et non pas dans les peintures sont presque tous empruntés à l'histoire de la vie, et surtout de la passion de Jésus-Christ. Les principaux sont : la Nativité de Notre-Seigneur; 2° le miracle de Cana; 3° la guérison de la Chananéenne ; 40 saint Pierre recevant les clefs ; 5° l'entrée triomphale de Notre-Seigneur à Jérusalem ; 6<=> Notre-Seigneur captif; 7° le reniement de saint Pierre; 8^ l'emprisonnement de saint Pierre et de saint Paul; et 9° la comparution de Notre-Seigneur devant Pilate.
Remarquons aussi que les scènes de la passion proprement dite, telles que la flagellation, le couronnement d'épines et le crucifiement, ne se trouvent jamais sur les sarcophages et sont complètement exclues de tous les monuments primitifs du christianisme. Cette absence ne peut s'expliquer que par une règle tracée par l'autorité. La comparution devant Pilate, qui est souvent représentée sur les sarcophages postérieurs à Constantin, était destinée à rappeler aux fidèles la passion entière. Cette scène a presque invariablement pour pendant le sacrifice d'Abraham. Voyez p. 112, la fig. i25, où ces sujets occupent les deux extrémités de l'ordre supérieur du sarcophage. Dans cette disposition les premiers chrétiens avaient évidemment pour but de mettre en regard la figure et la réalité, le sacrifice d'Abraham et celui de la croix.
Les chrétiens conservèrent l'usage, qui existait chez les païens, d'orner
les couvercles des sarcophages de dauphins et de monstres marins.
Voyez, sur les différences qui existent entre les sarcophages de l'Italie et ceux du midi de la Gaule, Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, pp. 394 et suiv.
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y. €)bjet6 trouves Î>an0 lee tombeaur. Les chrétiens des premiers siècles plaçaient souvent dans les sépultures des objets ayant appartenu au défunt. Ces objets étaient de verre, d'ambre, d'ivoire, d'os ou de bronze, très rarement d'or ou d'argent. On ensevelissait ordinairement les martyrs avec les instruments qui avaient servi à leur supplice.
Fig. 128.
Fig. 129.
On trouve dans les tombes des fidèles : lo des tissus <i'or,dont on s'était servi pour envelopper la dépouille mortelle du défunt; 2° des anneaux (fig. 128), des bracelets et des bijoux; 3» des jouets d'enfant^ tels que des poupées en ivoire, etc. ; 40 des reliquaires portatifs, désignés sous* le nom âCencolpia (de Iv, dans, sur, et /^olKoc, sein, poitrine), parce qu'on les suspendait sur la poitrine (fig. 129); 5° des vases de verre ou de terre cuite, placés ordinairement près de la tête du cadavre ; Fig. 130. Fig. 131. Fig. 132.
Anneau.
Reliquaire.
Tenailles ou forceps.
Plumbatae.
Ongles (1).
(i) Les ongles de fer, ungulae ou unci, ont souvent été employés comme instruments de supplice pendant l'ère de la persécution. Nous lisons, en effet, dans les actes d'un grand nombre de martyrs, qu'ils furent déchirés avec des crocs ou des ongles de fer, uncis ou imguUs ferreis excarnificati. On conservait autrefois, au musée chrétien du Vatican à Rome, des ongles de fer présentant la forme que reproduit notre figure 132, il est constaté maintenant que ces objets provenaient de tombeaux non pas chrétiens mais étrusques. Aussi les a-t-on, depuis quelque temps, éloignés du musée.
quelques-uns renfermaient le sang des martyrs (voyez ci-dessous, n^ 8); 6° des instruments de supplice, notamment des clous, des lances, des flèches, des tenailles (fig. i3o) et des plumbatae (fig. i3i). Les plumbaiae étaient des espèces de fouets formés de cordes, de lanières en cuir ou de chaînettes, dont l'extrémité était garnie de boules de plomb. Un grand nombre de martyrs moururent sous les coups de ce terrible instrument.
8. I)a0e6 ïre eailg. Parmi les signes certains du martyre le principal est le vase de verre ou d'argile ayant servi à recueillir le sang du martyr et placé à l'intérieur du tombeau ou scellé à l'extérieur de la niche sépulcrale. Ces vases ont différentes formes. En voici deux exemples :
Fig. 133. Fig. 134.
Fioles ayant servi à conserver le sang des martyrs.
Nous savons par le témoignage des auteurs ecclésiastiques que les premiers chrétiens recueillaient soigneusement le sang des martyrs soit avec des linges, soit avec des éponges, qu'on exprimait ensuite dans des vases destinés à être conservés dans l'endroit même où le corps était enseveli. Quelquefois les éponges et les linges imprégnés de sang ont été, après plusieurs siècles, retrouvés intacts dans les vases fixés aux tombeaux.
Les vases de sang se rencontrent assez souvent dans les catacombes romaines. Presque toujours la partie liquide est évaporée, et le sang ne laisse d'autre trace qu'une croûte sèche tapissant les parois intérieures de la fiole, — croûte qu'on ne peut pas confondre avec les lamelles produites par l'oxydation des parties ferrugineuses du verre lui-même et adhérentes aux parois tant extérieures qu'intérieures du verre. Quelquefois aussi, mais rarement, on a trouvé des fioles hermétiquement bouchées et renfermant encore le sang à l'état liquide. Une des découvertes les plus intéressantes de ce genre, faite en 1872 à la catacombe de Saint-Saturnin à Rome, est celle d'une petite
fiole affectant la même forme que le vase reproduit par notre figure 1 33. Elle contenait une substance liquide qui, soumise à des analyses chimiques très minutieuses, a été reconnue être du sang, ou, comme dit le procès verbal dressé à cette occasion « un liquide positivement animal qui, par son aspect physique et par la quantité de fer qu'il renferme, se révèle clairement à nous comme du sang. » Voyez DE ROSSI, Roma sotterranea, III, pp. 619- 620, et 713-716.
La présence de la fiole de sang est une preuve certaine que le chrétien, enseveli dans le tombeau auquel elle est fixée, a subi le martyre. C'est sur cette preuve qu'on se fonde dans la reconnaissance des corps des martyrs extraits des catacombes.
Par un décret du 10 avril 1668, la sacrée congrégation des indulgences et des reliques déclara que la palme et la fiole teinte de sang sont des indices certains du martyre. La palme seule, comme nous l'avons dit, n'est pas un indice suffisant; mais en est-il de même de la fiole? — Les savants ne sont pas d'accord sur la réponse à donner à cette question. Quelques-uns révoquent presque entièrement en doute la valeur de ce signe ; d'autres, comme Mabillon, pensent que, dans le cas où il est bien constaté que les vases ont servi à renfermer, non pas des essences, de l'eau bénite ou autres substances semblables, mais du véritable sang, ils fournissent une preuve certaine du martyre ; enfin, il en est qui disent que la présence du vase indique toujours la sépulture d'un martyr. Benoît XIV affirme que « de son temps ceux qui » présidaient aux fouilles des cimetières se basaient, dans la récognition des » corps des martyrs, non sur la présence de la palme, mais uniquement sur )) celle du vase teint de sang ». Après Benoît XIV la même pratique a été observée par les personnes chargées successivement par le saint-siége de présider aux exhumations des corps dans les catacombes.
La publication d'un traité intitulé : De phialis rubricatis (i) donna occasion, en i855, à une controverse assez animée sur la valeur des ampoules scellées dans les parois des tombeaux chrétiens des catacombes. Vivement ému par ces discussions, Sa Sainteté Pie IX chargea une commission spéciale de l'examen de cette controverse, qui est d'une si haute importance pour la
(1) Cet opuscule anonyme, dû à la plume du père Victor De Buck, boUandiste, fut imprimé à Bruxelles en 1855. L'auteur ne nie pas que le vase de sang soit un indice certain du martyre, mais il s'attache à prouver qu'on trouve dans les catacombes un grand nombre de vases ayant servi à d autres usages, et qu'il est souvent très difficile de ne pas les confondre avec les fioles ensanglantées.
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reconnaissance des reliques des martyrs. Sur l'avis de cette commission, composée d'hommes versés dans les antiquités chrétiennes, la sacrée congrégation des rites publia, le lo décembre i863, un décret approuvé par le souverain pontife, où elle déclare que les fioles de verre ou les vases de terre y teints de sang, que l'on trouve dans les niches sépulcrales des catacombes, doivent être regardés comme un signe de martyre.
9. €>bjet0 Ïrit)er0 $aUeô a Vtxihïmx tomb^aur. Outre les lampes, les fonds de coupe et les vases de sang, dont nous venons de parler, on a trouvé, dans les catacombes, une quantité prodigieuse de petits objets de toute nature, encastrés dans le ciment, à l'extérieur des niches sépulcrales, comme marque et signe pour reconnaître la tombe de personnes alliées ou amies, dépourvue d'épitaphe. La variété de ces objets est telle qu'il nous serait difficile, pour ne pas dire impossible, d'en faire l'énumération même sommaire.
Parmi ces objets les uns sont façonnés par la main de l'homme, les autres ne le sont pas. On peut ranger dans la première catégorie les bas-reliefs, les statuettes, les petits bustes et les fragments de sculptures en pierre et en marbre ; les tessons de poterie ; les fragments de vases en cristal et en verre émaillé et doré; les cubes et les petites plaques de mosaïque; les bagues, les colliers, les bracelets et un grand nombre d'autres objets de toilette féminine d'ambre, d'os, d'ivoire et de nacre; les jouets d'enfant; les feuillets de tablettes à écrire ; les plaques de bronze ; les garnitures, les poignées et les ornements d'applique pour portes et sièges, en os, en ivoire, en bronze et en fer; les camées, les intailles, les monnaies et les médailles; les ustensiles de ménage; en un mot tout, depuis l'objet le plus vil jusqu'aux bijoux les plus précieux. La plupart de ces objets sont brisés ou usés, sans doute parce que, dans leur choix, les premiers chrétiens donnaient la préférence à des objets délabrés ou mis au rebut qui, à cause du mauvais état où ils se trouvaient, ne pouvaient plus servir aux usages auxquels ils étaient destinés primitivement.
Ce ne sont pas seulement les choses façonnées par la main de l'homme qu'on employa comme signaux, mais aussi des fragments bruts de toute espèce de substances, les objets naturels les plus divers et les plus bizarres : des morceaux de tuf, des éclats de pierre ou de brique, des noyaux de fruits, des feuilles d'arbre ou de plante, des dents et des os d'animaux, des limaçons, des écailles de moule et d'huître, des coquillages, etc. Ces objets,
fixés dans le ciment, étaient disposés de manière à dessiner des figures dont on pouvait facilement conserver le souvenir.
Quelquefois même, au lieu d'encastrer des objets étrangers dans le mortier, on se contenta d'y tracer des chiffres, des lignes, des figures géométriques, n'ayant aucune signification symbolique ni alphabétique. Souvent aussi on rencontre des empreintes plusieurs fois répétées, disposées en ronds ou en figures variées et obtenues soit avec un bâton, soit de la manière la plus primitive, c'est-à-dire avec le bout du doigt.
On aurait tort de vouloir chercher du symbolisme chrétien dans l'emploi de cette multitude d'objets et de signes si variés, dont la minime partie seulement appartient à l'art chrétien. La plupart n'offrent aucun caractère religieux, ou bien accusent l'art païen; il en est même quelques-uns qui sont ornés de sujets mythologiques et franchement polythéistes.
(( La série des objets qui garnissent les tombes souterraines des chrétiens, dit le commandeur de Rossi, commence par les morceaux informes de tuf, de brique et de pierre..., et s'élève graduellement jusqu'aux précieux camées en pierre dure, et jusqu'à l'argent et l'or ; ces derniers pourtant y sont extrêmement rares. Le fragment le plus informe et le plus méprisable, comme le plus noble et le plus parfait, sont également encastrés dans le ciment, à l'extérieur des niches sépulcrales, presque toujours sans aucune recherche d'effet décoratif. Ce qui plus est, la majeure partie des objets, même ceux de matière précieuse et de forme artistique, sont brisés et mis au rebut, ou semblent pris au hasard et sans aucun choix prémédité par les personnes prenant part à l'ensevelissement. De tout cet ensemble de faits il résulte clairement que les chrétiens, après avoir fermé les niches dépourvues d'épitaphe, ont cherché à les distinguer au moyen de marques différentes... Je ne nie pas cependant, que quelques personnes, plusieurs même peut-être, qui en avaient le loisir et cherchaient à soulager leur douleur, aient donné de propos délibéré la préférence à des objets de valeur ou ayant appartenu au défunt, comme il est arrivé fréquemment pour les poupées fixées sur les tombes d'enfant. Puisque l'intention première et la signification de cette pratique sont telles que nous venons de le dire,... nous ne devons pas du tout nous étonner que les premiers fidèles n'aient fait aucune attention aux figures gravées, ciselées ou dessinées sur ces fragments, dont l'usage était plutôt matériel que moral. La même chose d'ailleurs devait arriver dans l'emploi journalier et domestique des choses concernant les nécessités et les commodités de la vie. Les idoles étaient proscrites de la maison du fidèle. Personne
n'ignore que Clément d'Alexandrie recommandait aux chrétiens de faire preuve d'attention et de discernement lorsqu'il s'agissait de déterminer les symboles qui convenaient ou ne convenaient pas pour être représentés sur leurs bagues et sur leurs sceaux. Mais, est-il croyable qu'en pratique ils aient eu du scrupule à propos de toute figurine mythologique servant de motif de décoration pour un ustensile ou tout autre objet domestique. Le fait même des marques distinctives des tombeaux, dont nous traitons en ce moment, nous enseigne avec quelle liberté et quelle inattention la plupart procédaient en cette matière. » Roma sotterranea, III, pp. Syy-SyS.
ARTICLE IL
MONUMENTS CHRÉTIENS DES TROIS PREMIERS SIÈCLES EN DEHORS DES CATACOMBES.
Dans le premier paragraphe nous traiterons des édifices religieux construits au-dessus du sol; dans le second, des cimetières à fleur de terre, et dans le troisième des vêtements sacrés et des instruments du culte antérieurs à la conversion de l'empereur Constantin.
Nous n'aurons pas beaucoup à dire sur ces différents objets. D'abord, les chrétiens poursuivis et harcelés n'avaient pas, aux deux premiers siècles, des édifices publics affectés au culte, mais se réunissaient ou bien dans des maisons particulières, ou dans leurs cimetières souterrains ; ensuite, peu ou point de monuments antérieurs à Constantin ont échappé aux injures du temps et à la fureur des persécuteurs ou des barbares.
Les écrits des Pères et des auteurs ecclésiastiques, et non les monuments eux-mêmes, nous fournissent les preuves de la plupart des assertions que nous émettons.
§ I. — - ÉDIFICES RELIGIEUX CONSTRUITS AU-DESSUS DU SOL PENDANT LES TROIS PREMIERS SIÈCLES.
Avant la conversion de Constantin, les réunions des fidèles avaient ordinairement lieu dans les maisons des plus riches chrétiens. Nous savons par les témoignages historiques que le sénateur Pudens et ses deux filles sainte Praxède et sainte Pudentienne, la famille de saint Clément, une pieuse matrone du nom de Lucine et plusieurs autres personnages fortunés avaient
dans leurs palais des oratoires où les souverains pontifes venaient célébrer les saints mystères en présence de la foule des fidèles. Plusieurs de ces oratoires furent remplacés, après la conversion de Constantin, par des basiliques, auxquelles on donna le nom des personnes pieuses qui en avaient cédé la propriété à l'Église ; et, si ces personnes étaient portées plus tard au nombre des saints, ces basiliques leur étaient dédiées. Telle fut à Rome l'origine des églises de Saint-Clément, de Sainte-Pudentienne, de Sainte-Praxède, de Sainte-Cécile et de Saint-Laurent-in-Lucina.
Mais ce n'étaient pas là des églises proprement dites. La plus ancienne mention d'un temple chrétien, dans la rigoureuse acception du mot, ne date que du temps d'Alexandre Sévère, qui fut empereur de 222 à 235. Sous le règne de ce prince, une contestation s'éleva entre des chrétiens et des cabaretiers, popinarii, au sujet d'un emplacement où les premiers voulaient bâtir une église. Le prince, pour terminer le différend, prononça cette sentence si admirable dans la bouche d'un païen : « Il vaut mieux permettre que la Divinité soit adorée en ce lieu d'une manière quelconque, que de le livrer à des débitants de vin. » Environ trente ans après, Gallien rendit aux évêques l'usage, non seulement des anciens cimetières, mais encore des temples envahis par les païens. Dans la seule ville de Rome il y avait à cette époque quarante-six églises ou oratoires. Plus tard Dioclétien ordonna de détruire ces mêmes églises, dont les chrétiens avaient joui paisiblement depuis près d'un demi-siècle, c'est-à-dire depuis le décret de Gallien, porté en 260, jusqu'en 3o3, où fut rendu celui de Dioclétien.
On ne connaît ni la forme ni la distribution intérieure de ces églises primitives. L'historien Eusèbe, qui rapporte le fait de leur existence et de leur destruction, ne nous fournit aucun renseignement sur leur forme. Les Constitutions apostoliques ^ qui datent du III^ siècle, prescrivent que l'édifice sacré soit plus long que large, imitant la figure d'un vaisseau.
Pendant les premiers siècles ces églises portaient le nom de dominicum, c'est-à-dire maison du Seigneur,
Fig. 136. Les seuls monuments apparents
des trois premiers siècles parvenus
^ "X jusqu'à nous sont les cellae des
cimetières, auxquelles on a aussi I 1 donné, dès le commencement du
ive siècle, le nom de ^^5z72^we5. Ces I I petits édifices, construits dans les
Anciennes ce//ae, au cimetière de Saint-Calliste. cimetières, servaient de lieu de réu-
nion aux fidèles. Les plans de deux cellae^ existant encore au cimetière de Saint-Calliste, à Rome, que nous donnons ci-dessus (fig. i35 et i36), feront comprendre la disposition ordinaire de ces oratoires. Trois faces se terminent par une abside semi-circulaire; la quatrième face, entièrement ouverte, forme la porte d'entrée. Pour autant qu'on peut le conjecturer par les fondations et parties inférieures des murs primitifs conservées jusqu'aujourd'hui, ces oratoires étaient couverts d'une voûte de briques, en forme de coupole ou de dôme, (( Les cellae, dit le commandeur de Rossi, sont ces petits édifices que les anciens Pères, et notamment les Pères africains, et souvent aussi le Liber pontificalts, appellent memoriae martyrum. Les fidèles s'y réunissaient pour prier et célébrer les divins mystères. Ces cellae changèrent insensiblement leur nom primitif en celui de basiliques. Les somptueuses basiliques, érigées sur les tombeaux des martyrs, après que la paix eut été accordée à l'Église, ne sont donc que des amplifications des cellae et des memoriae érigées, dans les commencements, comme édifices sépulcraux à la surface du sol des cimetières. » Roma sotterranea, I, p. 96.