L. Places destinées aux fidèles des deux sexes
M. Cancels.
N. Porte sainte.
P. Siège de l'évêque.
Q. Autel.
R. Bancs des prêtres.
S. Diaconicum.
T. Prothesis.
N. B. Le plan ci-joint est celui de l'église de Saint- Clément telle qu'elle existe aujourd'hui. Cette église, bien qu'elle ne date que du xii® siècle, reproduit la disposition des basiliques chrétiennes. Depuis quelques années on a découvert, sous l'église actuelle, des restes considérables de la basilique primitive dont le plan est pour ainsi dire le même que celui de la basilique du xii'' siècle.
Plan de la basilique de Saint-Clément, à Rome.
OÙ les fidèles se lavaient les mains et le visage avant d'entrer dans la maison du Seigneur (i). L'atrium des grandes basiliques était souvent précédé, du côté de la rue ou de la place publique, d'un porche A, ou bien d'un portique ou péristyle en forme de colonnade, qui portait le nom de narthex extérieur. Le narthex intérieur D s'ouvrait au fond de l'atrium. C'était une sorte de vestibule proprement dit, formé par le portique transversal adossé à la façade de la basilique.
Cette première partie de la basilique était occupée, pendant l'office, par ceux auxquels les lois ecclésiastiques défendaient de prendre part aux assemblées des fidèles. Dans l'atrium se tenaient les pénitents du premier degré, appelés pleurants (2) ; dans le narthex, les pénitents du second degré ou
(1) C'est dans ces ablutions que nous trouvons l'origine de l'usage de prendre l'eau bénite à l'entrée de l'église. Le cantharus des anciennes basiliques a été remplacé par les bénitiers, placés à proximité du porche ou attachés aux piliers près de l'entrée des églises.
(2) Pour l'intelligence de tout ce qui se rapporte aux stations des pénitents dans les basiliques, il faut connaître la discipline ancienne de l'Église en matière de pénitence canonique. 'Vers le milieu du iii^ siècle, l'Église établit quatre degrés de pénitence, savoir : 1» ■K^Q'jY.lcf.D'yvj^ fletum, les pleurs; 2» axpdao-tv, auditionem, l'audition; 3° ûn-ô/rTwo-tv, substrationem, la substration; 40 a-jTTaatv, consistentiam, la consistance. Les pleurants se tenaient en dehors de l'église, et priaient ceux qui entraient dans le lieu saint d'intercéder pour eux auprès du Seigneur et des prêtres ; les écoutants étaient autorisés à entrer dans
écoutants, les catéchumènes du premier ordre (i), les lépreux et les énergumènes, en un mot, tous ceux qui étaient exclus de toutes les parties de l'office, à l'exception du sermon. Au VI^ siècle, on commença à placer dans le narthex les baptistères, qui jusque là s'étaient trouvés en plein air.
L'atrium et le narthex n'avaient pas les mêmes proportions relatives dans toutes les basiliques. Leur grandeur dépendait de l'espace dont on disposait pour bâtir. Quelquefois même on les supprimait totalement.
Du narthex on entrait par une, trois ou cinq portes, dans la basilique, qui était communément divisée en trois nefs par deux rangs de colonnes. Cependant on trouve des basiliques chrétiennes, comme on en trouve de profanes, entièrement dépourvues de colonnes, ou bien partagées en cinq nefs par quatre rangs de colonnes. La basilique de Saint- Paul-hors-les-murs, à Rome, appartient à cette dernière catégorie.
La porte du milieu E, appelée porte royale, pof^ta regîa, pulchra ou speciosa, donnait dans la nef principale, qui symbohsait l'Éghse du Christ, dont les apôtres et leurs successeurs sont les pilotes. Les autres portes E' conduisaient du narthex dans les collatéraux ou bas côtés. Le collatéral droit était réservé aux hommes, celui de gauche aux femmes. Lorsque les basiliques avaient des galeries au-dessus des bas côtés (comme à Sainte- Agnès et à Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome), ces galeries étaient occupées par les femmes.
A l'entrée de la nef du milieu se trouvait d'abord la place des pi^osternés ou pénitents du troisième degré F, et des catéchumènes du deuxième ordre G, puis celle des consistants ou pénitents du quatrième degré H. Venait ensuite celle des fidèles L.
En avançant dans la nef, on rencontrait les ambons, I et J, chaires destinées à la lecture des saintes Écritures, aux prédications des prêtres et des diacres, et à la promulgation des lois ecclésiastiques. Ordinairement les ambons se trouvaient vers le milieu de la nef principale ; on ne saurait cependant établir une règle fixe à cet égard. Près des ambons se tenaient les clercs inférieurs et les chantres ; les moines, les solitaires et les enfants étaient placés un peu plus avant. Près de là était aussi le senatorium K, enceinte réservée aux familles sénatoriales et aux grands en général.
le temple pour entendre les instructions; les prosternés, qui se trouvaient à l'intérieur de la nef, se prosternaient pendant quelques parties de l'office divin, et sortaient, comme les autres pénitents, à un moment donné ; les consistants pouvaient demeurer à l'église pendant toute la durée de l'office, mais ils étaient exclus de la participation des sacrements, (i) Lly avait plusieurs ordres de catéchumènes. Voye? cr-dessous, p. 152.
Enfin venait la troisième partie de la basilique, la partie la plus sainte et la plus vénérée, celle où il était défendu aux laïques de pénétrer, et que l'on appelait le sanctuaire. Elle était séparée de la nef par une grille ou balustrade à jour M, de bois, de marbre ou de métal, appelée cancel ou chancel, et élevée de quelques degrés au-dessus du sol de la nef. On y pénétrait par la porte sainte N, qui n'était ouverte qu'à l'évêque, aux prêtres et aux diacres.
Uautel Q. occupait le milieu du sanctuaire et se dressait sur plusieurs marches.
Derrière l'autel se développait Vabside, de forme semi-circulaire, bâtie en hors-d'œuvre et couverte ordinairement d'une demi-coupole. Les parois et la voûte de l'abside furent, dès l'origine, décorées avec luxe; on les orna d'ouvrages en mosaïque ou de revêtements en marbre de différentes couleurs.
Le mur plat au-dessus de la grande arcade formant l'entrée de l'abside était appelé arc triomphal; il offrait aussi des peintures en mosaïque.
Le siège P de l'évêque était placé au fond de l'abside, et élevé de plusieurs degrés au-dessus du sol. A droite et à gauche du siège épiscopal se trouvaient, adossés à l'hémicycle de l'abside, les sièges ou bancs R destinés aux prêtres assistant à l'office divin. L'abside portait le nom de presbyterium, parce qu'elle était réservée aux prêtres, presbyteri. Quelquefois le presbytère était entouré d'un collatéral et communiquait avec celui-ci au moyen d'arcades portées sur des colonnes et ouvertes derrière le siège du pontife et les bancs des prêtres. Ce collatéral, destiné aux femmes, s'appelait matroneum.
A droite et à gauche du sanctuaire, il y avait deux petites places en forme d'absidioles (petites absides), portant le nom générique de pastophoria : celle de gauche S, appelée diaconicum^ servait de sacristie; on y déposait les ornements et les vases sacrés; dans celle de droite T, nommée prothesis, oblationariwn ou secretarium, étaient conservées les offrandes de pain et de vin faites par les fidèles pour le saint sacrifice.
Ce fut là la disposition primitive des basiliques. Le changement le plus notable que subit dans la suite le plan des basiliques fut l'adjonction du transept, ou nef transversale entre l'abside et la nef proprement dite. Le transept rappelle les chalcidiques qu'on voyait dans quelques basiliques profanes, et qui étaient également, pour autant qu'on peut en juger par les œuvres de Vitruve, des nefs transversales disposées, en certains cas, aux extrémités des basiliques. L'addition du transept aux basiliques chrétiennes, assez rare pendant la période latine, donna au plan des égUses la forme d'une croix. On trouve, dès le siècle, des égUses munies d'un transept.
2. Q^n^iue îre la basilique cl)retienuc. Les savants ne sont pas d'accord sur la question de l'origine de la basilique chrétienne. Plusieurs la font dériver de la basilique profane (i) ; d'autres, au contraire, nient cette influence. Ceux qui défendent la première opinion sont encore divisés entre eux : les uns soutiennent que des basiliques profanes furent affectées au culte et converties en églises par l'empereur Constantin ; les autres rejettent cette assertion comme dénuée de preuves, et pensent que les chrétiens ont modelé, sur les basiliques profanes, les temples qu'ils élevèrent au culte du vrai Dieu.
Voyons quelle est la valeur de chacune de ces opinions. D'abord celle qui soutient la transformation des édifices civils en églises chrétiennes ne résiste pas à un examen quelque peu sérieux. En effet, cette transformation n'aurait pu avoir lieu qu'après la conversion de Constantin au moment où l'Église obtint sa liberté. Or, même pour cette époque, l'hypothèse est inadmissible : après, comme avant la conversion de Constantin, les basiliques profanes avaient leur destination primitive, celle de servir de palais de justice et de bourses commerciales. D'ailleurs, aucun fait, aucun témoignage historique ne peut être mvoqué en faveur de cette opinion. Lorsqu'on lit les auteurs qui traitent de l'influence des basiliques profanes sur les basiliques chrétiennes, on est souvent étonné de voir comment presque tous admettent sans la moindre preuve et répètent sans cesse que Constantin, après sa conversion, transforma plusieurs basiliques profanes en églises chrétiennes. Ces écrivains citent, entre autres, comme exemples d'édifices transformés de cette manière, les basiliques de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Croix-en-Jérusalem, à Rome. Or Constantin ne céda pas des basiliques, mais bien deux de ses palais, pour que, sur leur emplacement, on élévât des temples chrétiens.
L'opinion, diamétralement opposée, qui nie que les basiliques profanes aient servi de modèle et de type aux basiliques chrétiennes, nous paraît également dénuée de fondement. En effet, pour ne pas parler de l'identité du nom de basiliques, donné aux unes comme aux autres (2), la ressemblance que nous remarquons dans le plan et la disposition des parties essentielles de ces monuments nous oblige, en quelque sorte, de reconnaître une imita -
(1) On ne peut pas chercher le modèle des basiliques dans les temples païens, parce que ceux-ci, destinés régulièrement aux seuls sacrificateurs, étaient généralement trop petits pour pouvoir être convertis en église chrétienne. Nous parlons ci-dessous, p. 157, de certains temples païens affectés dans la suite au culte chrétien.
(2) Le mot basilique dérive de l'adjectif grec 6aa-t)txèr, royal, regius. Au féminin cet adjectif a la forme gao-t^f^vj; il faut donc sous-entendre un substantif du genre féminin, tel que outa, maison, ou oroà, portique.
tion presque servile, et d'affirmer que la basilique chrétienne tire son origine de la basilique profane. D'ailleurs, quiconque a étudié tant soit peu l'histoire du développement des styles d'architecture aux différents âges comprendra facilement l'impossibilité de nier cette filiation, surtout s'il se rappelle qu'aux ive, et VF siècles l'art architectural était en pleine décadence. « C'est seulement du règne de Constantin, dit de Dartein, que date, à proprement parler, l'architecture religieuse chrétienne. Jusque-là les persécutions n'avaient guère permis aux chrétiens d'élever des monuments vastes et durables pour l'exercice public de leur culte : mais à peine furent-ils devenus libres, qu'ils s'empressèrent de construire des églises sur tous les points de l'empire. C'était le meilleur moyen de proclamer leur culte. En fait d'art, les chrétiens n'avaient aucune raison d'être novateurs ; et quand même ils eussent aspiré à le devenir, ils n'auraient pu, de prime saut, improviser un type pour leurs églises. Il leur fallait d'abord se servir de l'un des types de l'architecture romaine, sauf à l'approprier aux besoins de leur culte et à le transformer ensuite à mesure que des exigences nouvelles se feraient sentir. Ce fut ainsi qu'ils procédaient, et leur choix se porta naturellement sur la basilique, qui convenait mieux qu'aucune autre espèce d'édifice, soit au but qu'ils voulaient atteindre, soit aux moyens dont ils disposaient. » Etude sur r architecture lombarde, 1^^ partie, p. 2.
Il est vrai qu'il existe quelques différences entre les basiliques profanes et les basihques chrétiennes; mais ces différences sont peu importantes. Ainsi, par exemple, l'atrium avec sa fontaine et ses portiques, la distribution intérieure de l'édifice obtenue au moyen de clôtures ou chancels sont tout à fait propres aux basiliques chrétiennes. Mais ces adjonctions, faites pour les exigences et la régularité du culte, constituent des différences purement accidentelles et non pas substantielles, ou exerçant une influence réelle sur les dispositions architecturales des basiUques.
L'opinion qui tient que la basilique profane a servi de type à la basilique chrétienne nous paraît donc la plus probable et la mieux fondée. Les chrétiens ont construit eux-mêmes leurs basiliques ; dans cette construction ils ont pris pour modèles les basiliques profanes, dont ils ont approprié les diverses parties aux besoins du culte chrétien : ils y ont ajouté certaines parties, telles que l'atrium et les portiques ; à d'autres parties, dont le plan était variable dans les basiliques profanes, ils ont constamment donné la même forme, comme c'est le cas pour les absides semi-circulaires du chœur; enfin, ils ont étabfi, à l'intérieur de l'édifice, des clôtures qui n'existaient pas dans les basiliques profanes.
Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'il faut chercher le modèle des basiliques chrétiennes dans les petits édifices érigés en plein air, au-dessus des catacombes, ou dans les oratoires des palais de particuliers, ou bien encore dans les grandes chapelles souterraines des catacombes auxquelles, dans ces derniers temps, on a donné improprement le nom de basiliques. D'abord, il est possible que ces petites basiliques de cimetière, comme on les appelle, aient contribué à faire préférer la forme absidale, parfois triple, pour la terminaison du chœur des basiliques ; il se peut aussi que la disposition de l'autel au-dessus de la confession ou tombeau du martyr, et celle des escaliers pour descendre dans la crypte ait été empruntée à ces mêmes monuments ; mais il y a loin de ces petits détails accessoires au plan général des basiliques. Ensuite, les chapelles privées, établies dans les palais de chrétiens riches et les chapelles souterraines des catacombes, n'ont, sous le rapport architectural et de la science de la construction, absolument rien de commun avec les basiliques chrétiennes proprement dites, construites audessus du sol à partir du IV^ siècle. Il n'y a pas plus de ressemblance entre ces chapelles et les basiliques chrétiennes qu'entre les salles des maisons particulières des Romains ou des Grecs et les basiliques profanes. Et cependant, personne jusqu'aujourd'hui n'a affirmé que ces chambres aient servi de type ou de modèle à ces dernières basiliques.
Nous donnons (fig. 148 et 149) deux coupes de la basilique de Sainte- Agnès, à Rome. La comparaison de ces coupes avec celles de la basilique profane (fig. 145 et 146) prouve à l'évidence que celle-ci a été le type et le modèle de la basilique chrétienne.
Fig. 148. Fig. 149.
Coupes de la basilique chrétienne de Sainte-Agnès à Rome, ne ÉD. 10
3. €)rifntatiint ï>c0 basiliques et \fc^ cglises ii)vcticuucô. On appelle orientation la disposition particulière par laquelle l'axe longitudinal d'un édifice, d'un tombeau, etc., se dirige de l'occident à l'orient.
Dès son origine l'Église chrétienne adopta l'usage de prier en tournant la face vers l'orient. Cet usage qui, selon le témoignage des Pères, date du temps même des apôtres, fut adopté généralement dans la suite et plusieurs fois confirmé par l'autorité ecclésiastique. On allègue plusieurs raisons mystiques de la coutume de prier en se tournant vers l'orient. La principale, celle qui est le plus souvent indiquée, est que, dans notre exil et notre pèlerinage sur la terre, nous devons tourner nos regards vers le paradis terrestre que Dieu planta à Eden, vers F orient (i), pour que, nous rappelant la perte du ciel qui est le véritable Eden, nous excitions en nous un ardent désir de le récupérer. C'est dans cet usage que nous trouvons la raison de l'orientation des églises chrétiennes.
La coutume d'orienter les églises date des premiers siècles du christianisme. Les Constitutions apostoliques (liv. II, ch. 5 7) la consacrent, et plusieurs saints Pères en parlent comme d'un usage universellement reçu. Pendant la période latine, tout le moyen âge et même jusqu'au XIX^ siècle, on a toujours observé scrupuleusement la règle établie par l'Église, et l'on n'y a jamais dérogé que lorsqu'il y avait impossibilité de s'y conformer.
Il y a deux modes, diamétralement opposés, pour orienter les églises. Dans l'un, observé anciennement, la façade principale forme la partie orientale de l'édifice, et le chevet du chœur se trouve du côté du couchant; dans l'autre, qui prévalut plus tard, la position de toutes les parties de l'église est complètement intervertie : la façade regarde l'occident et le chevet est tourné vers l'orient. Quel que fût le mode d'orientation, les fidèles se tenaient de manière à avoir, en priant, les regards dirigés vers l'orient.
Jusqu'environ un siècle et demi après la conversion de Constantin, le premier mode, celui qui place la porte au levant et le sanctuaire au couchant, fut seul en usage tant chez les occidentaux que chez les Grecs et les orientaux. Chaque église n'avait qu'un seul autel, s'élevant au milieu du presbytère et consistant dans une simple tombe ou une table dépourvue de tout accessoire. Le prêtre célébrant se tenait derrière l'autel et avait la face tournée vers les fidèles, et conséquemment vers la porte d'entrée, qui formait l'extrémité orientale de l'église. A la première partie de l'office divin,
(i) La Vulgate {Gen. II, : Plant avérât autem Dominus Detis paradisum vohiptatis a principio, ne rend pas le sens du texte hébreu, qui porte : Le Seigneur planta un Jardin à Eden, vers l'orient.
consacrée spécialement aux prédications et à la lecture de différents passages de l'ancien et du nouveau Testament, les fidèles regardaient l'autel, ou plutôt les ambons placés près de l'entrée du sanctuaire, du haut desquels se faisaient la lecture et les prédications. Ils avaient donc, pendant cette première partie, la face dirigée vers l'occident. Mais, à l'offertoire et aux autres parties de l'office affectées principalement aux prières, ils se levaient et se tournaient vers l'orient pour prier.
Les basiliques construites par Constantin ou élevées sous le règne de ses successeurs reçurent l'orientation dont nous venons de parler, et quelquesunes même l'ont conservée jusqu'aujourd'hui. Telles sont, par exemple, les églises de Saint-Jean-de-Latran, de Saint- Pierre-au- Vatican et de Saint- Clément, à Rome. Dans toutes ces églises le souverain pontife ou l'évêque qui célèbre la messe à l'autel principal se place encore maintenant derrière l'autel et tourne les regards vers les fidèles. Ce mode d'orientation n'admettait d'exception que dans des cas extrêmement rares et seulement lorsqu'il y avait des motifs sérieux pour ne pas s'y conformer. Parmi les basiliques primitives de la ville éternelle qui ne furent pas orientées, nous citerons l'église de Saint-Martin-des-Monts, dont l'abside est dirigée vers le nord, et celle de Saint-Grégoire sur le mont Coelius, dont le chevet regarde le midi. Les accidents du terrain expliquent, en certains cas, ces anomalies.
Le mode primitif d'orientation ne régna pas longtemps. Dès le et le VF siècle on éleva, à Ravenne, plusieurs églises dont le chevet est tourné vers l'orient. Peu nombreuses dans le principe, les églises orientées d'après le nouveau mode se multiplièrent successivement et finirent par se substituer complètement à celles qui avaient leur sanctuaire à l'occident. Même, à l'occasion de restaurations partielles ou d'agrandissements, quelques-unes de ces dernières furent retournées, c'est-à-dire qu'on plaça leur sanctuaire à l'est et leur façade principale à l'ouest.
En Orient la tranformation fut très rapide. Cette rapidité semble due, en grande partie, à ce que l'empereur Justinien, en reconstruisant l'église de Sainte-Sophie à Constantinople (539-548), plaça au levant le sanctuaire et au couchant la façade d'entrée de ce temple somptueux. La même orientation fut suivie dans plusieurs églises que Justinien et l'impératrice Théodora, sa femme, firent construire, presque au même moment, dans beaucoup d'autres villes. Sous l'influence de ces exemples disséminés dans tout l'empire d'Orient, le nouveau mode détrôna complètement l'ancien dès la lin du VF siècle.
En Occident le changement s'opéra plus lentement ; il n'y fut complet que dans le courant du VIIF siècle.
Après que le nouveau mode d'orientation eut prévalu, le prêtre, chez les Latins, se plaça devant Tautel de manière à avoir les regards dans la direction de l'orient; chez les Grecs et les orientaux, au contraire, il continua à se placer derrière l'autel, de sorte que lui seul a le visage tourné vers l'occident tandis que les fidèles prient vers l'orient selon l'ancien usage. On comprend aisément que de cette manière on sacrifie le principal à l'accessoire.
4. Cglieee cnuifcnnee, civculairce et poli)0one6. La forme basilicale fut généralement adoptée pour les églises chrétiennes de l'Occident. Ce ne fut qu'exceptionnellement que l'on construisit des églises circulaires ou en forme de croix grecque. Parmi les églises cruciformes on peut citer celles des S:iints-Pierre-et-Paul (plus tard Saint-Abondio) près de Côme, et des Saints-Apôtres (aujourd'hui Saint-Nazaire-le-Majeur) à Milan, l'une et l'autre du IV^ siècle, et celle dite ermita de santa Cristina, près d'Oviédo, en Espagne.
(( Les églises rondes, dit de Dartein, appartiennent à deux types distincts, suivant qu'elles se composent d'une salle centrale entourée d'une galerie de circulation et séparée de celle-ci par des supports isolés, ou qu'elles consistent en une simple salle circulaire. Nous appellerons les premières roiojides annulables, et les secondes 7'otondes simples... Les monuments de cette famille pj^ sont généralement voûtés. Dans les rotondes annu-
laires, il y a quelquefois deux étages superposés de galeries, et la voûte centrale s'élève assez haut pour qu'il y ait des jours entre sa naissance et le toit des galeries. (( Études sur rarchitect. lombarde, L'^part., p. 9. Beaucoup d'édifices religieux présentant la forme d'une rotonde parfaite datent du règne de Constantin. Voici les plans de la très ancienne église des Saints- Plan de l'église des Saints-Pierre-et-Marcellin, aujourd'hui en ruines, à Rome, Pierre-et-MarcellinàRome ^.^^^^^^ simple (fig. i5o); de l'église de Sainte-Constance, de la même ville, l'otonde annulaire (fig. i5i); et du dôme d'Aix-la- Chapelle, polygone annulaire (fig. i52). Dans cette dernière gravure la partie noire donne le plan au rez-de-chaussée, et la partie hachée celui de l'étage.
Les plus célèbres rotondes annulaires sont l'église de Saint-Etienne-le- Rond à Rome, celle de Saint-Laurent à Milan et la rotonde de Brescia. Les églises de Saint-Vital à . Ravenne et le dôme d'Aix-la-Chapelle sont des polygones annulaires.
Plan de l'église ou baptistère de Sainte-Constance à Rome,
Plan primitif de l'église d'Aix-la-Chapelle.
Chose bizarre, et qu'il convient de noter ici en passant : le nom de panthéon, en latin panteum, a été employé souvent pour désigner tout édifice polygone ou circulaire couvert d'une coupole, sans doute parce que le Panthéon de Rome était considéré comme le modèle, le prototype des édifices de ce genre.
Les rotondes simples ne se rencontrent que très rarement, et jamais elles n'ont de grandes dimensions.
5. Cn)ptC!5. La plupart des basiliques primitives furent élevées à l'endroit même où étaient ensevelis les restes mortels d'un martyr ou de quelque autre saint illustre. Nous trouvons dans cet usage la raison pour laquelle un grand nombre de basiliques très importantes furent construites hors de l'enceinte des villes. A Rome, les basiliques de Saint-Sébastien, de Saint-Paul-horsles-murs et de Sainte- Agnès se trouvent dans la campagne romaine. L'église de Saint-Pierre-au- Vatican elle-même est une basilique de cimetière, située primitivement hors de la ville éternelle. A Milan, sur onze églises principales qui existaient au commencement du XI F siècle, huit se trouvaient en dehors de l'enceinte des murs. La même remarque s'applique aux basiliques de presque toutes les autres villes de l'Italie.
Dans les basiliques primitives, l'autel était placé immédiatement au-dessus de la sépulture. Un point qu'on observait dans la construction des basiliques